I. — LE MANIFESTE
4 juillet 1874.
Les lecteurs de VTJnivers sont intelligents et droits, nous n'avons pas besoin de leur commenter le langage royal. Rien n'est plus franc, plus clair, moins byzantin que cette parole. Elle dit tout et. répond à tout en résumant ce qu'elle a toujours dit. Le roi, avec une sorte de compassion, sollicité par son grand cœur, a parlé plusieurs fois, il n'a dit qu'une même chose. Il parle au gré des principes, non au gré du temps, et ne varie pas plus dans ses vœux et dans ses engagements que dans ses promesses. On dit qu'il n'est pas habile. Tant pis pour ceux qui le disent. S'ils veulent l'accu-
1. Dans ce manifeste, publié par 1T"?«*07«, le comte de Chambord, rappelant son principe et les besoins de la France, conviait les Français à se rallier " confiants " derrière la maison de France " sincèrement, loyalement réconciliée ".
Pour avoir publié ce document, V Union fut frappée de suspension. M. Lucien Brun interpella le ministère à ce propos. L'ordre du jour qu'il présentait fut écarté. Mais l'ordre du jour Paris, affirmant le septennat et accepté par le gouvernement, fut également repoussé à quelques voix. Le cabinet démissionna ; le maréchal refusa sa démission et adressa à l'assemblée un message où il réclamait le vote des lois constitutionnelles
ser de les avoir trompés, ils ne le pourront pas; s'ik désirent qu'il les trompe, il n'y consent pas. Sa nais-^ sance l'a fait notre roi, son langage le prouve. Il ne sera jamais embarrassé de ses déclarations, il ne les regrettera jamais. Si les Français d'aujourd'hui trouvent insupportable d'avoir un roi qui meure pour les servir, mais qui ne s'abaisse pas à leur mentir pour les dominer, ils peuvent en chercher un autre. Il restera dans l'exil, c'est un martyre de roi. Il aime mieux monter à la croix que grimper au trône. Grimper, c'est ramper. L'e roi exerce sa royauté ou la confesse. En la confessant, il la sert encore. Qu'il prenne le drapeau et les maximes de la révolution, qu'il vienne pour ne pas régner, pour n'être pas la tête qui nous manque et le principe sans lequel nous périssons... à quoi bon? Il ne veut pas s'embarrasser des appointements affectés à cette besogne, il désire ne point remplir cette place bien payée; sa naissance ne l'a pas fait ce roi-là.
Dans le moment qu'il écrivait ce que l'on vient de lire, plus pour éclairer le bon sens qui reste que pour réclamer sa couronne, la commission d'initiative s'occupait de la proposition de M. le duc de L'a Rochefoucauld pour la restauration de la monarchie. Nous avons retrouvé là le byzantinisme et ses avocats qui veulent écarter la proposition comme inconstitutionnelle. La commission partagée s'est décidée pour un ajournement. On lira le procès-verbal. Sans raisonner contre les Byzantins, nous trouvons plus simple de les laisser parler eux-mêmes. M. le duc de La Rochefoucauld et M. Carayon-Latour se sont fait un grand honneur par la gravité, la modération et la franchise de leur langage. Il faut les féliciter et les remercier d'une si noble attitude. Nous ne sommes pas habitués à cette élévation de la raison politique. Ils nous ont dit comment le septennat a été voté. Nous savions déjà que le duc de Broglie a été fort habile en cette circonstance; habile comme les amis du roi ne sauraient pas et ne voudraient pas l'être. Malgré l'heureux résultat -
de cette habileté, on voit aujourd'hui qu'un septennat et sept ans peuvent ne pas être la même chose.