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II. OPINIONS SUR LA PRÉTENTION DE M. DE BISMARCK

19 Janvier 1874.

Nous avons le sentiment de M. Chose, correspon dant de V Indépendance belge, sur la requête de M. de Bismarck au gouvernement français, touchant YUnivers. Se séparant un peu du jeune M. Topin, ce publiciste opine que M. de Bismarck est un peu exagéré de demander la supression. Il ajoute que, d'ailleurs, VUnivers, par son fanatisme, justifie toutes les colères, si bien qu'en somme M. Chose, malgré sa modération, finit pas topiner. Mort à VUnivers! C'est toujours leur conclusion. Cas de fanatisme!

Le Figaro, qui note tous les bruits, s'étonne que nous ayons parlé de celui-là. C'est un « cancan, » djt-il. Si pareil cancan courait sur son compte, nous croyons qu'il ne l'omettrait pas. Quoiqu'il ne s'agisse que de nous, il a tort d'en parler si légèrement. Le Figaro ne doit pas oublier qu'il vise à remplacer VUnivers au moyen des abonnements de faveur qu'il accorde aux curés. S'il veut remplacer VUnivers, sans courir aucan risque du côté de la Prusse, sans donner les mandements des évoques ni les encycliques du Pape, il ne réussira qu'auprès des vieux catholiques de Suisse, mauvaises pratiques; et s'il veut prendre les habitudes de VUnivers, qui le gêneront beaucoup, M'. de Bismarck demandera qu'on le supprime.

Peut-être Figaro trouve-t-il que nous tenons trop à vivre, et qu'il est expédient qu'un journal meure pour tout un peuple. Il montrerait sans doute cette vertu, et d'autres peuvent nous faire l'objection. Assurément cette cause de mort aurait de quoi nous tenter. Toute œuvre humaine étant sujette de la mort, un journal catholique ne saurait désirer plus belle

occasion d'accomplir la commune destinée. Si M. de Bismarck nous faisait le serment de s'apaiser par l'immolation de VUnivers et jurait de revenir ensuite à des sentiments plus humains, il nous trouverait empressés de disparaître. Un sacrifice volontaire est plus beau. Cela rappellerait au moins Curtius. Ouvrez le gouffre, que nous nous y précipitions, comblant de joie Topin et d'autres. Quelle joie pour eux! Quelle joie surtout pour nous ! Peut-être qu'un illustre orateur, ex-immortel, nous décernerait une oraison funèbre « aussi éloquente qu'indignée ».

Mais il faut considérer les divers côtés de la question.

M. de Bismarck ne veut pas que nous mourions, il veut qu'on nous tue. Ce n'est plus la même chose. Qu'un homme meure pour tout le peuple, cela peut être juste et expédienj:. Il n'est pas juste ni expédient pour le peuple qu'on tue cet homme au nom de son peuple. Du moment qu'on veut nous tuer, nous réclamons notre droit à la vie. Civis sum, je suis citoyen ! Vous n'avez pas le droit de me tuer sans me juger, uniquement pour faire plaisir à ce terrible Bismarck ou à ce terrible Topin. Déclarez d'abord que je suis criminel, ou priez-moi de vous faire la grâce d'abandonner ma vie.

Non seulement vous ne pouvez pas me tuer, mais vous devez me défendre. Je ne réclame pas pour ma vie. Etant sûr de mourir pour la justice, mon sort me contente; je le trouve assez grand. Mais je réclame pour Votre honneur. Quand le roi de Prusse avait pris M. About et Voulait le tenir au pain et à l'eau, j'estimais que nous devions tout faire pour obtenir la dôli- Vrance de M. About. Ce n'était point le désir d'en orner plus longtemps la France. C'était uniquement parce que M. About porte la qualité de citoyen français. A cause de ce sentiment l'on a une patrie. Un pour tous, tous pour un... même pour celui-là.

J'ai le droit d'être fanatique et d'être jugé par vous, et vous n'avez pas le droit d'obéir à la Prusse

PKEMIÈEE SUSPENSION DE L'UNIVEES 1^

en oe qui regarde mes opinions et mon droit. Je vous, somme de me défendre d'abord. Vous me jugerez ensuite si vous pouvez, si vous osez, si vous voulez.

Sinon, dès à présent, le peuple que vous gouvernez est un peuple sans patrie. Quand vous aurez ôté Dieu, comme on vous le demande, ce sera un peuple mort.

L'article qu'on vient de lire ne fut pas publié. Il était tout imprimé, prêt à paraître, avec le numéro du jour, quand un commissaire de police se présenta aux bureaux du journal, porteur d'un arrêté signé du gouverneur militaire de Paris qui, en vertu des pouvoirs à lui conférés par l'état de siège, suspendait V Univers, pour deux mois. Le prétexte invoqué était que l'C/'/z/^'ers, en son numéro du 19 janvier, ce soit par les articles qu'il contient, soitpar les documents qu'il publie », pouvait « créer des complications diplomatiques. » M. de Bismarck obtenait satisfaction. Cet incident sera raconté plus au long dans le quatrième et dernier volume de la Vie de Louis Veuillof, actuellement en préparation. Il suffira de noter ici que, parmi tous les témoignages d'estime et de sympathie que le rédacteur en chef de Y Univers reçut à l'occasion de cette épreuve, il eut l'honneur et la joie de lire un Bref élogieux et réconfortant de Pie IX.

Deux mois après, V Univers reparaissait, avec l'article suivant en tête de ses colonnes :

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