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VIIL — LA DÉCLARATION MINISTÉRIELLE

13 mars 1875.

Cette fois, nous sommes au sérieux. Le ministère, par l'organe de M. Buffet, a lu son programme. Pro-

gramme froid, froidement écouté, et qui n'offre rien de neuf que son style étonnamment construit. Pour être juste, c'est du charabia double et concentré. Il faut le traduire. Mais, traduction faite, on n'y trouve rien d'exorbitant et souvent rien du tout. L'annonce d'une politique « très nettement conservatrice, dénuée de tout caractère de provocation, comme de faiblesse », l'appel à la concorde, la déclaration que le gouvernement est du côté de la population honnête et laborieuse contre les passions subversives, et enfin le maintien provisoire de Vexcep'.i.nnel, concurremment avec le respect obligé du récent constitutionnel, ce ne sont pas des choses inouïes. Les oreilles françaises sont accoutumées sinon à ces tournures, du moins à ces idées.

Par une inadvertance préméditée, le nom de la république n'est pas prononcé dans cette déclaration du premier ministère républicain. La république est appelée V organisation des pouvoirs publics ou les lois constitutionnelles que V Assemblée a adoptées, ou les changements dans les institutions et dans les dynasties qui ont été si fréquents, ou wte de ces destructions qui ont laissé dans le cœur d'un grand nombre de bons citoyens des regrets et des convictions dignes de respect. Ces périphrases évasives et ces politesses froissent quelques purs. Les gauchistes sont en général de vieux enfants, mais les gauches sont de madrées commères. Le langage très mitigé de M. Buffet ne lui fera pas perdre leur appui ni celui de M. Gambetta. En esquivant le nom de la république, le ministère fait assez entendre que la chose a maintenant pour elle la légalité, c'est-à-dire les gendarmes. Il prévient bénignement que la question n'est plus ouverte et qtie l'on doit désormais s'observer. « Nous « avons le devoir d'assurer aux lois constitution7ielles « Vobéissance et le respect de tous. Nous avons la « ferme volonté de les défendre contre toute menée fac- « tieuse. Mais, serviteurs de la loi, nous ne serons « jamais les instruments d'aucune rancune. » Ce qui

signifie : Penser ce que nous avons pensé n'est pas encore coupable, continuer- de le dire serait moins prudent; nous réprimerons « toute menée factieuse ». Qu'est-ce que c'est, toute menée factieuse ? Gare la cage et le chaudron!

Sans doute, la menace n'est pas directe. On doit éviter le bruit autour d'un berceau. La Petite dort; pour écarter les fâcheux, on se contente d'un geste, et ce geste peut s'adresser à M. Gambetta aussi bien qu'à d'autres, d'autant que la Petite veut être modérée. Mais le mo^yen de supposer que M. Gambetta puisse être factieux... à moins que la Petite ne le veuille absolument?

Du reste, le ministère est dans son droit, et fait son devoir en exigeant l'obéissance aux lois que l'Assemblée a adoptées, telles qu'il les comprend. Il faut seulement savoir si l'Assemblée les comprend elle-même, ott les comprend comme lui. A ce sujet, il y a quelques doutes qu'il semble avouer très loyalement. M. Buffet ne sait pas encore s'il a le bonheur de plaire; il demande d'en être informé immédiatement, pour pouvoir, en cas de besoin, donner immédiatement sa démission. Ce mot de la fin est peutêtre assez fier et assez habile, si toutefois nous le traduisons bien; car nous ne feignons pas de déclarer que tout le document a quelque chose d'intraduisible, en quoi, d'ailleurs, il ressemble à la situation. On pourrait, à la rigueur, soutenir que le ministère est composé, proposé, posé, mais qu'il n'est encore ni baptisé ni confirmé.

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