LES ÉVÊQUES PEUVENT-ILS FAIRE DE LA POLITIQUE
de 89, les opinions sont libres. » Il convient du moins qu'elles paraissent l'être, même jusqu'à l'insolence. Sauvons la plus belle, la plus sérieuse et la mieux plaisante de nos immortelles conquêtes! A voir l'austère président de la république française ne traverser jamais que des rangs de préfets, de sous-préfets, de gardes champêtres et de jeunes filles blanches, tous en fleurs de rhétorique, l'Europe attentive ne reconnaîtrait plus la république ni la France. On est à peu près d'accord sur ce point, si bien que quand la consigne de servilité qui n'approuve que des compliments est enfreinte, personne, sauf Figaro et M. Marins Topin, ne s'en indigne dans le cœur. A Saint-Malo, si nous avons bonne mémoire, un commerçant gradé, nommé M. Hovius, s'est fait une immortalité de semaine par un seul petit mot qui parut acide. Le septennaire fronça le sourcil, la moitié de la terre trembla, mais l'autre moitié fut bien aise, et il y eut un combat d'encre où se mêlèrent les huissiers pour savoir de qui ce maître Maloin, cet homme de fer, était gendre. Les uns dirent : c'est Garibaldi ! les autres, c'est Jean Bart! Il y eut des hoviusiens. Mais si M. Hovius avait été évêque, tous les journaux auraient été contre lui. A basi Un évêque n'a pas à dire son opinion; il ne doit pas avoir d'opinion; la politique ne regarde pas les évêques 1 Un de ces messieurs, peu mac-mahonniste d'ailleurs, et bonapartiste déterminé, songeant à son empereur futur, alla jusqu'à dire qu'il est indécent à un évêque d'émettre une opinion contraire à l'opinion de celui qui le paye. Ce vaillant croit que Mac-Mahon paye les évêques; il veut sauvierle privilège de l'empereur qui les payera. Veillons au salut de l'empire ! Infortunés évêques ! Mac-Mahon les paye, l'empire les payera, l'orléanisme les emprisonnera, la république peut-être les laissera vivre, tout cela par grâce. Qu'ils soient reconnaissants et qu'ils se taisent!
L'argument nous paraît puéril et mal fondé de toutes façons. L'évêque remplit des fonctions, mais il n'est
point fonctionnaire; il est proposé, mais il n'est point nommé; il a un traitement, mais il n'est point payé. Tout cela devrait être connu; on l'a assez dit et prouvé. En vertu de la constitution intime de la France, en vertu du tempérament public, en vertu de tous les traités les plus anciens, les plus sacrés et les plus nécessaires, et sans lesquels nous ne serions pas, i'évêque existe par lui-même, indépendamment de l'Etat qui ne le fait pas, ne le peut pas faire, et ne saurait le briser sans provoquer la plus grave des révolutions. Les catholiques ont le droit d'avoir des évêques, et la proscription injuste d';un évêque les proscrirait tous. Qu'on essaye donc de destituer un évêque pour un fait qui n'offense ni la loi ni les mœurs et qui est uniquement d3 3on office ! La Révolution l'a fait. Elle a tué les évêques; lorsqu'on les blesse, il faut les tuer; lorsqu'on les tue, l'Eglise est vivante. Elle honore le martyr et ressuscite la fonction. Mille autres tyrannies l'ont fait, elles en sont mortes ou elles mourront; il y a toujours des évêques. Le Brésil, la Suisse, la Prusse, le font actuellement; attendons la fin. La conscience du genre humain est derrière I'évêque qui connaît son droit et remplit son devoir. La conscience du genre humain est toujours victorieuse. Elle prend son temps, mais enfin elle l'emporte. Nous pouvons attendre. Souffrir pour la justice n'est pas si dur qu'on le croit. Il y a des compensations actuelles et éternelles. Qu'on ait déplu au septennat, c'est une chose que la postérité pardonne. Elle loue et honore cette parole ou cette action qui a déplu au septennat, quand elle a d'ailleurs servi la vérité. Il a passé dans l'histoire beaucoup de septennats, et beaucoup d'évêques ont déplu aux septennaires, rois ou peuples, ou hommes fameux. C'est à ces évêques que la juste postérité a élevé des autels. Ils sont morts, mais ils ont été les vengeurs de la liberté et de l'humanité, les soutiens du droit. L'iniquité qui les a tués a trébuché sur leurs tombeaux.