‹ Derniers momens de Napoléon (volume 2)Chapitre 14 sur 38 · DERNIERS MOMfiNS · texte numérisé non relu

DERNIERS MOMfiNS

ne peut goûter un moment de sommeil ; il parle» il vaniloque, il est sans connaissance, et distribue mille choses au hasard ; cependant la fièvre a diminué d*intensité. Vers le matin le hoquet se fait sentir avec vio»

lence; le malade rejette tous les alimens qu'il a pris. Ils sont mêlés d'une grande quantité de matières glaireuses et d'un fluide acre et noir. La fièvre augmente, le délire survient, Napoléon parle d'estomac, de squirre au pylore; il somme^ il interpelle Baxter de paraître, de venir juger de la vérité de ses bulletins. Puis faisant tout à coup intervenir O'Meara, il établit entre eux un dialogue accablant pour la politique Anglaise. La fièvre diminue, l'ouïe devient nette ; l'Empereur se calme, et il nous entretient encore du squirre de son père ; il raconte qu'après l'ouverture du cadavre les médecins de Montpellier pronostiquèrent que la maladie serait héréditaire, et passerait à tous les membres de la famille: — "Docteur, je vous le recommande encore ; portez le plus grand soin dans l'examen du pylore, consignez vos ob-

servations sur le papier, vous les remettrez à mon fils, je veux du moins le garantir de cette maladie/

7 heures a. m. — Le malade s'endort, et repose tranquillement jusqu*à onze heures.

A midi il prend une cuillerée de soupe au vermicelle, un œuf frais et un peu de clairet. Le pouls varie de quatre-vingt dix sept à quatre-vingt-dix huit pulsations par minute. — Chaleur fort au-déssûs de la naturelle.

1 heure p. m. ^-L'Emplâtre que j'avais appliqué à la région épigastrique produisait peu d'efièt. Je priai Napoléon de le laisser remplacer par un vésicatoire. " Vous le voulez! Eh bien, soit, faites; ce n'est pas que j'en attende le moindre effet; mais je touche à ma fin ; je veux que vous jugiez par ma résignation de la reconnaissance que je vous porte, allez, appliquezle." Je l'appliquai. Malheureusement la nature était à bout, il fut 21 heures avant d'agir.

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Napoléon n'éprouve pas de vomissement, et boit beaucoup d*eau fraîche. ^* Si la destinée voulait que je me rétablisse, j'élèverais un monument dans le lieu oii elle jaillit; je couronnerais la fontaine en mémoire du soulagement qu'elle m'a donné. Si je meurs, que l'on proscrive mon cadavre comme on a proscrit ma personne, que Ton me refuse tin peu de terre, je souhaite qu'on m'inhume auprès de mes ancêtres, dans la cathé* drale d' Ajaccio en Corse. SU ne m'est pas permis de reposer où je naquis, eh bien!

qu'on m'ensevelisse là où coule cette eau si douce et si pure." Je lui proposai la prescription suivante :

R Aquœ xneothœ viridis. J j.

Potassœ subcarbonatîs. 3 j.

Succî lim^ reoentisj q. s. ad saturand.

Tincturœ calumbœ, minim. xxx.

Idem opiî, minim. v.

Misce ut fiât haustuâ sextà-quàque horà sumendus.

Mais il la repousse. J'essaie inutilement de triompher de sa répugnance ; il refusé jusqu'aux alimens, et repose le reste de la journée.

9 heures p, m. — Application ^e deux vésicatoires aux cuisses.

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L'Empereur a uh peu dormi pendant la nuit ; il a eu deux vomissemens de même nature que les précédens ; la fièvre va toujours en augmentant ; elle perd un peu dé son intensité à rapproche du jour.

9 heures a. m. *— Le malade n'a presque plus de fièvre, il est assez tranquille ; le pouls faible et déprimé varie de 84 a 91 pulsations par minute ; la chaleur est audessous de Tétat naturel, la peau humide et visqueuse, la respiration ïacile. Les vésicatoires placés sur les cuisses n*ont produit aucun effet } celui qui a été appliqué à la région épigastrique ne cause pas de douleur au malade qui croit ne pas Tavoir.

Dans le courant de la matinée les vomissemens se renouvellent plusieurs fois. Napoléon est triste et sombre, mais en pleine connaissance.

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