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III. — LA FIN DE l'histoire

2 juillet 1874,

L'histoire du Retour du Christ et de la lettre-préface s'emmêle étonnamment. Si moins de personnes graves étaient en jeu, nous croirions presque à une réclame dramatique organisée pour faire lire cette composition peu savoureuse. Une nouvelle note du Figaro nous avertit que les huissiers de M. Dumas, le préfacier malgré lui, sont en besogne, et l'auteur anonyme commence à se montrer.

A certaines qualités de son pathos, nous avions pressenti que ce téméraire n'était pas Français. Nos conjectures étaient justes; il le déclare lui-même. S'il est Serbe ou Slave, comme nous l'avons dit, nous ne tarderons pas à le savoir. Puisque leFigaro le connaît, son nom ne restera pas caché. Nous croyons qu'il n'est pas catholique, ce qui, jusqu'à certain point, peut lui servir d'excuse. Les rares protestants et autres religionnaires qui croient au Saint-Esprit, se flattent volontiers que le Saint-Esprit leur enseigne dés religions nouvelles à communiq;uer auX gens de lettres ; les catholiques, outre qu'ils ont plus de bon sens, questionnent leur évêque et s'épargnent par là beaucoup de sottises.

Il est vrai qu'ici un religieux a donné une consultation favorable; mais il faudrait savoir comment cela s'est fait, et si ce religieux a lui-même réfléchi, et enfin consulté son supérieur avant de conseiller d'imprimer un livre « en dépit de tout ce qu'il peut contenir d'hétérodoxe. »

Voici la nouvelle note du Figaro, suivie d'une lettre de l'auteur anonyme exposant les choses confuses

qui se sont passées avant la publication et les choses prosaïques qui sont en train d'arriver.

« Nous avions reçu, avant-hier, un billet signé : L'auteur du Retour du Christ, qu'il ne nous avait point paru possible d'insérer avant de recevoir des communications directes et personnelles. Elles nous ont été apportées hier, par l'auteur, qui n'est autre qu'une grande dame étrangère, fort intelligente, fort résolue, fort convaincue, dont il ne nous appartient pas de révéler le nom.

« Elle nous a expliqué le but politique et religieux qu'elle poursuit, et auquel elle compte arriver, fût-ce dans vingt ans. Sa bonne foi nous a paru indiscutable, et, dès lors, nous n'avions aucune raison de lui refuser l'insertion de la lettre qu'on va lire.

« 1«^- juillet 1874.

» Monsieur le rédacteur,

» M. A. Dumas m'accuse, dans le Figaro, d'une action plus qu'indélicate. Je réponds en affirmant mon droit à la publication de sa lettre.

» Les épreuves du Retour du Christ ont été communiquées à des personnes qui s'occupent de questions religieuses.

» L'une d'elles m'a offert l'intervention d'un de ses amis pour obtenir une lettre ou une préface de M. A. Dumas. J'ai accepté son offre. M. E. G. a porté à M. A. Dumas les épreuves de mon livre et lui a demandé une préface ou une lettre en lui disant que ce livre, qu'il lui recommandait particulièrement, paraîtrait sans nom d'auteur. M. A. Dumas alors a promis qu'il enverrait sous peu de jours une préface ou une lettre.

» La lettre promise est arrivée. J'avoue qu'en la lisant elle m'a paru écrite pour la publicité; elle m'a été donnée en même temps que l'autorisation de la publier dans mon livre, sauf un paragraphe tout personnel à M. E. G. et supprimé par lui.

LA DAME INCONKUE d'aLEXANDRE DUMAS 133

» J'ai fait imprimer la lettre, et mon ouvrage a été livré à l'éditeur quelques jours après.

» C'est alors que j'ai appris que, par ordre de M. A. Dumas, et sans autre forme, mon livre a été saisi.

» J'ai répondu à cette mesure en sommant l'éditeur de se conformer à mes ordres et non à ceux de M. A. Dumas.

» Hier, à ma grande surprise, j'ai vu entrer chez moi, à huit heures du matin, trois personnes, dont l'une s'est dite commissaire de police, et je l'ai crue sur parole. Ils ont fouillé mon domicile, et j'avoue que cette perquisition serait grotesque, si elle n'était pas un grave abus.

» J'attends la poursuite dont on me menace avec la plus entière sécurité; je suis étrangère, mais je me place sous la protection de la loi française, et je suis certaine à l'avance qu'elle saura faire respecter ma personne et mes droits.

» Agréez, etc.

Quel changement! Les huissiers montent à l'assaut de la montagne sacrée, aussitôt les fulgurations et les tonnerres disparaissent, et la pythonisse n'est plus qu'une mortelle qui se prépare à plaider. On se rappelle les anciens beaux vers de Lamartine, euxmêmes un peu battus d,u temps :

Muse, contemple ta victime !

Ce n'est plus ce fronts inspiré, etc.

Lorsqu'il chantait de la sorte, ce pauvre Lamartine aussi croyait bien apporter du nouveau. Il a fini par mourir sagement, récitant son chapelet. Dieu nous fasse à tous pareille grâce!

[Dans le numéro du samedi 4 juillet (Paris 3 juillet), lï"e page, 4e col., se trouve une lettre du P. Didon à rarchevêque de Paris expHquant son « billet tout intime » -et le regrettant].

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