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II. — DIFFICULTÉ DE FORMER UN MINISTÈRE

SANS SyllabtiS OU AVEC DEUX Syllabus

, , l^"^ mars 1875.

Pas de nouvelles du ministère. La France et le maréchal sont à la porte de M. Buffet. On continue d'espérer cependant, en murmurant un peu. Soyons moins pressés. Si M. Buffet tarde, il a ses raisons. L'œuvre n'est pas légère. On a parfois besoin de savoir ce que l'on fait, et au début d'un nouveau régime, il est bon de prendre quelques sûretés. Les provisoires ne laissent pas de consommer beaucoup de ministres, et la matière n'est pas aussi inépuisable que semblerait le promettre le nombre des prétendants. Considérons qu'un bon ministre doit savoir lire et écrire, et presque parler; il doit avoir une certaine géographie spéciale, oonnaîlre le lieu de certaines choses, le caractère de certaines autres, etc., etc. M. Buffet, qui s'est élevé pour être homme d'Etat, a mille fois rêvé de composer un cabinet et de gouverner un empire. Il sait ce qu'il faut, il le cherche. Mais on conviendra bien que rien n'est moins facile à trouver en ce moment, où il se fait ce qui ne s'est peutêtre jamais vu.

En effet, on s'embrasse, mais on ne se connaît plus. Tout est bouleversé. On a un nouveau nez, un nouveau drapeau, une nouvelle voix. On croit, on dit du moins qu'il y a des gens qui veulent venir; on pense que d'autres veulent s'en aller; M. Buffet lui-même ne

sait plus bien s'il vient ou s'il s'en va. Il y en a aussi qui sont véhémentement soupçonnés de cacher des poignards sous leurs habits de noces; même ils s'en vantent. Tout cela complique la situation. Convenons qu'à la place de M. Buffet, no as voudrions être prudents.

Pour le remarquer en passant, heureux ceux qui ont un Syllabus, qui le disent et qui ne se séparent point de ce papier, lequel n'est autre chose qu'une règle de penser et de vivre. Ils ne sont point embarrassés, ceux-là! Ils peuvent toujours faire un ministère et toujours n'en faire pas. On prend leur Syllabus ou on le refuse ; et dès lors nulle difficulté dans Un cas ni dans l'autre. Quoi qu'il arrive, ils sont tranquilles. Sans d.oute, même avec ce précieux talisman, ils sont piarfois en doute sur ce qu'ils doivent faire, c'est la misère de l'homme; mais ils savent au moins ce qu'ils ne doivent pas faire, et ils ne le font jamais. On est déjà un très grand politique, moyennant cette moitié de la sagesse humaine. Mais deux Syllabus ou pas de Syllabus du tout finissent par vous laisser dans l'impasse, ou, comme on dit militairement, dans le pétrin.

Ul. — M. BUFFET RENONCE.

8 mars 1875.

Voilà que décidément, dit-on, M. Buffet renonce. Il n'en j)eut plus, il n'en veut plus. Il a durement parcouru la 3érie des avortements et des mécomptes. Comme le paaréchal avait besoin de lui pour le cabinet, il avait besoin, lui, de M. Bocher pour l'intérieur. M. Bocher, à l'intérieur, était la clef de voûte du cabinet. M. Bocher manquant, M. Buffet a eu le pressentiment qu'il manquerait. Néanmoins, faisant preuve de cœur,

il en. a tâté d'autres, continuant de se tâter lui-même et de ne pas se saisir. Il a vu M. Dufaure, M. le duc d'Audiffret, M. Chose, M. Machin, M. Un tel et la foule des messieurs ,On-ne-sait-qui. On a beaucoup causé, beaucoup combiné. Rien! Avec les républicains accentués, cela s'est passé comme dans les jeux du premier âge : Que me donneras-tu? — Ua beau rien tout neuf dans un plat d'argent. Ils ont craint que l'argent ne fût que du plaqué. La chose ne s'est pas mieux arrangée avec les messieurs On-ne-sait-qui et autres. Ou ils n'ont pas voulu de M. Buffet, ou M. Buffet, tout œnsidéré, n'a pas voulu d'eux. Les vraies causes sont encore inconnues, mais les vrais effets le sont trop.

Le public rit, s'impatiente et forge des mots : Buffet, défait, refait, surfait, mal fait. Mais cela n'avance pas l'affaire, et toujours rien de fait. Franchement, c'est trop risible et pas assez gai. Comment! plus même de ministres ! Qui l'eût voulu croire, et que cela paraîtrait un malheur? Ces mêmes hommes, qui n'ont pas craint de nous bousculer dans le char-à-bancs de la république, craignent maintenant de se compromettre en grimpant ^ur le siège. C'est donner une étrange preuve de la nécessité et de la popularité de l'institution. On comprend toutefois les hésitations de leur prudence; mais il y fallait songer et le dire. A présent cette prudence est tardive. Il convient à cette heure de s'exécuter. Compromettez-vous, exposez-vous, soyez malades, mourez; mais d'abord soyez ministres! Le vin est tiré, il faut le boire. Allons, messieurs, du courage; souvenez-vous de yotre zèle au grand jour du dernier février. Comme vous montâtes à la tribune, grimpez au ministère. Hop! hop! messieurs! hop-là!

Et vous. Monsieur Buffet, l'aigle des Vosges illuminées, homme né pour le portefeuille et formé à ce rôle par une si persévérante escrime, que l'aventure, au moins, vous fasse comprendre l'inconvénient de n'avoir pas de Syllàbus ou d'en avoir deux.

Un Syllabiis (un seul!), et vous dormiriez en paix, quel que soit le sort.

246* DERNIERS MÉLANGEiS

Ceux qui ont un Syllabus (un seul !) dorment et se sentent honorés.

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