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LA DEFAITE DES CARLISTES

6 mai 1874.

Nous n'avons pas encore l'explication du fait de Bilbao, et nous n'en savons pas les conséquences. Estce une déroute, est-ce simplement un accident de guerre? Si les républicains ne peuvent poursuivre leur fortune, l'avantage est peu considérable et sera de courte durée. Ils en sont aux derniers efforts; les carlistes, au contraire, sont à leurs commencements. Ils ont en eux un principe de renouvellement qui n'est pas épuisé. Ni le chef ni les soldats ne se laisseront abattre. A la guerre, c'est la même chose pour le droit, de s'habituer à mourir ou de vaincre, et la même chose aussi pour la causa injuste de rencontrer la victoire et de trouver la mort.

Il y a des batailles, et après chaque bataille quelque chose qu'on appelle la victoire. Ceux qui prennent un terrain disputé, qui ramassent des drapeaux tombés et qui ne voient plus d'ennemis devant eux peuvent croire qu'ils ont la victoire. Mais il faut voir ce que deviendra bientôt cette bataille gagnée. Cela, Dieu le sait. Bien seul. La plupart du temps, c'est une grande folie de chanter un Te Deum. Dieu donne à la victoire des suites que ceux qui se réjouissent pourront pleurer longtemps. De toutes les batailles de la Révolution et de l'Empire, et de tous leurs triomphes civils

et militaires gui ont enflé tant de cœurs, qu'est-il resté aux victorieux? Le même homme a pu voir toutes ces prospérités et l'immense revers qui les abat, parce q;ue la justice n'était pas avec elles. Il faut avoir avec soi la justice, ou l'on n'a rien. La justice n'était pas avec la Révolution, elle n'était pas avec Napoléon, elle n'a pas été avec d'autres déprédateurs, elle n'est pas non plus avec Serrano. Qui a pu avoir l'assurance d'une ^ vraie victoire dans ce siècle plein de victoires? La plus sûre, même humainement, est encore celle du droit, qui n'a connu que des défaites, mais qui vit. La Révolution a été faite contre l'Eglise et contre la monarchie chrétienne, son expression politique. Or, sans parler de l'Eglise au sens divin et éternel, un siècle de sang et de feu a passé sur l'Eglise sans pouvoir déranger un pli dans le voile de la sœur de charité, sans arracher la crosse des mains de l'évêque, sans diminuer la tiare au front du Pontife : ces choses ont plutôt grandi, et la Révolution sent qu'elle ne sauvera rien de tout ce qu'elles ne sanctifieront pas.

Il en est de même pour la monarchie chrétienne. A tout peser, dès à présent, les révolutionnaires savent bien que c'est le monarque chrétien, le roi appuyé sur l'Eglise et docile à l'Eglise, qui sera le salut du monde, qu'il n'y en aura point d'autre, et que, s'ils peuvent chercher encore, ils ne pourront point trouver.

Dieu permet au monde de chercher, mais il ne lui permet pas de vivre sans justice. Comment ne point sentir que Louis XVI, à cette heure, est plus vivant que Napoléon, et même que M. Ledru-Rollin ou encore l'invincible Serrano.

Ils sont invincibles sans doute, mais la justice est vivante. Comme il n'y a rien de plus saint que de la confesser, il n'y a rien aussi de plus habile. Celuilà qui veut vaincre, qu'il persévère dans la justice et qu'il meure.

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