‹ Derniers mâelangesChapitre 27 sur 208 · LA RENTREE DE L'ASSEMBLEE · texte numérisé non relu

LA RENTREE DE L'ASSEMBLEE

10 mai 1874.

La réouverture de la scène législative n'inspire pas d'espérance et n'excite pas de curiosité. En vain les éléments semblent conspirer pour changer le programme. Personne n'attend rien de bon, rien de neuf, rien de drôle. L'extraordinaire est connu, l'inouï tombe de vétusté, la terre ne produit plus que de vieilles boîtes de conserves. Tous les hommes politiques ont l'âge du très vieil enfant qui prétend nous amuser en nous présentant ses plus vieilles poupées. L'un nous offre la république, l'autre le consulat, l'autre l'empire, l'autre la monarchie de Juillet; quelques-uns, dans l'embarras du choix, ramassent de vieilles ficelles pour faire un paquet de tous ces fantoches et de tous ces fantômes, et c'est ce qui est proposé de plus nouveau. Mais les inventeurs ne s'accordent point entre eux, se disputent avec les autres, se divisent, se trahissent et finissent par ne rien faire. Nous allons revoir tout cela, et nul ne sait ni ne prévoit comment cela pourra finir, ni ne s'en inquiète. Un peuple peut mourir ennuyé, mais l'on ne croit pas qu'il puisse mourir d'ennui.

On va vivre comme on pourra en éloignant les pensées de la vie et de la mort. C'était le rêve de la sagesse pratique des anciens. Vivre sans devoir, dormir

sans rêve. Au fond, ils n'imaginaient rien de mieux pour l'éternité. Combien de nos sages modernes voudraient pouvoir donner les mains à cette basse et abjecte chimère, et en signeraient le pacte s'ils le pouvaient! Oublier le devoir, oublier l'impérissable travail, oublier l'âme, et dans le doute universel où ils sont descendus ne faire que le strict nécessaire pour s'assurer autant que possible l'ignoble bien-être matériel et personnel de cette vie, ils s'en contenteraient. Ne pouvant y prétendre, ils se vengent de l'impuissance sublime d'être heureux dans le mal, en la subissant stupidement sans faire un effort pour arriver au bien. Cette nation abêtie par le sophisme, enjôlée par la paresse, engourdie par l'orgueil, est couchée le long du devoir et aime mieux souffrir et mourir foulée aux pieds que de faire ce que le devoir lui commande.

Elle va s'occuper de ses affaires en mauvais état. Depuis un mois qu'elle se repose, trois catastrophes qui intéressent son crédit ont éclate coup sur coup'. Les carlistes, qu'elle pouvait secourir, ont été vaincus en Espagne; la nation arménienne catholique, qu'elle pouvait et devait sauver, a été vaincue à Constantinople; les chrétiens du Tonkin, ses protégés et ses alliés, ont été massacrés. Ce sont les trois choses dont il ne sera pas même question.

Ella n'a plus de protégés, plus de clients; elle n'en veut plus avoir! C'est la voie où elle veut marcher. Qu'elle y persévère encore un peu de temps, et rien de si grand ne sera encore tombé dans le monde.

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