‹ Derniers momens de NapoléonChapitre 12 sur 26 · TOME I. O · texte numérisé non relu

TOME I. O

je partageai avec lui ce qui restait dans ma cassette; je lui donnai mille écu$. Il me quitta avec toute Témotion de la reconnaissance. Quelques heures après il était passé au3t Autrichiens."

• L'Empereur passa des trames de ces der^ niers temps à celles de son début, et s'étendit beaucoup sur les menées qui avaient entravé ses opérations pendant les compagnes d*Italie. Il raconta comment il les avait déjouées»

comment il en avait saisi le nœud, et les lumières que les papiers saisis à Padoue, à Yé* rone, lui avaient données sur les mouvemens de rintérieur, . Sa correspondance m'avait mis sur la voie ; j'avais une idée générale de toutes ces intrigues, mais je n'en saisissais pas les nuances, plusieurs pièces m'échappaient, les principales. — '^ Il y en a de vous, d'Augereau^ de Bernadette. Je vois bien que vous aviez pénétré Willot, que vous ne vouliez pas ^ des hommes qui n'aiment la liberté que pour arriver aux révolutions;' que vous donniez des ordres pour qu'on 'n'accoutumât pas quelques individus à s'intituler le peuple, et k commettre des crimes en son nom/ Vous dites dans une de vos dépêches : * On •hait ici, et Ton est prêt à combattre les révo-

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lutîonnaires quel que soit leur but. Plus de révolution; c'est Tespoir le plus cher dn soldat : il ne demande pas la paix qu'il désire intérieurement, parce qu'il sait que c'est le seul moyen de ne la pas obtenir, et que ceux qui la craignent lappellent bien haut pour qu elle n'arrive pas. Le soldat se prépwe à de nouvelles batailles, et s'il jette quelquefois un coup d'œil sur l'esprit qui anime plusieurs villes de l'intérieur, son regret est de voir les déserteurs accueilli^, protégés, et les lois sans force au moment où il s'agit de décider du sort du peuple Français.' Vous demandée ailleurs des * officiers qui aient l'habitiide du feu,' vous ne voulez point ^de généraux à retraites savantes.' Vous vous écriez * qu'il n'y a' que la disproportion du nombre qui puisse vous abattre ; que peut-être Pheure du brave Augereau, de l'intrépide Masséna, de Berthier, de . . . est prête à sonner.' J'entends ; j'aperçois la malveillance, Pineptie, les mauvais choix, l'abandon. Vous avez l'œil à tout, vous vous faites comprendre, on se gardera de se compromettre. Les émigrés encombrent les charrois, font aller l'espionnage, mais 1 armée est dévouée; elle ne respire que la France et la victoire. Que

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signifie la prodamâtion d*Augereàu? — Laquelle ? lisez-la moi.

^' Soldats ! qu'ai-je appris ? quoi ! ces armes qui dans vos mains ont fait trembler TEurope et triompher la république ; ces armes victorieuses que vous aviez consacrées à la défense de la cause la plus sainte ; ces armes, naguère si redoutables aux ennemis de la patrie» vous pourriez aujourd'hui les tourner contre son sein ; tremper vos mains dans le sang Français, et souiller par un fratricide les lauriers dont vous êtes couronnés! Quel génie malfaisant a pu souffler au milieu de vous la discorde ? qui Ta fomentée ? qui en a disséminé le poison ?

'^ J*ai vu mon pays menacé au dehors^ trahi au dedans, déchiré par la guerre civile, tourmenté par les factions» envahi dans les frontières, livré à toutes les horreurs de Fanarchie; j*ai vu tous mes concitoyens poussés en sens contraire par des partis divers, en arborer tour à tour les bannières, assassiner un jour au nom de la justice, égorger Iç lendemain au nom de l'humanité; j'ai vu tous les crimes de Tintolérance, du fanatisme et de l'ambition, j'en ai frémi : mais» au milieu de tant de fureurs, mes regards se tournaient

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sur rarmée, j'y apercevais Tunion, la concorde et la fraternité ; j'y voyais toutes les haines, toutes les passions s*évanouir devant le feu sacré du patriotisme et de Thonneur ligués pour la défense commune ; j'y admirais le zèle, la constance et le dévouement les plus sublimes, et je me disais : *' La vertu, la liberté, l'béroisme peuvent être bannis du reste de l'univers : c'est là, c'est parmi l'armée républicaine qu'ils ont un asile assuré." Cette idée consolante m'a toujours soutenu dans les crises les plus violentes ; je m'enorgueillissais d'être dans vos rangs. Ah ! mes camarades, voudriez^vous m'obliger à changer d'opinion ? Non. Vous savez que je suis votre ami ; ma voix vous a guidés souvent aux combats, soyez aussi dociles à l'impulsion qu'elle vous cominunique aujourd'hui. Raisonnons : un mot vous divise, quel ridicule ! vous croyez être en opposition réelle, et vous vous trompez, vous pensez tous de même. Quand des Pyrénées, au Danube, et de l'Océan aux bords du Tibre, vous avez tout rempli de vos victoires, que vouliez-vous ? être libres; vous Têtes. Vous avez des lois, une patrie, et des droits } vous êtes citoyens. Ce titre vous a coûté cher, et n'en doit être que mieux appré-

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cié: cependant, soit légèreté soit inconséquence, un nom insignifiant, barbare inhar** monieux et sans étymologie, après avoir été proscrit par le bon sens, a été ressuscité par la sottise : la mode a pris à tâche de le remettre en vogue. La mode a passé les Alpes, et nos oreilles ont été choqués par le sifflement de monsieur. Je suis loin de supposer de •mauvaises intentions à ceux qui ont fait usage de ce mot^ je Tattribue à l'inconséquence • Je connais les hommes de ma nation. D'abord on a dit monsieur^ sans y mettre de Timport^ance ; ceux à qui cette expression a déplu, ont peut-être exigé trop impérieusement qu'elle fût bannie du commerce. Alors on a cru qu'on pouvait soupçonner que la peur la faisait interdire ; en voilà assez pour s'opiniâtrer. En était-ce assez pour se hatr et se détruire ?

^' J'ai acquis aussi chèrement qu'un autre le titre précieux de citoyen, et il n'est pas de «acrifice que je ne sois disposé à faire pour le conserver. Qui de vous pense différemment ?

Aucun, j'aime à le croire. S'il en est, qu'ils aillent porter ailleurs leurs maximes et leur bassesse. ' Leur éloignement marquera le re-

tour de Pharmonie et de Tunion parmi les dignes défenseurs de la patrie.

" Vous touchez au moment de jouir du fruit de vos travaux» la paix va fournir au gouvernement le moyen de vous dédommager de vos peines, Pour moi, sans cesse témoin de vos privations et de vos efforts : moi qui connais vos besoins^ et qui désire les soulager, je prépare déjà à Vérone les moyens d*y subvenir à votre arrivée. Habillement, équipement, armement, subsistances, hôpitaux, solde^ tous ces articles sont l'objet de ma vive sollicitude, et vous vous apercevrez de ses effets ; mais j'attends de vous l'oubli de ces dissensions qui m'affligent, et qui font sourire nos ennemis. Que l'amour de la patrie et l'honneur de l'armée vous réconcilient ; que lors* que je me retrouverai à votre tête, je n'aperçoive plus de traces de ce qui s'est passé. Je compte que ces motifs sont assez puissans pour vous ramener à des sentimens plus dignes de vous, et qu'après avoir employé la voie de la persuasion* vous ne me contraindrez pas à user de celle de la force."

Ordre. ^* Le général Augereau, considérant que Ja

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malveillance^ toujours prompte à saisir les oc** casions de nuire, a tiré parti de Texpression de monsieur^ employée dans la conversation ou ailleurs, pour semer la discorde et le trouble, et que déjà un sang précieux pour la patrie a coulé dans les rixes qui en ont été les suites ; considérant que, d*après ce qui s'est passée ceux qui s'obstineraient à faire usage de ce mot n'auraient pour but que la ruine entière de Tarmée ; déclare que dorénavant tout individu de la division qui se servira verbalement, ou par écrit, du mot monsieur^ sous quelque prétexte que ce soit, sera destitué de son grade, et déclaré incapable de servir dans les armées de la république.

" Le présent sera mis à Tordre du jour, et lu à la tête de chaque compagnie.

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