‹ Derniers momens de Napoléon (volume 2)Chapitre 15 sur 38 · TOME II. J · texte numérisé non relu

TOME II. J

Hidi.-r-Napoléon prend quelques cuillerées de vermicelle et un œuf frais» Il éprouve une chaleur brûlante au gosier^ et un hoquet qui se prolonge pendant deux heures.

1 heure p. m» — ^Lavement : il ne déter»

mine évacuation. J'essaie vainement de faire adopter Pemploi de quelques remèdes internes^ PjBmpereur s'y refuse avec obstination. — Somnolence. — Le hoquet dure toujours.

3 heures p. m. — La fièvre augmente^ ce n'est que vers le soir qu'elle perd un peu de son intensité. Le malade refuse de prendre de la nourriture.

9 heures p. m. — ^La fièvre devient plua forte. — Agitation générale. —-Anxiété.— Hoquet. Respiration profonde et pénible»

Oppression abdominale. — Soulèvcmemt ar* que et spiaamodique de Tépigastre et de l'estomac accompagné d'un sentiment de suffocation. — Salivation abondante.— Froid glacial universel ; de moment en momE^pt

le pouls cesse de se faire sentir^ cependant il se relève un peu vers onze heures et demie du soir.

V^Mai.

Le pouls est petit, fréquent, et donne jusqu'à cent pulsations par minute* Chaleur au-dessous de Tétat naturel, peau hu* roide et visqueuse; vomissement de matières glaireuses n^êlées au fluide acre et noirâtre dont il a déjà été question. L'Empereur s'endort à l'approche du jouri mais il se réveille bientôt, éprouve des vomissemens, et se trouve dans une situation ter-^ rible. Peu à peu cependant les symptômes s'afiaiblissent, l'oppression se calme, et la matinée est assez tranquille. Le pouls prend de l'énergie, et donne de soixantequinze à quatre-vingts pulsations, mais conserve toujours son irrégularité. Chaleur audessus de l'état naturel ; peau toujours humîde et visqueuse. Le pouls retombe tout à coup à son premier état, et donne 100 pulsations ; mats si faibles qu'elles sont à peine sensibles au tact.

12 heures. — Hoquet plus fort que jamais.

Anxiété générale. — Dyspnée. — Soulèvement arqué et spasmodique de Tépîgastre et de Testomac. — Oppression abdominale.

— Le malade délire^ vaniloque. — Les symptômes augmentent d'intensité jusque vers le milieu de la nuit. L'Empereur n'a pris de la journée que deux biscuits à la cuillère avec un peu de clairet.

2 Mai.

Napoléon est plus tranquille^ et les symptômes alarmahs ont un peu diminué.

2 heures a. m. — La fièvre redouble- Délire. — ^L'Empereur ne parle que de la France, de sons fils, de ses compagnons d'armes. ^' Steingel, Desaix, Masséna ! Ab !

la victoire se décide ; allez, courez^ pressez la charge ; ils sont à nous." J'écoutais^ je suivais les progrès de cette pénible agonie.

J'étais accablé, déchiré, lorsque tout à coup Napoléon recueille ses forces, saute à terre^ et veut absolument descendre, se promener

au jardin ; j'accours le recevoir dans mes bras : mais ses jambes plietit sous le faix, il tombe en arrière, j'ai la douleur de ne pouvoir prévenir la chute ; nous le relevons, nous le supplions de se remettre au lit; mais il ne connait plus personne, il s'emporte, il s'irrite, sa tête n'y est plus ; il demande toujours à se promener au jardin.

Les forces sont anéanties, le pouls est on ne peut plus faible, et donne jusqu'à cent huit pulsations par minute. Chaleur fort au-dessus de l'état naturel. — Agitation générale. — Nausées fréquentes. — Anxiété.

9 heures a. m. — La fièvre diminue.

L'Empereur me donne quelques instructions, et ajoute ; " Rappelez- vous ce que je vous ai chargé de faire lorsque je ne serai plus. Faites avec soin l'examen anatomique de mon corps, de l'estomac surtout.

Les médecins de Montpellier avaient annoncé que le squire au pylore serait héréditmre dans ma famille ; leur rapport est, je crois, dans les mains de Louis ; demandez, comparez-le avec ce que vous aurez observé vous-même j que je sauve du moins mon

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fils de cette cruelle maladie. Vous le verrez, docteur ; vous lui indiquerez ce qu'il convient de faire ; vous lui épargnerez les angoisses dont je suis déchiré : c*est un dernier service que j'attends de vous." Je désirais le rendre : j'en eus un moment Tespoir. Le practicien qui avait le rapport en dépôt m'avait offert de me le communiquer; mais il se trouva le lendemain qu'il s'était trompé la veille» qu'il ne l'avait plus, qu'il l'avait égaré. Je ne pus faire le rapproche^ment que Napoléon exigeait.

Midi. —Nouvelle exacerbation de la fièvre, le malade reprend l'exercice de ses facultés, me regarde, me fixe quelques înstans, pousse un profond soupir, et me dit :

^^ Je suis bien mal, docteur, je le sens ; je vais mourir,'* et il reperd connaissance. — Sommeil interrompu. — Hoquet fréquent et d'une native alarmante. — Respiration inégale et pénible. — Oppression abdominale.

— Soulèvement arqué et spasmodique de l'épigastre et de l'estomac. — ^Vomissement glaireux.' — Rire sardonique légèrement pro* nonce."— Mouvement spasmodique des deux

DE ^APOLBON* 151

lèvres en avant»— Potion anodine composée d'un peu d'eau de fleur d'orange et quelques goûtes de teinture d'opium et d'éther. Elle produit quelques instans de calme, le malade reprend l'usage de ses sens, et se croît en état d'achever ses dernières dispositions ; mais aucun de ses membres n'obéit plus, sa faiblesse est trop grande, il ne peut y parvenir. Il prend, vers une heure, deux biscuits à la cuiUère dans du clairet étendu d'eau.

Sa fin approchait ; nous allions le perdre, chacun redoublait de zèle, de prévenances, voulait lui donner une dernière marque de dévouement. Ses oflGiciers, Marchand, Saint- Denis et moi, nous nous étions exclusivement réservé les veilles ; mais Napoléon ne pouvait supporter la lumière ; nous étions obligés de le lever, de le changer, de lui donner tous les soins qu'exigeait son état au milieu d'une profonde obscurité. L'anxiété avait ajouté à la fatigue ; le grand-maréchal était à bout, le Général Montholon n'en pouvait plus, je ne valais pas mieux :

nous cédâmes aux pressantes sollicitations

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