‹ Derniers momens de NapoléonChapitre 4 sur 26 · TOME l. C · texte numérisé non relu

TOME l. C

18 DJBRNIERS MOMENS

Nous avions force ornemens pour la chapelle de FEmperçur, mais pas une lettre, pas un mot pour lui* Monseigneur avait été si occupé de bulles, de symboles, de tout ce: qui intéressait la foi, qu'il n'avait pu donner avis de notre départ^ ni même tracer qiiâques lignes qui servissent à nous introduire auprès du grand-maréchal. Il nous promit d'envoyer à Londres une dépêche pour Sainte- Hélène. Nous montâmes en voiture, et le 25 au matin nous étions hors de Rome.

Malheureusement nos chevaux étaient lents, jbs chemins . mauvais, nous n'avancions pas; nous fûmes douze jours avant d'arriver à Bo* logne. Sx Msyesté là Duchesse de Parme nous y avait précédés d'un jour ; elle se rendait à Florence^ où elle devançait son auguste père. Elle né descendit pas; mais les habitans étaient accourus sur son passage ; ils avaient détété ses chevaux, trainé sa voiture, et l'avaiept loiig-temps accompagnée au mi*lieu des plus vives acclamations. Nous suivîmes notre route ; nous atteignîmes Modène, Parme, où nous eûmes une toiiffe des cheveux du petit Napdéon, qui fut religieusement portée à Sainte-Hélène. Nous traversâinèàr Turin, le mont Cenis, Genève, une partie de

kl Suisse, ïe Duché de Bade ; nous côtoyâmes la rive droite du Rhin, et gagnâmes Francfort le l^' Avril. La Comtesse de Survilliers, que j'étais chargé de voir, me fit l'accueil le plus gracieu:sc, et une foule de questions sur la santé de Madame Mère; elle daigna me présenter ses deux filles dont la modestie égalait la beauté, et me questionna beaucoup mr le fils aîné du Prince de Canino. Je ne savais d'où provenait cet intérêt si vif; j'ignorais le mariage qui se préparait.

J'allai le lendemain à Ofienbach où résidait }e Gomte Las-Cases. L'Abbé Buonavita avait une lettre de son éminence à lui remettre, et je voulais lui of&ir mes services s'il avait quelques commissions pour Sainte-Hélène :

mais il était si accablé, si malade qu'à peine il pouvait se Êdre entendre. Il me communiqua quelques relations sur la maladie dont il était affecté, et me demanda ce qu'il avait à faire. Cette discussion, les détails qu'il me donna sur Sainte-Hélène, avaient fait couler le temps ; il était tard, je rentrai à Francfort. jNous voulions partir le lendemain, j'allai prendre les ordres de Madame de Survilliers.

Wie m'adressa encore une foule de questions, p^rUt satisfaite de mes réponses, et me témoi*

gna le désir de voir le prodrome de la grande anatomie de Mascagni, dont je portais un exemplaire avec moi. Le sujet n'était pas propre à flatter le goût délicat d'une dame, mais elle l'exigeait, j'obéis. Elle admira là netteté du travail, la beauté de l'exécution, et me dit à cet égard lès choses les plus flatteuses. Elle me chargea ensuite de la rappeler au souvenir de l'Empereur, et remit à l'Abbé Buonavita divers petits objets dont les uns étaient destinés à ce Prince, les autres à Madame Bertrand. Nous nous acheminâmes sur Anvers, nous gagnâmes Ostende, ou nous prîmes le paquebot.

Notre destination était connue ; tous s'empressaient à nous faire accueil. C'étaient des félicitations, des regrets, chacun eût voulu partager notre exil. — " Quel vertige ! Bonaparte ! un traitre ! Ah !*' — ^J'allais répondre à cet Anglais qui, moitié honteux, moitié colère, poursuivait ses déclamations* — " Laissez, me dit quelqu'un, c'est Campbell ; il a droit d'invective, ne l'interrompez pas." — Je sviivis le conseil, le capitaine était en verve, sa faconde nous amusa tous. Nous en convînmes cependant à la honte de Napoléon : susciter une vieille, un bal ! on ne joue

,pas un homme avec plus d'indignité. Tout en approuvant le ressentiment du capitaine, nous ne voulions pas qu'il retendît trop loin. Nous l'en avertîmes ; il essaya de se fâcher ; nous le priâmes de n'en rien faire, il nous cnit ; nous atteignîmes Douvres, Londres où nous arrivâmes le 19-

Nous nous rendîmes le surlendemain au .ministère. Nous voulions remettre à Lord Bathurst la lettre du Cardinal qui lui annonçait le départ de notre petite colonie pour Sainte- Hélène. Son excellence ne daigna pas nous admettre ; elle nous envoya son secrétaire qui nous fit quelques questions sur notre départ, notre arrivée, les incidens du voyage. Il nous promit du reste de mettre la dépêche sous les yeux du Lord, et de nous faire promptement parvenir la réponse.

L'Abbé Buonavita reçut en effet, à quelques jours de là, une lettre où nous étions .prévenus de nous tenir prêts à partir; que nous serions conduits au Cap, faute d'occasion directe ; Vignali ne pouvait faire partie de l'embarcation, un prêtre suffisait au Général Bonaparte, et le Cardinal n'avait pas dû dépasser le nombre de quatre personnes qui lui avait été fixé. Cette décision était fâcheuse.

3â DERNIERS MOMENS

renversait toutes les combinaisons de son ^minence ; heureusement le préfet apostolique réussit à la faire révoquer. Il écrivit à Lord Bathurst, il lui exposa son âge, ses infirmités, les ordres du saint père qui défendent à tout missionaire de pénétrer seul dans un pays qui n'est pas catholique. Le ministre s'adoucit, donna quelques espérances au vieillard, et finit par accorder à ses cheveux blancs ce qu'il refusait au Cardinal.

Il ne s'agissait plus que de partir : mais les vents étaient contraires, il n'y avait pas d'occasion pour Sainte-Hélène, et les bâtimens qui se rendaient au Cap avaient fait voile. Jl fallait attendre, laisser le temps devenir propice ; on profiterait du premier transport pour nous embarquer. Les expéditions pour ces lieux étaient fréquentes, nous le savions, mais le ministère n'en avait aucun avis : il ne nous appartenait pas d*être mieux informés. Le Docteur O'Meara venait d'arriver à Londres : je courus lui demander des détails sur la situation où se trouvait l'Empereur. Il m'apprit qu'elle' empirait chaque jour, que l'hépatite était endémique à Sainte-Hélène; que ses soins, les remèdes les plus vantés, n'avaient pu en arrêter les

progrès ; qu'il tenait la guér|son impossible, à moins que Napoléon ne fût arraché à la fnlieste influence de ce climat. H lui avait conseillé à son départ d^ppeler le Docteur Stokoe, chirurgien du Conquérant; mais celui-ci avait à peine lait quelques visites^ que le Gouverneur en avait pris ombrage.

Il me remit ses rapports; ils étaient ain^ conçus :

" Longwood» 17 Janvier, 1819-

"J'ai visité ce matin Napoléon ; je J*ai trouvé dans un état de faiblesse extrême. Il souffirait cruellement du côté droit dans- la région du foie,^ et éprouvait des élancemens douloureux dans Pépaule. Il a eu au milieu de la nuit un violent mal de tête, suivi de vertiges qui ont duré un quart d'heure : il a pris, lorsqu'il a été remis, un bain chaud, qui a déterminé une transpiration abondante, et l'a beaucoup soulagé.

. "Je pense, vu la tendance du sangla se porter à la tête, qu'il est indispensable qu'un médecin re^te auprès de sa personne, afin d'administrer à temps les secours nécessaires dans uo cas si gra>re.

"John Stq^iok"

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A. M. le Comte Bertrand.

" Longwoodi 18 Janvier, 1819«

'• Malgré les symptômes d'h^atite chronique dont la première apparition date d^à de seize mois^ et les désordres qu^elle a occa^ slonnés^ je ne crois pas qu'il y ait de péril imminent. La maladie devient tous les jours plus grave et terminera probablement les jours de Napoléon. Mais, quels que soient l'influence du climat et les progrès du mal, je ne pense pas, je le répète, qu'il y ait de danger imminent.

*^ Les signes les plus alarmans sont ceux qui se sont développés dans l'avant-dernière nuit. S'ils se renouvelaient, ils amèneraient un résultat fatal, surtout si les secours manquaient.

"John Stokoe. "

^ Longwood, 19 Janvier 1819.

" Hier, peu après mon arrivée à Longwood, j'ai été invité à me rendre auprès de Napoléon Bonaparte. Le Comte Bertrand m'a demandé la cause de ma longue absence. Je lui ai répondu que l'amiral n'ayant pas été prévenu officiellement de Longwood, je n'avais

PE NAPOtSON. S5

obtenu de permission que fort tard dans Taprès-midi. tTaî revu le malade, la fièvre continuait, la chaleur de la peau était considérable, la douleur de tête était augmentée, et il n*y avait eu aucune évacuation depuis yingt^quatre heures. Je craignais une attaque semblable à celle qu'il avait eue dans la nuit du Samedi au Dimanche. Je lui ai conseillé une saignée légère et un fort purgatif. Il a montré de la répugnance pour mes ordonnances, et a préféré l'emploi d'un lavement. Vers les S heures du matin, le Comte Bertrand me fit appeler et me pria de l'accompagner chez Napoléon. Les symptômes n'étaient pas diminués et le mal de tête était allé en augmentant. J'insistai vivement sur la saignée. Il y consentit et en éprouva un soulagement presque instantané. Il prit une forte dose de sel de Cbeltenham.

" J'eus dans cette circonstance occasion d'e^^aminer plus particulièrement que je ne l'avais fait la région du foie, et je suis à présent. convaincu que ce viscère est gravement afifecté. J'ai recommandé en conséquence le traitement mercuriel et les autres médicamens qui vont mieux. à la constitution du

malade.

" Signé, John Stokob."

<< Sakite-Hélène, ^0 Janyier 1819.

" Monsieur,

** «Taî de fortes raisons de supposer que mes visites à Longwood seront suspendues», ou par ordre direct de mes supérieurs, ou parce que Ton me rendra ce -service si désagréable que je serai forcé d*y renoncer. En tout cas, si je n*ai pas l'avantage de pouvoir m*entre* tenir avec vous d*un objet qui m'intéresse vivement, je vous invite à tout faire pour engs^er Napoléon à adopter Tusage des médicamens que je lui ai prescrits. Ceux-là seuls peuvent écarter le danger qui le menace* L'hépatite, à quelque degré qu'elle soit parvenue, est une maladie dangereuse, surtout dans un climat tel que celui de Sainte-Hélène. L'engorgement où se trouve le foie, l'état habituel de constipation et le désordre des or^ ganes digestifs, détermineront le sang à se porter à la tête, précisément comme cela est arrivé Samedi.

*^ Je vous prie donc, monsieur, s'il ne m'est plus permis de lui donner mes soins, de faire vos efforts pour que le docteur Verling me remplace à Longwood.

" J'ai l'honneur d'être, etc.

** Signé, John Stokoe."

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A. M. le Comte Berirand.

*• LoDgwood» 21 Janvier 1B19.

*' Une heure et demie après mon arrivée à Longwood, j'ai vu Napoléon. La fièvre était légère, mais la douleur au côté droit était augmentée. Le purgatif avait produit des évacuations accompagnées de fortes coliques.

Le malade avait mal dormi et la douleur au côté subsistait dans toute sa force. Je lui ai conseillé un bain chaud qu'il a pris à l'instant, et dans lequel je l'ai laissé. En partant j'ai insisté sur la nécessité de recommencer un traitement médical. Je lui ai dit que j'avais déjà préparé quelques médecines, et qtie je lui en enverrais d'autres avec les instructions convenables, puisque je ne pouvais continuer mes visites. Il me répondit qu'il ne prendrait aucune médecine qui ne lui serait pas administrée par son chirurgien.

" J'ai l'honneur, etc.

" Signé, John Stokoe."

Ces rapports me déterminèrent. Je ne m'arrêtai plus aux bureaux, aux secrétaires ; je m'adressai à sa seigneurie. Je lui rappelai

les promesses qu'on nous avait faites, les avis qu'on nous avait donnés; des bâtimens étaient prêts à mettre à la voile ; les occasions qu'on voulait saisir se présentaient ; nous désirions que des lenteurs ne les fissent pas échapper. Ces retards nous étaient doublement pénibles : ils nous obligeaient à d'excessives dé- :penses, et exposaient Napoléon à des accidens fâcheux. — ** Vous le croyez donc malade ?" — " Les rapports sont unanimes." —

" Ah !"— ." Stokoe, O'Meara "— *• Sto-

koe ! O'Meara !" — " Que pense-t-on à Rome de sa maladie ? " — " Ou est dans l'inquiétude la plus vive." — ** On redoute l'influence du climat !'* — " Au dernier point." — *^ La pénurie, les privations, les mauvais traitemens qu'il endure !" — " On s'attend à toutes les conséquences d'une captivité si rigoureuse." — " Sérieusement ? "— « Sans doute." — " Eh

bien, rassurez-vous, rassurez sa famille; je •viens de recevoir des nouvelles positives ; il se porte à merveille."-r-Il prononça ces derniers mots avec un ton de vérité qui me pénétra. Je ne pus contenir ma satisfaction ; il la remarqua sans la désapprouver, et continua — " Il crie, il se plaint, mais rien ne lui manque à Sainte-Hélène ; le gouverne-

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ment lui fournit tout avec profusion ; il nous coûte des sommes immenses. Au reste, tranquillisez-vous, vous verrez bientôt par vousmême si je vous dis vrai."

J'aurais voulus le croire, sa seigneurie sans doute aussi; mais la déférence que je portais déjà à Sir lludson Lowe ne pouvait prévaloir sut les assertions des jgens de Fart. Je résolus de m*aider de l'expérience de quelques praticiens habiles, de ceux surtout qui avaient exercé la médecine sour les tropiques, ou même à Sainte-Hélène. La publication des ouvrages posthumes dé Mascagni m'avait donné une sorte de célébrité. Je me trouvais naturellement en relation avec tout ce que Londres avait d'illustre. Chacun m'ofiràit ses conseils, chacun m'invitait à recourir à ises lumières, tous étaient jaloux de contribuer à adoucir des maux dont ils désavouaient là source. Je mis leur bonne volonté à contribution, je leur adressai des circulaires, je leur soumis la consultation qui m'avait été remise^ les rapports que j'avais reçus ; je les priai dé nre faire connaître ce qu'ils pensaient de la maladie qui affligeait l'Ëmpçreur, et d'indiquer les moyens qu'ils jugeaient les plus propres à la détruire. Tous, mais surtout le véné*

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nblç James Cuny^ si <]istiDgué par ses traym^ sur les hépatites, me répondirent avec UQ empressement, une bienveillance dont je fus vivement touché. Je réunis ces c^nions diverses, je les livrai à la discussion de quelques médecins qui s'étaient plus spécialement occupas du genre d*a£fections dont il s'agissait. La prescription suivante en fut le résultat : V ^* Nous avons délibéré mx les npports écrits et verbaux des Docteuis 0*Meara et Stokoe :

nous croyons avoir reconnu que Napoléon est atteint d'une hépatite chronique. Cette maladie est presque toi^jiours la conséquence dç Phépatite aiguë, surtout quand le malade, né «dans un autre pays, accoutumé à d'autres climats, réside sous les tropiques s mais çlle est quelquefois le résultat de circonstances locales qui tendent à troubler la transpirai tion. C'est le cas dont il s'agit» Le relâchement de la texture prilnitive du foie, joint à la cessation soudaine de l'activité cérébrale et musculaire, et à l'àffiûblissemeftt des acuités intellectuelles, devait naturellement accâérer les progrès de Pengorgement humoral du viscère. Nous pouvons assurer que la discrasia scorbutica n'existe pas encore. La memr brane muqueuse qui recouvre les gencives,

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aÎQsi que les autres de la même nature^ est ordinairement la première à se ressentir de toute irrégularité viscérale^ et qui influe di^ rectement sur les fonctions de la chilifîcation^ la sanguinification, et la nutrition successive des parties organiques/'

Quant à la méthode curative» elle se trouve décrite dans la lettre suivante :

" Monsieur,

^^ J*ai lu avec attention leà deux rapports que vous avez eu la bonté de m'ènvoyer. Si je n^étais convaincu du peu de cas que mérite une opinion formée sans avoir le malade sous les. yeux^ je me plaindrids peut-^tre du défaut de renseignemens sur certains points aux* quds j'ai l'habitude de donner de Fimporr tance, quand je cherche à arriver dans les maladies hépatiquips à une exacte diagnose* Au. lieu d'essayer une dissertation qui vous paraîtrait au moins inutile, je crois qu'il: suiQi^ de. vous répéter en teitnes généraux oe que j'ai d^à eu le plaisir de vous exprimer de vive voix, c'est-à-dire que les expériences et observations, que j'ai faites ou recueillies m'ont pleinement convaincu que les mercuriels sont les seuls moyens de prodmre une guérison

radicale. Ce sont de tous les roédicamens ceux qui répondent le mieux à nos espérances^ pourvu néanmoins qu'il n*y ait pas encore de lésions organiques, et qu'ils soient administrés avec prudence et dans des circonstance3 convenables. Je ne voudrais cependant pas qu'on supposât qu'il entre dans mes idées d'exclure les autres moyens de guérisoni comme les saignées locales, les vésicatoires, les purgatifs, les rafraîchissans, etc. Je crains que vous ne m'accusiez de superfluité, vous qui, élève de Mascagni, savez mieux que personne que rien ne constate mieux l'état d^un organe que la manière dont il exécute ses fonctions, si j'ajoute que, comme l'effet ordinaire des mercuriels est d'exciter le foie à accomplir ses sécrétions naturelles, il faut iijue la dose et la préparation soient réglées uniquement pour cet objet ; les apparences . > . doivent nous indiquer les avantages obtenus, et doivent être seules nos guides dans l'application du grand remède dont la recommandation est le principal objet de cette lettre. " J'ai l'honneur d'être,

<< Londres, ce Samedi."

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Un des élèves les plus distingués du Docteur Curry ne se borna pas à me recomman'der remploi des mercuriels, il voulut me faire juger par moi-miême de l'efficacité de ce spécifique. Il me conduisit dans les divers établissemens de la capitale^ et me mit à même d'observer les efifets de ces préparations sur les hépatites^ les flux de yentre chroniques qu*ëngendre If habitation deTInde et du tropique. Plusieurs autres habiles praticiens de Londres me témoignaient la même obligeance^ le inême empressement : chacun me communiquait ses observations, chacun me faisait part de ses idées et de ses vues. Les musées, les hospices, les collections, n'avaient rien qui me fût: caché ; le nom de Napoléon m'ouvrait : tout, me facilitait tout : personne ne voulait paraître complice de Pinfamie ministérielle.

, J'emportais avec moi le Frodome, et des preuves de trente planches de la grande ana^ tomie de Mascagni, dont j'avais dirigé la publication. Je les montrai à quelques physiologistes ; ils en parlèrent dans le monde. La curiosité s'éveilla, chaiCun voulait voir, chacun voulait connaître ce beau travail. Des savons, Tadmiration passa aux jotniralistes ; on possédait désormais une carte topographique, un

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panorama du eorps hcrtnam. La charpente de l'édifice, les pièces qui en déterminent les formes^ la grâce, les mouvemens ; les cordons qui transmettent les • actes de la volonté, les canaux que suivent les humetu« qui consti^ tuent le sang, tout était décrit, tout était dessiné avec une netteté, une perfection dont on n'avait pas d'exemple. Les dissecticMds xlevenaient inutiles i on pouvait désormais se livrer à l'anatomie sans d^oût t c'était la pkM héi\e entreprise du siècle.

Le Prodrome était publié sous les auspices du Prince Régent j j'étais chargé par la société des éditeurs de lui en présenter la dédicace. ^9t lie fis par le canal de Lord Bathurst, auquel je Renouvelai en même temps les instances que nous ne cessiofns de lui fiûre pour qu'il nou6 fût permis de mettre à la voile« Je reçus comme de coutume les promesses les plus positives, et ce fut tout. Il partait sans ce^se ' des bâtimens pour le Cap, pour Sainte-Hélèoe ; mais sa seigneurie était si malheureuse, qu'^dle n'en était jamais informée à temps ou ne pouvait obtenir dé passâige.

Je n'avais rien eu jusqu'àtncm départ à démêler avec la police ; je ne me figura» pi» à quel point éQe «6t méticuleuse. Je nHaSagi-

jQaia pas que dea planches anatomiques puii^^nt êtvQ suspectes, je croyais boonement que je pouvais }es emporter ; mais on m'en avertit ; tout conspire dans le siècle où nous sommes.

Des musclesi des tendons peuvent tramer la perte des rois» Il y avait peut-être du danger À ce qu'ils communiquassent avec Vusurpi^ tion. «Tintercédai pour eux auprès de Leard 3athurst, je lui demandai à les associer à mon exHi et à tirer d'Europe les livres qui prêtaient nécessaires pour mettre la dernière tmi^i h mou travail. Il me fit une réponse peu 3atisfaisante) on avait des soupçons» il i^lait }es dissiper, les détruire. Ouvrir une '^correspondance fastidieuse) ce moyen était Jongf incertain ; j'en pris un plus direct* Je rn^semblai mes planche^^ je gagnai le ministère» je les soumis à Hospection de sa ^ei-* .gaeiirie. £lle les accueillit de la manière la pMis gradeuse; elle les parcpurui^ les e^- «aiiia en détail^ m'adressa une foule 4e questions sur moi, sjnr l'ouvrage et les entraves qa'siUaît apporter à sa publication mon séjour à Sainte-Hélène. Divers personnages survinrent pewlant cet es^men» et ne se montrèrent pas m<iELns satisfaite. C'était uue ^treprîse i?aste> bien connue, qw méitait la protection

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du gouvernement Britannique ; mais pôuvaisje abandonner des travaux si grands^ si utiles? quel inconcevable aveuglement de leur préférer un misérable rocher! Ils étaient Anglais, je suis Français, nous ne pouvions nous entendre ; je les remerciai de la bienveillance qu'ils me témoignaient, et priai sa seigneurie de hâter un départ si souvent promis et toujours dififêré. L'entretien avait duré plus d'une heure, j*avais Tassurance d'emporter mes planches, de faire voile incessamment.

Je me retirai plein d'espérances et de joie.

L'iHusion dura peu. Je fus assailli d'offires, de menaces ; l'argent, les emplois étaient à «lia discrétion j je nW qu'à prendre. Je n'avais garde de croire que c'était moi, mes services qu'on voulait acquérir à l'Angleterre j elle abonde en hommes, en praticiens du premier ordre. On voulait faire insulte à Napo* léoriy m'avilir: les dépouilles de l'Inde n'étaient pas capables de payer une telle lâcheté. On n'avait pu me séduire, on chercha à me compromettre. Nous avions enfin reçu avis dé nous tenir prêts à partir* J'étais allé faire mes adieux à quelques-unâ de mes amis, et reconduisais Une dame lorsque je fus joint par plusieurs individus d'assez pauvre tour-

nure. ^ Ils me prodiguèrent des épithètes odieuses, n'épai^èrent ni les Français, ni la personne qui me. donnait le bras. Tant qu^ils ne s'étaient adressés. qu*à moi, je m*êtais contenu, mais je ne. pus supporter qu'ils outrageassent une femme respectable. J'allais céder, à un mouvement de vivacité ^ elle me retint, m'entraîna dans une maison voisine, où je trouvai un des chefs du jury. «Tétais ému, suffoqué; je lui racontai avec véhémence Tinsulte qui m'avait été faite.— "Vous êtes bien heureux que madame ait vu le piège, vous vous seriez commis avec ces misérables ; on vous aiu'ait arrêté, détenu, vengé, je le veux bien ; mais le bâtiment aurait mis à la voile, et le départ eût été manqué.— "L'observation du magistrat calma mes sens, je vis à quelles embûches j'avais échappé, je me trouvai résigné, impassible. Tous les suppôts de la police ensemble n'eussent pas été capables de m'émouvoir.

Nous étions au 8 Juillet ; le départ était fixé au lendemain. On nous demandait de souscrire à notre exil, de nous soumettre aux r^lemens qui seraient promulgués à Sainte- Hélène. J'eusse accepté des conditions bien plus dures ; je ne discutai pas, je signai.

9S DERNIERS MOM£NS

Ceat la signature que j'ai donnée de ma vie avec le plus de satisfaction. La lettre ministélielle portait que nous nous embarquerions à Deptfbrd; il se trouva tout à coup que c'était une méprise, que nous devions aller à Gravesend; nous nous y rendîmes. Le bâ** timent (k Snipe) était digne de la main qui Tavàit choisi. C'était un mauvais brick de commerce diargé de farine^ encombré de madriers, de bois de toutes espèces^-qui n'avait pas deux pieds carrés de libre. Il penchait^ nous manquions d'espace pour nous mouvoir, nous étions condamnés à une attitude pénible pendant une longue traversée, nous pouvions être submergés d'un instant à l'autre; j'eus recours au magistrat. Il m'écouta comme on nous écoutait, prodigua les promesses, et n'en tint aucune. Le capitaine était à l'avenant de l'éctuipage ; je pensai bien qu'on ne lut avait pas donné la préférence sans motif; ma plainte l'avait aigri, je voulus me mettre en mesure contre sa bienveillance. J'achetai des provisions ; il se- récria sur l'inutilité de la dépense, protesta que l'abondance régnait à bord, que nous ne manquerions de rien dans la traversée } l'Abbé Buonavita faisait chorus avec lui. Je laissai dire, et continuai mes

apquipitiQUg. Bien m*en prit^ comme je ne tardai pa^ à m'en apercevoir, Nous^ avions^ affaire à up homme sordide^ qui calculait tout ju3qu'aux surprise» qu*on peut faire à Tappétitt Uu: ppt de bière, quelques viandes salées, unc^ volaille dont nn §^ul matelot eût fait aisément; jwtici^, formaji^nt le dîuer de la colonie en^ tîère, C^ régime était l^er^ mais que faire ? Nousr étions battus par les orages, et le capi-r taiue ne répondait à nos plaintes que par des récits^ qui commandaient la résignation. Il Si'était aperçu qu^ le préfet apostolique était mécontent* Nous débouquions le golfe de 3îsoaye ; la tempête se calmait» il vint se plaç^ prèa de lui. Il nous raconta avec une espèce d'indifférence qu'il se tenait d'ordinaire dans les eaux d'Alexandrie et de Djedda, qu'il transportait les pèleriii^ d'une de ces villes à l'autre. Le Coran fait un précepte du jeûnc^ ^^e chargeait de le faire observer* La temr pérance n'est pas la vçrtu des dévots. Il leur fallait de T^au, d^s subé^tapces j les sources^ les productions de la côte n'eussent pas sufii. Le bâton, le fond de cale, la mer^ lui avaient iQurni des mpyens moins coûteux ; les murr mures avaient cessé. Personne n^avait plus cherché àfonvettir son bord çn taverne ; eha*

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cuD 8*était reUgieusement souiiEdi à uife absti* nence méritoire. Il ii*avait pas acheyé qu'il 8*éIoigna en faisant des commandemens à tue-^ tète» et abandonna le missionnaire à ses réflexions. L'avertissement produisit son effet. L*homme de Dieu trouva désormais tout bon^ et ne se plaignit plus. Ce fut mon. tour. Le tempa était devenu fav<Jrable, le vent enflait nos voiles, nous étions en vue de Mogodor ; tout allait nous manquer, nous n'avions plus de viande fraîche, plus dé légumes, plus de liqueurs fermentées, l'eail même tirait à sa fln. Je souffi*ais hcNrr&le^ ment du mal de mer, je ne pouvais manger, il m'importait peu d'être à la diète ; mais let autres passagers tombaient d'inanition, je ne pus supporter un tel spectacle. Je fis léA plus vifs reproches au Capitaine ; je le sommai de mettre pied à terre, et de refiraiéhir ses provisions. Il s'y refusait, parlait d'ordre, de subordination ; mais tout l'équipage se joignit à moL Jofirais de prendre les comestibles à ma charge; il se rendit* Je lui remis des fonds ; je demandai à l'accompagner i il s'y refusa avec obstination, il voulut absolument descendre seul.

Le bâtiment était en panne, le roulis avait

BB KAFOLioK;

eesséi je me trouvais mieux ; je jHrofitai de ce moment de cs^e pour observer la côte et étudier Mogodor ; lèais la ville était entassée», iiv^idière, la plaine sans arbres^ sans verdure ; je n^^erçus que sable et misère. Cest Tunique tableau que présentent ces plages désirées. Des dromadaires cependant diversifiaieni; la scène. Ils paissaient une herbe iwe au milieu des dunes ; ils traînaient leur cfaétive existence. Un immense tourbillon dé poussière se dessinait au loin ; je chercha ce qui l'avait soulevé; ma lunette était tendue» Je discernai des chameaux» des ânes» des béCei^ dé somme ; j^étais tout entier à ce spëc* tacle lorsque le capitaine parut avec son canot. Il était sans vivres, Sans subsistances; il criait» s'agitait comme un furîeux. Nous cherchions quel incident allumait sa colère* Je lui demandai quel malheur lé ramenait les mains vides ; mais il commandait de virer de bord, il ne me répondit pas. Ce ne fut que lorsque nous eûmes gagné le large qu'il nous apprit que Mogodor était une place détestable» qu'il tt'avait pu se défaire de ses bois» que personne ne s'était présenté pour les mettre à prix. — ** Mais les vivres ?*'-—*^ Les vivres! je voulais vendre mes planches."-^** Cest pour

49 DERNIERS ifOMI»fS

cda que vous êtes descendu ?"^-^* Quel autre motif pouvait me conduire à terre 7^ — " Nou» £iire mourir de faim !'-•— >^ Nous touchons au Cap-Verf — " Ni viande ni biscuits T — ^^ Il y a moins loin que de BabelrMandel à I^edda/' — " Une traversée immense !" — • ** Comme de Jambo à Cosseir.'* — " De Teau corrompue !" — " L'ëglise romaine ne commande pas d'ablution."— *^^ Je vous entends»

des menaces!"—" Ahl" — ^^ Mlntîmider l"--* *' Moi r* -— '^ M'însinuer que les indignité auxquelles les pèlerins ont été soumis, les privations^ les cachots, nous attendent!"—^ ** Vous exagérez." — " Toutes les infamies dont le souvenir vous enivre!"—*^ Oh, avec des Turcs P'— '"Des hommes." — " Intraitables, qm ne voulaient rien entendre» qui haranguaient trop, me comprenez-vous ? Au sur^ plus, qu'ai-je à faire de ces discussions ? On ne manrque de rien à mon bord. Les passa- ^rs que je reçois peuvent se contenter de ce qui me suffit. Vous êtes cinq; j'ai touché pour vous tous deux cents livres sterling; estK^e la peine de montrer tant d'exigence ?

Devais^je encore payer une livre et demie sterling, d ancrage pour satisfaire un appétit désordonné?" :

0s KAPOi^saN* 43«

C'étidt là le noble motif qui afiiiaaijb ce corsaire. Il exposait les passagers et l'équi-^ p^e à mourir de faim pour ne pas débourser une si forte somme. J'eusse donné dix fois le tribut exigé pour leur épargner ces angoisses; mais il n'était plus temps, le vent se maintenait, noua fiions quatre nœuds à l'heure^ il fallut se résigner. Nous nous en-» gageâmes au milieu des écueils. Heureuse^ ment la mer était calme, et notre sordide oan pitaine, habile. Il sonda, manœuvra, tourna les brisans, il parvint à nous tirer du mau^* vais pas où il nous avait jetés. Il croyiût toucher Tile de Gorée : il se trouva . sur une jdage inculte où 11 imagina qu'il devait y avoir force sauvages. Il résolut de la recon*» naître. H tira de sa cabine quelques sabres rouilles, des fusils mal en état, et se disposa lui cinquième à cette grande expédition.. Le préfet apostolique ne voulut pas rester, leê bras croisés dans une aussi grave occurrence ) l'équipage allait subjuguer, des tribus, il 4^>écha Vignali pour les baptiser. Malheu^ réusemrat les conquérans. et le missionnaire ne trouvèrent personne ni à soumettre ni à convertir ; ils rentrèrent^ nous remettions à la voile lorsque nous vîmes venir à nous une

4é DERNIERS MOMEKS

goélette armée. Cétait celle de la douane.

Surprise de voir un bfttiment àmn la station où nous retenait Phumeur guerrière du capi*.

taine, elle nous supposait des desseins de fraude^ et accourait nous donner la chasse.

Elle nous demanda qui nous étions^ d*où nousvenions^ oh nous allions. Nous le lui dimes.

Nous fûmes aussitôt accueillis, fêtés ; nous nous trouvâmes en famille. Je débarquai malgré les cris du commandant ; je me délassai des fatigues, des privations que j-avais. essuyées*

Tout ce qu^il y avait de Français dans Tile m*avaît comblé d*égards, de prévenances. Je voulus leur témoigner combien j'étais sennble à leurs bons procédés. Je les réunis à dîner, je leur présentai mes compagnons de voyage que j*étais allé chercher à bord ; j*ar vais également invité notre odieux capitaine ; il eut la discrétion de ne pas venir. La pudeur n*était pas le seul motif qui le retenait, il en avait un autre ; mais je m*en inquiétai peu, je le laissai faire. Nous bûmes à l'amitié, à la fortune de la France, et nous re^ nouvelâmes nos provisions. J'étais logé chez un Marseillais ; le bmiquet avait eu lieu chez lui, je désiraii? lui tenir compte des dépenses

D£ MAPOLiON. 45

que jeiui avab causées. Il n*y voulut jamais consentir. — ^' Sa mère était Corse» j'étais Corse» on m'avait choisi pour médecin de Napedéon, il était trop heureux de m'avoir reçu/— ^imaginai de lui offirir quelques jambons, seuls restes des provisions que j'avais £tites à Londres; nous nous acheminâmes vers le navire. Mais notre forban nous avait |Hrévenu8. Il les avait réalisés, vendus, et les avait remplacés par une cargaison de canards, de verrats, de truies, qui se battaient, se cherchaient, mettaient bas, présentaient un 4ableau dont les yeux et Todorat étaient révoltés. Cétait le comble de Tindignité:

mais qu'opposer à cette immorsditlS profonde? les plaintes? nous allions gagner le large, elles étaient dangereuses. Les représentaticms? il n'en tenait aucun compte. Nous nous résignâmes encore. Nous montâmes dans son châlit; nous nous éloignâmes, nous fîmes force de voiles, nous nous trouvâmes ipar le traveris du cap Palme. Nous serrâmes -h côte, nous vîmes aussitôt les canots se charger, se détacher, accoiurir à nous. La circonstance était heureuse ; nous n'avions pu &ir« que de légères provisions ; notre Ci^itaine s'était pourvu de claret, de volaille;

4ê DsaNiEas moaieks

msaa il les deâtîimit au marché de Saînt^^

JHëène, il n'avait rien pow noua. Nous

étions, retombés dans notre première détresse;

]a faim nous consumait* Nous suivions d*im

ml d'autant plus inquiet la marche des

esquifs. Ils étaient légers, rapides» étroits et

hM, manœuvres- par des hommes accroupis

qui frappaient la mer de leurs ^ux mains» et

glissaient à sa surface. Un mouvementt un

.rie&9 les faisait chavirer i mais, alertes comme

des poissons, ils retournaient aussitôt leues

<pirogueSi et pouj:sttivaient leur course. Noua

avions mis &a. panne^ ils furent bientôt sur

.ûQUs. Ils étaient forts, vigoureux, bien âôts.

Ils nous apportaient des provisions, nous les

reçûmes av^ec toute Taménité dont nous étions

-^caf^bles.-—*' Où aUez*vous? demanda Tun

d'entre eux.r~A Saii3^e*Hélèa3e/'^**-Ce nom le

irappa» il resta stupéfait.-*-^ ^ A SaintetHé-

Jène! reprît-il d'un ton péeétr4 est41 vAi

qu'il y soit P^—Qui ? reputit le cairitaine,"-^

L'Africain lui jeta un regard dédaigneux,

vint à: nous et r^éta la que^ticm; nous répon-

>^mes qu'il y était! 11 ilous fixa» secoua la

Ééte, et laissa enfin échapper le miM; dlm-

pos^Ue. Ni^us nous regs^dions le uns ks

autres ; nous ne savions quel était ce sauvage

1>£ KAFDLio)^ 4fJ

4|ui parlait Anglais, Français, qui avait une si haute idée de Napoléon. -»- *• Vous le connaissez ?--^ Depuis lohg-temps. — ^Vous Favez vu? — ^Dans toute sa gloire*— Souvent?— Dans la bien gardée'*, au désert, sur le champ dé bataille. — ^Vous ne <^royez pas à g^s malheurs? — Son bras est fort, sa latigue douce comme du miel, rien ne peut lui résister.— -II a longtemps balancé les efforts de l'Europe entière. •—L'Europe ni le monde ne peuvent accabla um tel homme. Les Mameloucks, les pachas s^édîpsaient devant lui ; c'est le dieu des batailles.— Où Tavez-vous donc connu?— Je vous le dis, en Egypte*— *Vous avez servi ?— Dans la 31^ ; j'étais à Bir-am-bar, à Samat>iiout, à Oosseir, à Cophtos, partout o\x s'est trouvée cette vaillante demi-brigade. Qu'est tlevenu le Général Belîiard?— Il vît, il a illustré son nom par vingt feàt% d*armes.

Vous le connaissez aussi ]^— Il commandait la 41^ ; il courait le désert comme un Arabe, aucun obstacle ne Parrêtaît. — Vous voué rappelez le Géfli^al Dêsai^ l — Aucun de ceax «qui oât fait re:spédition de la haute Egypte ae l'oubliera jamais. Il était bf ave, ardent, généreux, il cherchait les mines coMme les

♦ LéCiûte.

50 DERNIERS MOBUENS

imagina de |irer parti des truies que la faim allait moissonner. Il les distribuait à son équipage, et se réservait les petits encore mal formés qu'elles n'avaient pas mis bas. Il trouvait cette dégoûtante préparation déli^ cieuse; il la vantait, il Texaltait, il voulait associer à ses jouissances chacun de nous.

Les coliques le tourmentaient, il avait besoin de moi, je fus le premier qu'il honora de son invitation: — " C'est quelque chose d exquis, venez, nous les ferons frire, nousles mettrons en petits pâtés. Tout mon équipage...." Je ne le laissai pas achever. Un mouvement involontaire lui expliqua ma pensée. Il s'éloigna en me lançant à demi-voix le poli French dog»

Nous étions au 10 Septembre. La pompe»

la chaleur, les indigestions ne laissaient pas respirer les matelots; ils étaient exténués.

Le Capitaine lui-même ne pouvait se soutenir. Il était moin3 insolent, moins sordide ; il ne parlait plus des iniquités que les Barbaresques avaient essuyées à son bord ; 11 n'aspirait qu'à toucher au rivage. Il crut tout à coup l'apercevoir ; nous étions dans les eaux de St..Hélène ; il avait fait ses observations, il en était certain. U se trouva malheureusement moins

bon astronome que munîtionnaire •; k station disparut pendant la nuit^ au jour il n'eii fut plus question. Ce ne fut que dans la matinée du 18 que nous en eûmes connaissance.

Sous quel aspect sinistre elle se deissinait au loin! Quel rocher sourcilleux! Quelle masse!

quel séjour ! Mais c'était là qu'était l'Empereur ; c'était là que l'infamie Anglaise s'acharnait sur sa proie; c'était là que les rois Vengeaient sur ce grand homme les erreurs de sa générosité. Nous allions fouler les mêmes lieux, respirer le même air. trouvions nous nous plaindre de partager le sort du maître du monde ? Nous n'aspirions qu'à débarquer.

Hudson Lowe était moins impatient. Il fallait qu'il nous tendît un piège ; il avait besoin de quelques heures pour le méditer. Il nous fit prévenir que nous ne pouvions entrer immédiatement dans le port, mais que nous y serions admis le lendemain dès lé point du jour. Je fis demstnder eti quel état se trouvait Napoléon. — *^ Bien, très-bien, ifépondîrent ses envoyés, il jouit d'une santé vigou* reuse, il se porte mieux que nous." — Ils se retiraient, lorsque nous vîmes arriver dés façons de canots qui vinrent voltiger autour du bâtiment. Je n'étais pas dupé de la ma-

Se VKfiVlURê MOMENS

corde il eût pendu le corsaire si nous eussions <|it un mot : mais nou9 ne craignions plus que ce forban qous proposât des petits pâtés. Il allait avoir à faire à S^ £• c'était bien assez. , Le Docteur Verling arrivait de LcHigwood.

Sir Hud^oQ me le présenta^ Je crus qu'il avait remplacé Stokoe, je lui demandai. des nouvelles de la santé de Napoléon. Napoléon ! Il cherchait dans Les yeux du Grouver^ neujr ce qu'il devait répondre : mais celui-ci le tira d'affîdre^ et me dit que le Docteur ne voyait pas le Général Bonaparte» qu'il ne don* nait ses soins qu'au Général Montholon. Le médecin sentit que sa visite n'avait pas le mérite de Tà^-propos, et se retinu S. E. reprit aussitôt son homélie sur le bon esprit que nous devions . apporter dans l'île, sugr les avantages que. nous y trouverions, le plaisir qu'elle aurait à nous en rendre le séjour agréable. On servit, Sir Hudson nous retint ; Read, Gorrequer disputaient avec lui de prévenances et d'égards : mais c'était toujours la Corse ; les hommes y. naissaient avec plus de courage, plus, de sagacité qu'ailleurs. Us jugeaient mieux des circonstances et des choses, ils se pliaient plus franchement à la nécessité.

Le dîner fini, nous nous disposions à gagner Longwood : mais nous pouvions y porter des lettres^ des manuscrits^ des plans^ et rien de tout, cela ne devait y pénétrer que sur le vu de M. Gorrequen H nous prévint^ s'excusa, mais il étak Tennemi des corre^ondances, il leur &Ê»it une guerre impitoyable. Nous lui ouvrîmes aussitôt nos poches, nos porteifeuilles ; le Cerbère s'adoucit, nous passâmes* Il avait droit de nous déshabiller 1 Gorrequer avait fini, c'était le tour de Read.

Celui-ci fut moins facile^ Il visita, d^ia nos efièts, les examina pièce à pièce. La guerre aux chiffi>iis finie, nous montâmes en voiture, nous nous engageâmes dans une route effra* yante. Ce n'était que J&ctionûaires, que pré* cipices ; d'un côté, un vaste abîme, de l'autre, uu farouche soldat. Nûus marchions au milieu des précautions de là gi^rre et des convulsions de la nature : jamais spectacle aussi sombre ne s'était . offert à nos yeux. Nous arrivâmes enfin à Loogwood. Nous* nous présentâmes chez le Général Bertrand, qui se trouvait auprès de l'£m]>erear. Ce Prince venait de recevoir les journaux de Londres, il parcourait lés colonnes du Morniàg Chro*

nicle qui me concernaient. Il y trouvait force éloges pour Tanatomiste^ mais pas un mot pour le médecin. Il en conclut que j*étaîs étranger à Tart, " une façon de Cuvier, auquel il donnerait à disséquer son cheval»

mais auquel il ne confierait pas son jned* ^' Il était dans cette disposition d'esprit lors*, qu'on lui annonça notre arrivée. — " Allez, dit-il au Grand Maréchal, voyez quels hom-:

mes on m'envoie, voyez surtout le physioloh.

giste." — Bertrand vint en effet, mais avec un air peiné. li invita Buonavita à le suivre, et nous pria d^attendre.

Je ne savais qu'augurer d'une réception si.

singulière; j'étais stupéfait, Vignali n'était, pas mieux lorsque le Général reparut. Je passai avec lui dans la pièce voisine. Il me fit asseoir, me demanda depuis combien de.

temps j'étais parti de Rome, si je connaissais la famille de l'Empereur, comment étaient Madame Mère, le Cardinal, Lucien, Pauline,, etc. ; comment j'avais été choisi pour venir, en quelle qualité j'arrivais, où j'avais pratiqué, si j'avais une lettre, quelque chose à dire à Napoléon de la part des siens, quel motif m'avait déterminé à quitter Tltalie pour cet écueil, qui j'avais vu pendant le trajet de

DE NAPOLéoN* 57

Rome à Londres, qui j^àvais fréquenté dans cette capitale, et ce qu'on m'avait dit. Je satisfis à toutes ces questions, et j'eus l'honneur d'être présenté : à Madame la Comtesse qui s'entretenait avec le Docteur Verling et l'Abbé Buonavita. Elle m'accueillit avec bonté et me demanda quelques détails sur les pays que nous avions parcourus. Vignali eut son tour. Il fut, comme nous, interrogé, présenté, et accueilli. On nous servit à souper, on nous donna des appartemens ; je me déshabillais lorsque je vis une seconde fois le Comte Bertrand paraître. Il me pria de passer chez le Général Montholon, il avait quelque chose à me dire. J'allai ; j'écoutais, je ne comprenais rien à cet entretien inouï.

Je ne tardai pas néanmoins à me remettre.

Je répondis qu'un noble orgueil m'avait seul conduit à Sainte-Hélène, que j'avais eu l'ambition d'être utile au plus grand homme du siècle; qu'aucun sacrifice ne m'avait coûté dès qu'il avait été question de l'Empereur ; que j'en ferais un autre si mes services n'étaient pas agréés j que je me rembarquerais immédiatement pour l'Europe. Je me retirai. Je n'avais plus ni sommeil, ni fatigues, la conversation avait tout dissipé. Je trouvai

58 DERNIERS KOMENS

dans rantichambre le cuisinier Chandelier, qui, n'ayant 'pds encore de logement, me demanda à y passer la nuit. Je ne pouvais fermer l^œil, yétais curieux de savoir si la récep* lion que javais reçue s*était étendue josques à lui. n me répondit qu'il avait été accueilli par ses camarades, qui cependant lui avaient adressé force questions sur notre voyage, les personnes que nous avions vues, et les nouvelles que nous avions entendu raconter. Il ajouta que TEmpereur Tavait &it appeler ainsi que Coursaut; qu'il s'était informé de ce qn*on disait à Rome du choix du médecin, de celui des prêtres, de ce qu'ils en avaient vuy entendu à Londres, et des maisons qu'ib fréquentaient dans cette capitale. Il devenait évident que j'^{:citaîs des soupçons, des d^ancesy que j'avais été desservi. Commei^ cela s!était>il &it ? je ne pouvais le pâaétrer. Le jour vint^ je me trouvai plus calme, et attendis avec résignation que cette affaire se dénouât. Je reçus dans la matinée une troisième visite du Comte Bertrand. Il me demanda un rapport écrit et détaillé sur le Ueu de ma naissance, mon âge, ma âimilie, les villes où j'avais fait mes études» H me demanda où et depuis quelle époque j'avais

exercé, si j'avais servi ; à quelle partie de la médecine je m*étais plus spécialement appli* que* Je fis surJe-champ ce résumé; je le kâ adressai avec mes diplômes, mes papiers, et la lettre du Cardinal. Buonavita^ YignaH furent obligés d'en faire chacun autant.

C'éteit une triste réception i^ès un si long voyage : mais son éminence n'avait pu,, an milieu des graves soins qui l'occupaient, trouver an instant poiu^ écrire, soit à l'Empereur, soit au Grand Maréchal. Aucun membre de la iamiUe n^avait réparé cette n^ligence, noixs. étions ^ivoyés par le gcmvernement An» glais, recommandés par le ministère, fSètés par le. gouverneur,^ c'en était plus qu'il ne fallait pour éveiller la défiance. Une autre circonstance contribua à donner à cette affaire Pair d'une intrigue. Le Cardinal, qui n'avait pu nous munir d'une lettre dé créance pour Saiate'^Hélène, avait en néanmoins assez de knsics pour concerter le moyen de fair« de Yignali le médecin de Napoléon^ Il avait écrit au Comte Las^ases à cet ^ard ; il l'ar vait prié de recommander le missionnaire à L'Empereur.. Las-Cases ne jugea pas convenable de travestir un prêtre en médecin, et se borna 1 remettre la missive de son éminence

à Fabbé qui, tout empressé de la r^ulre, était loin de prévoir l'effet qu'elle produisit. Tout s'arrangea cependant. Nous étions Français^ nous étions Corses; nous ne pou* vions à ce double titre être les agens des Anglais ; Napoléon nous admit à son service.

Je me disposai en conséquence à aller chercher les effets qui étaient restés sur le bâtiment. Je pensais aller seul. Sir Hudson nous avait tant protesté que nous pourrions circuler librement dans Tile} mais l'officier d'ordonnance de Longwood avait des ordres :

je fus obligé d'accepter l'offre qu'il me fit de m'accompagner. Je me rendis à bord du Snipe; j'étais gardé à vue, aucun de mes mouvemens n'était perdu. Quelle fut ma surprise ! notre excellent capitaine était dans la même position. — ** Pourquoi des gardes? Quel accident? — Ce coquin de gouverneur! — Eh bien, quoi! Sir Hudson? — m'empêche de mettre pied à terre, de vendre mes marchan-r dises. — Pour quel motif? que lui avez-vous fait? — Mes porcs disparaissent, mon claret CQule, ah ! —Mais vos canards ? — me mangent plus qu'ils ne valent, ah! — Mais enfin quel tort, qudle faute ? — ces maudits livres, ah ! — Ces livres de messe? — de messe! C'est un

DE NAPOLéoK. 6l

guet-apens, un meurtre; voyez ces truiesr, ces planches, quel tort! — Mais enfin des livres de dévotion ! — ^ Vous le croyiez, je Taî cru, je les ai apportés, eh bien, ce sont d^s Ii\Tes que ce maudit 0*Meara a écrits contre lui, ahr — Je laissai mon homme gémir à son aise, je débarquai mes effets, et rentrai à Longwood, Les préventions s'étaient dissipées, les soupçons éteints, je reçus une lettre du Comte Bertrand qui m'annonçiût que j'étais agréé comme chirurgien ordinaire de P Empereur. Sa lettre était ainsi conçue :

Longwood, ce 22 Septembre .18 19. *

Monsieur Antommarchi, L'Empereur Napoléon vous agrée pour son chirurgien, avec les appointemens de neuf mille francs par an ; vous entrerez en fonction dès le moment que vous aurez prêté votre serment ; je vous prie, à cet effet, de vous rendre chez moi à 2 heures.

J'ai l'honneur d'être.

Monsieur, Votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Le Comte Bertrand.

Je me rendis à Pinvitation du grand-maré^

<6S D£ftNlEM MOMENS

chai, et pris les engagemens exigés. Je ne devais rien communiquer ni dire aux Anglai»; je devais me garder de. leur confier le plus petit détail sur les progrès de la maladie dont Napoléon était atteint. Ce que j'avais éprouvé, ce que j'avais entendu m'avait donné la mesure des gens à qui nous avions à faire ; je n'étais pas disposé aux confidences, je jurai de n'en jamais faire, et j'eus l'honneur d'être présenté à sa Majesté. La chambre était petite, extrêmement obscure, il était dans son lit } je ne 1 aperçus pas d'abord. Je m'avançai dans une espèce de recueillement religieux. Il le vit, et m'adressant la parole de la manière la plus gracieuse.-—** Approchezvous de moi, Capocorsinaccw^^ me dit-il en Italien, langue que dès lors il employa constamment dans nos conversations, *^appro^ chez afin que je puisse vous voir plus distincten^ent, et surtout vous mieux entendre^ car sur ce triste rocher je suis devenu tout*à* fait sourd." — ^Je m'approchai. Il me jeta un coup d'oeil qui ne parut pas m'être défavorable, et reprit : — ** J'ai été bien près de votre pays dans ma première jeunesse ; je débarquai à peu de distance de Morsiglia au port de Macinajo. Je fus de là à RoglianOj où je yis

B£ NAPOLÉaN. 6S

une belle maison peinte à la Génoise» à To* mino^ à Pôrticciolo. Je me rendais à Bastia : mais, le croirie^-vous ? j'eus toutes les peines du monde de trouver un cheval et un homme qui voulût m'acQompagner ; j'y parvins cer pendant. Le squelette qu'on me donna pour vait à peine se tenir sur ses jambes^ mais il était habitué à ces routes escarpées; il me fut extrêmement utile. J'arrivai enfin à Bastia ; j'étais content de mon guide^ il le fut aussi de moi.

^^ Le Cap est de toute la Corse la contrée la plus ingrate ; cependant ses habitans sont les meilleurs cultivateurs^ les commerçans les plus industrieux de Tîle. Pauvres mais intelligens, mauvais soldats mais excellens marins, ils sont en général sobres, pacifiques, honnêtes* Ils jouissent d'une paix profonde, alors même que les autres districts sont eu proie aux plus violentes agitations. Leurs mœurs, leur caractère sont tout-à*fait opposés à ceux de nos compatriotes qui vivent dans les montagnes. Aussi les-uns tremblent-ils à la vue des autres et cela avec raison. Le naturel doux, tranquille de Thomme de la plaine ne peut faire tête aux habitudes altières, à l'impétuosité du montagnard. IS»

âf^-

64 DfiilNIERS MOMENS

général les babitans de votre pays sontpaUi»vres ; ils travaillent beaucoup, ils s'exténuent à féconder le sol ou pour mieux dire les rochers, mais leur travail produit fort peu, ils ont de la peine à vivre. ,Ceux du mien au T!ontraire se fatiguent peu ou point du tout, et s'ils ne sont pas riches^ ils mènent du moins une vie douce, indépendante. Ils la passent à courir le fusil sur Tépaule. Mais c'est assez parler d'un pays que je ne reverrai phis.- Y a-t-il long-temps que vous n'êtes allé en Corse? — Deux ans, Sire. — Quel âge avezvous? — Environ trente ans. — Oh! oh! vous pourriez être mon fils. Si j'avais connu votre mère, j'aurais laissé le Macinajo, je serais allé débarquer à Morsiglia. — A Centuri. — Oui, à» Centuri, Morsiglia n'a pas de port. Vitale y toujours votre mère? — Elle est morte que j'étais encore enfant. — Ëtait-elle jolie, séduisante, gracieuse ? — Elle était jolie femâne et excellente mère. — Eh bien ! raison de plus»

j'aurais débarqué à Centuri, je - serais allé à ^Morsiglia faire la cqur à une charmante Capoh corsina, a Madame Antommarchi. Quel âge a votre père ? — '- Il approche de soixante-dix ans.-— Il est notaire: fait-il quelquefois, ccKnme ses bons confrères, de faux actes^ des testai-

1>£ NAPOliÉON. 6S

tn^ns supposés?** Je ne repondais pas, il répéta la question en riant plus fort.-^^' Mon père jouit de l'estime publique et de la con* fiance de son canton,— rEn ce cas il n'y a rien à dire. Vous rappelez-vous llépoque où je conquis PItalie pour la première fois? — tTeft conserve un vague souvenir. — Quelle ivresse! quelles acclamations! Ce n'était qu'un cri d'enthousiasme. La population se pressait sur mbn passage, j'étais son dieu, son idole. Elle m'est restée fidèle. Sans doute vous ne vous souvenez qu'à peine, car vous étiez si jeûne alors, de mon expédition d'Egypte, de mon arrivée, de mon débarquement à Ajaccio, à Fréjus, et des transports avec lesquels je fus accueilli ? — ^Je me rappelle cette apparition inattendue qui changea la face de l'Europe. J'écoutais avec admiration ce qu'on racontait du Général Buopapare^ et des merveilles qu'il avait exécutées. On buvait. Sire, à vos succès, on faisait pour vous les vœux les plfls vife. Je conserve parfaitement le souvenir de l'impression que fit sur moi l'allégresse de tout un peuple qui n'espérait qu'en vous. — Quel âge avîez-vous lorsque vous avez quitté la Corse ? — Environ quinze ans. — Il y a à Livourrie des Capocorsini fort riches;—-

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