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IV. — M. BUFFET REVIENT

9 mars 1875.

On disait hier que M. Buffet h^qh voulait plus; on dit ce matin qu'il en veut encore et que c'est fait et parfait. La coupe est pleine, elle touche aux lèvres. A la santé de la République ! Voilà le Journal des Débats bien content. Il est ministre dans la personne de M. Say. Vraiment, il l'était déjà un peu. Il l'a été plus ou moins sous tous les régimes passés; plus ou moins il le sera sous tous ceux qui suivront; mais celui-ci est bien dans sa mesure. Quelques journaux, sans être minisires, personnellement, ne se montrent pas moins satisfaits. Nous pouvons citer le Figaro, qui triomphe, et la République française, qui compte prochainement tenir tout. Pour d'autres, c'est différent. Nous, par exemple, nous ne donnerions pas deux sous de notre peau. Aussi, songeons-nous à nous convertir. Il ne nous faut que le décret. S'il paraît demain matin, demain soir VUnivers met bas les armes. Nous pensons n'être pas seuls. On verra une sorte de silence par acclamation, un élan unanime pour s'arrêter. Vive la république veut dire : A mort l'opposition ! Tout le monde le sait; tout le monde y songera. Cette forme d'adhésion durera bien huit jours. Ensuite probablement on se réenhardira. Ce sont ces tactiques, à la fois réfléchies et instinctives, qui font que la presse est si gênante. Au bout de huit jours, un ministère n'ose plus frapper, au bout de quinze jours, il n'ose plus être juste, au bout d'un mois, il tremble même de menacer. Alors nous osons dire un mot, parce qu'il n'est plus si commode de nous fusiller quand

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on ne dit plus rien à personne. Nous serons donc très sages, nous n'attaquerons pas la république, ni son gouvernement, ni personne qui puisse lui être cher. Si M. Serrano revient à flot, nous n'attendrons pas que les puissances l'aient reconnu pour avoir l'air d'oublier ses hauts faits.

Revenons à M. Buffet. La justice veut que nous lui rendions hommage. Il a opéré ce que nous jugions impossible : il a mis d'accord ses deux Syllahus. Il a accouplé le Syllahus républicain, qui est M. Dufaure, a:u Syllahus monarchique, qui est M. d'Audiffret-Pasquier; et, sous ces deux chefs de file, il a rangé un bel attelage, mi-partie de l'un et de l'autre. Ils marcheront un peu en désordre, mais au nom de l'ordre, M. Buffet tiendra les rênes, qui flotteront un peu. Il est ministre Scins portefeuille. C'est tout ce qu'il y a de plus chic. Richelieu était ministre sans portefeuille. ExiiUet Vosagus! Cela rappelle aussi Hippolyte, le bel Hippolyte de Trézène :

Il était sur son char...

Souhai'ons que la comparaison s'arrête à temps et que M. Buffet, rencontrant le monstre, ne devienne pas le

Triste objet où des dieux triomphe la colère.

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