‹ Derniers momens de NapoléonChapitre 20 sur 26 · TOME I. X · texte numérisé non relu

TOME I. X

3Q6 derniers momrns

se font sentir dans les intestins; toux sèche^ nausées fréquentes, vomissemens bilieux, céphalalgie, oppression, enfin peau pâle, jaunâtre. Le malade refuse de prendre Teau de riz. Je crois devoir prescrire un purgatif cholagogue, des boissons anodines^ des lavemens simples, des fomentations et des lini-

mens. — Bains.

10 heures p. m. — UEmpereur se trouve un peu mieux.

28 Juillet.

9 heures a. m. — L'Empereur est mieux.

La douleur de l'articulation est tout-à^fait dissipée ; mais le pied est encore un peu enflé. — -Liniment. — Bain.

29 fy 30 Juillet

Même état : même prescription. Je conseille pour la deuxième fois les eaux thermales.

31 Juillet.

L*Empereur est rétabli ; il sort.

L'Empereur avait repris des forces. On avait apporté des poissons pour garnir les viviers que .nous avions . ouverts il voulut les mettre à Teau et descendit au jardin. Les en-

fans du grand-maréchal Taperçoivent et sont bientôt autour de lui. Il ne les avait pas vus depuis quelques jours ; il se proposait de les faire appeler^ et ne fut pas fâché d'être prévenu. — " Cherchez le docteur, dit-îl au général Mon tholon, j'ai besoin de son ministère, je veux qu'il me perce ces jolies oreilles.*' — Il montrait celles de la petite Hortense, et dépliait des boucles de corail enveloppées dans un papier qu'il tenait à la main. Je me disposai à faire cette petite ppération ; mais la vue de l'instrument produisit son effet. L'enfant pleurait, la mère pouvait n'être pas cop* tente, l'Empereur hésitait. Sa présence, le bijou eurent bientôt tari les larmes. Nous nous retirâmes à Tombre d'un chêne, le général Montholon soutenait la patiente. Napoléon regardait et le petit Arthur tapageait, criait, ne voulait pas qu'on fit du mal à sa sœur. Sa colère, ses menaces, ses phrases Anglaises amusaient Napoléon, et le petit bon homme de gromeler d'autant plus. — *' Que dis-tu? lui demanda l'Empereur. Coquin!

Si tu ne cesses pas, je te fais percer les oreilles. Voyons ! seras-tu sage ?" Les boucles étaient attachés, l'opération finie. Napoléon embrai$sa l'aimable enfant qui Tavait soufferte, la

félicita sur son courage et la renvoya. ^ Va montrer tes oreilles à ta maman. Si elle n^est •pas contente, <iu'èl]e les trouve mal, dis-lui que ce n'est pas moi, que c*est le Do'itbraccio qui les a percées. — Oui, sire." — EHe ne fit qu'un saut et disparut.

Je restai i3eul avec Napoléon. La ténacité du petit Arthur l'avait frappé, il se promenait, me faisait remarquer la fermeté de cet enfant. — ** Le drôle ! j'étais entêté comme lui quand j'avais son âge ; rien ne fti'imposaît, rien ne me déconcertait. J'étais querelleur lutin : je ne craignais personne. Je battais l'un, j'égratignais l'autre, je me rendais redoutable à tous. Mon frère Joseph était celui à qui j'avais le plus souvent affaire. Il était battu, mordu, grondé ; j'avais déjà porté plainte qu'il tfe s'était pas encore remis. Bien m'en prenait d'être alerte : Ynaman Letizia eût réprimfé mon humeur belliqueuse; elle ii'eût pas souffert mes algarades. Sa tendresse était ^ëv^ ; elle punissait, récompensait indistinctement ; le bien, le mal, elle nous comptait tout. Mon père, homme éclairé, mais trop àtiïi des pkisirs pour s'occuper de notre enfence, Cherchait quelquefois à éxcuisèr nos fautes. — ** Laisser, lui dfesâit-ëlle, ce n'est pas votre âf-

D£ NAPOLJSO^. 309

faire» c'eat moi qui dgis veiller sur eux." — Elle y veillait, en effet» avec uue sollicitude qui n*a pas d'exemple. Les sentim^ens bas, les affec* tipns peu généreuses étaieut écarté^, flétris ; elle ne laissait arriver à nos jeunes âmes que ce qui était grand, élevé. Elle abhorrait 1^: mensonge, sévissait contre la désobéissance ; elle ne nous passait rien. Je me rappelle une mésaventure qui m'arriva à cet égard, et la pçine qui me fut infligée. Nous avions des %uiers dans une vigne, nous les escaladions y nous pouvions faire un^ chute éprouver des.

acçidens^ elle nous défendit d*en approcher à aoju insu. Cette défende me contrariait beaucoupai mais elle était faite, je I9. respectais. XJn jour cependant qwe j'étais désœuvré, ^n- PUyé, je m^avisai de convoiter des figue3»

Elles étaient m^res, personne ne m*Qbseryait, n'e^p dçvait nçn savoir ; je m'éclipsai, je çqur^s k Tarbre, je récoltai tout. Mqp appétit ss^tisfait, je pourvu^ à la rpqte, et retppUsi^^js mes poches lorsqu'un malheureux garde pa*rut. J'étais mortj je restai çoUé sur la bçanche où il m'avait surpris. Il voulait m'enç^iaîner, 19e conduire à ma mère, la crainte me rendit éloquent. Je lui dépeignis m^s ennuis, je m'fipgageai à respecter les figues, je lui prqdi-

guai les promesses, je Fâpaisai. Je me félicitai de ravoir échappé si belle ; je me flattais que ma mésaventure ne transpirerait pas, mais le traître avait tout conté. Le lendemain la signora I^tizia voulut aller cueillir les figues. Je n'en avais pas laissé, on n'en trouva plus, le garde survint : grands reproches, révélation ; le coupable expia sa faute/* L'Empereur avait repris ses habitudes matinales, et allait souvent respirer le frais avant le lever du soleil. Un jour qu'il avait les gencives douloureuses, il entra dans la pièce que j'habitais, et m'adressant la parole avant que je l'eusse aperçu : '^ Je souffre, docteur ; je'ai mal aux dents ; que faut-il faire ? Voyons, que dit le Prodrome ?" J'avais mes planches anatomiques déroulées devant moi ; il ne me laissa pas le temps de répondre, et se mit à discuter sur ce grand travail. H regrettait qu'il n'eût pas été exécuté plus tôt ; il se serait livré ^ Tanatomie, il la saurait, il aurait cette satisfaction de plus. Il avait essayé de l'étudier bien des fois. Mais le dégoût 1 avait emporté sur l'envie d'apprendre; il n'avait jamais pu vaincre l'espèce d'horreur que loi inspiraient les cadavres. Avec les planches, les dissections devenaient pour aii^si dire inu-

tiles ; on pouvait saisir d'un coup d*œil le jeu, la structure des organes ; on voyait leurs rap* ports, on suivait leurs ramifications ; le corps humain était mis à jour, il était fâché que Pexé» cution de ce travail eût tant tardé. — ^^ Docteur c'est un magnifique ouvrage que vos planches! Je veux qu'elles me soient dédiées, qu'elles paraissent sous mes auspices ; je suis jaloux de rendre ce dernier service à la science. Je ferai les fonds nécessaires ; vous passerez en Europe; vous les publie* rez; c'est un monument auquel j'ai l'ambition de concourir." U revint souvent sur le même sujet, et me parlait chaque fois avec une nouvelle satisfaction de cette entreprise. ^^ Mais pourquoi n'avoir pas tracé une ligne de démarcation ? n'avoir pas indiqué ce qui est de vous, ce qui est de Mascagni? On aime à faire hommage à chacun du fruit de ses recherches* Vous avez rédigé le prodrome, vous avez écrit le texte de l'anatomie des peintres ; vous donnez ce travail sous le nom du professeur : c'est trop de dévouement, de modestie ; chacun le sien.-^Sans doute ; mais ma part est toute faite: Mascagni a gravé trente planches, il a constaté ses découvertes ;

SIS DERNIERS M0MKN8

le Surplus m^appartient ; on comparera» je ne réclame qbe la différence.**

Cependant la maladie n'arrêtait pas: sa marche était lente, mais continuelle, et ses progrès sensibles. Cétait surtout au moral que Teffet en était marqué; Napoléon ne parlait plus que des objets qui avaient frappé son enfance, de ses amis et de ses proches. Les nouvelles, qu^on avait débitées au sujet de son ^1s Tavaient accablé ; il se plaignait, déplorait le sort de cet enfant, dont le berceau avait été entouré de tant d*espérance& ; il apprit enfin qu'il était nommé caporal. — "Ah ! je respirer' Et, comme s'il eût craint de laisser voir son émotion, il se mit à discourir sur la Corse, et les souvenirs qu'il en avait gardés. '^ A mon avènement à la coiux>nne d'Italie, lorsque je visitai Gênes, je me crus tout à coup transporté sur nos montagnes.

Cétaient les formes, les mœurs, les costumes, de notre pays ; il n'y avait pas jusqu'à la monture des boutiques qui ne fût la même. Cette identité me frappa. Joséphine jouissait de ma surprise, et cherchait à la prolonger. — Comment, ce sont mêmes traits, mêmes ha« bitudes !^— C'est qu'apparemment les Corses sont les bâtards des Génois. — Cette idée la

fit rire ; elle s^en amusa beaucoup. Je mou* tai à cheval^ je parcourus les hautew^S} je visitai les positions qui défendent Gênes, et arrêtai les travaux qui devaient la protéger. Je pris plaisir à contempler cette bizarreriç de la nature, qui semble avoir taillé ces deux pays sur le même modèle. Je courais depuis trois heures dans ces lieux escarpés ; il en était onze^ j'étais accablé j je rentrai, je me mis au travail avec le bon Gaudin, qui me présentait l'organisation financière de la Ligurie : je succombais à la fatigue ; il n'avait pas commencé à lire que j'étais endormi. Je le priai de surseoir, je voulais sommeiller un iwtant: mais je trouvai, sur mon passag^dçs généraux qui attendaient mes ordres ; je les ei^pédiai. Je passai encore trente-six heures au travail, et ce ne fut qu'au moment de mon départ que je pus signer celui du ministre.

C'est un homme bien, dévoué, bien intègre.

que le Duc de Gaëte ! que de services U a rendus! Il récapitula rapidement la part qu'il avait eue à nos succès par ses opérations financières, çt ajouta ; " Quelque temps après la bataille d'Austerlitz, il vint me demander des canons de brw^e. Comment ! lui dis-je, vous voul^ me faire la guerre ?— Non, sire ;

je ne veux que faire des balanciers.— «Mes ca^ nons pour un tel objet ! servez-vous d'autre chose. — Mais je voudrais qu'ils portassent tous écrit au collet, balanciers (TAusterlitz, et fussent coulés avec des pièces Russes ou Autri* diiennes. — ^Vous me prenez par la vanité^ ministre. £h bien ! soit, je vous les donne.

Nous arrivâmes ainsi à la fin de la première quinzaine de Septembre. La douleur au foie se réveilla, devint plus vive ; l'Empereur éprouva de l'inappétence, des nausées, des vomissemens de matières bilieuses, un sentiment de chaleur brûlante dans Thypocotidre droit et la r^on épigàstrique. La promenade en plein air, qu'il fût chaud ou froid, tranquille ou agité^ lui devint insupportable. Il était affaissé^ obligé de chercher du repos.

18 Septembre.

10 heiu'es a. m. — Yeux abattus, cernés; conjonctive jaunâtre ; lèvres, gencives décolorées; langue recouverte d'un enduit blanchâtre ; peau jaunâtre et d'une excessive pâleur ; teint verdâtre du visage; douleur de tête, surtout dans les régions frontale et sourcillère ; cauchemar (incubus) ; sensation incom-

mode de chaleur dans le thorax, respiration pénible, profonds soupirs ; froid glacial aux pieds et aux jambes, il se dissipe par Tapplication de linges chauds; peau sèche, brûlante; pouls petit et fréquent (80); région épigastrique douloureuse à la pression ; Napoléon éprouve un sentiment de pesanteur dans Tabdomen^ de Tinappétence, et une somnolence presque invincible. Je cherchai à le tirer de cet état de léthargie, je lui parlai des soins qu'exigeait sa santé: '^Ah! docteur,^ laissez, on est heureux quand on dort ; les be^ soins disparaissent avec les veilles^ on n*éprouve plus de privations, plus de sollicitude ;*' et il se rejetait sur son traversin ; mais il sentait un violent mal de tête. Je réussis à force den prières à lui faire prendre un purgatif cho^ lagogue qui fit merveille et le soulagea. '

19 Septembre.

9 heures a. m.— L'Empereur a mieux passé la nuit. Cependant les symptômes morbifiques n*ont presque rien perdu de leur intensité.

La douleur de tête est à la vérité diminuée^ la teinte verdâtre.du visage et la couleur jaunâtre de la conjonctive se sont un peu adoucies.

S16 DERNIERS MOMBNS

Le sentiment de pesanteur dans l'abdoipen est dissipé; mais il est survenu à la place unesen-sation insupportable^ et le malade éprouve au foie des douleurs beaucoup plus vives qu'auparavaint. — Bain. — Le pouls est plus régulier, la peau moins sèche et moins brûlante.

20 Septembre.

9 heures a. m. — Même état ; promenade en calèche j TEmpereur rentre au bout de quelques instans, il est accablé de fatigue.

21 Septembre.

8 heures p. M.r^M'ême état ; je conseille les toniques à Pintérieur, les yésicatoires au bras et à la nuque ; j'insiste surtout pour qu*on ouvre un cautère au bras gauche ; mais Napoléon repousse toutes les prescriptions. Je fais part de l'état oîi il se trouve au grand-maréchal et au Général Montholon.

22 Septembre.

9 heures a. m. — L'Empereur est mieux. — Bain. — Napoléon veut prendre l'air j il essaie de marcher j il monte à cheval^ en calèche ;

là fatigue, le malaise, se font bientôt sentir, n rentre et se met au lit.

Q3 Septembre.

Même état* L'Empereur persiste dans le dessein de prendre l'air. Il monte à cheval, en calèche, et se voit, au bout de quelques pas obligé de rebrousser. Il se met au lit. Il continue encore quelques jours cet exercice ; il se persuade que le mouvement est le premier des remèdes ; maïs le tsroleil, la toux, le froid qui court par tous ses membres, l'obligent de suspendre ses courses. Il les reprend dès le surlendemain, et arrive, avec des alternatives de bien et de mal, jusqu'au S Octobre, qull est saisi d'un engourdissement, général qui ne se dissipe <jue par l'approche du feu. Les extrémités itiférieureis sont long-temps à se réchauffer. Elles le sont à peine que des contractions convulsives le saisissent : la tête est extrêmement pesante*

4 Octobre.

2 heures p. m.— L'Empereur rentre extrêmement fatigué ; il se met au lit, et demande qu'on le laisse en repos. Il a fait, partie à

cheval, partie en calèche^ une course de deux lieues et demie; s*est reposé à Sandy-Bay-- Ridge: il est descendu chez M. Deveton, où il a déjeuné, et bu, m*a*t-il dit, trois verres de vin de Champagne. Il éprouve un violent mal de tête, une anxiété générale ; toux sèche, nerveuse ; visage excessivement pâle ; yeux abattus ; pouls petit et nerveux.

5 Octoh*e.

3 heures a. M.-^L'Empereur continue à se plaindre du mal de tête, qui est cependant moins violent qu'hier ; la douleur aujine est beaucoup augmentée^ et s'étend jusqu'à l'épaule droite; une pesanteur incommode et une douleur profonde se font encore sentir dans rhypocondre gauche. Quant aux autres symptômes, ils n'offrent pas de changement sensible. — L'Empereur fait un peu d'exercice au jardin.

6, 7f 8, 9 Octobre.

9 heures a. m. — ^Le mauvais temps empêche l'Empereur de sortir en calèche. Il se promène au jardin : persiste à rester deux heures dans un bain chauffé à une température

DE NAPOLBON. . 319

élevée, «ressaie de combattre cet usage; il me répond qu'il est suivi en Egypte, qu'il en a retiré les meilleurs eâèts. ** Vos confrères ne m'épargnaient pas non plus les remonstrances. J'allais gagner la. • . . Que saîs*je les maladies que je devais avoir ! Eh bien !

je n'en eus point, je me portai à merveille.

Mon instinct me servit mieux que la science d'Hippocrate. Ma brosse et ma flanelle se trouvèrent plus entendues que tous ses suppôts. Ceci n'est pas pour vous, Docteur ; je suis plein de confiance en vos lumières; mais j'ai mon expérience par devers moi : je tiens aussi à mes idées."

10 Octobre.

11 heures a. m. — L'Empereur est resté une heure dans le bain. Il a été obligé d'en sortir pour se mettre au lit ; il était si faible qu'il a éprouvé une espèce d'évanouissement. Il ne reprend pas ses forces dans le lit ; il a le visage pâle, tirant au jaune ; il éprouve un sentiment de froid glacial par tout le corps. Les sens, l'ouïe surtout, semblent émoussés. Le pouls est petit, irrégulier.

390 DERTilERS MQMENS

11, 12, J3 Octobre.

8 heures a. m. —La santé de TËoipereur ne 4f améliore pas ; les forces, au contraire, sem* Uent aller en décroissant. Napoléon s*est évreiUé vers le milieu de la nuit avec une violente doideur de tête» une forte constipation qui résiste aux laveroens, et un froid glacial aux extrémités; tremblemens, palpt- •tattons de cœur, anxiété. Il éprouvait une vive agitation dans le bas-ventre, une douleur à la région sternale; il avait la re^iration difficile, une toux sèche nerveuse; les forces étaient anéanties. Le plus léger mouvement suffisait pour produire des vertiges. A deux heures du matin la constipation a cessé» révacuation a été copieuse, et l'affaiblissement qui Ta suivie, extrême. De trois à cinq heures, ces divers symptômes ont diminué d'intensité ; mjais une douleur nouvelle se fidt sentir le long de la colonne vertébrale, depuis la nuque, les épaules, jusqu'au milieu du dos^

14 Octobre.

10 heures a. m. — L'JEmpereur a reposé depuis six heures jusqu'à neuf. Il s'est réveillé

DE NAPOLiON. $&1

avec une douleur profonde dans le côté gauche de la tête. Celle qui se faisait sentir au sternum dure encore. Lavemens, bain de demiheure, pouls petit et régulier. Je conseille quelques émolliens, et j'insiste sur l'application des vésicatoireSé — "Docteur ! pas de drogues ; je vous Fai dit bien des fois, nous sommes une machine à vivre, nous sommes organisés potu:

cela; c'est notre nature. N'entravez-pas la vie, laissez^a à son aise, qu'elle puisse se défendre; elle fera mieux que vos médicamens. Notre corps est une montre qui doit aller un certain temps, l'horloger n'a pas la faculté de l'ouvrir ; il ne peut la manier qu'à tâtons et les yeux bandés. Pour une fois qu'il l'-aide et la soulage, à force de la tourmenter avec ses instrumens tortus, il l'endommage dix, et finit par la détruire." Il pensa sans doute que cette comparaison dont il était singulièrement frappé, ne m'avait pas conv£^incu ; il se mit à discourir sur l'incertitude de la médecine, le danger des médicamens qu'elle distribue en aveugle, et ajouta: — " Vous le savez> mon cher Docteur, Tart de guérir n'est autre que celui d'endormir, de calmi^r l'imagination. Voilà pourquoi les anciens s'étaient affublés de robes, de vête-

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