M. BUFFET ET SA RÉPUBLIQUE
28 février 1875.
Encore qu'il soit de l'Institut, et exposé à une forte récompense, M. Wallon n'est que le parrain de la chose. Elle a un père plus certain : c'est M. Buffet. On assure pourtant que M. Buffet se refuse au devoir de la paternité. Il ne veut pas prendre la tête du conseil de régence, et parle de laisser son fruit à l'aventure, au risque de le voir gâter. Je ne veux pas élever cet enfant, dit-il; il est né d'un moment d'erreur dont je ne suis pas coutumier. Je peux tout au plus passer pour un des trente-six; car tout le monde sait que nous sommes trente-six au moins. Je ne lui inspirerais ni respect ni crainte; il n'a aucun de mes traits. Aheat qiio lihuerit ! c'est une parole de Bossuet, mon maître, en semblable occasion... Et, finalement, j'aime mieux avouer que j'ai failli.
Ainsi parlerait M. Buffet, par un soudain retour
1. On sait qu'à la suite du vote des lois constitutionnelles, le maréchal confia la formation du ministère à M. Buffet, considéré à ce moment comme moins hostile à la Répubhque. La constitution du cabinet fut laborieuse.
à l'ancienne et célèbre correction de ses mœurs politiques.
Tout est possible, et surtout la fausse vertu. La fausse vertu semble n'exposer pas aux mêmes inconvénients que la vraie. Néanmoins, ceci est à peine croyable. Le maréchal, dit-on, n'admet pas cette façon de battre en retraite. Il aurait dit à M. Buffet : Monsieur le président de la Chambre, je ne comprends rien à vos difficultés. La situation où nous sommes est un effet de votre art parlementaire; elle me semble une impasse. J'y suis, mais je n'y reste pas. Vous ^m'y avez mis, il faut m'en tirer. Il y a toujours moyen de sortir d'une impasse, soit en trouant le fond, soit en dégageant les abords. Fournissez-moi l'outillage, je me tirerai du reste, et cela sera fait d'une façon nette et loyale, je vous le garantis. Nous faisons la république, mais conservatrice, chacun le sait bien. Mac- Mahon est conservateur. Nous n'avons pas exécuté de détours qui nous puissent mettre du côté de l'ennemi, ni à sa suite. Je n'ai pu le recevoir qu'à titre d'allié, et je garde le commandement. C'était votre opinion hier, c'est certainement encore votre opinion aujourd'hui... D'où il suit que j'ai besoin de vous.
Donc, par file à droite, marche!
Nous ne doutons pas qu'après réflexion M. Buffet ne se rende à un discours si sensé, si honnête et si clair. Un moment d'hésitation se comprend : il faut du choix et de la prudence; mais enfin, quoique les honnêtes gens résolus soient rares, ils ne sont pas introuvables, M. Buffet cherchera. Il a fait la république; il ne peut pas avouer tout de suite qu'il manque d'hommes pour la tenir dans la bonne voie. Est-ce que la république neuve ne vaudrait ni la religion, ni la famille, ni la propriété? Alors, il n'y a pas de temps à perdre, il faut contraindre la république neuve au respect de la religion, de la famille et de la propriété, ou faire une révolution.
Ce ne sera jamais qu'une révolution de plus.
Nous concluons que M. Buf'e!: composera son minis-
tère, le présidera, et par ce moyen retrouvera la majorité et vivra. Si ce n'est pas la république comme tous l'entendent, ce sera la république comme tous peuvent la supporter.