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LES ÉVÊQUES PEUVENT-ILS FAIRE DE LA POLITIQUE

Or, les évêques sont faits aussi pour parler. Sans doute ils ne font pas de la politiq^ue d'homme et de partis vulgaires. Ils savent se taire sur la rose blanche et la rose rouge. Mais ils disent à la rose rouge et à la rose blanche tout ce qui est de la vérité et ^du devoir envers la vérité. Quand toute la politique consiste à se séparer de Dieu et à éteindre la religîon, comment ne feraient-ils pas de politique? C'est leur devoir de faire de la politique au péril de leur vie. Ils doivent dire même à Mac-Mahon, comme ils l'ont dit à d'autres, que la France ne sera pas sauvée sans Dieu, et que le Pape, qui est tant, est encore l'homme politique de Dieu. C'est l'avis formel de M. de Bismarck, et la France y est intéressée. Ce que M. de Bismarck dit si souvent et si haut, et avec tant de justesse à (Son point de vue, pourquoi les évêques ne le feraient-ils pas entendre? Il n'y a rien à quoi ils doivent plus s'empresser. S'ils parlaient de refuser l'absolution à un centre droit ou centre gauche, s'ils refusaient les sacrements parce que l'on est orléaniste, bonapartiste ou mac-mahonien, sans doute ce serait un abus. Qui les en accuse? Mais lorsqu'ils voient le père de la patrie catholique sous le couteau, lorsque cela semble un parti pris de l'abandonner à tous les attentats, comment ne diraient-ils pas à leur peuple et au nom de leur peuple que ce sacrilège est infâme et inepte, et que la France en peut mourir? Il y a des anathèmes de Dieu contre les chiens muets. Sentinelles, gardiens, pères, quelles nouvelles de la nuit? — La France meurt de l'oubli de Dieu, mais n'en disons rien au maréchal; il nous sauvera sans Dieu.

Si l'on ne veut pas que les évêques disent autre chose, il est inutile de les faire paraître quand le maréchal vient à passer. Pour nous saiuver, il n'a pas besoin non plus des bouquets des évêques. Ceux des préfets suffiront.

Où en serions-nous, en France, si les évêques n'avaient pas fait de politique? Ils en ont fait, Pieu merci.

Depuis saint Remy, qui arrangea le mariage politique de Clovis avec sainte Clotilde, que d'évêques ont touché aux affaires d'Etat! De cette politique des évêques est sortie la France. Les autres nations pourraient s'en plaindre, mais nous! Les évêques ont fait la France, ils pourront la refaire, ou elle ne se refera jamais. En bonne foi, ces messieurs des journaux, dont quelques-uns ne manquent pas d'esprit, attendentils le salut de M. Say, ou de M. de Broglie, ou d'un troisième? Hélas! le salut n'est pas venu même de M- Thiers. Et enfin, ces gens ingénieux ne trouvent-ils pas bien ridicule de dire qu'un évêque doit se taire toujours dans un pays et dans un temps où M. de la Bédollière (je cite un maître) peut toujours parler! Cette manière de voir ne peut s'expliquer que par un mépris absolu de l'histoire et de la raison, renforcé d'une haine endiablée du bon style.

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