VI. — M. BUFFET ABOUTIT
11 mars 1875.
Si nous n'avions pas paru hier soir, nous serions en plein délit de fausse nouvelle ce matin. Nous annoncions l'avortement du ministère, il allait naître dans ce moment-là. Il existe; le Journal officiel le présente au peuple. C'est le même, sauf quelques modifications insignifiantes, qu'on avait cru né, puis mort, le jour précédent. M. Buffet en est l'auteur et en fait partie. Il y tient le portefeuille de l'intérieur. M. Dufaure reparaît à la justice, M. Say aux finances, où il charme le Journal des Débats, M. Wallon arrive à l'instruction publique, et M. le vicomte de Meaux, gendre de Montalembert, accepte 'l'agriculture, poste de vaincu. C'est lui qui représente la minorité du 25 février.
Il convient, dit-on, que la minorité soit représentée; mais elle ne doit l'être qu'un peu.. M. le vicomte de Meaux a paru remplir la condition. Selon nous, la place honorable de la minorité serait dehors; néanmoins d'autres trouvent meilleur de se laisser mettre dedans.
L'allégresse est vive. Tout va bien, dit le Journal des Débats, tout est sauvé, du moins tout peut l'être. Le Figaro montre aussi, une grande satisfaction; mais le Journal des Débats est lyrique. Il a des nouvelles particulièrement rassurantes de M. Gambetta. Ce serait, suivant lui, M. Gambetta plus que M. Buffet qui aurait fait le ministère. Nous étions donc bien mal inspirés quand nous avons voulu croire que M. Gambetta était ce monstre, cet indomptable taureau dont l'apparition avait renversé le char d'Hip-
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polyte. Tout au contraire, c'est lui qui l'a relevé. Ecoutons le Journal des Débats. Il conte une intéressante histoire :
Lorsqu'on était au désespoir et que M. Buffet luimême se trouvait sans vertu, M. Bocher, le même qui avait si obstinément refusé d'être ministre, a externe une idée qu'il tenait peut-être en réserve : il est allé voir M. Gambetta; il l'a vu. « M. Gam- « betta s'est rendu dans les bureaux des gauches. « M. Boeder et M. Gambetta se sont entendus sans « peine, M. Gambetta n'a eu qu'à parler pour con- « vaincre les gauches, » et le ministère en gésine a pu naître; il y avait non pas peut-être une majorité, mais une sage-femme pour le recevoir.
Il y a bien encore quelque chose de mystérieux là dedans. Quel est le calcul de cette maîtresse sagefemme que l'on appelle les gauches; et quel discours lui a tenu le sage homme et puissant accoucheur M. Gambetta pour lui faire faire, à la prière du sage Ulysse Bocher, l'opération que tout à l'heure elle refusait? Quel singulier accord entre Grecs et Troyens ! Et M. Buffet, que dit-il de ce concours et de ce secours? Et l'agriculteur M. de Meaux, était-il en ce moment quelque, part à garder ses bœufs?
Il nous semble résulter de ce convenio que le cabinet se compose de miaistres anciennement monarchistes, qui deviennent républicains, et de ministres anciennement républicains qui promettent de se conduire en monarchistes. Tous se mettent sous la protection d'un homme à qui tous peuvent supposer des doctrine^ et des projets que pas un d'eux ne peut se flatter de connaître et n'oserait avouer.