‹ Derniers momens de Napoléon (volume 2)Chapitre 28 sur 38 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

fS6 DERNIERS MOMENS

7^« A mon aide-de-camp Corbineau, cinquante mille francs.

8^. A mon aide-de-camp Cafl&relli, cinquante mille francs.

9°. A mon aide-de-camp Dejean, cinquante mille francs.

10^. A Percy, chirurgien en chef à Waterloo^ cinquante mille francs.

1 P. Cinquante mille francs^ savoir :

Dix mille francs à Piéron, mon maîtred'hôtel.

Dix mille francs à Saint Denis, vam premier chasseur.

Dix mille francs àlSIoverraz.

Dix mille francs à Cursot, mon maître d'office.

Dix mille francs à Archambaud, mon piqueur.

ISP. Au Baron Menneval, cinquante mille francs.

13^. Au Duc d'Istrie, fils ^ Bessières, cinquante mille francs.

14^. A la fiUe de Duroc, cinquante mille francs.

15®. Aux enfans de Labédoyère, cinquante mille francs.

16®. Aux enfans de Mouton Duvernet, cinquante mille francs.

17^« Aux enfans du brave et vertueux Général Travot, cinquante mille francs.

18®. Aux enfans de Chartrand, ciniiuante mille francs.

19®. Au Général Cambrone, cinquante mille francs.

20^. Au Général Lefèvre Desnouettes, cinquante mille francs.

21^. Four être répartis entre les proscrits qui errent en pays étrangers^ Français, ou Italiens, ou Belges, ou Hollandais, ou Espagnols, ou dis départemens du Rhin, sur ordonnances de mes exécuteurs testamentaires, cent mille francs.

22^ Pour être répartis entre les amputés on blessés grièvement de Ligni, Waterloo, encore vivans, sur des états dressés par mes exécuteurs testamentaires, auxquels seront adjoints Cambrone, Larrey, Percy, et Emmery, il sera donné double à la garde, quadruple à ceux de Tîle d'Elbe, deux cent mille francs*

Ce codicille est écrit entièrement de ma propre main, signé et scellé de mes armes.

Napoléon.

Ce 94 Avril, 1821, à Longwood.

Ceci est un troisième Codicille a mon testament du 15 Avril.

1^. Parmi les diamans de la couronne qui furent remis en 1814, il s'en trouvait pour cinq à six cent mille francs qui n'en étaient pas, et faisaient partie de mon avoir particulier ; on les fera rentrer pour acquitter mes legs*

£^. «Tavais chez le banquier Torlonia de Rome deux à trois cents mille francs en lettres de change, produits de mes revenus de l'île d'Elbe, depuis 1815; le Sieur de la Perruse, quoiqu'il ne fût plus mon trésorier, et n'eût pas de caractère, à tiré à lui cette somme ; on la lui fera restituer.

3^ Je lègue au Duc d'Istrie trois cent mille francs, dont seulement cent mille francs réversibles à la veuve, si le Duc était mort lors de l'exécution du legs. Je désire.

230 DERNIERS MOMfiNS

si cela n*a aucun inconvénient, que le Duc épouse la fille de Duroc.

4P. Je lègue à la Duchesse de Frioul, fille de Duroc, deux cent mille francs \ si elle était morte avant Texécution du legs, il ne sera rien donné à la mère.

5^. Je lègue au Général Rigaud, celui qui a été proscrit, cent mille francs.

6^. Je lègue à Boisnod^ commissaire ordonnateur, cent mille francs.

7^* Je lègue aux enfans du Général Letort, tué dans la campagne de 1815, cent mille francs.

8^. Ces huit cent mille francs de legs seront comme s*ils étaient portés à la suite de Tarticle 36 de mon testament, ce qui porterait à six millions quatre cent mille francs la somme des legs dont je dispose par mon testament, sans comprendre les donations faîtes par mon second codicille.

OiS NAPOLÉON. SSl

Ceci est écrit de aia propre main, signé et scellé de mes armes.

(Sceau.) Napoléon.

Au dos.

Ceci est mon troisième codicille à mon testament, tout entier écrit de ma main, signé et scellé de mes armes.

Sera ouvert le même jour, et immédiatement après Pouverture de mon testament*

NAPOlfÉON.

Ce 24 Avrils 182 1> Loiigwood.

Ceci est un quatrième CodidUe à mon testament*

Par les dispositions que nous avons faites précédemment, nous n'avons pas rempli toutes nos obligations, ce qui nous a décidé à faire ce quatrième codicille.

232 DERNIERS MOMBNS

1^. Nous léguons au fils, ou petits-fils du Baron Dutheil^ lieutenant-général d*artillerie, ancien seigneur de Saint- André, qui a commandé Técole d*Auxonne avant la révolution, la somme de 100,000 (cent mille francs) comme souvenir de reconnaissance pour les soins que ce brave général a pris de nous, lorsque nous étions comme lieutenant et capitaine sous ses ordres.

^. Idem, au fils, ou petit-fils du Général Dugomier, qui a commandé en chef Tarmée de Toulon, la somme de cent mille francs (100,000); nous avons, sous ses ordres, dirigé ce siège, et commandé Tartillerie; c'est un témoignage de souvenir pour les marques d'estime, d'affection, et d'amitié, que nous a donné ce brave et intrépide général.

3^. Idem. Nous léguons cent mille francs (100,000) aux fils ou petits-fils du député à la Convention, Gasparin, représentant du peuple à l'armée dé Toulon, pour avoir protégé et sanctionné de son autorité, le plan que nous avons donné, qui a valu la

prise de cette ville, et iquî était contraire à celui envoyé par le comité de salut public.

Gasparin nous a mis par sa protection à Tabri des persécutions de l'ignorance des état majors qui commandaient Tarmée avant Tarrivée de mon ami Dugomier.

4fi. Idem. Nous léguons cent mille francs (100,000) à la veuve, fils, ou petits-fils de notre aide de camp Muiron, tué à nos cotés à Arcole nous couvrant de son corps.

5*. Idem, (10,000) dix mille francs au sous-ofiicier Cantillon, qui a essuyé un procès comme prévenu d'avoir voulu assassiner Lord Wellington, ce dont il a été déclaré innocent. Cantillon avait autant de droit d'assassiner cet oligarque, que celui-ci de m*envoyer pour périr sur le rocher de Sainte- Hélène. Wellington, qui a proposé cet attentat, cherchait à le justifier sur l'intérêt de la Grande-Bretagne. Cantillon, si vraiment il eût assassiné le lord, se serait couvert, et aurait été justifié par les mêmes motifs/ rintérêt de la France, de se défaire d'un général qui d'ailleurs avait violé la

234 DERNIERS MOMBNS

capitulation de F^ris, et parJà 8*était rendu responsable du sang des martyrs Ney^ La* bédoyère, etc. etc.» et du crime d'avoir dépouillé les Musées, contre le texte des traités.

6*. Ces 400|000 fr. (auatre cent mille francs) seront ajoutés aux^six millions quatre cent mille francs dont nous avons dis* posé» et porteront nos legs à six millions huit cent dix mille francs ; ces quatre cent dix mille francs doivent être considérés comme faisant partie de notre testament, article 85, et suivre en tout le même sort que les autres legs.

7^. Les neuf mille livres sterling que nous avons donnés au comte et à la comtesse Montholon» doivent, s'ils ont été soldés»

être déduits» et portés en compte sur les Içgs que nous lui faisons par nos testameos; s'ils n'ont pas été acquittés» nos billets se* ront annulés.

8^. Moyennant le legs fait par notre testament au comte Montholon» la pension de

Dfi NAPaLJBON. 235

vingt raille fraacs accordée à sa femme, est annulée; le comte Montholon est chargé de la lui payer.

9^. Uadministration d'une pareille succession, jusqu'à son entière liquidation, exigeant des frais de bureau, de courses, de missions, de consultations, de plaidoiries, nous entendons que nos exécuteurs testamentaires retiendront trois pour cent sur tous les legs, soit sur les six millions huit cent mille francs, soit sur les sommes portées dans les codicilles, soit sur les deux cent millions de francs du domaine privé,

10®. Les sommes provenant de ces retenues seront déposées dans les mains d*un trésorier, et dépensées sur mandat de nos exécuteurs testamentaires.

11®. $i les sommes provenant desdites retenues n'étaient pas suffisantes pour pourvoir aux frais, il y sera pourvu aux dépens des trois exécuteurs testamentaires et du trésorier, chacun dans la proportion du legs

que nous leur avons fait par notre testa* ment et codicille.

12^. Si les sommes provenant des susdites retenues sont au-dessus des besoins^ le restant sera partagé entre nos trois exécuteurs testamentaires et le trésorier, dans le rapport de leurs legs respectifs.

13^. Nous nommons le comte Las Cases^ et à son défaut» son fils, et à son défaut, le Général Drouot, trésorier.

Ce présent codicille est entièrement écrit de notre main, signé et scellé de nos armes.

Napoléon.

Première lettre. — A. M. Lafttte.

Monsieur Lafitte, je vous ai remis en 1815, au moment de mon départ de Paris, une somme de près de six millions, dont vous m'avez donné un double reçu j j'ai annulé un des reçus, et je charge le comte de Montholon de vous présenter l'autre

reçu, pour que vous ayez à lui remettre, après ma mort, ladite somme, avec les intérêts, à raison de cinq pour cent, à dater du premier juillet 1815, en défalquant les paiements dont vous avez été chargé en vertu d'ordres de moi.

Je désire que la liquidation de votre compte soit arrêtée d'accord entre vous, le comte Montholon, le comte Bertrand, et le sieur Marchand, et, cette liquidation réglée, je vous donne, par la présente, décharge entière et absolue de ladite somme.

Je vous ai également remis une boite contenant mon médailler ; je vous prie de le remettre au comte Montholon.

Cette lettre n'étant à autre fin, je prie Dieu, Monsieilr Lafitte, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.

Napoléon.

Longwood, lie Sainte Hélène, ce 25 Avril 18<21.

338 DERNIBRS MOMENS

Seconde lettre. — A M. le baron Lo'

bouillerie.

Monsieur le baron Labouillerie, trésorier de mon domaine privé, je vous prie d'en remettre le compte et le montant^ après ma mort, au comte Montholon, que j*ai chargé de Texécution de mon testament.

Cette lettre n'étant à autre fin, je prie Dieu, Monsieur le baron Labouillerie, qu*il vous ait en sa sainte et digne garde.

Napoléon.

LoDgwood, île Sainte-Hélène, ce 25 Avril 1821.

La tempête avait cessé, il ventait frais ; nous fûmes bientôt en vue de la côte, nous découvrîmes l'île de Wight, Portsmouth, et la rade de Spithead, où nous jetâmes Tancre le SI Juillet, après soixante-cinq jours d'une pénible traversée. UoflBicier chargé

des dépêches d'Hudson partit immédiatement pour Londres; nous» nous fômes consignés à bord. Le roi d'Angleterre pa* radait à quelque distance, les vaisseaux tiraient, les forts répondaient ; c'étaient des salves^ des détonations au milieu desquelles notre Chameau ne s*épargnait pas. Les coups se succédaient sans interiiiption» nous étions déchirés, abasourdis, nous maudissions la fête, lorsque nous vîmes Tescadre diriger sur nous. Elle escortait Georges, qui s'approcha, nous longea et dépécha trois personnes de sa suite pour nous féliciter. Après les complimens succédèrent lés questions ; on s'attendrit sur la mort de Napoléon ; on voulait en connaître les particularités, les circonstances les plus légères ; j'étais son médecin, je fus accablé de caresses et d'égards; mais j'apercevais le rivage d'où étaient partis les ordres de mort ; je n'étais pas disposé aux confidences. Enfin, après trois jours de réclusion, on nous notifia que nous pouvions descendre à terre, que nous étions libres, que nous pouvions aller où nous voulions, mais que nous étions sous le coup de Yalien UU. Que

m*iinportaît ? ce que j*avais vu de T Angleterre ne me donnait pas la tentation d*y vivre} ses lois, ses mesures sauvages m'inquiétaient peu.

Nous débarquâmes, les cloches sonnaient, la population accourait au rivage ; nous fûmes entourés, pressés, accueillis avec l'emportement d*un peuple qui répudiait l'attentat que nous plexurions. Je partis le surlendemain pour Londres, où j'arrivai le même jour ; je donnai avis de mon retour à Madame Mère, et me rendis à l'invitation du Conseil qui m'avait mandé. Il désirait avoir des renseignemens sur le climat de Sainte-Hélène. Je le satisfis. ^^ Et Longwood ? l'exposition en était bonne ? — Affreuse ; froide, chaude, sèche, humide } elle confondait tous les extrêmes, elle les assemblait vingt fois le jour. — Elle n'a pas eu d'influence sur la santé du Général Bonaparte? — ^EUe Ta mis au tombeau. — Comment cela? Il a succombé à une affection héréditaire. — Les hérédités sont des chimères que la médecine désavoue ; c'est la latitude qui l'a emporté. — Vous le

croyez?— J'en suis convaincu.— Mais son père? — Sou père est mort d'un squirre au pylore, et lui à la suite d'une gastrohépatite chronique. Ses affections ne lui avaient pas plus été transmises que son génie, tout résidait en lui.— La même maladie ne Feût pas atteint en Europe ?— Elle n'est endémique qu'à la latitude de Sainte- Hélène.— Si on l'avait changé de lieu ?— Il vivrait encore.— Même lorsque le déplacement ne se fût effectué que dans les derniers mois? — Même alors, sa constitution était forte ; il a fallu au climat deux ans pour la détruire. — L'ulcère ne datait que de cette époque ?— Il ne remontait pas plus haut. — Fâcheux ! — Fâcheux 1 —Mais le repos du monde en dépendait. — Cependant — Eh ! oui, dit un membre du

conseil, il eût encore bouleversé l'Europe, s'il eût pu la toucher.— La question politique n'est pas de ma compétence, mais il y avait des stations aussi sûres et moins malsaines.— Qui savait que Sainte-Hélène fût aussi insalubre? — Le Parlement, la Société royale, tout le monde. Les tables de la mortalité sont partout ; elles attestent

TOMX II. R

9Aâ DERKIBE8 MOMENS

que personne n*y touche à quarante ans sans que la mort, la nullité morale, ne le saisissent.** Cette réponse blessa un des membres du conseil. ^^Quel mal, après tout, que la mort du Général Bonaparte?

elle nous délivre d*un ennemi implacable, et le tire d'une situation pénible dont il ne fût jamais sorti. — Ce n'est pas là, lui r^liquai-je, les assurances que nous donnait le gouverneur. — Le gouverneur! Le gouverneur! — V. Ex. ne lui rend pas justice; c'était l'homme de ses instructions. — Que ne faisaât*il alors jeter le corps de Bonaparte dans la chaux? l'idole eût été complètement détruite : nous en eussions eu plus tôt fait"

S. Ex. s*était mise à nu ; je n'avais plus rien à dire, je me retirai. J'avais la mesure de l'antipathie ministérielle, je croyais que** l'avait feit passer dans l'âme de ses agens.

Je me trompais: un d*entre eux m*avait suivi de Sainte-Hélène, à Londres, dans Tes^oir de s'emparer du masque de Napoléon^ et avait exposé une plainte portant que» farmi les effets du Comte Bertrand^ et

DA NAPOtéoir. S4SS

dans la maison même quHl habitait ^ sis Mm^ voit un buste en plâtre d» Oénéral Bernai parie ^ilm appartenait^ et que pourtant le comte et la comtesse retenaient avec cbsti^ nation. En conséqueaee, il fht autorisa à emplbyer la force armée, et à s'en sai9ir ; le grand maréchal accourut, le commissaire dfe police, instruit de l'espèce de propriété qu'avait Burton, retira l'autorisation qu'il avait donnée ; je restai possesseur du masque que je conserve religieusement. L'autorité s'était récusée, on eut recours aux offres. On me proposait 6^000 liv. sterling, si je voulais le céder,, et n'en garder qu^une copie^ mais je me proposais d'en préiseiltet Une à Madame Mère ; je voulais^ en garder uncj je refusai.

La légation Française m'avait délivré un passe-port^ je fis suri-le^ehamp m^s^disposi^ tiens pour me rendre à> Rome/ Je quittai liondte», j'arrivai à Dôuvrot'^ à Garais)' à Pâoîi^ où je mep présentai à Fambassade Au^ tiichienne qui me refusa son visa« Jer n'en continuai pas^ moins' mon voyage, moiia la poKo0 m^^tendàit au piedi des monts ;

244 DERNIERS MOMBN8

c'étaient des commissaires, des inspecteurs, des délégués ; que sais-je ? il y en avait de toutes les dénominations et de toutes les sortes. Le premier entre les mains duquel je tombai, fut le génie tutélaire de Chambéri. Il s'excusa, questionna, fureta, ne laissa pas un de mes effets qu'il ne Teût tenu pièce à pièce ; il était désolé de cette perquisition sévère, mais c'était Tusage^ et puis il voyait bien que je n'étais pas un factieux ; il pouvait se conformer aux ordres qu'il avait reçus sans compromettre la bienveillance qu'il se sentait pour moi. Malheureusement il aperçut dans la chaleur de son homélie une lettre ouverte que je portais de Londres à Turin ; il la lut, la trouva mystérieuse, à sens caché ; il en était navré, mais il ne pouvait se dispenser de l'envoyer au ministre. Je l'abandonnai à àes visions, et regagnai l'hôtel; j'y arrivais à peine, qu'il me mandait déjà; il fouilla, dépeça encore, et trouva je ne sais plus quels calculs algébriques. Pour le coup il n'y tint plus ; la conspiration était patente ; je ne pouvais le nier, il en avait la preuve. J'eus beau protester qu'il n'en était rien, que ce»

signes étaient connus^ usités ; que les sciences • • ••*-*** Fouilli aux révolutionnaires. Respectez le serviteur du roi. — Comment foffensai-je ? — Par des propos qu'il ne doit pas entendre. — Quoi ! que voulez*vous dire?

— -^Que la rébellion n'a pas assez fouillé la terre, qu'elle peut y puiser encore de quoi, ébranler les trônes, disperser la Ijégitimité } affronter^ battre l'Europe ! — Moi!: — ^Vous! — Je n'y songeais pas. — A quoi songez-vous donc? que vous proposez- vous? De franchir les monts au plus vite, d'arriver à Turin.— Vous pensez que jel'ignore ?— Comment?q|«e voulez-vous dire ?— Que je sais tout. AUoiiSy avouez ; au point où vous en êtes ; il n'y a que* la franchise qui puisse vous sauver ; quel est cetX? — Quel X? — Celui que vous allez séduire, entraîner. — Qui, moi?— Vous." Il déroula le lambeau où étaient les calculs : — Quel est cet X ? — L'inconnue. — ^Vous vous moquez, monsieur; écrivez qu'il se moque.

" Le secrétaire écrivit ; l'homme de police continua : /' Ma correspondance m'avait rais au fait, je savais tout avant que vous arrivassiez, c'est monsieur ***> n'est-ce pas?" J'étais étonné, stupéfait, de l'affreuse indus-

94$ BSltNISW MOMS1I8

tfi^ de cet hommej M prk mon Mtence prar we fi9pèce d'i^^u» et me pressa d^autaot pliw; :U àvailt deviné du premier coQpt il eoiwiimait les iactiisiii^, il les surveiUsit, les «Btomrà; de pi^s, â n'y en avait pas uu dont il ne pût dire les espérances et les pr^ j^ts* Mais coipQcient pouvaîs-je m'assoder ^ P99 complots ? on m'avait abusé, trompé»

il et^it disposé à faù^e la part de rage» de Twe^Lpérience s il voulait me ménager une iwup^ ipais il f»UAÎt tout dire» tont avouer f quels étaieqt ce9 ]!C» Y» Z? Four X, il le touchait ail doigt ; cependant il étoit bien ^se d'apprendre de moi qu'il avait renciontré yf§tef D'ailleurs il éfeiit arrêté.-—** X ï^^ La nuit passée» quatre car^iMniers • f ,— l'ont saisi ? — enlevé» jeté à 1» citadelle. Y et Z $on^ sûrepaent en fuite^-^-Vous croyea i -r--]^t ne peuvei^t échapper. — CcHBment cçlf . ? — ^J'ai d^êch^ 4 Milan» envoyé à Bologi^^ £h bien !" Il épiut le jeu de w»

%ure* " Pevinîv-je ?**r-F4rf^teo9^t»~*Y»

c'e^ ♦♦* ?-^Non.-n-NoB» nop» p'eçt *♦♦ que j e voulais dire ; et ce ^» vous pensez p^iltêtre» parce qu'il est plus éloigné» que je ne l'aperçois pas? Yops vqm trompiez ;

c*e8t . . Allons, conveAez-en. — Qiiî ?-*-Vous savez, cet homme. • .Comment ! il a une blessure, je ne me trompe pas, une envie au front ? — ^Du tout, rien ; mais c'est trop pro^ Ibager vos surprises ; transfcM'mer un pro-* bl^e en conspiration! voir des ccmjurés dans des X, des Y, chercher à me surprendre ' des noms ! Allez, Monsieur Roassio ; on est moins indigue au coin d'un, bois/' Je gag?

nai la porte, on ne s'y opposa pas, je me retirai ; mais je n'étais pas à l'hôtel, que ses sbires me cherchaient déjà : je les suivia :

je fus conduit devant le commissaire. qui,, tout méditatif^ tenait à la main la lettre qu'il m'avait prise. *^ Je l'ai trouvée, je la tiens, " elle est là ; oui, j'ai la clef, les deux pièces s'expliquent Tune l'autre ; allons, monsieur, une dernière fois, voulez-vous avouer ?— Quoi ? — Le complot dont j'ai la preuve ?

Le projet, la corruption dont vous avez écrit Taveu* — Moi! — ^Vous, lisez: reste à détenmner JT, Z ; ils hésitent donc encwre, c'est pour les entraîner, les corrompre, que vous voulez arriver à eux ?— Allons, mon* sieur, c'est aussi trop abuser du pouvoir !

imaginer des conspirations à propos d*un

248 DERNIERS MOSCBNS

exercice de collège! — ^De collège !'— Eh !

dans doutc-^-Vous vous oubliez, monsieur, vous cherchez à en imposer à un magistrat.

Il n*est pas question de cela dans les coU léges. Je n'en ai jamais ouï parler. Pourquoi êtes-vous allé à Sainte-Hélène ?— Parce que cela me convenait.— Qu'y faisiez-vous ?

—Je m'y exerçais à la patience ; c'est une vertu nécessaire avec la police, le ciel y avait pourvu. — ^Votfs viviez sous la surveillance d'un de ses magistrats ? — Qui les valait tous. — Tous, c'est beaucoup dire. — Non, vous ne voyez qu'une conspiration dans la lettre ; Read en eût découvert dix par ligne. — Oh ! — Oui. — Habile homme. — ^Véritable Œdipe ! — Sans lui ! — Sans vous ! — Je serais . . . — Sans égal, et lui sans pareil. C'est tout, je me retire ; au revoir." Le commissaire me fit^n signe de tête, me rappela une heure après, me renvoya^ me rappela encore, me fit lever cinq fois dans le même nuit, et ne me donna qu'après neuf heures de délibération, un visa qui m'obligeait de descendre à Turin au ministère de la police.

DE NAPaLBON. 249

Heureusement on n'y éprouva pas les anxiétés du commissaire ; mais c'était partie remise, je devais passer par Bofiàlora ; yy trouvai un inspecteur qui m'interrogea ; tourmenta, menaça, et ne m'accorda, qu'après une négociation orageuse, ce poli visa:

*' Bu&lora, le 19 Octobre 18S1.

*' Fii et approuvé pour la continuation du voyage à Rome, pourvu que le porteur suive la route de Mqjente à Milan, et soit sorti des provinces Lombardes dans Vespace de deux jours appréciables, à compter de celui-^i.

Signé, ** Lellï,

Inspecteur de la Police à Boffalora."

Je me conformai à Pitinéraire de l'inspecteur, je n'en pus faire autant pour l'évacuation qu'il me prescrivait. Le temps était affreux ; le gouverneur à la campagne, force me fut d'attendre ; mais ma présence compromettait la sûreté publique, on dépêcha un courrier au magistrat qui donna des ordres pour que je fusse interrogé, éloigné.

t50 DSBMUM MOMBKS

que je ne testasse pas une iienre de plus dans la capitale* Je fus mandée questionné, tourmenté de mille manières, je tombai enfin dans les mains d*un homme moins sau* vage que son chef. Il m*accorda le reste de la journée» et écrivit sur mon passeport le visa qui suit :

'' Milan, 14 Octobre ISSl.

^' Fue à la direction impériale et royale de police. Bon pour continuer le voyage jusqu'à Rome, en suivant la route de Florence, et partant de Milan dans la journée même.

Signé, '' MoRELLi, délégué.'*

Le temps était horrible, la décision peu courtoise, mais je m'attendais à pisj je ne discutai pas, j'allai, je courus toute la nuit, et arrivai à Parme le lendemain matin. Le major des dragons, le Chevalier Rossi, que j*avais connu avant mon départ pour Sainte- Hélène, eut la complaisance de me présenter au compte Neipperg, qui m'accueillît et m'adressa une foule de questions sur la

mfila4w et la mort de PEmpereur. Je àé^ sirais donner le» mdmes détails à Tkapéra* trice, et lui remettre une lettre que lui adress^ent les Comtes Bertrand et Mon« tholon ; je priai son excellence de m*obtenir une audience de sa majesté : '' Je ne puis, me repondit*il ; la nouvelle de votre arrivée n'a f^it qu'accroître la douleur de l' Arehidudiesse; elle se plaint, elle gémit, elle n'est pas en état de vous recevoir : mais je vous offre de vous servir d'intermédiaire; je lui transmettrai ce que vous me confierez dé vive voix, et lui présenterai la lettre, a vous ne craignez pas qu'elle passe dans mes mains* *^ «Tétais loin d'avoir de la défiance, et, en eussé-je eu, la bienveillance qu'il me témoignait l'eût bannie. Je lui remis la lettre, U sortit, revint au bput d'un instant : Sa ipajesté en à piis lecture ; elle regrette vivement d'être hors d'état de vous recevoir, mais elle ne le peut Elle accueille avec transport les dernières volontés de Napoléon à votre égard, cependant elle a besoin, avant de les exécuter, de les soumettre À son auguste père* Vous les con-

S52 DERNI£itS MÔMKNS

naissez. — Je les connais. — N*imp(nrte, je vais vous en donner lecture.

'* Londres, 12 Septembre, 1821.

*' Madame^

** Le Docteur Antommarchi^ qui aura rhonneur de remettre cette lettre à votre majesté, a soigné rEmpereur, votre auguste époux^ durant la maladie à laquelle il a succombé*

*^ Dans ses derniers momens, TËmpereur nous a chargés de faire connaître à votre majesté qu'il la priait de faire payer à M.

Antommarchi une pension viagère de six mille francs, en récompense de ses services à Sainte-Hélène, et qu'il désirait qu'elle rattachât à sa maison comme chirurgien ordinaire, ainsi que M. TAbbé Vignali en qualité d'aumônier, jusqu'à la majorité de son fils, époque à laquelle il désire qu'il lui soit attaché.

" Nous croyons. Madame, remplir, un dernier devoir envers l'Empereur, en trans-

mettant à votre majesté les dernières volontés qu'il nous a plusieurs fois réitérées.

** Nous avons l'honneur d'être. Madame, de votre majesté,

" Les très-humbles

^' Et très-obéissans serviteurs,

" Le Comte Bertrand.

** Le Comte Montholon.**

Il m'assura ensuite, à divers reprises, de la bienveillance et de la satisfaction de Timpératrice, au nom de laquelle il m'offrit une bague, que je conserve précieusement*

Toutes les personnes attachées au palais étaient en grand deuil ; je laissi percer ma surprise. *' Comment me dit son excellence, vous ignorez que c'est par l'ordre exprès de l'archiduchesse? La funeste nouvelle lui fut donnée par le Prince de Metternich ; elle en fut consternée, abattue ; elle voulut associer toute la cour à sa douleur, que cha*

S54 DCRNWRS MOBfENS

cun dottitftf des regrets à celui qu^dle pleurait. Elle décida que le deufl serait de trots mois, qu*on ferait un service solennel, quVn un mot un ne négligerait aucune des cérémonies que la piété de ceux qui vivent consacre à ceux qui ne sont plus. Elle y as sistait elle-même^ elle se plaisait à rendre à Napoléon mort le culte qu'elle lui avait voué pendant sa vie.-^Et le prince ? — Va à merveille. — Il est fort ? — D'une santé à toute épreuve. — D'espérance ? — Il étincelle de génie ; jamais enfant me promit tant. — Il est confié à d'habiles mains? — A deux hommes de la plus haute capacité^ deux Italiens qui hii donnent à la fois une édtica lion brillante et solide. Chéri de toute la famille impériale, il Fest surtout de TIëbût pereur, du Prince Charles, qui le surveille avec une sollicitude sans égale.** Nous étions debout^ son excellence y avait mis une bienveillance infinie ; je n'osais pousser plus loin mes questions. Il s'en chargea :

** Savez-vous, me dit-il, de qui sont les ta*blëaux qui semblent fixer votre attention f — Je l'ignore, mais ilsr sont ^un fini, d\me touche . . . — Qui n'appartiennent qu*â PSm-

pératrice : ces jolis paysages sont dus à son gracieux pinceau." Je me rappelai qu'en effet Napoléon m*avait souvent parlé de la perfection dont elle peignait le paysage. Je rejoignis le Chevalier Rossi ; et, la nuit venue, nous allâmes au spectacle ; sa loge était en face de celle de Marie-Louise, on jouait le Cenerentola; je savourais cette délicieuse musique, qu'exécutait le premier orchestre de l'Italie, lorsque l'impératrice parut. Ce n'était plus ce luxe de santé, cette brillante fraîcheur dont Napoléon m'entretenait si souvent ; maigre, abattue»

défaite, elle portait les traces de chagrins qu'elle avait essuyés. Elle ne fit pour ainsi dire qu'apparaître ; mais je l'avais vue, cela me suffisait*

Je me remis en route, j'arrivai à Florence, où je fus présenté au grand-duc, qui m'adressa une foule de questions sur Sainte- Hélène ; à Rome, oii je fus admis à une audience du Cardinal Fesch, qui ne m*en fit pas une ;

J*écrivia au Comte de Sahit-Leu, il était

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trop affligé pour me recevoir ! je n'y pensai plus; à la Princesse Pauline, qui quoique souffrante, ne m*en admit pas moins, voulut tout savoir, tout connaître, montra la plus vive sensibilité au récit des outrages et des angoises qu'avait endurés Napoléon. L'émotion de Madame Mère fut encore plus grande; je fus obligé d'user de réserve, d'employer des ménageraens, de ne lui dire en un mot qu'une partie des choses dont j'avais été témoin, A une seconde visite, sa douleur était plus résignée, plus calme ; j'entrai dans quelques détails qui furent souvent interrompus par des sanglots. Je m'arrêtais, mais cette malheureuse mère séchait ses larmes, et recommençait ses questions. Le courage et la douleur étaient aux prises, jamais déchirement aussi cruel.

Je la revis une troisième fois ; elle me prodigua des témoignages de bienveillance et de satisfaction, et m'offrit un diamant qui ne me quittera jamais : il me vient de la mère de l'Empereur.

Je regagnai Florence; Canino était à quelque distance : j'y descendis, je fus ac-

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cuelli^ accablé d*égards, de questions ; la mort de Napoléon y était vivement sentie.

Je continuai ; j'arrivai à Florence, où je fîis arrêté quelques jours par un conflit de prétentions assez bizarres^ relativement à Touvrage anatomique de Mascagni *•

Mes offres étaient repoussées, il ne me restait qu'à me remettre en route ; je le fis, je gagnai Parme> où je fus encore une fois présenté au Comte Neipperg. Son excellence me renouvela l'assurance de la satisfaction de l'Impératrice, et me jemit pour l'Ambassade d'Autriche en France, une lettre où cette Princesse exprimait avec bonté ses intentions bienveillantes pour le médecin de son époux, dont elle voulait remplir les dernières volontés. Je rendis moi-même la dépêche au Baron Vincent, qui eut la complaisance de m'en faire connaître le contenu.

J'avais eu un procès à Florence, je ne trouvai que discussions lorsque j^arrivai à

* Nous faisons grâce de ce récit au lecteur anglais.

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