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IL — NOTRE SUSPENSION

22 septembre 1874.

L'article frappé a paru le 5 septembre, quand M. Serrano et son groupe n'étaient pas encore reconnus comme gouvernement. Il restait le temps de brûler

régulièrement une cartouche. Nous tirâmes : le coup porta.

L'état de siège nous fusilla le surlendemain. L'état de siège fait ce qu'il veut, quand il veut, comme il veut. Il crée le délit et la peine, imprévus et indiscutables. On nous avait fait connaître déjà la suscitation des « complications diplomatiques »; cette foisci, nous avons vu arriver « la grave atteinte à la dignité de la presse française » plus inattendue. On ne peut nier que cette imputation ne soit ingénieuse. Néanmoins, elle est malséante à un tribunal d'exception jugeant des muets. Dans le conseil où furent délibérés les termes de l'arrêté, siégeait M. de Cumont, ministre de l'instruction publique, en son particulier publiciste de profession, connaissant les journaux et spécialement l'Univers. Il aurait pu dire à ses collègues moins instruits de ces choses que VVnivers n'a jamais abandonné ses principes, ni subi une condamnation judiciaire, ni fait une opposition systématique, ni soutenu une cause dépravée, ni trafiqué d'aucune manière, ni beaucoup outragé la syntaxe, et que ce sont-là les pratiques qui pourraient porter atteinte à la dignité de la presse française.

Les causes de la suspension ont été trop devinées, trop avouées ! Nous les taisons, non par prudence, mais par chagrin. Nous souffrons comme Français. Comme particuliers, il suffit à notre honneur d'avoir été frappés deux fois en six mois par une autorité qui ne délibère ni n'écoute, et qui fait un crime à ses justiciables des jovialités qu'elle se permet contre eux.

La première suspension nous a coûté trente à quarante mille francs, la seconde dix ou douze. Nous ferons face sans accepter les offres de nos lecteurs. Leur fidélité nous soutient suffisamment, et VlJnivers est assez riche, parce qu'il ne cherche point l'argent. A présent que M. Serrano est reconnu comme bon voisin de la France, et que nous allons le respecter de toutes nos forces, nous n'avons plus guère qu'une petite suspension à redouter. L'état de siège pourra

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