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MORT ET RESURRECTION DE M. DE BROGLIE V

briller, malgré un peu de raideur. Peut-être qu'au moment où nous le croyons parti il est déjà revenu. Néanmoins il a quelque chose de cassé. Il ferait bien de prendre un peu de temps pour se réparer.

S'il s'en va, qui sera ministre? Et qui sera ministre s'il reste? Car il aura beau rester, il aura été parti. On agite beaucoup cette question. Nous avouons qu'elle nous préoccupe peu. Nous sommes si certain qu'on ne manquera pas de ministres ni de ministère ! On aura quelqu'un qui conviendra un peu à tout le monde, et pas beaucoup à personne. Les candidats au ministère se tiennent prêts pour toute éventualité. Les plus foncés en couleur ressemblent encore aux filles à marier 'des anciennes petites principautés d'Allemagne, qui s'élevaient pour épouser un prince quelconque, protestant ou catholique, au gré du sort. Leur affaire était de se donner à un prince, pas du tout de se garder à la religion. Quand le futur y tenait, elles n'y tenaient pas, et prenaient la religion avec le mari. Nous aurons donc un ministère. On peut même dire que nous l'aurons au plus tard lundi prochain. Dès lors pourquoi s'inquiéter? On le prendra ici ou là, plutôt ici et là; il recevra un léger badigeon septennal, plus ou moins blanc, plus ou moins rouge, assez pour rester gris et faire bien voir qu'il n'y a rien dessous.

Et la France sera sauvée pour sept ans..., jusqu'au mois prochain.

Ah! nous nous expliquons les désespoirs et les rages de l'excellent M. Saint-Genest du Figaro. Ce malheureux homme d'Etat voit chacun faire le possible pour le contenter; il n'indique pas une manœuvre qui ne isoit exécutée quasi à l'instant; on est en paix avec l'Italie, on ne parle plus d'aucun pèlerinage, on n'inquiète plus les puissances ni les philosophies étrangères; M. Thiers est bien gentil, M. Gambetta bien tranquille, M. de Fourtou fait de bonnes circulaires aux évéques, et Saint-Genest, malade, écrit un article par jour...

El néanmoins cela ne va pas, cela ne va pas du tout... Et c'est à croire qu'il manque quelque chose que M. Saint- Gène st n'a pas prévu.

Moy, à la place de Saint-Genest, je cesserais de me montrer difficile, et je ferais un Roy. Mais Saint- Genest dit que nous sommes pourvus pour sept ans, et menace de couper le cou à ceux qui oseraient penser que cela ne va pas.

Ne touchons pas à la hache et mangeons des huîtres armoricaines; ça ira comme ça pourra.

13 janvier 1874.

Le ministère test reconstitué sous la présidence de M. de Broglie, cru mort; il se compose de tous ses collègues, crus morts avec lui. Mais personne n'était mort. Il n'y a de mortes que les espérances de ceux qni espéraient leur succéder par un coup de chance. C'étaient d'ailleurs de légères espérances, et elles ne sont pas beaucoup mortes. Dans les Parlements, surtout dans le nôtre, qui est porté vraiment à un point de perfection inexprimable, il peut toujours arriver qu'on gagne le gros lot, même sans avoir mis à la loterie. M. de Franclieu en est la preuve. On sait que le ministère lui a été offert, et il a eu besoin de toute Sa présence d'esprit pour s'en tirer. Ces aventures attachent au système. Penser que tout le monde peut se lever simple député et se coucher ministre! Quelle nouvelle à télégraphier vers une épouse amoureuse de la gloire et vers des amis qui aspirent aux bureaux de tabac ! Il est vrai que, parfois, cela paraît manquer un peu de sérieux.

Enfin, c'est M. de Broglie qui l'emporte, et personne n'en est démesurément surpris, ni consolé, ni dé-

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soie. Autant vaut lui c^u'un autre. Il y a même des raisons pour que ce soit lui, car il n'y a pas de raison pour que ce soit un autre. Peut-être qu'au fond il est septennal, et que c'est aussi pour lui qu'on a créé le septennat. Quand il y a du septennat quelque part, il y en a partout; quand il y en partout, 'il y en a pour tous. L'immobilité du maréclial implique la dextérité du duc, et celle-ci complète celle-là. On finira par découvrir la loi qui veut ces choses étonnantes. En attendant, faisons un aVeu qui pourrait coûter à des cœurs moins sincères. Nous disions tout récemment qu'il n'existait point de principe de résurrection dans la politique de M. le duc de Broglie. Nous le dirions bien encore, mais enfin, voilà qu'il ressuscite. Nous avons dit aussi qu'il avait pour le moment quelque chose de cassé. Peut-être qu'il n'a rien du tout de cassé; peut-être que c'est ce quelque chose de cassé qui le fait revivre. Tout cela est bizarre, et l'on ne sait pas très bien où l'on en est. Qu'importe au fond? Selon Bridoison, on est toujours fils de quelqu'un, et on se trouve toujours quelque part. Nous sommes quelque part dans une nuit dense et durable.

Quant à l'opération qui a ressuscité M. de Broglie et tout le ministère, elle paraît compliquée, mais il paraît aussi qu'elle est simple. On a arrangé quelque chose de soudain, et la surprise était connue de la veille. Trois ordres du jour ont été proposés : un dur, qui confirmait le renversement; un moins dur, qui rendait un accommodement possible; un doux, qui restituait au ministère la confiance de l'Assemblée. On a fait des scrutins, des votes, et l'ordre du jour doux est sorti avec grâce et avec gloire. M. Audren de Kerdrel a fait l'accouchement d'une manière aisée et péremptoire, en donnant à M. de Broglie, non pas nouveauné, mais né de nouveau, quelques légères taloches dont celui-ci a pu ne pas se blesser. Il a été entendu que, passant sur un trottoir étroit, par un pavé gras, dans l'ombre, le ministère avait été poussé sans mauvaise intention, mais nullement bousculé, et que s'il

a,vait feint de tomber, c'était par scrupule constitutionnel, et pour faire comprendre aux maladroits combien il importe de prendre garde avec des ministres qui tiennent si peu à l'être.

On a fait quelques considérations vertueuses et patriotiques. Les mécontents s'en sont chargés et les autres leur ont convenablement répondu. On s'est mis d'accord qu'il serait bon que personne n'eût d'ambition et qu'on se préoccupât uniquement de servir le pays. Seulement tout le monde répond à la fois qu'il n'y a personne dans ces conditions-là, et tout le monde en même temps se présente pour les remplir.

Bref, M. de Broglie est ministre; et l'on croit généralement, non seulement qu'il aura sa loi des maires, qui est l'inconnu, mais qu'il ira sans verser jusqu'aux lois constitutionnelles, autre inconnu. Le septennat est la présidence de l'inconnu.

On confesse d'ailleurs, que tout cela, quoique extraordinaire, n'est pas merveilleux.

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