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de la nature^ elle s'arrête dès qu*elle a repoussé le superflu. Du reste, mon père était plein de courage et de pénétration. U cultivait la poésie, avait de Téloquence, il eût marqué s'il eût vécu.
^* J'ignorais sa situation, ses soufirances ; je m'occupais paisiblement d'études tandis qu'il $e débattait au milieu des angoisses d'une pénible agonie. Il me demandait, il m'appelait, il invoquait le secours de ma grande épée dans son délire ; mais la distance était trop considérable. Il mourut sans que j'eusse la consolation de lui fermer les yeux. Ce triste soin était réservé à Joseph qui s'en acquitta avec toute la piété dont un fils est capable; Une circonstance, de ce triste événement me frappa beaucoup. Mon père, si peu dévot, qui avait même fait quelques poésies anti-religieuses ne vit pas plus tôt le cercueil entr'ouvert, qu'il se prit de passion pour les prêtres. Il les recherchait, les appelait, il n'y en avait pas assez à Montpellier pour lui. Un change* ment si subit, qu'éprouvent néanmoins tous ceux qu'attaque une maladie gravé, ne peut s'expliquer que par le désordre que le mal porte dans la machine humaine. Lesorganèç; s'émoussent, ils ne réagissent plus, le moral
s'ëbi-anle, la tête se perd ; de là le besoin de confession^ d'oreoius et toutes les belles choses sans lesquelles il semble qu'on ne peut mourin Mais voyez Thomme avec toute sa force, voyez ces colonnes prêtes à s*élancer sur le champ de bataille^ la charge bat^. elles s'ébranlent, tombent sous la mitraille. Il n'est question ni de prêtres, ni de confession,"
17 Novembre.
8 h. A. M. Même état, même prescription.
L'Empereur était préoccupé, rêveur, je cherchais quel pouvait être Tobjet de sa sollicitude lorsque j'apercuft le Prodrome entr'ouvert.. Cette circonstance était péremptoire.
J'avais deviné juste ; Napoléon craignait d'être atteint de raffection qui avait conduit son pèr^ au tombeau. Il n'osait avouer ses anxiétés, et demandait aux livres les lumières qu'il ne voulait pas tenir des hommes. J'eusse donné tout au monde pour ^voir dissipées d'aussi vaines inquiétudes;; mais j'avais appris à ne pas provoquer les confidences. J^ n'eus garde d'entamer une, discussion qui l'eût blessé. Il était silencieux ; j'avais arrêté une excursion botanique^ je me retirais : ^* Non, mef dit-
il, VOS assertions me reviennent, restez^ j^ai quelques questions à vous faire. Vous me parlez sans . cesse d*air, de foie : quelle est Faction que ces deux corps exercent Tun sur Tautre ? Comment cette action^ mortelle sur ce rocher, est-elle bienfaisante ailleurs ? — On Tignore, sire. — On ne sait pas ce qui, dans un fluide aériforme, blesse tel ou tel organe ? — Pas plus qu'on ne sait ce qui constitue la peste, ce qui fait la différence d'un air pur, d'un air contagieux. — On n'a pas cherché à isoler ce principe si funeste ? — On l'a vainement tenté, il est trop subtil, il échappe à tous les moyens dont la science dispose. — L'atmosphère d'un pestiféré ne peut pas cependant présenter la m^e composition que cdle d'un homme sain. — Je ne le pense pas, mais je ne crois pas non plus qu'il y ait beaucoup de chimistes qui soient tentés d'en £ure l'analyse. — Pourquoi pas ? Le laboratoire a ses braves comme le champ de bataille, et puis quelle différence dans les résultats ? Pensez-vous que la gloire de mettre fin à un fléau cruel, celle même de l'avoir tenté, ne balance pas les périls de Pentreprise ? Mais revenons. Quelles sont les foncticms du foie? — Je les lui expliquai. — Son jeu, sa structure? — Je les lui exposai
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encore.— C'est bien, me dit-il, lorsque j*eus finis ; votre manière me paraît neuve, juste, vous • simplifiez la machine humaine qui, eil vérité, est bien assez complexe pour se passer des superfétations des physiologistes. Mais d'où vient que vos doctrines ressemblent si peu à ce qu'on trouve dans les ouvrages?
Est-ce que la France est en arrière ? Paris moins avancé que Florence? — Mascagni a imprimé à là science une telle impulsion ! Il à laissé loin de lui tous ceux qui la cultivent. Il n'y a que quelques hommes en France, en Allemagne ... — En Allemagne ! Lesquels, s'il vous plaît ? Le docteur Frank ? — ^Je partageais l'opinion générale sur le mérite de ce praticien célèbre. Je me hâtai de répondre que c'était un homme fort habile. — ** Habile, assurément ! je l'éprouvai la dernière fois que je fus à Vienne. Il m'était survenu une petite éruption à la partie postérieure du eou; c'était peu de chose, mais ma suite s'en inquiétait, me pressait de recevoir un médecin dont on disait merveilles. J'y consentis; Frank fut appelé. Il me trouva un vice dartreux, une maladie grave ; j'avais besoin de traitemens préparatoires, de médicamens, de drogues ; c'était à n'en pas finir. Je mandai
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Corvisart. Il n*én fallut pas davantage pour ranimer des espérances éteintes. tPétais malade, alité; j'avais perdu la tête. Chacun faisait son plan, sa version. Tout s'agitait déjà. Le médecin; dont ce mouvement doublait les inquiétudes, accourut d'autant plus vite, et n'arrêta pas qu'il ne fût à Schœnbrunn. 11 croyait me trouver à la mort. Je passais une revue ; sa surprisé fut extrême.
Je rentrai ; on m'annonça son arrivée^ Je me mis à rire de Tétonnement qu'il avait montré. ** Eh bien, Corvisart? quelles nouvelles ? que dit-on à Paris ? Savéz-vous qu'on me soutient ici que je suis gravement malade ? J'ai une petite éruption, une légère douleur de tête , le docteur Frank prétend que je suis attaqué d'un vice dartreux qui exige tm traitement long, sévère j qu'en pensez- vous r" J'avais défait ma cravate, il examina. " Ah, sire ! de si loin ! pour un vésicatoire que le dernier médecin eût appliqué aussi bien que moi.
Frank extravague ; vous allez à marveille. Ce petit accident tient à une vieille éruption mal soigna, et ne résistera pas à quatre jours de vésicatoire." Il ne résista pas en effet, et ne se reproduisit plus. "Vous le voyez, me dit-il, en levant le dernier appareil, voilà à
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quoi se réduisent les terribles maladies dont cet Allemand vous avait gratifié.** Il alla lui rendre visité, le remercia d'une manière peu gracieuse du rapide voyage qu'il lui avait fait'fairé, et repartit pour Paris. Son retour calma les têtes, on sentit que je n'étais pas à bout ; chaque chose a son temps.** Il se reprit à ce mot et se mit à discourir sur les intrigues qui agitaient TAUemagne à cette époque. Il parla de Schill, de Dornberg, de la reine de Prusse : le plan était vaste, bien conçu ; mais on hésita, on se pressa, on ne s*entendit pas. Wàgram eut lieu ; il fallut remettre la partie. C*était la première fois que j 'entendais parler de ces trames. Je n*en saisissais ni les ressorts ni Tensemble ; je cherchai à briser la conversation : je laissai tomber le nom de Muller. Napoléon le releva avec complaisance et s*étendit beaucoup sur les taléns de cet homme célèbre. Il était petit, maigre, chafibin, cachait sous une figure détestable l'esprit le plus étendu qui fût jamais. Il lui fut présenté après la bataille d'Iéna. Il passait pour l'auteur du manifeste, l'Empereiu: le plaisanta sur sa production. — ■^"Moi, sire? contre vous! Votre, majesté me croit donc bien bêté ? . Je passai quelques
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heures à m*entretemr avec luL Ses aper^s étaient prafoads ) ses idées vastes, élevées : je. lui donnai les relations extérieures de Westphalie ; mais Jérôme avait mis ailleurs sa confiance, il le remplaça, l'appela à des fonctions auxquelles il n*allait pas/' Napoléon passa i Goethe, à Wieland, dont il fit le plus brillant éloge. Je lui rappelai la conversation qu'il avait eue avec le dernier de ces écrivains. — ^^ Vous la connaissez ? — Oui, sire, elle court r Allemagne ; j'en ai pris copie à Francfort." Il fut curieux de la voir. Je la lui rerpis.
^^ J'étais à peine depuis quelques minutes dans la salle, que Napoléon la traversa pour vepir à nous. La Duchesse de Weimar me présenta avec le cériémonial accoutumé: il m'fidressa quelques éloges d'un ton affidile, et en me ^gardant fixement. Bien peu d'hommes m'ont paru posséder comme lui le don de lire, au premier coup d'oeil, dans la pensée d'un autre homme. Il devina à l'in-»
stant que, malgré ma. célébrité, j'étais simple daqs mes manières et saiv» prétentions ; et comme il paraissait vouloir ùite sur moi une impression &yorable, il. avait pris le tqa le plus propre à atteindre son Imt. Je n'ai jamais vu d'homikie plus calme^ plus sim{^
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jdus doux^et moins prétentieux en apparence; rien en lui n'indiquait le sentiment de la puissance d'un grand monarque; il me parla comme une ancienne connaissance parlerait à son égal ; et, ce qui est plus extraordinaire de sa part, il causa exclusivement avec moi pendant une heure et demie, à la grande surprise de toute rassemblée. Enfin, vers minuit, je commençai à sentir Vil était inconvenant de le tenir aussi long-temps, et pris la liberté de demander à sa majesté la permission de me retirer: •Allez doiic, me dit-îl d^un ton amical, bon soir/
" Voici les traits les plus remarquables de notre conversation : La tragédie qu'on venait de représenter, nous ayant amenés à parler de Jules César, Napoléon dit que c'était un des plus grands hommes de Thistoire ; • et il en eât été le plus grand sans la sottise qull commit' J'allais lui demander de quelle faute il voulait parlet, lorsrque paraissant lire ma question dans mes yexix, il continua : • César connaissait les hommes qui voulaient se débarrasser de lui, il aurait dû se debsurrasser d'eux d^abord.' Si Napoléon eût pu voir ce qui se passait alors dans mon âme, il y aurait
lu qu*on ne Faccuserait jamais d'une semblable sottise.
L'Empereur s'arrêta un instant, prononça quelques mots, et continua. ^^ De César la conversation tourna sur les Romains ; il loua avec chaleur leur système politique et militaire. Les Grecs, au contraire, ne paraissaient pas jouir de son estime. Les étemels démêlés de leurs petites républiques, dit-il, n'étaient propres à donner naissance à rien de grand ; au lieu que les Romains se sont toujours attachés à de grands choses, et c'est ainsi qu'ils ont créé ce colosse qui traversa le monde." Je plaidai en faveur des arts et de la littérature des Grecs; il les traita avec mépris, et dit qu'ils ne servaient chez eux qu'à alimenter les dissensions. Il préférait Ossian à Homère. U n'aimait que la poésie sublime, les écrivains pathétiques et vigoureux, et pardessus tout lés poètes tragiques. Il parlait de l'Arioste dans les mêmes termes que le Cardinal Hippolyte d'Esté ; ignorant sans doute que c'était me donner un soufflet. . Il semblait n'avoir aucun goût pour tout ce qui est gai, et, malgré l'aménité flatteuse de ses manières, une observation me frappa souvent, il paraissait de bronze.
" Cependant Napoléon m'avait mis tellement à Taise, que je lui demandai comment il se faisait que le culte public qu'il avait restauré en France, ne fût pas devenu plus philosophique et plus en harmonie avec l'esprit du temps. * Mon cher Wieland, me réponditil, la religion n'est pas faite pour les philosophes ; ils ne croient ni en moi, ni en mes prêtres ; quant à ceux qui croient, on ne saurait leur donner ou leur laisser trop de merveilles. Si je devais faire une religion pour les philosophes, elle serait tout opposée à celles des gens crédules/ — Les voilà bien, me dit-il, en me rendant la pièce, blâmant, dissertant, tranchant avec cette. risible assurance qui caractérise les gens, de cabinet. Les prêtres ! je les accueillis parce qu'il fallait populariser la révolution, consacrer la république, et faire prêcher les dogmes sur lesquels ils avaient alarmé les consciences. On les avait sottement mis en dehors de la nation, forcés de s'élever contre des doctrines qu'ils avaient d'abord adoptées. Je les reconciliai avec elles; ils ne demandaient pas mieux. Je savais, d'ailleurs, par expérience, combien est redoutable le levier qu'ils ont dans les mains. J'avais beau vain-
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cre, disperser les années qui m'étaient opposées en Italie, le moindre nuage remettait en problème ce que le sort des armes avait décidé. Les Autrichiens accouraient, le Papç se joignait à eux ; les uns fournissaient des soldatSy l'autre du fanatisme. C'étaient des troupes, des prédications, des miracles ; nos partisans eux-mêmes étaient ébranlés. Je fus frappé de l'impression que fit sur les Bolonnais le refus de quelques bénédictions qu'on prodiguait aux habitans de Lugo, et traitai avec le saint père. La négociation ne fut pas du goût du directoire. On voulait abattre Yidole^ attaquer Naples, Gènes, Venise^ municipaliser l'Europe* Je refusai de me prêter à ces extravagantes combinaisons, et n^en fis pas mystère. Le prestige de nos forces se dissipe, on nous compte, mandai-je au président. Il est indispensable que vpus preniez en considération la situation de l'armée, que vous adoptiez un système qui puisse vous donner des amis, tant du côté des princes que de celui des peuples. Diminuez vos ennemis :
l'influence de Rome est incalculable. On a mal fkit de rompre avec cette puissance : la rupture lui profite ; si j'eusse ^té consulté, j'eusse retardé la n^ociation, comme j'ai re-
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tardé celle de Genève et de Venise. Chaque chose à son tour. Au surplus, des troupes, des troupes, si vous voulez, je ne dis pas culbuter les trônes, mais conserver PItalie. Tout cela, du reste, était si mal conduit que c'était pitié. Puisqu'on ne voulait pas conclure avec Rome, il fallait du moins attendre qu'elle eût rempli les conditions de l'armistice ; on aurait eu les cinq millions que le Pape payait à l'acquit des contributions que je lui avais imposées, et dont une partie était déjà à Rimini. Au lieu d'obliger à se prononcer sur chaque article, de laisser arriver à Bologne un corps . de troupes dont la renommée eût grossi la force, on lui montra tout le traité à la fois, et cela pendant que l'armée était engagée dans les gorges du Tyrol. Cette maladresse &illit nous coûter dix millions de denrées et les chefs-d'œuvre d'Italie, qu'un retard de quelques jours nous donnait. Mais je réparai ces sottises î je . renvojrai les Autrichiens ; Mauri calma les prédicans qu'il avait déchaînée^ et nous échappâmes aux séditions qu'on nous avait ourdies.' Il s'étendit beaucoup sur le système de fusion qu'il avait dès lors adopté, les répugnances, les obstacles que lui opposaient ses amis, ses proches, et
jusqu'à ses aides de camp. La lettre suivante donnera une idée de Taversion qui régnait autour de lui, et des prévisions, des craintes dont il eut à triompher.
<^ Ta lettre, mon cher Lannes, m*a fait faire une once de bon sang, et jamais, je te Tavoue, je n'eus aussi besoin de consolation. Je ne puis envisager sans effroi cette foule d'émigrés altérés de vengeance qui circonviennent le gouvernement, et s'emparent du patrimoine des républicains. Que Bonaparte ne 8*y trompe pas, ces hommes qui ont d'abord regardé leur rentrée comme un bienfait, la considéreront bientôt comme un acte de nécessité: leurs prétentions hausseront, à mesure qu'ils deviendront influens, et ils finiront par renouer leurs trames si toutefois elles ont jamais été rompues. Alors quelle alternative effrayante ! ou le gouvernement emploira des mesures violentes qui le rendront odieux, ou il sera renversé. Le seul moyen d'échapper à cette destinée, de sauver la France, et de s'immortaliser à jamais, est comme, je l'ai répété cent fois à Bonaparte, de s'entourer d'hommes sincèrement attachés au bonheur de leur pavs. Que peut-il attendre de ces caméléons politiques^ qui, à chaque
circonstance nouvelle, ont pris un masque nouveau, que la mobilité de leurs opinions rend aussi méprisables que la bassesse de leur caractère, qui ont été tour à tour les adulateurs de tout ce gui fut puissant, qui ont participé à tous les crimes, fomenté tous les excès, aggravé tous les malheurs de la révolution. Les républicains sont les seuls qu'il puisse s'attacher invariablement. La chose est facile à voir : les royalistes regretteront éternellement leurs distinctions, leurs privilèges, leurs richesses ; les placés^ le crédit, ne les consoleront jamais de l'absence de leur idole; ils ne les acceptent que pour mieux redresser ses autels ; les républicains, au contraire, ne se croient plus en droit d'être exigèàns, ils seront reconnaissans du bien qu'on leur fera et même du mal qu'on ne leur fera pas. Qu'on ne redoute point les anciens rêves démagogiques, ils sont effacés. Qu'on exige, je le veux bien, des lumières, de la probité, de la fortune même chez les fonctionnaires, mais qu'il n'y ait rien d'exclusif; malgré tous les beaux raisonnemens de nos métaphysiciens, le premier mérite d'un homme envers un gouvernement est de lui être dévoué.
*^ Le sort de notre patrie, mon cher Lannes,
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d^end maintenant de la stabilité de Tordre établi ; mais cette vérité, qui a pour nous le caractère de l'évidence, n*est pas encore généralement sentie. Toutes les lettres que je reçois de l'intérieur m'annoncent des germes de mécontentement, beaucoup de défiance et d'anxiété. L'armée ne voit pas certains choix d'un oeil tranquille. Le nom seul de Bonaparte soutient encore la confiance ; mais qu'il réponde lui-même ; si le premier consul n'était pas là pour contenir le débordement des passions, que deviendrait l'état? et qui peut nous garantir la durée de son existence? Il faut donc former une digue qui en soit inr dépendante^ et assez puissante pour s'opposer à des déchiremens dont l'idée seule fait frémir ; or cette digue existera quand des pa<triâtes fermes occuperont les places. Ne te lasse points mon cher ami, de répéter ces vérités^ et puisque son oreille est encore accessible aux accens de la franchise, sers-toi de Tâscendant que ton intégrité, ton amitié pour lui te donnent, pour l'engager à se défier de ces hommes pervers qui ne le flattent que pour le tuer. Bonaparte est l'homme de la patrie^ nos destinées sont étroitement liées à
la sienne ; il faut le détromper, le plaindre et le sauver.
Je t'embrasse» 0«
18 Novembre.
10 heures a. m. — ^Même état, même prescription.
L'Empereur était désormais rétabli. Il
était gai, dispos, se félicitait d'avoir échappé
aux remèdes. La patience valait au moins
les pilules ; je devais être convaincu de son
efficacité. Je voulais lui répondre, mais il
n'avait pas achevé qu'il était déjà dans la
pièce voisine. Je le suivis, nous descendîmes
au jardin, il ne fut plus question que de la
Corse, de ses premières années, de ses proches.
Sa naissance avait été brusque, inopinée
comme l'élévation, les malheurs qui avaient
signalé sa vie. Sa mère touchait à son terme^
mais elle avait partagé les fatigues de la
guerre de la liberté ; on célébrait l' Assomp*-
tion ; elle se crut assez de forces pour assister
à la solennité du jour. Elle se trompa $ elle
ne fut pas à l'église qu'elle sentit les atteintes
de la douleur. <^ Elle rebroussa à la hâte,
gagna son salon, et me déposa sur un vieux
tapis à grands dessins. On m'appela Napo**