LA REPUBLIQUE DEFINITIVE
26 février 1875.
C'est fait, nous avons la républiqae définitive (1). Nous ne croyons pas encore pouvoir nous en réjouir, nous l'avons prévu assez souvent pour n'en être pas surpris. 11 y a quatre ans, lorsque la Chambre sortait de Bordeaux, nous pouvions déjà voir qu'elle allait là. Plus elle a tardé, plus le débarquement, plus le naufrage était inévitable. Tous les détours allaient à ce but; nous y sommes.
La république proclamée va maintenant prendre des mesures pour s'asseoir. Ce sera le moment difficile. Dans le débat qui a précédé la résolution, tout le possible et tout l'impiossible a été dit. Une seule parole demeure : Vous faites une chose que vous savez MAUVAISE I Après ce coup de tonnerre de la conscience, aucune voix n'a protesté. On a voté simplement.
Le septennat n'est plus. Le président de la République porte le même nom; il n'est plus la même chose. Le président de la République doit et veut nécessairement être républicain. Il ne faut accuser personne là où personne ne paraît absolument digne de pardon. Souhaitons plutôt d'heureux repentirs et que ceux qui ont voulu le bien ou le moins mal, s'arment d'une
1. L'ensemble des lois constitutionnelles, établissant la République, avait été voté la veille.
triomphante énergie contre le torrent qu'ils ont déchaîné. A la vérité, l'accident serait rare. Il est difficile qu'une Chambre remonte une pente qu'elle a rhabitude de descendre depuis quatre ans, surtout lorsqu'elle vient de faire un tel saut. D'ordinaire, les coalitions se rompent immédiatement après la victoire. La majorité de coalition qui fait quelque chose de décisif s'épuise dans cet effort. C'est une boîte de mitraille qui éclate, qui tue et qui meurt. On a tué le septennat certainement, la monarchie probablement; il reste quelque chose à faire. Quoi donc? Mais la république, puisqu'enfin il y en a deux : une à écarier, une à faire vivre. Et maintenant où sont le mortier, la bombe et la mitraille?
A présent, nous sommes tous républicains, d'après la loi constitutionnelle; mais il y en a quelquesuns de trop.
Quelle république allons-nous avoir? Comment sera faite la république de tout le monde?
Nous avons eu le septennat, qui donnait tant d'espérances à ses inventeurs et qui a été renversé par eux au bout de peu de temps. Nous avons Vignotat, et la situation n'est pas changée, sauf qu'elle durera vraisemblablement moins de temps encore.
« Vous faites une chose que vous savez mauvaise ! » Qu'il faut de sagesse et de vertus pour réparer ces choses-là !
Le 23 février 1848, nous écrivions, en parlant des vainqueurs et des vaincus : « Ils l'ont voulu, ils le veulent. Ils se sont dit qu'ils pourraient gouverner le peuple en lui arrachant tous les sentiments qui sont la source de l 'espérance, de la résignation et du respect. Dieu leur dit : Que votre volonté soit faite! Le doigt de Dieu est là. Heureux dans le désastre commun ceux qui sauront reconnaître ce signe, et s'incliner à temps sous la main qui va châtier le monde. »