TOME I. N
je résolus d*en finir. Mes alentours voulaient .à tout prix renverser Vidok; mais on était re- .devenu catholique en France, il fallait populariser la révolution, se servir de Pascendant des prêtres, je négociai. D'ailleurs nous obtenions de riches provinces, le port d*Ancône. Il n*y avait de là que vingt-quatre heures pour passer en Macédoine, c'était un beau résultat. Lés envoyés du Pape se récriaient sur mes victoires, sur la rapidité avec laquelle l'Italie avait été conquise et les Autrichiens défaits. J'étais, me dit l'un d'eux, le seul Français qui eût marché sur Rome depuis le connétable de Bourbon, et ce qu'il y avait de plus singulier, c'est que l'histoire de la première expédition avait été écrite par l'un des aïeux de celui qui commandait la seconde. L'expédition d'Egypte, le consulat, mirent les généalogistes en yerve. Il n'y eut pas un parchemin qui ne fut compulsé, interrogé. J'étais allié à l'ancienne maison d'Est, à celle d'Angleterre, je ne sais à qui je ne tenais pas. Le Duc de Feltre mettait une sollicitude particulière à ces recherches. Une . Bonaparte . avait été mariée à un Médicis, une autre avait donné le jour à Paul V, une troisième à je ne sais quel autre personnage. Je touchais au scep-
tre, à la tiare du côté des femmes, et aux iU Justrations littéraires du côté des hommes.
Ceux-ci s'étaient distingués dans l'histoire, au théâtre, dans la jurisprudence et la diplomatie. Avez-vous lu la Feuve, ou du moins en avezvoiis ouï parler pendant que vous habitiez Florence ? Je lui répondis que je ne la connaissais pas : c'est une vieille pièce, reprit-il, qui n'est pas sans intérêt, et dont le manuscrit se trouvé à Paris, à la bibliothèque nationale. L'auteur était un écrivain distingué ; il en est beaucoup iq[uestion dans les Hommes de lettres de Mazzucheli. C'est lui qui a créé à l'université de Pise la classe de jurisprudence, qui dans la suite se rendit si célèbre. Je reviens aux tentatives qui avaient pour objet de me faire noble.
" Nous étions en 1810. J'avais cédé aux ouvertures que j'avais repoussées en 1805, je m'étais allié à l'Autriche. L'Empereur François, qui tenait plus à l'illustration des parchemins qu'à celle de la victoire, fit compulser "toutes les archives d'Italie et de l'Allemagne. Il réussit à avoir enfin les documens qu'il cherchait, m'en fit part, et me demanda.de ne pas trouver mauvais qu'il les publiât. Je m'excusai du mieux qu'il me fut possible et
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refusai. Il io&iste, m^écrivît, m*eo parlai et^t core lorsque nous nous trouvâmes à Dresde; Il ne concevait pas ma réptigoançe ; car enfin c'était un booo^ur dç descendre d*uqe famîUç souvienine, Qt la mienne Tétait } il m aviût les titres, il pouvait ies produire. Ces titresr là« lui dis-je, sont trop anciens pour aioi> je ne compte <iue de millesimQ, Vous datez de beaucoup plus loin. — Non, je ne remonte que
jasque<-làtr— Mais ! Jl çoniprit enfin que
je tenais plus h être le Rodolphe de ma &mille que le descendant de quelque odieux l^time^ -n-Une famille souveraine !• . • • Il faut dira cela à Marie-Louise* £llle en sentira le pri^. Cela lut fera plaisir. Ditçs-Ie à Marie-Louise* Je le priai de s'acquitter lui-même du message^ et ne lui dissimulai pas le peu de ^f^ qve JQ
fiûsais des choses de cette importanoe» Il en fiit blessé» Il avait cru me faire une surprise agréaJi>le* Sa peine et ses sQins étaient perdes» je m^risais les titrer, je ne fus après mes rev&ps iju'un jacoUn* Si je me fusse prêté à ces momeriôs, qui sait? peut-être novs eussions trouvé cent mille hommes dexnçins danj& leai^aines de ï^eipaick/' >
P£ NAPOLÉON. 18t
29 Octobre.
7 heures a. M*«*-»-Mêtne état*
L*£mpereitr était occ^é à se faire les ont g]es. Leii ciseaux, la brosse se succédaient avec rapidité. II examinait sa main, ne disait mot ; les questions se sont tout à coup pres^ sées dans sa bouche* *^ Qu'est-ce que les oa^ gles? la barbe? Pépiderme? comment se forment- ils ? quelles sont leurs fonctions^ leur structure ? Vousl ne m'avez pas exposé cela d'une manière bien nette ; reprenei^ vos idéési? —Sire, je vous Fai dît^ Féptderme te divisé en deux couches, Texterne et Tinterneé L'und est mince, transparente, inaltérable à Vm i Fautre est opaqfue. La première, serrée et ferme dans son tissu, se compose de vaisseaux absorbant, fins, déliés, qui prennent naissance aux orifices inhalans, dont la surface de cette membrane est couverte. La seconde^ qui est placée au-dessous, repose sur les papilles et se tend sur les intervalles qui les séparent. Elle est formée des nièmes Vaissdaux, niais ils sont plus considérables^ plus grands, et portent des nombreux orifices qui tapissent la surface in^ terne. Ces deux couches sont liées entre elles
par une multitude de petits troncs, de vaisseaux lymphatiques qui vont de Tune à Fautre, s*implantent et servent de soudure. Les absorbans, qui constituent la couche interne de répiderme, sont remplis d'une matière qui est noire chez les uns, opaque chez les autres.
Cest elle qui constitue la différence du nègre au blanc. Voilà ce que c'est que l'épiderme ; voici son usage. La nombreuse série des orifices inhalans des vaisseaux absorbans, qui amoncelés occupent toute la surface externe de cette membrane, sont fins, déliés, capillaires, et n'admettent que les substances qui sont à rétat de gaz. Les orifices inhalans de la seconde couche, qui sont, comme nous l'avons dit, plus forts, plus considérables, peuvent recevoir les liquides. Ainsi l'épiderme a pour objet d'absorber les substances étrangères, de réparer les pertes que fait le corps humain.
^^ Les poils, les plumes, les soies, . et par conséquent la barbe, remplissent les mêmes fonctions. Implantés dans le tissu cellulaire graisseux, ils sont entourés de deux gaines, dont la seconde renferme de petites follicules sébacées, d'où filtre un liquide onctueux qui les lubrifie et les conserve. Ils sont d'un
tissu plus dense et formé de vaisseaux capillaires qui absorbent les molécules répandues dans Tair, et les versent dans la circulation. Les écailles des poissons, les plumages des oiseaux ne diflPèrent à cet égard qu'en ce que les unes pompent du liquide, et que les autres n'admettent que des fluides aériformes. Les femmes ont plus de cheveux, nous avons plus de poils, mais les uns et les autres n*ont pas d'autre objet que de verser et puiser dans l'air : aussi les derniers sont-ils d'autant plus abondans et plus forts que le lieu où ils se trouvent est plus sujet à la transpiration.
Voyez comme ils sont adaptés à l'usage auquel la nature les destine. Deux ordres de vaisseaux les composent. Les uns vont de l'extrémité des cheveux vers la racine, et n'ont pour objet que de pomper les fluides aériformes ; les autres courent de la racine à l'extrémité, et charrient les substances onctueuses que renferme la peau. Ils rétablissent l'équlibre qu'une foule de causes altère ; ils rassemblent ce que la transpiration dissipe ; ils compensent les pertes, réparent les désordres. — Ainsi, Docteur, les cheveux sont des feuilles. — Oui, Sire; la comparaison' est exacte ; c'est le même jeu. — Absorber, émet-
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tre, former des combinaiscms nouvelles^ c'est la vie. — Oui, Sire ; répiderme, les pcnls, les cheveux n'ont pas d'autres usdges. — £t nous les taillons ! -^ C'est un abus.T^Nous npu$ faisons la barbe ! — C'est contrarier la nature* — Quoi donc! voulez-vous nous mettre en capucins î Et mais^ Docteur, vous m'eXpïir quez comment les cheveux sont employé^ dans les hygromètres.— Oui, Sire ; cette pro-i priété est une conséquence de la structure. — : Les ongles ? — Sont composés des mêmes vaisseaux que l'épiderme^ mais ils sont d'un tissu plus dense, plus serré que la cuticule dont ils forment le prolongement.*'
30 Octobre. '
8 heures a. m.— Je savais que l'Empereur allait mieux. Les cousins m'obsédaient» je montai à cheval et m'éloignai,
" Déjà J me dit Napoléon à n^on retour.-r Oui, Sire. Je cherche à me soufi^traite aux piqûres, — Et moi aux ravages. Tenez, voyez comme ces malheureux rats Courent dans ma chambre ; mes cloisons sont détruiteSf tout est à jour dans, ces triste^ cdjt>9l[ies.. Mai^. vous ne m'avez point dit ce qui yous avait le.
D£ NAPOLISCON. t&S
pluç &appé dans vos courses. Qu'ave2-vou^ observé ?— Quelques plantes, des arbustes. — • Des escarpemens, des abîmes; c*est la nature en convulsion.*^ Ah ! Sire, quand on a doublé le Munder.— Eh bien ? — La vue s^ouvre, on aperçoit James-Town. — Le beau point de repos ! quelques cahuttes que les rochers sur^ plombent. Les montagnes les serrent, elles vont les écraser.-^Le coup d'œil en est plus pittoresque. — Pittoresque en effet. Une centaine de cabanes de pierre et de boue qui courent dans le fond d'un ravin, des corps de garde, un h^ital, une église à Tavetiant ; le tableau est romantique.-^ Mais Plantation- House? — C'est l'Oasis du désert. Elle est adossée à une chaîne de montagnes. Les vepts du sud- est ne la dessèchent pas. Les plantes, les arbustes les plus opposés s'y plaisent. Ifô croissent, se développent, étalent une v^étation qu'on n'aperçoit pas ailleurs.^ Elle est unique dans son espèce comme le Calabrois qui l'habite. Mais l'un ne pr^uge pas plus en faveur de l'île que l'autre au détriment de l'humanité. — Il y a des lieux plus triâtes encore.— ^Non, il n'y en a pas comme cètoi pu nous sommes. Point d'ombré, point de verdure. Nous n'avons que quelques
arbres à gomme, encore sont-ils mutiles ; le vent les a plies dans le sens de sa direction. Plus de végétation^ plus de vie à cette hauteur (2000 pieds). La magnanimité Britannique avait des motifs pour m'y jucher. — Mais^ Sire. — Je le sais, quelques légumes échappent ; mais on ne peut conclure d*eux à nous. Ils sont plus forts, plus vivaces^ soumis à moins de chances ; on ne l'ignorait pas. Uhomme finit vite où les plantes s'étiolent ; c'est un calcul qui n'a pas échappé.
Ne sait^on pas le temps qu'on use à Sainte- Hélène ? y connaît-on des vieillards ? y trouve-t-on beaucoup d'individus qui atteignent cinquante ans ? et parmi ceux qui sont frappés des hépatites, combien meurent, combien survivent ? Les anxiétés, les souffrances^ une longue nullité morale, voilà le partage des plus heureux. Comment se rétabliraientils? Us hument l'air. Chaque aspiration est un coup d'épingle qui concourt à leur trépas.
31 Octobre.
L'Empereur était agité, inquiet. Je lui conseillais de faire usage de quelques cal-
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mans que je lui indiquais. — " Merci, Docteur ; j'ai quelque chose de mieux que votre pharmacie. Le moment approche, je sens que la nature vient au secours/'. En même temps il se laisse couler sur un siège, saisit sa cuisse gauche, et la déchire avec une espèce de volupté» Les cicatrices s'ouvrent, le sang jaillit. — " Je suis soulagé ; je vous l'ai dit, j'ai mes crises, mes époques. Dès qu'elles arrivent je suis sauvé," — Cette espèce de lymphe, qui sortait d'abord avec abondance, cessa bientôt ; la plaie se ferma et s'étancha d'elle-même. — " Vous le voyez, me dit Napoléon, la nature en fait tous les frais ; dès qu'il y a du trop plein elle le rejette, et l'équilibre se rétablit." — Ce phénomène singulier excita ma curiosité ; j'en recherchai toutes les circonstances, et j'appris qu'il était régulier, périodique, qu'il datait du siège de Toulon..
L'Empereur, qui n'était alors que Colonel, échauffait le feu d'une batterie. Un canonnier tombe à ses côtés. Il s'empare du re* fouloir, charge, tire, sue, aspire la gale dont le mort était couvert. Il se soumet à un traitement ; mais l'impatience de la jeunesse, l'activité du service, un coup de baïonnette qui le frappe au-dessus du genou, le lui font
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bientôt abandonner. L'éruption rentre, Thumeur s'échappe, et prend son cours à travers la blessure. Cette négligence faillit lui de^ venir fatale. Le virus se développa pendant les campagnes d'Egypte et d'Italie. La poitrine devint douloureuse, la toux continuelle, la respiration pénible. Le premier consul était maigre, pâle, défait, semblait toucher au terme de sa carrière. *' Mes alentours m'obsédaient, ne cessaient de me faire des représentations sur mon insouciance ; mais elle ne nuisait pas à la marche des affaires ; je laissais dire. A la fin cependant, les sollicitations devinrent si pressantes, que je consentis à prendre les conseils d'un médecin. On me proposa Desgenettes. Tout choix m'était bon, j'acceptai ; mais le parleur me fit une si longue dissertation, me prescrivit tant de remèdes, que je restai convaincu que l'adepte était un discoureur, et l'art une imposture ; je ne fis rien.^ Les obsessions recommencèrent, je cédai ; on m^amena Corvîsart. Il était brusque, impatient, bourru. Je ne lui avais pas rendu compte de ma situation, qu'il me dit : — Ce que vous avez n'est rien ; c'est une éruption rentrée qu'il faut rappeler â Textélieur. Quelques jours de vësicatoires éuiBS-
rpnt. — Il m'en appliqua deux sur la poitrine j la toux disparut. Je repris de l'embonpoint^ de l'énergie^ et fi^à même de supporter les plus rudes fatigues. ILa sagacité de Corvisart me cbarma, je vis qu'il avait pénétré ma «tracture ; que c'était le médecin qui me convenait. Je me rattachai, et le comblai de biens. Il me fit plus tard un cautère au bras gauche ; mais la guerre d'Espagne éclata, je le laisssai fermer^ et ne m'en trouvai pas plus mal. L'irritation, la démangeaison continu* èrent à se faire sentir comme à l'ordinaire.
Je me fis de nouvelles blessures ; il se forma de nouvelles cicatrices. L'humeur eut seâ écQulemeos, et je jouis d'une santé de fer/' , La santé de l'Empereur était désormais ré** tablie s il reposait> 3e baignait, se promenait : c'était le trait) ordinaire de la vie. Je l'ac-? compagnais fréquemment au jardin . Il m'en* treteriait de ses campagnes ; je lui parlais de la Corse, je le mettais sur la voie des choses qui lui plaisaient. Un jour qu'il s'était beau* coup étendu sur les agitations de ce malheureux pays^ il m'e:Kposa les services qu'avait rendus Cervoni, les fournitures d'Aréna, ses exactions, les intrigues auxquelles Moltedo avait pris part. " Mon retour inopiné
d'Egypte le déconcerta; les prisons étaient pleines, les partis en présence, la patience publique à bout. L'aut^pité municipale accusait le département ; celui-ci les magistrats. Ce n^était qu'exaspération et désaccord.
" Les vents nous poussaient loin des côtes de France ; nous nous réfugiâmes dans les eaux de la Corse ; nous atteignîmes Ajaccio ; nous mouillâmes dans la rade. Les corps, la population, accourent aussitôt sur le rivage ; Chacun veut me voir, demande que je débarque; les acclamations croissaient d'heure en heure ; les meneurs étaient sur braise.
Ils se raidirent cependant ; la santé s'assembla et décida, après une longue discussion, que je ne pouvais descendre. — ^ Témoignezlui, du moins, combien cette mesure vous coûte, lui dit Barberi qui la présidait ; allons féliciter le général sur ses victoires ; Thommage est bien mérité.' — La proposition fut accueillie; on prit un canot, on se dirigea sur la Muiron. Les matelots tendirent des cordes; Barberi monta, les autres suivirent.
Je fus invité à mettre pied à terre. Je ne me doutais pas que le président abusait de la circonstance; je croyais l'invitation unanime, j'acceptai, je débarquai avec ma suite. Je
DE NAPOLÉON. IQl
fus reçu comme on 1 est quelquefois ^ar des compatriotes: ce ne fut qu'acclamations.
" Les troupes étaient sous les armes. Les malheureux! Ils n'avaient ni vêtement ni chaussure. Je demandai où en était la caisse ; mais elle n'avait rien touché depuis sept mois. Le payeur était en avance ; il s'était obligé pour 40,000 francs qu'il avait répartis dans les corps afin d'assurer la subsistance et d'apaiser les aubergistes, qui réfusaient la table aux oflSciers. Je fus indigné de cet abandon. Je réunis ce que j'avais de disponible, je fis aligner la solde : je ne voulus pas que l'uniforme excitât la pitié. Le soir il y eut bal, illumination ; le pauvre le disputait au riche. Braves habitans d'Ajaccio, jamais je n'oublierai leur accueil.
^' L'excellent Barberi m'avait fait passer des notes, des journaux, je savais où en étaient llle et la France, j'avais un aperçu de l'état des partis. Une gondole devait suivre ma frégate, quatorze marins choisis la montaient, je pouvais devancer les marcheurs expédiés à Toulon, échapper aux croisières Anglaises qui avaient pris l'éveil. Le lendemain je reçus les félicitations des autorités civiles et militaires. Je donnai des éloges
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aux uns, je traitai sévèrement les autres, j'intimidai le département Les prisons furent ouvertes, quelques démissiannaires remplace, on respira, on reprit courage. £n quatre jours l'ordre, la paix, la confiance furent rétablis. Les complices de Cittadella lui avaient dépêché un aviso pour lui annbncer mon retour. Mais il ne put mettre à la voile. Je partis , j'atteignis Fréjus, Grenoble, Auxerré; je n'arrêtai pas que je ne fusse à Paris. Je culbutai le directoire, le 18 Brumaire, je confondis l'étranger, je rappelai l'ordre et la victoire, je commençai lé consulat ; mais si les vents eussent été propices, si la dépêche de Cittadella m'eût devancé, j'échouais peut-être, et la France était dès lors la proie de l'émigration."
Napoléon m'avait beaucoup parlé des intrigues qiii avaient traversé son règne, et fini par amener sa chute. Il les connaissait toutes, savait les meneurs, les complices, les lieux de réunion. *^ Je les suivais de l'oeil dans les Cent-Jours; je les voyais qui me quittaieut pour courir aux conciliabules. J'eusse pu sévir, j'avais les pièces de conviction dans les mains. Elles m'étaient venues d'une manière singulière. Un officier supérieur étran-
ger, que sa position forçait à prêter l'oreille à ces complots, fut indigné de voir les hom* mes que j'avais faits, conspirer ma perte. Il me demanda une audience, me livra les plans, et me protesta que, si jamais sa troupe se trouvait en. ligne, je pouvais compter sur lui. Je fus navré, je voulais rendre ces malheureux à la poussière; mais la crise approchait, il fallait vaincre; je remis ce grand acte de justice nationale au moment où Tennemi serait défait. Il ne le fut pas ; les mesures étaient trop bien prises, je succombai. Ah I Docteur, que de boue était groupée autour de moi ! mais si la fortune n'eût trahi le courage, si nous eussions vaincu à Waterloo, tout eût été réparé, vengé ; la nation eût eu le lïecret de nos défaites ; j'eusse offert un sacrifice expiatoire aux mânes de mes soldats. Qu'ont-ils fait ? Ils étaient rassasiés de gloire, ils se sont couverts d'opprobre; Mais à chaque action suffit sa peine ; qui voudrait être
M. ? flui voudrait être A ? etc.,
etc." Il en nomma beaucoup, et s'arrêta à
S. '^ Le lâche ! il voulut me trahir avec
toute la bassesse des gens de son espèce.
Son marché signé, il accourut à Fontainebleau, die parla de sa situation, de sa misère ;