LE " FIGARO " ET L' '' UNION
24 août 1874.
Une guerre s'est émue entre le Fijaro et VUnion ; suivant le Figaro, légitim's'e, comme on sait, guerre de famille; suivant VUnion, qui n'admet pas le parentage, guerre de race; en tout cas, guerre fort yive. L'Union est hautaine, le Fijaro veut être piquant et se montre piqué. Sans cesser de rire, il laisse échapper des paroles chagrines, et l'on voit que le Réjoui Bontemps nourrit un fond de mélancolie. Nous pouvons et nous voulons nous dispenser d'intervenir. L'Union a notre estime, elle peut se passer de notre secours. Mais pourquoi le Figaro est-il m^dancolique? Nous flairons là quelque chose du cœur humain.
M. de Villemessant (c'est lui qui est Figaro) a su se faire un succès incomparable en France. Feu Havin seul a autant réussi dans le légumage politique et littéraire, et encore a-t-il bien mangé de sa gloire? Il rédige son journal an sein d'un bel hôtel qu'il a fait bâtir en pierres ouvragées. Il y a mis une cloche qu'il a eu la fantaisie de faire bénir; elle Test. Il a eu aussi la fantaisie de faire bénir ses presses; elles sont bénites. Un de ses employés a trouvé récemment dans une auberge de Paris uri prince assez régnant; il l'a invité à visiter l'hôtel : le prince viendra, et si M. de Villemessant a encore la fantaisie de faire
bénir le prince, le prince encore sera béni. M. de Villemessant obtient ce qu'il veut. Il a voulu surtout obtenir un beau registre d'abonnements; il a le plus beau de Paris et des Gaules : trois mille et quelques ecclésiastiques, quatre mille et quelques militaires, cinq mille et quelques dames et demoiselles de conditions variées; toute la fleur du parti conservateur, et une bonne partie du chiendent. On se demande parfois où est le parti conservateur. Il est sur le registre d'abonnements du Figaro. Les. acheteurs au numéro et les lecteurs sont innombrables. Assurément, rien n'est tant lu en France, sauf peutêtre le Rappel. Mais M. Vac'querie n'est que le Villemessant de la gargote, et il a bien moins de succès politiques. On ne prétendra pas que M. Vacquerie a fait le septennat, ni que sa page d'annonces égale celle de M. Villemessant. Enfin, nous le répétons, M. de Villemessant est incomparable.
Il le sait, il en jouit. Nul homme ne tambourine autant ses mérites et bienfaits. Ce n'est pas vanité personnelle, c'est talent de journaliste et bonne conduite d'entrepreneur. Il rapporte cent pour cent, et il est homme d'esprit avéré à Paris, à Carpentras et à Falaise.
Il a une politique fine, et en un sens sublime. Le drapeau tricolore sur la tête, le drapeau blanc sur les lèvres, les autres dans ses greniers, la croix d'une main, la marotte de l'autre, la fourchette dans le cœur, il peut piquer à tous les plats et fleurir sous tous les régimes avec la fi ère indépendance de l'homme qui croit à tout provisoirement et à rien définitivement. Ce n'est pas qu'il méprise les principes. Oh! non. Fi donc! Il a des principes, mais ne s'en sert pas.
Fortuné, puissant, faisant la paix, faisant la guerre, faisant l'aumône, faisant ses affaires, faisant chère lie, fourni de tous les paratonnerres et voyant dans ses antichambres une bonne partie des princes du monde, pourquoi est-il mélancolique?...
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Qu'a-t-il donc, le pacha ?
Nous croyons le savoir et nous le dirions bien, mais comme c'est un tourment qui l'honore, nous craignons de nuire à ses affaires et nous voulons qu'il nous, demande de révéler sa secrète douleur.