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II. ~ UUiiion SUSPENDUE

5 juillet 1874.

UTJnion est frappée de stispension pour quinze jours. C'est un journal plein d'honneur et qui a des amis à la Chambre. Ils ont voulu savoir tout de suite la cause de cette rigueur. M. de Fourtou était prêt. Il a allégué la continuité des attaques de VUnion contre les droits du Septennat, et aussi, pour être franc, la publicité donnée au manifeste du comte de Chambord. Cet aveu n'a pas été mal reçu. La continuité des attaques était sans doute désagréable, mais elle pouvait peut-être passer, ne fût-ce que pour ménager le préjugé encore toléré de la liberté de la presse. En somme, il n'y a pas de loi bien nette qui défende d'exprimer une opinion respectueuse sur le caractère du Septennat et qui ordonne de réprimer « vigoureusement » les doutes auxquels il peut donner lieu. Quoique le Figaro eût souhaité cette vigueur contre tout ce qui s'écarte des sentiments de M. Saint-Genest en matière de septennat, les désirs et les sentiments si respectables de M. Saint-Genest ne semblaient pas encore tout à fait une loi de la République. Mais la publicité donnée aux paroles de Henri de France emporte tous les scrupules. Crime d'Etat, compétence de l'état de siège, suspension facultative, mort provisoire pour la première fois ! Décidément, nous sommes en république.

Personnellement, depuis longtemps, nous le savions. Notre suspension de deux mois, sous un prétexte infiniment léger, dont on s'est même désisté tout en maintenant la peine, nous avait fait voir le fond des choses. On reconnaît la république à la façon dont les minis-

très se jouent des droits de tous ceux qu'ils ne craignent pas, et à la manière dont ces droits sont abandonnés de tous ceux à qui ils ne profitent pas. Voyant cette désertion à peu près générale, nous disions : Nousy sommes! On nous répondait : Ne vous en prenez qu'à vous. Pas d'amis, pas de droit I Mais ceux qui ont des amis ne seront pas attaqués. C'est selon! Trois mois après VUnivers, voilà une grande opinion politique attaquée, frappée, suspendue. De la suspension sans jugement à la suppression sans jugement, il n'y a pas loin; d'une opinion politique à une autre opinion politique il y a plus près encore. Si le comte de Chambord peut être traité comme un séditieux, et si raccusateur reste juge, qui se flattera de n'être pas frappé? Celui-là seulement qui pourra se flatter d'être le séditieux véritable et de le faire voir.

Les dispositions d'une partie de l'Assemblée semblent indiquer quelque dessein de mettre un terme à cet arbitraire de l'état de siège qui menace surtout les opinions les plus légitimes et les plus correctes. Une discussion sur la suspension de VUnion, qui est en réalité la suspension du parti légitimiste, est indiquée pour mardi. Nous souhaitons qu'elle aboutisse promptement à une loi de la presse. Nous ne pouvons désirer autre chose et nous ne voyons rien de plus pressé. C'est un cas d'urgence s'il en fut. Les opinions ont besoin de la presse, la presse a besoin de règle et de liberté. Dans le régime actuel qui est un provisoire, quand même il devrait durer sept ans, la vie des journaux ne peut être laissée au caprice d'un ministère novice formé du hasard, existant par le hasard, destiné à mourir promptement par hasard.

L'incident ne peut avoir d'issue heureuse gue s'il amène ce résultat acceptable pour tout le monde. Autrement, ou le ministère est blâmé, et c'est une crise ministérielle, ou il gagne sa cause, et nous avons un maître.

Une crise serait infiniment redoutable pour le Septennat et pour le pays. Nous ne pouvons pas suppor-

ter impunément tant de crises. Un maître, ce serait M. de Fourtou, sous l'épée du maréchal. Mais M. de Fourtou est bien jeune, et l'épée du maréchal n'a pas été forgée pour recevoir cette trempe excessive.

On reconnaît à M. de Fourtou de la volonté, de l'énergie, et le Figaro (toujours lui!) assure qu'il est « décidément un beau tempérament d'homme d'Etat. » Décidément est peut-être encore prompt. Néanmoins, cela se peut, et l'avantage ne serait pas à dédaigner. Mais le tempérament d'un homme d'Etat ne consiste pas dans une force de nerfs qui brise tout jusqu'à €e qu'elle soit elle-même brisée, ce qui ne tarde guère. Cette force qui brise ne tire aucun parti de ce qu'elle brise, et brisée ne peut plus servir à rien. L'a force de l'homme d'Etat ne brise pas, à moins d'y être forcée; elle dénoue et elle use. C'est son vrai mérite et son principal emploi. Nous invitons M', de Fourtou à méditer cette maxime. D'ici à mardi il a encore le temps. Le conseil n'est pas d'un ennemi.

IIL — l'interpellation LUCIEN BRUN. LE MINISTÈRE BATTU.

9 juillet 1874.

Pour le moment, l'Assemblée souveraine a prononcé, mais elle n'a rien dit; le ministère est battu, mais il ne sait pas bien sur quoi, et personne ne serait en état de le dire convenablement; il se retire néanmoins pour obéir à la Chambre, mais le maréchal veut qu'il reste, et il reste pour obéir au maréchal. Sort-il, ne sort-il pas? Ne sort-il que pour rentrer? Ne rentre-t-il que pour sortir? Questions délicates, encore mal mûres, qui peut-être ne mûriront pas. Il semble difficile de donner aujourd'hui la nouvelle de demain. Peut-être

n'y a-t-il plus de septennat, peut-être y a-t-il encore un septénaire. De tous côtés on est en grand doute. Il se peut que les choses approchent sérieusement du terrible; il est certain que les hommes s'éloignent terriblement du sérieux.

M. Lucien Brun a donné prématurément l'esquisse d'un beau discours sur la monarchie; mais on ne veut pas entendre parler de cela. Est-il temps de faire ou de défaire la monarchie, quand on a déjà cette extrême peine à faire ou à défaire un septennat? M. de Fourtou a fait un discours médiocre sur l'actualité. Il parlait visiblement sans enthousiasme et n'a point communiqué ce qu'il n'avait pas. Les enchantements sont passés. On se promettait sept années de paix, d'étude, d'avenir avec opéra, bâtisses, dividendes et autres bonheurs éternels; durant ces sept années, grasses comme les vaches d'Egypte, on devait bannir les pestes, les famines, les discordes et tout ce qui peut désobliger des hommes résolus d'être heureux... Mais où sont les neiges d'antan ? On ne croit plus au paradis septennal, et l'éloquence de M. de Fourtou ne peut ressusciter ces songes.

L'homme qui ne s'est jamais trompé, l'irrécusable M. Saint-Genest, du temps qu'il était Joseph Prudhomme, a dit une grande parole : Otez Vhomme de la société, vous Visolez. On se rendait généralement à cet axiome. Mais il y a des jours néfastes où trentesix chandelles allumées ne donnent plus aucune lumière, et M. Prudhomme, devenu Saint-Genest, dit et répète des choses évidentes auxquelles le public refuse toute adhésion : Rendez le maréchal immortel, il durera ^ept ans. Qu'il dise qu'il gouverne, il gouvernera. Effacez tout devant lui, il restera seul. C'est bien simple ! Non, Saint-Genest, ce n'est plus simple, c'est même très compliqué, et nous restons dans l'embarras.

Il est manifeste que ce pays, et l'on pourrait dire ce temps et ce siècle, ont un goût dominant pour le concubinage. Une union quelconque avec n'importe

qui, pourvu qu'elle ne soit pas légitime et qu'elle puisse toujours être rompue, voilà le vœu secret, mais absolu, de quasi tout le monde. Tel est le charme puissant de toutes les formes politiques qui ne sont pas la monarchie chrétienne, l'attrait vainqueur contre lequel la conscience et le bon sens protestent en vain. Avant tout, des contrats que l'on puisse déchirer, des maîtres que l'on puisse mépriser! Moyennant cette clause, tout paraît acceptable, tout sera accepté. Mais enfin comment cela finira-t-il ?. Par les conditions de la vie.

L'a magnanimité fière qui ne se lasse pas de nous les rappeler, sera-t-elle écoutée enfin? Un formidable non s'élève, et l'on ne compte pas les abstenants. Néanmoins, il est certain que le nombre de ceux qui voudraient vivre est considérable; sachant qu'ils ne le peuvent en continuant d'échapper au devoir nécessaire, ils se résigneraient à le supporter. Ce que l'on déclare impossible est aussi possible, ou n'est pas plus impossible qu'autre chose. Dès aujourd'hui, beaucoup de gens le pensent, demain plus de gens encore l'avoueront. Nous voyons des choses par trop périlleuses et ridicules, et la France y paraît par trop abaissée. A l'heure qu'il est, le parlementaire abuse de la permission de rater. Ce Sedan prolongé est plus lamentable que l'autre. Il procède des mêmes causes : l'absence de commandement, l'indiscipline, l'incohésion, l'incapacité, l'imbécillité. Il faut un chef, il faudra un roi! Ceux qui diront non, on les enverra promener. Nous osons dire le mot, il ne va trop loin ni dans la rigueur ni dans le mépris, car il s'agit de gens dont la principale préoccupation et la résolution dernière, déjà arrêtée, est de rester à la noce.

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