TOME r. M
IQZ DERNIERS MOMENS
payions tout esk argent comptant. Voilà les louis Français revenus, disaient-ils: Ecco i luigi di Francia tomati T'
" L'église de Notre-Dame de Lorette ser^vait de caserne à un corps Turc ; je n'eus pas beaucoup de peine à ranger les Italiens de mon côté* Je leur dis; Les Autrichiens se disent les défenseiu^ de votre religion, et ils vous amènent un régiment d'Anglais, de ces gens qui brûlent le Pape une fois l'an, des légions de Russes hérétiques, et schisn^atiques depuis le quinzième siècle, et, pour couronner Toeuvre, des Turcs, des Mafaométans, race d'infidèles ; tandis que moi, je suis Catholique ; j'ai combattu contre les Turcs, je suis presque un croisé.
*^ Je donnai à plusieurs prêtres des emplois dans le gouvernement de la république Cisalpine ; les prêtres Italiens sont tolërans ; ils ne forment pas un corps séparés et puissant»
comme autrefois le clergé de France ; d'ailleurs, accoutumés à voir le pays envahi deux fois chaque siècle» ils lèvent la main aussi souvent qu'on le veut ; ils font tous les ser^ mens que vous exigez d'eu^ : je les trouvai enfin tels qu'il me les fallait.
'^ En Italie, je mje suis servi de quelques
Dfi KAPOLÉOl^. ' I6d
prêtres ; en Egypte^ j*^|i a^fais rempli Padmi* iiistration. Nous ne savions pas parler la langue du pays ; nous avions besoin d^inter«mëdiaires entre fK>us et le peuple ; leur caractère et leurs richesses leur donnaient une ceritatne influence; d'ailleuis ce sont des pol^ trons qui ne connaissent pas l'usage des armes^ et ne savent pas monter à cheval.^*
S* Octobre.
8 heures a. m. — Fièvre, légère douleur à la tête i TEmpereur ne peut dormir. Le mal continue. — Pédiluves.* — Lavemens simples.
25 Octobre.
8 heures a. m. — La nuit a été meilleure; la fièvre s^est terminée par un sueur abondante. L'Empereur se trouve, mieux.
n était sur «on texte ordinaire. Il me parlait de la Corse, de ses montagnes, des instans de bonlieur qu'il y avait passés. Il en vint à Paoli. ^* C'était un bien grand homme que Paoli ; il m'aimait, je l'aimais ; il nous chérissait tous. Nous étions a Corté quand il prit la funeste résolution de faire passer la Corse sous la domination des Anglais. Il
m'en fit d'abord un mystère ; Gentili ne m'en parla pas non plus. Quelques mots lâchés par méprise me donnèrent Téveil ; je récapitulai ce que j'avais vu, entendu ; je ne doutai plus de leur dessein. Nous étions loin de compte ; je m'en expliquai plusieurs fois d'une manière indirecte. Je commandais un corps de gardes nationales ; il fallut bien me mettre dans la confidence. Ils ne désespéraient pas d'ailleurs de triompher de mes idées, de mon antipathie ; ils me proposèrent d'agir de concert avec eux. Je n'avais garde ; je ne respirais que la France, je ne voulais pas débuter par la trahir. Mais il fallait échapper, gagner du temps ; je demandai à réfléchir. L'amitié de Paoli m'était chère ; il m'en coûtait de rompre avec lui ; mais la patrie ! . C'était mon étoile polaire. Je m'éloignai : je gagnai Bocognano. J'y fus atteint par les montagnards, enfermé, gardé par quarante hommes. La position était critique, je trouvai cependant le moyen d'en sortir. Je liai conversation avec un bon homme de capitaine, qui me comblait d'égards, s'excusait, regrettait d'être obligé d'obéir. Il m'invita à prendre l'air ; j'acceptai ; j'envoyai mon domestique se placer à cinq ou six cents pas sur la route, et
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me trouvai tout à coup pressé du besoin d^obéir à la nature. 'Mon 'geôlier le crut, s'éloigna ; j'étais sur mon cheval qu'il n'avait pas tourné la tête. Il cria, beugla, appela aux armes ; mais le vent m'emportait ; j'étais hors d'atteinte avant qu'il eût fait feu ; j'arrivai à Ajaccio, les montagnards étaient sur mes traces; je fus contraint de demander un asile à l'amitié. Barberi me reçut, me conduisit à la côte d'où j'allai à Calvi rejoindre Lacombe Saint- Michel. J'avais échappé aux partis, aux postes, à la police ; on n'avait pu m'atteindrej Paoli était désolé. Il écrivait, se plaignait, menaçait: nous trahissions ses intérêts, ceux de notre patrie ; mes frères et moi nous ne méritions pas les sentimens qu'il nous portait. Nous pouvions revenir cependant, il nous tendait les bras ; mais si nous étions une dernière fois sourds à ses conseils, insensibles à ses offres, il ne ménagerait plus rien. L'exécution fut aussi prompte que la réponse était fière. Il fit main basse sur nos troupeaux, pilla, brûla nos propriétés, saccagea tout. Nous laissâmes faire; nous échauffâmes les patriotes; nous accourûmes au secours ; mais la citadelle était occupée, le feu était roulant, nous ne pûmes débarquer.
166 DERNIERS MOMÎeNS
Nous allâmes mouilleF en face au nord du golfe. Les in8al*gés> nous suivirent ; j avais eu le temps de mettre quelques pièces à terre ; je les couvris de mitraille. Ils revenaient cependant» m*accablaient de reproches^ slndignaient qu'un des leurs combattît pour la France. Ds étaient montés sur les hauteurs»
sur les arbres» partout oh ïk espéraient se i^îre mieux entendre. Je chargeai um coc^ à haciet, j'ajustai et coupai la branche sur laquelle un de ces orateurs était perché. Il tcmbs ; sa chute ^ya la coboe ; elle se dku persa,^ on ne la vit plus» Nous rentrâmes à Calvi; nous essayâmes encore quelques coups de nnÛB qui ne furent pas ta«is à notre désa^ vantage; mais les Anglais avdent pris terre, les m(Hitagnards inondaient là plaine» hous ne pèmes faire tête à Forage;
*^Ma mère, gagna Marseillie. Elle crcrparft j trouver du patriotisme, on accueil digne des sacrifiées qu'elle avait faits ; elle y obtint à peine s&relé. Toiifc avait plié; maprésefice n'était bonne à rien, je quittai la Corse, et tae rendis à I^ris. Les fédérés venaieirt de Kvrer Toulon } l'avenir était gros d evénemens ; je ne désespérai pas d*en voir éclore ûi^ qui #é* tablit nos affîiires. Elles en avaient bôsott^ i
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lès montagnards ]es avaient rainées de fond en comble; elles étaient à jamais perdues sans la révolution. Les maux que nous aviîi faits Faolî ii'avaiënt |m me détacher: je laîmais, je l6 regrettai toujours. Il était grande d'une attitude noble et fièrè^ jparlaii bien, connaissait les Corses^ et exerçait sur eujc une influence illimitée* Aussi habile à saisir Timporlatice d'une position que celle d'une mesture adminiàtfative^ il combattait, gouvernait aved Uâe sagacité, un tact que je n'ai vu qu'à lui. Je raccompagnais dans ses courses pendant la guerre dé la liberté. II m'expliquait» chemin faisant^ les avantagés du terrain que nous parcourions» la manière d'en tirer parti» celle de remédie^ aux accidens qu'il présentait. Je me rappelle qu'un jour nous nous rendions au Port-Neuf à la tête d'un détachement nombreux. Je lui soumis quelques observations sur les idées qu'il avait émises. Il m'écouta avec beau-* coup d'attention, et me regardant fixement dès que j*eus fini : — Oh ! Napoléon, nie dit-il, tu n*es pas de ce siècle, tes sentimens sont ceux des hommes de Plutarque. Courage, tu prendras ton essor. — ^Je le pris en efifet ; mais lui-même fiit obligé de céder à la for-
tune. II se réfugia en Angleterre, oii il vivait à l'époque des expéditions d'Italie et d*Êgypte. Chacune de mes victoires lui donnait le transport ; il célébrait, exaltait mes succès: on eût dit que nous étions encore dans l'intimité où nous avions vécu. Lorsque je fus promu au consulat^ que je parvins à TempirCj ce fut pis encore. Les fêtes^ les dîners, se succédaient l'un à Tautre. Ce n'étaient que cris d'allégresse et de satisfac* tion. Cet enthousiasme déplut au chef de l'état ; Paoli fut mandé. — ^Vos reproches sont justes, lui dit-il, mais Napoléon est un des miens, je l'ai vu croître, je lui ai prédit sa fortune ; voulez-vous que je déteste sa gloire, que je déshérite mon pays de l'honneur qu'il lui fait ? — ^Je portais à ce grand homme tous les sentimens qu'il avait pour moi. Je voulais le rappeler, lui donner une part au pouvoir ; mais les affaires m'accablaient, le temps manqua, il mourut. Je n'eus pas la satisfaction de le rendre témoin de la splendeur qui m'entourait."
26 Octobre.
8 heures, a» m. — Le mieux continue.
De^bâtimens étaient mouillés dans la rade;
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quelques passagers avaient pris terre, et cherchaient à voir l'Empereur. Je les aperçus qui s'avançaient avec Lowe. " Ils viennent de PInde, me dit-il, je voudrais leur faire quelques questions ; mais ce Calabrois m'inspire trop de dégoût, je ne les recevrai pas. Hudson est le Paria de Sainte - Hélène ; ce qu'il voit, ce qu'il touche, il corrompt tout. Cest un mélange d'imbécilité et d'astuce contre lequel je ne sais quelle sorte d'instinct me met en garde. Je ne les verrai pas." Et il -se mit à discourir sur l'Inde. Il l'avait mal attaquée; il la travailla par la Perse ^ ce n'était pas par-là qu'il fallait aller ; mais les aventuriers qu'il avait lancés dans ces parages avaient pactisé avec les présidences, livré les nababs, il ne voulait plus d'eux.
*^ J*eus quelque temps dessein de faire passer deux ou trois milliers de chouans sur la Jumna. Ils le sollicitaient, demandaient Bourmont pour chef. J'eusse fait sagement d'y consentir. Le sang Français est toujours bon en face de l'étranger, j'eusse été débarrassé de ces vieux habitués de discordes, je n'en eusse pas sottement traîné à Waterloo } un grand désastre n'eût pas eu lieuj mais on obéit à son étoile, on ne lui commande
170 DERNIERS JMOMENS
pas. J'ai montré à la Fraoce ce qu'elle pcHi* vait, qu'elle Texécute/'
27 Octobre.
. 8 heures a. M* — L*£inpereùr à pas^é une Biauvaîsel liiiifc ; Tétat général dé sa santé n'en a cependant pas souffert.
" Eh bien, Docteur, tomment me trouveiivous ? sùis-je mieux ?" Il lisait^ me présentait son bras. — ^^ Vôtre majesté n'est du moiw paS' plus mid. -^ Cest que les pilules . . • •" (La boîte étaôt ouverte,; il ù'én avsâfc pas pria.) <^^* Elles ont leur éificaéité.-~Sans doute.— ^ £Ues dégs^ent les huibèurs. — Ab!*-rEUei tiennent le v^iire libre.-^ Assurément^ Elles csit toutes les vertus du monde» me dît-il ett jetamt k fivre. Que diable» Dècteury Vous prêchez les pilules avec plus d^onction qu'on ne parle aujourd'hui de légitimité ; en prér ftez^VQQS Vous-même?" Je riais. "C'est lÂen, je tous enten-di?} avons la harangue et la^ (irôgue au malade, n'estrce pas ? . Teoez» kissoiis vosî remèdes; la vie est une fmte^ resÉe où tA vous ni moi ne voyons rien ; n'e&r traitons pas sa défen^e^ sed moyens valent tâtm que tekit l'aÉtirail de voa pharmiaci&ii
Corvisart en convenait ; vda sak^ pfépara-^ fions ne salrt bonne» à rien. La médecine est un recueil de prescriptions aveugks ^i tuent le pauvre^ réussissent C|.uelqaefois aii ricbe» et dont les résultats pris en masse sonrt bien plus funestes qu'utiles à Vbumanité* Ne nae parlezi plus de ces belles choses; je n€i suis pas un homme à potion/*
Je chefcbais à combattre les théorie» <|u:*^il s'était faîte» j j'étais sérieux^ afiecfé, j'eimsa'^ géais tontes les conséquences qu'ellesr pdri-*' Taient a^oir. *' Vous êtts soucieux, D£»étefur 3 qu*avez-iroas ? Ai-^je saisi le défaut die la eni-' rasse ?*^Sire, il y a des* médicamens éproiinrés. -— Gon^rne ceuix que Corvîsart domiaît à Fim^ pér^trice : des pilules de mie de pain,^ qui^ opéraieztt cependant merveâle. Maifie-Lonise ne manquàiit psî» an jour de m'eut vantcar lea bons effets. Et voilà comme fis sont tous.-^-^ Non, Siïe.— Ah i l'obstiné. J'en éfaôs SH^r-H Les faits — sont visibles et les causes cachëesi £h iiislis, je snis^ des vôtres ! j'ai exercé*-^ Vous^ Sire ? — Mto-même.— Au moins votre majiesté me prescrivant pas de remèdeSbf^^ofnr* ment doficS et la dignité! y pe^sezrVous?
J'ewse passé pour uti intrus.'^Vous les ciioi- 9ÎflHâez ? Ils n'étatieni pas désagt éaisles k pcen^f
dre. — Quelquefois. En général, cependant, je ne puisais pas dans les pharmacies. Ueau, Tair, la propreté formaient le fond de mon dispensaire. Je m'écartais peu de ces moyens. Vous riez de ma méthode ; soit, riez à l'aise. Vos confrères en riaient aussi en Egypte j mais l'expérience fit voir que ma flanelle et ma brosse valaient mieux que leurs pilules. Je vous comprends. Enfin, digne enfant de TEglise, vous vous amusez de mes ablutions. Mais nous étions décimés par la peste et l'assassinat. Les Arabes massacraient mes soldats, les médecins refusaient de les secourir. Je ne pouvais pas les abandonner à leur misère ; je cherchai vainement à réchauffer le courage des gens de Part, ordinairement si dévoués. Je sévis contre celui d'entre eux qui s'était montré le plus pusillanime ; il fut dégradé, promené dans les rues d'Alexandrie avec cet écriteau : // tCest pas Français ; il a peur de la mort. Mais l'ignominie de l'un ne rendait pas l'énergie à l'autre ; le service se faisait avec mollesse, les ravagea n'arrêtaient pas. Je fis quelques avances aux Scheiks ; j'ordonnai de camper à la troupe.
Tout cessa, tout se calma; je me trouvai bien du parti que j'avais pris. Au reste.
approuvez, blâmez, je vous livre l'ordon-
nance."
'* Au Général Marmont.
'* Au Caire, 9 Pluviôse an VII.
" «rimagine, citoyen général, que vous aurez changé la manière de faire le service d'Alexandrie. Vous aurez placé aux différentes batteries et aux forts de petits postes stables et permanens. Ainsi, par exemple, à la hauteur de Tobservatoire, à la batterie des bains, vous aurez placé douze à quinze hommes qui ne devront pas en sortir, et que vous tiendrez là sans communication. Ces douze à quinze hommes fourniront le factionnaire nécessaire pour garder le poste. La position de la mer vous dispensa, d'avoir aujourd'hui une grande surveillance, vbus vous trouvez ainsi avoir besoin de fort peu de monde. Pourquoi avez, vous des grenadiers pour faire le service en ville ? Je ne conçois rien à Tobstination du commissaire des guerres Michaux à rester dans sa maison, puisque la peste y est. Pour» quoi ne va-t-il se camper sur un monticule du côté de la colonne de Pompée ?
" Tous vos bataillons sont Tun de l'autre au moins à une demi-lieue. Ne tenez que très-
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peu de diose dans la ville ; et comme c'est le poste le plus dangereux, n'y tenez point de troupes d'élite . . • • Mettez le bataillon de la soixante-quinzième sous ces arbres où vous avez été long-temps avec la quatrième d'in- Êinterie légère^ Qu*il se barraqtie là, en s'interdisant toute communication avec la ville et TËgypte. Mettez le bataillon de la quatre-vingt^pinquième du côté du Marabou.
Vous pourre;3 &cilement l'approvisionner par mer. Quant à la msdbeureuse demi-brigade d'infanterie légère, faites4a mettre nue comme k maifi; faites-'lui prendre un bon bain de mer ; <}u'etle se frotte de la tête aux pieds ; qu'elle lave bien ses habits, et que Ton veille à ce qu'elle se tienne propre. Qu'il rfy ait plus de parade { qu'on ne monte plus de garde, que chacun reste dans son camp.
EaiteB faire une grande fosse de chaux vive pour y jeter les morts.
^^ Des l'instant que dans une maiison Française il y a la peste, que les individus se campeiot ou se baraquent; mais qu'ils fuient dette maison avec précaution, et qu^iis soient mis en réserve en plein champ. Enfin, ordontiez qu'on se lave les mains, le visage tous les Jours, et qu'on se tienne propre.
DE lffAPOI.BON. 175
*^ Si vous ne pouvez pas garantir la totalité des corps où cettç ipaladie s'est déclarée, garantissez au moins la majorité de votre garnison. Il me semble que vous n'avez encore pri^ aucune mesure proportionna aux circonstances." — (11 paperassait avec Menou ; il écrivait, plaisantait^ perdait le t^mps, ne «'occupait que du turban et de la femtne de ce vieil imbécile. — Ces mariages à colin^maillard sont bien chanceux^ disait rnn. — 'Il m'a réussi, répondait rautre.*— -Madame est-elle jolie ? — Elle est bien agaçante.^^Userez-youp du privilège ?^— Non. L'appétit Tur<; est trop fort. C'est assez d'une» je n'y pm$ suffire ; et cent autres sottises de même espèce^ Maîf reprenez :) ** Si je n'avais pas à Al^xandriç def dépôts dont je ne puis me pasi^r, je voufi aurais déjà dit : Partez avec votre garnisoni et allez camper à trois lieues dans Iç désert. Je aeuB que vous ne pouvez pap 1« faire.
Approchez-en le plus près que vpus pourreiJ, Pénétre&fvous de l'esprit des dispositions contenues dans la présente lettre ; exéçutefsr les autant que possible, et j'espère que vous vous en trouverez bien.
BONAPAETE."
28 Octobre.
9 heures a. m. — La douleur au foie s^est fait vivement sentir pendant la nuit. lEUe est à présent supportable.
Je racontais à P£)mpereur les discussions que j'avais entendues à Florence sur la no* blesse de sa famille, et les causes de son émigration. — • * Elles sont fort simples. Le dernier de mes aïeux qui habita la Toscane avait les principes que je professe. Il les défendit comme moi ; comme moi il en fut victime.
La faction de l'étranger l'emporta ; le parti national fut défait, proscrit ; Bonaparte alla chercher un asile à Sarzane, puis en Corse.
Mais les relations de famille ne furent pas rompues. Ses descendans continuèrent d'être en rapport avec la branche qui était établie à Sanminiato. Ils correspondaient avec elle, lui adressaient ceux de leurs enfans qu'ils envoyaient faire leurs études à Pise.
Elle est éteinte aujourd'hui. Le bon cba^ noine dont je. vous ai quelquefois parlé en était le dernier rejeton. Il mourut je ne sais plus quelle année, et me légua sa fortune, que j'employai dans l'intérêt des malheureux
de la Toscane. Ma nobleBse, à moi, date de nriliésimo, de Rivoli^ du 18 Brumaire, oii je déjotfai les trames ourdies contre la nation. Celle de 'ma famille est plus ancienne j elle œ perd dans la nuit du moyen âge. 11 n'y a que le généajlogiste Joseph qui puisse en assigner l^origine. Je ne sais de combien de tyrans obcurs il prétend être issu.
*^ On essaya bien des fois de mettre en jeu ma vanité gentilhommière ; mais l'amorce était înal choisie ; je ne voulus jamais rien entendre à cet égard. Après la bataille d'Ar^ cole, lorsque j'étais général ien chef de Parmée d'Italie, toute la population de Trévise accouritr au-devant de moi. Mes aïeux àvai^ ent tenu le premier rang dans ses murs. Elle m^en présentait les actei^, les parchemins ; elle m'offrait la souveraineté qu'ils avaient perdue, A Bologne, Marescalchi, Caprara et Aldini, vinrent me présenter de la part du sénat le livr^^ d'or où se trouvaient inscrits le notn et les arines de ma famille^ Plus tard je fu^ oblîgé de m'avâncer jusqu'à Tolehtino. Je répugnais à montrer mes baïonnettes à és^i prêtres, à guerroyer avec un saint ; mtiflM soixante-quinze mille Français avaient déjà été assassinées sous son règne» c'éta^ trop;