CE QUE DEMANDE LA FRANCE
son et la terreur se font des concessions et arrivent spontanément au même résultat. Sans doute, il y a bien des malentendus, bien des sous-entendus et bien des mensonges. Mais enfin on acclame un pouvoir qui, momentanément peut tout. De là les plébiscites et les votes sans nombre dont se targue la dynastie napoléonienne et que d'autres ont reçus comme elle. On veut finir la révolution. Mais ensuite viennent les habiletés, les fourberies, les sottises, les trahisons. Bref, la révolution continue par l'action de ce même pouvoir qui devait la terminer et de ce même suffrage universel qui a voulu en fournir les moyens.
Voilà donc le maréchal investi du consulat et de la dictature. La dictature, sous un nom quelconque, est au fond de tous les pouvoirs décernés par la multitude ou sanctionnés par son consentement. Il dit qu'il n'en usera que pour le bien de la patrie. Il le veut sincèrement, et d'ailleurs cela se dit toujours. Qu'en sera-t-il? Ni le maréchal, ni ses conseillers, ni personne n'en sait rien. Le bon usage du pouvoir serait de finir la révolution; le mauvais usage, de la continuer.
Que le restant de son septennat soit plein de prospérités et de gloire, comme c'est assurément son intention et son désir; qu'il ait les champs de bataille de Bonaparte, les boutiques de Louis-Philippe, les cafés-chantants de Napoléon III! Après? Est-il maître de ne pas continuer la révolution? Non! Besogne de roi, et sa naissance ne l'a pas fait notre roi.
Mais bah! cherchons à jouir. Nous laisserons à nos enfants la carte à payer. Et qu'importe! Nos enfants seront si bâtards ! Tout peu vergogneux que nous sommes devenus, l'avenir nous ferait honte et nous n'en pourrions soutenir la pensée. Mais l'Eglise est là, gouvernée par Pie IX, rayonnant de vertu et de bonne gloire. Dieu conserve au monde cette institution et cet homm.e, qui ne sont pas du monde. Faites des septennats ! L'œuvre de Dieu travaille, et ses mains changent en pierres la fange humaine.
MONSEIGNEUR DE MERODE
11 juillet 1874.
Mgr de Mérode, archevêque de Melytène, aumônier du Saint-Père, est mort cette nuit. L'a nouvelle en est arrivée ce matin et cause une émotion douloureuse. Mgr de Mérode avait de hautes qualités, admirées de tout le monde; il avait aussi des côtés très âpres et qui lui faisaient des adversaires jusque parmi les hommes qui voulaient être et qui restaient ses amis.
Aujourd'hui on ne se souvient que de son grand cœur, de sa sincérité parfois rude et outrée, de sa charité toujours ardente et généreuse. Il a fait beaucoup d'œuvres, remué beaucoup de choses, beaucoup donné à l'Eglise. Rien n'a égalé son énergie dans la lutte contre les Piémontais. C'est lui qui, étant ministre des armes, alla chercher le général L'amoricière, et son âme ne se laissa pas abattre par le désastre de Castelfidardo. Secondant la magnanimité de Pie IX, par la constance de son courage, il soutint cette défaite et lui donna sa place parmi les victoires de la papauté. A propos de lui, ne sachant ce que lui réservait la fortune et considérant la trempe mâle de son caractère, on parlait de Jules IL
Il est mort à la porte du cardinalat, avant de monter au poste élevé où il aurait pu donner tout ce q;ui
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était en lui. Sa destinée a été de celles que la mort ne laisse pas achever. Ce grand caractère n'a pas eu le temps de devenir un grand homme. Sa mémoire disparaîtra comme lui, mais, jusq;u'au dernier jour, elle sera honorée de tous ceux qui l'ont connu, et les défauts qu'on a pu lui reprocher ne la terniront pas. Personne ne l'a mieux connu que Pie IX, et personne peut-être ne l'a plus aimé.
On le plaignait de mourir, on lui disait d'espérer. Il répondit : Je suis content parce que je vais dans l'éternité.