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DEUXIÈME SUSPENSION DE LUNIVERS

éprouver le besoin de protéger contre nous M. Carteret, souverain de Genève. Mais à cause de la dimension du peuple de M. Carteret, nous pensons, d'après l'échelle des complications diplomatiques, en être quitte pour huit jours, soit quatre ou cinq mille francs, et nous serons en paix avec le monde.

Il est vrai qu'ensuite l'état de siège, s'il dure^, pourra toujours nous délivrer de la vie. Il ne faut qu'un manj^ue à la dignité de la presse, un signe de croix inopportun, la moindre chose enfin, ou même rien du tout. Hélas! nous le voulons bien. Dans le fond, nous serions surpris que VUnivers ne mourût pas de mort violente ou subite. Nous avons prévti le cas et nos mesures sont prises pour rembourser le reste de nos abonnements perçus.

Un journal peut vivre sous toute loi qui ne l'oblige pas d'être plus que prudent et qui lui assure des juges ordinaires. Nous avons toujours pu observer sans difficultés sérieuses la législation politique, surchargée pour nous des nobles entraves imposées par la religion. Mais le sabre et le lacet facultatifs de l'état de siège ne nous laissent aucun moyen d'exister honorablement. On ne saurait être trop prudent sans manquer à la fonction même de la presse, qui est de s'aventurer dans l'occasion. Les uns se font journalistes pour cultiver n'importe comment des légumes, les autres pour dire honnêtement et bravement leur pensée.

Dans les temps sombres, nous crions les nouvelles de la nuit, pour qu'on ne s'endorme pas. S'il faut ne rien dire ou n'annoncer que le beau temps, ce n'est plus qu'un métier comme un autre, et souvent ce n'est plus un métier de chrétiens. Mieux vaut se taire. Le public saura du moins qu'il fait un temps dont il n'est pas permis de parler, et que les affaires sont en des mains qui tuent les sentinelles. Puisque nous avons le choix du suicide ou d'affronter tous les jours la mort, nous irons à tout risque, sans compter avec l'accident, usant de la liberté conformément à notre

dignité de Français et de chrétiens, parlant et vivant comme si nous étions surveillés par des juges visibles et non par des agents qui rôdent et qui dégainent.

En somme, ce nous sera une douceur d'être arrivés pour notre compte à la fin du septennat, et de n'avoir plus à dire notre avis ni des hommes, ni des actes essentiels à ce régime.

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