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IV. — LES POLITICIENS

10 juillet 1874.

Les choses d'hier étaient la retraite du ministère par obéissance aux vieux us parlementaires, et la résistance du même ministère par obéissance aux us nouveaux. C'est le dernier perfectionnement de la machine à gouverner. Le ministère obéit toujours, mais il obéit à deux maîtres. L'obéissance à l'un annule l'obéissance à l'autre, et l'action réciproque de ces deux forces égales aboutit à l'immobilité. Si l'immobilité était la même chose que la stabilité, cela durerait toujours et ce serait presque parfait. Malheureusement, il faut que quelqu'un ploie et que quelque chose craque. Qui ploiera, qui craquera? C'est la question d'aujourd'hui. On attend, et personne n'est ce qui s'appelle tranquille.

On fait de chaque côté des vœux et des augures sans nombre. Il y a beaucoup de calculs, aucune assurance et aucune espérance. On se sent impuissant comme dans un naufrage en pleine mer. Et quel naufrage I Déjà le navire a coulé; maintenant c'est le radeau qui se disjoint. Que faire? Attendre, se résigtier à ce q;ui viendra et même à ne rien voir venir. La solution peut surgir du fond de l'eau; il y a des chances pour que le fond de l'eau soit lui-même la solution. S'il existe un homme qui se sente bien le jouet du sort, celui-là est citoyen français. Heureux qui attrapera une poutre. Mais s'ils sont deux sur la même poutre, cette poutre n'ira pas loin. Quels qu'ils soient, ils sont déjà divisés, ils se disputeront; l'un noiera Tautre, et le demeurant se noiera tout seul. Ayant commis toutes les fautes qu'un homme peut commettre, et reçu sans profit toutes les leçons qu'un homme peut recevoir,

il finira plein de terreur, sans pousser un cri vers Dieu.

Ce dernier résultat ne peut tarder beaucoup. Nous ne disons pas qu'il arrivera aujourd'hui; nous ne disons pas que demain ou ce soir, l'instinct de vivre ne fera pas tenter et opérer un raccommodement provisoire et misérable comme déjà on en a vu beaucoup. On gagnera encore une heure, et cette heure sera encore perdue à quelque dispute sur les clauses de ce raccommodement spontané. Pour conclure, il faudra périr.

Nous ne faisons point d'autre augure et nous ne formons point de vœu. Il n'y a rien à espérer de ces politiciens qui ne veulent ni mourir ni se soumettre aux conditions de la vie. S'ils sont sauvés, ils le seront malgré eux et contre eux-mêmes.

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