TOME II. O
Nous allions quitter Sainte-Hélène» Cëtait le moment de compter avec nos hôtes.
Le Général Bertrand» qui avait une vieille affidre avec Lowe, s'y disposait; mais le geâlier fit négocier, et tout Ait dit
Il en devint plus souple, plus complaisant ; il voulut nous choisir un bâtiment, nous donner un capitaine sûr, un équipage habile ; il nous destina le Camel Storeship': c'était un traniq>ort lég^, commode, qui réunissait tout. Nous cherchions d'où venait à Hudson cette subite oblig^nce, lorsque nous apprîmes qu^ le merveilleux navire était un bâtiment vivrier, qui ser* vait à approvisionner l'île. Nous réclamâmes; il se récria, protesta que nous avions été trompés, et nous donna l'ordre d^envoyer nos effets à bord. Nous pensions nous embarquer le soir même, nous suivîmes.'
Nous alUoQs quitter l'île, nous voulûmes visiter une dernière fois l'asile oh reposait Napoléon. Nous le vîmes, nous rarrosâmes de nos larmes, nous Tentourâmes de violet-
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tes» de pensées, et lui dîmes adieu pour jamais. Nous emportâmes quelques branches de saule, triste consolation que le poste n*eut pas le courage de nous refuser. Nous arrivâmes à James-Town, le temps n*avait pas suffi, il y avait encore une foule de caisses à terre; le départ était remis au lendemain. Hudson nous attendait avec son épouse, il nous pria à dîner ; nous ac* ceptâmes. Le banquet fut gai, magnifique; Lowe était presque aimable; on eût dit qu^il n*avait plus ses clefs. Nous fûmes bien détrompés lorsque nous arrivâmes au vaisseau.' C'était, comme on nous l'avait dit, un bâtiment sale, étroit, qui servait à transporter les bœu&, les porcs, lés moutons, etc., que consommait Tîle. Le rap^^ prochement était ingénieux, le choix digne de la main qui l'avait fait. Nous étions entassés, pêle-mêle, sur un bord infect $ mais nous échappions aux verrous ; le temps était beau, le ciel sans nuages, nous levâmes Tancre le 9ri Mai, et nous nous éloignâmes de cette station malheiureuse que pourtant nous regrettions. •
196 DERNIERS MCmENS
Le vent enflait nos voUes» le jour baissait, Sainte*Hélène se perdait à Fhorizon, nous saluâmes une dernière fois cet horrible écueil, et nous cherchâmes chacun un peu d*espace où nous pussions reposer. La chose n*était pas facile, les caisses couvraient le pont de la poupe à la proue» ce n'était que meubles, que ballots, et Hudson avait encore jeté sur ce faible bâtiment, qui n'était pas de l'échantillon d'une, corvette, deux cents soldats qu'il envoyait en Europe* L'on fut obligé de se blottir au pied des mâts, sur les affûts, partout où l'on pouvait appuyer sa tête.
Nous avions dépassé le tropique, atteint l'équateur; le ciel brillant, azuré, facile, rendait cet entassement moins cruel. Nous ne tardâmes pas néanmoins à en ressentir les effets. Les douleurs abdominales se manifestèrent bientôt, les flux de ventre se déclarèrent ; nous fûmes menacés de tous les ravages que la dy^senterie exerce à cette latitude. Nous redoublâmes de soins, nous Ames usage de médicamens, de bains d'eau J
salée ; nous réussîmes à les arrêter ; nous ne perdîmes que quelques soldats.
Nous avions échappé aux maladies, mais notre voyage se prolongeait ; nos volailles avaient péri, nous n'avions plus de viande fraîche j Peau, les provisions allaient se trouver à bout, lorsque nous aperçûmes les Açores. Nous étions accablés de chaleur et de fatigue; c'était la première station que nous rencontrions; nous priâmes le capitaine de mettre en panne, et de nous faire acheter quelques comestibles. H avait ordre de ne pas prendre terre; nous n'étions plus qu'à dix journées de Portsmouth, il refusa* Madame Bertrand était toujours soulSrante, ne se remettait qu'avec peine de la maladie qu'elle avait faite à bord; nous insistâmes ; mais il y avait encore de la viande salée, un peu d'eau, nous pouvions attendre, il allait forcer de voiles* Nous forçâmes en effet. Lé ciel s'était obscurci, le vent était impétueux, la mer soulevée par les orages ; nous filions jusqu'à neuf, onze, douze nœuds à l'heure. Cette tempête nous fut fatale ; elle couvrit d'eau deux caisses oh nous cultivions les branches de saule que nous avions cueillies sur le tombeau de l'Empereur, et4es fit périr.
L'Afrique était dépassée. Nous étions en Europe, dans les limites qu'avait indiquées Napoléon. Ses exécuteurs testamentaires prirent connaissance de ses dernières dispositions. Elles devaient rester dans le cœur de ceux qu'elles intéressent; mais TAngleterre, où Ton fait profit de tout, les a livrées pour un schelling. Elles sont publiques ; je puis sans inconvenance les consigner ici.