‹ Derniers momens de NapoléonChapitre 5 sur 26 · TOME I. F · texte numérisé non relu

TOME I. F

Oui, Sire, quelques-uns sont devenus pa* triciens, d'autres ont été faits nobles: le grand-duc les a bien traités. — ^Vous avez fait vos études à Pise ? — Je les ai commencées à Livoume, d'où j'ai été les continuer à Fise et à Florence. — A quelle époque ? — ^Je fus reçu docteur en philosophie et en médecine, à l'université de Pise, au. mois de Mars 1808; je passai ensuite à Florence^ où je me livrai à dés recherches phisiologiques : j'étais attaché à rhôpital de Sainte-Marie-Neuve. En 1812, j^obtlns de l'université impériale le diplôme de docteur en chirurgie. Le grand-maître me nomma prosecteur d'anatomie, attaché à l'académie de Pise, qui daigna s'intéresser à moi. Je résidais comme tel â Florence, où j'ai exercé jusqu'au moment de mon départ. — La Grânde-Duchesse Élisa était-elle aimée en Toscane ? — Aimée et crainte tout à la foisè— Faisait-elle quelque chose pour se concilier ses sujets ? — Elle chérissait les arts, elle protégeait les sciences, elle gouvernait dans l'intérêt public. — Elle était adorée à Lucques; elle y avait créé des établissemens utiles et bons. Je la crois fort riche. Les Toscans ont été contens de revoir leur ancien grandduc ; ne le croyez-vous pas ? — Il est cher ^ au

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peuple qu*il gouverne avec douceur. — A l'exception des spéculateurs de Livourne à qui tout est bon^ les Toscans sont un peuple excellent : ils sont à la fois éclairés^ industrieux, cultivateurs habiles: ils occupent la plus belle contrée de Fltalie. Mais quel motif vous a poussé à échanger le beau séjour de Florence, votre clientelle, votre emploi, vos travaux, pour ce misérable rocher ? Quelles considérations vous ont engagé à vous associer à mon exil? — ^Votre majesté peut le pressentir: je ne cherche ni Por ni les faveurs; je n'ai pas mis mes services à prix, je ne me suis pas inquiété des conditions. On m'a proposé d*apprqcher de vous, cette gloire m'a suffi ; je n'ambitionne pas d'autre bien. — Mais pourquoi, avant de céder à l'invitation de votre ami Colonna, ne pas vous être fait assurer une existence par ma famille ? — Des avantages pécuniaires ne peuvent compenser le sacrifice; la gloire seule pouvait me décider. ^ — La gloire est fort bonne ; mais si vous aviez été renvoyé comme peu s'en est fallu, qu'auriez^vous fait? dans quel embarras ne vous seriez-vous pas trouvé ? — Une semblable réception m'eût déchiré j mais encore eussé-jé

touché ce triste écueil ; ma profession m'eût

PS

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mis partout à l'abri du besoin : mon seul regret eût été d'être méconnu.— Vous êtei Corse, voilà la considération qui vous a sauvé ; mais encore vous pouviez ne pas me convenir, être congédié ; que vous fôt-il revenu d'avoir si imprudemment cédé ?— Ces réflexions sont justes, mais je ne les ai pas faîtes. — Votre bonne étoile y a suppléé. Je suis, du reste, fâché que le cardinal ait été chargé de cette affaire, qu il se soit conduit comme il a fait. Je lui demande un chirurgien, il vous envoie ; vous êtes jeune, mais enfin il voua choisit. En même temps il écrit à Las Cases une lettre que les prêtres m'ont remise, et dans laquelle il insiste pour que je ne me serve que de Vignali. Cependant je suis bien sûr que cet abbé n'a pas plus de trois ans d'études, quoique lui-même m'ait dit quatre.

Je vous avoue que cette lettre m'a singulièrement déplu. Ni ma mère, ni le cardinal, ne m'ont donné avis de votre départ. Je me défiais de tous les individus dont se compose votre embarcation. Les visites, les questions que le grand maréchal Vous a faites, ont dû vous surprendre et vous affecter. — ^Vivement, sire ; j'étais humilié, confuis, je tie pouvais m'expliquer ces défiances. — N'y peu-

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«az plpis; vous çerez mon chirurgien ^ je vous servirai de père. JTai fait dire à l'Abbé Vignali, et je le lui ferai répéter encore, que je n'entends pas qu'il exerce à Longwood. Je pe yeux pas qu'il essaie son art sur personne, fut-ce sur le dernier des Chinois. Qu'il travaille à remplir ses devoirs ecclésiastiques, .c'est là son véritable état; je Pai fait prévenir par son supérieur Buonavita, excellent vieillard que je n'ai fait qu'entrevoir à l'île d'Elbe. Je crains bien qu'il soit venu pour se faire enterrer ici. En tout cas, je le rejcommande à voi$ bons oiSices ; il mérite notre J[)ienveillance et notre appui. Je l'ai vivement blâmé d'avoir accepté les propositions du cardinal. A son âge, impotent, perclus jc^omme il est^ on n'entreprend pas un voyage 31 long, si périlleux. Après avoir causé longtemps, l'archevêque m'envoie un homme biei^ respectable, il est vrai» mais si vieux, si cassé^ 4ju'il ne peut m'être d'aucun secours. Le grand-duc doit avoir été charmé de voir un de ses employés m'apporter les secours de la médecine sur cet écueil ? — Je le pense, sire j vous avez eu tant de bontés pour lui. — Je l'ai beaucoup connu. Marie-Louise l'aimait, et lui n'était pas indifférent aux charmes de 1^

reine de Naples. Je Tai toujours tenu pour un bon prince. Etes-vous resté long-temps à Rome ?-^Environ deux mois. — Vous avez eu le loisir de la bien connaître. Je suis vraiment fôché de ne l'avoir pas vue. Je voulais lui rendre son antique splendeur, en faire la capitale de Tltalie; la destinée ne Ta pas voulu .... Une partie de ma famille y réside. Le pape est un bon vieillard que j*ai toujours bien traité . • • . Allons ! maintenant, parlez-moi avec franchise, donnez*moi des nouvelles des miens. Commencez par Madame Mère, la Signora Letizia. — ^Le malheur n*a pu Tabbattre. Elle supporte Tadversite avec courage ; elle est pleine de résignation et de dignité. — Reçoit-elle, va-t-elle dans le monde? Quel est son genre de vie? — lV)ut-à-fait retiré. Elle n'a qu'une société peu nombreuse, n*admet que quelques personnes de confiance. Ceux de ses enfans qui sont à Rome sont empressés autour d'elle:

mais ses vœux, ses pensées sont tous pour Sainte- Hélène. Elle n'attend qu'un mot pour braver la mer et vous serrer dans ses bras.— Elle a été toute sa vie une excellente femme, une mère sans égale ; elle m'a toujours aimé. Vous l'avez laissée bien affligée, n'est-il pas

vrai?— Elle retenait d'abord avec peine son émotion : mais elle est bientôt revenue à ellemême ; elle a montré un courage, une force d*âme au-dessus de l'humanité. — Je suis jsûr qu'elle n'eût pas craint les fatigues que vous avez essuyées. Va-t-elle en société ? — Quel* quefois chez ses fils ou chez Son Ëminence.

— Le cardinal la voifc-il souvent ? — Plusieurs fois par jour. — Ses fils? — Presque tous les jours. — Pauline?-^ Moins fréquemment; ses indispositions la retiennent. — Que pensezvous de sa maladie ? — ^Je n'en connais pas la nature.— Vous connaissez particulièrement tous les individus de ma famille qui résident à Rome? Comment sont-ils? Que disentils de moi ? — Toutes leurs pensées sont concentrées sur Sainte-Hélène ; ils n'aspirent qu'à votre délivrance. — Exposez-moi avec précision tout ce dont les uns et les autres vous ont chargé pour moi: que vous a dit ma mère? — Qu'elle, ses enfans, sa fortune étaient à votre disposition; qu'au moindre signe elle se dépouillerait de tout, dût-elle endurer la plus profonde misère. — Le Prince de Canino ? — Qu'il s'était entendu avec Joseph; que chacun d'eux viendrait passer trois années auprès de V. M., si vous ne le

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troiuvijçz pas mauvais. — Pauline ?*— Qu*«ll« Q^attendait que vos oi'dres pour accourir auo* près de V« M. — Nous y penserons^** Il souriait, se tut lin moment et puis ajouta : '^ Je ne souffrirai pas qu'aucun membre de ma famille Tienne recueillir les outrages des Anglais, voir les insultes que me prodigue ce sicaire. Je ne veux pas qu'aucun d'eux soit témoin de tant d'indignités, c'est assez que je les endure ;" et .changeant tout à coup de discours: ^ La Signora Letixia est*elle toujours aussi fraîche ? -T-EUe est toujouis très-bien. — Et Pauline^ eft-elle encore jeune et beUe ? — ^Toujours.— Elle n'^ jamais eu d'autre afikire que la toi^ lette et les plaisirs. Louis et Lucien s6 voient-ils? — ^Ils se rencontrent fréquemm^t chez Madame Mère. — Ont-ils société? — Le Prince de Canino reçoit quelques personnes choisies. Louis vit dans la retraite.—- Il donne dans la dévotion, le croyez-vous?— -Je l'ai OUI dire ; il passe même pour bigot." L'Empereur rit : — " Que pensez-vous de sa santé ? — Elle ,est dans une situation déplorable ; les remèdes n'y peuvent désormais plus rien.— Quel beau jeune homme c'était lors de ma première expédition d'Italie ! Sa timidité l'd perdu. Quel malheur que je n'aie pas^été

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prévenu à temps ! Il 3erait sain et sauf au-^ jourd'bui, il aurait rempli sa destinée, la douleur ne l'eût pas enlevé à la gloire, il eût pris part à nos succès» Combien de filç a le Prince de Canino ?'' Je le lui dis»

" De filles ?" Je le lui dis encore. " Qui avez-vous vu pendant que vous étiez à '^ Borne? Je nommai les personnes que ja« vais fréquentées. " Le Cardinal est^il tou^ jours amateur ? Courtril encore les tableaux ? — Il en reçoit tous les matins par voitures* H les passe en revue dans son antichambre, achète les uns, déprécie les autres. Cettç passion lui coûte desr sommes immenses. — Quand êtes-vous parti de Rome? — Le 25 Février^ — Comment avez-vous voyagé?— A petites journées, dans une voiture qui nous a omduits* jusqu'à Anvers. — Madame Letizia vous a^t-elle remis beaucoup d'argent ?-^Deu,x cents Napoléons et une traite de douze mille francs sur son banquier de Londres. — PesU je croîs, la plus riche de la famille. Je lu| reprochais toujours d'être txop bornée dans ses dépenses. Savez-vous si elle fait du bien à Aopie 2— Je l'ignore.— En passant à Parme avez-vous vu Marie-Louise ?-rElle était partie^ et Qous avions Tordre de ne pas fairç con«

naître notre mission. — Savez-vous si elle est en relation avec ma mère ou quelque personne de ma famille ?-^Madame Mère lui a écrit deux fois sans recevoir de réponse. — C*est qu*il ne lui est pas permis d^en faire. Quelles sont les personnes que vous avez vues dans le cours du voyage ?" Je les lui nommai, et lui rapportai ce qu'elles m'avaient dit. " Avez-vous vu à Francfort la Princesse Julie? — Elle m'a reçu avec toute la bonté qui la caractérise. — Ses deux filles, comment sont-elles ? — Grandes, belles, fraîches comme des roses. — Je crois que Tune d'elles épouse un des fils de Lucien^; n'en avez-vous rien entendu dire? — La Princesse m'a fait une multitude de questions sur Taîné. Je m'expliquai facilement un intérêt si vif. — ^J'avoue que c'est un mariage qui me ferait plaisir.

Vous avez donc été bien accueilli ? — On ne saurait mieux. — C'est la femme la plus délicate que je connaisse ; on n'a pas un meilleur cœur. Vous avez vu Las Cases ? — Oui, Sire.

— Comment va-t-il ? — Il est gravement malade. — Avez-vous vu son fils Emmanuel ; — Il était à Strasbourg. — Les prêtres fti^ont dit, je crois, que vous n'aviez rencontré aucun obstacle dans votre voyage de Rome

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à Londres ?— Aucun, Sire. — ^Quand êtes-vous arrivés à Londres ? — Le 19 Avril. — Combien de temps y êtes-vous restes ? — ^Noiis n'en sommes sortis que le 9 Juillet. — Qui y avez-vous vu plus particulièrement? — Des médecins, des gens de Part, ceux surtout qui ont exercé sous les tropiques. — Quand vous êtes-vous présenté à Lord Bathurst ? — Le surlendemain de notre arrivée. — Quelles questions vous a-til faites ? — Il nous a parlé de Rome, du Cardinal, de Madame Mère, dû Prince de Cariîno, et nous a demandé s'ils croyaient réellement que vous fussiez malade. — Que lui avez-vous répondu ? — Qu'on n'en doutait pas, qu'on ne pouvait en douter, que les rapports d'O'Meara, de Stokoe, ne le permettaient pas. —Que vous a-t-il dit à cela ? — Que ces rapports étaient inexacts, qu'il venait de recevoir des nouvelles positives, que vous jouissiez d'une santé parfaite, que nous pouvions l'écrire à Rome. — Combien de fois l'avez-vous vu? — ^Trois ou quatre. — ^Vous êtes-vouz présenté chez Lord Holland? — ^Le Prince de Canino m'avait donné une lettre de recommandation pour sa seigneurie. — Avez-vous été bien reçu ? Milady vous a-t-elle accueilli ? — On ne peut pas mieux. — Milord habite-

t-il Londres? vit-il à la campagne ? — U réside à quelque distance de la capitale. — ^Vous avez vu souvent OMeara^ tfest-il pas vrai ? — ^Tous les jours. — Que vous a-t*il dit de moi, de ma maladie?'' — ^Je lui résumai ce qui se trouve dans les rapports. '^ Est-il content de moi ? — Parfaitement, Sire. — Racontez-moi en détail ce que vous avez vu et fait pendant votre séjour à Londres ; nommezrmoi les personnes que vous avez connues, celles que vous avez fréquentées/' Je lui fis Thistorique qu'il dér 49irait ; il recommença ses questions. ^^ Londres est une bien grande ville, n'est-il pas vrai? — Elle est aus$i peuplée que vaste. — Avez-vous été à Paris ? — ^Je n'ai jamais vu 1^ France.-^— C'est bien, c'est assez. Allez voir le Général Montholon ; demandez le médecia qui le soigne, et consultez-vous avec lui avant qu'on le rappelle. Informez-vous aussi des personnes auxquelles il donnait ses soins, et qui après son départ auront besoin des vôtres^ jSachez quelles sont les maladies qui régnent dans ces climats, et surtout au lieu où nous sommes* N'oubliez pas de demander au Docteur les méthodes curatives dont il fai^ uâage. Cetie île est un monde tout-à-&i|:

nouveau^ vous avez besoin des consieils de

ceux qni Font étudiée. J'ai constamment rc" fusé de voir celui qui vous précède, néanmoins je le crois capable de vous donner tous les éclaircissemens nécessaires pour réussir dans Texercice de votre profession. Engagezle à rester encore quelques jours afin que vous puissiez vous mettre au fait de ce qu'il vous importe de savoir."

Je fiis rappelé au bout de quelques heures.

L'Empereur était dans son salon qu'éclairait à peine la faible lueur d'une bougie. Il s'avança au-devant de moi, me prit par les Oreilles, et me dit en riant : ** Vous pensiez que j*avais perdu toutes mes forces sous cet affreux climat." J'étais surpris, étonné, je restais immobile lorsque j'entendis quelqu'un rire à côté de moi. Je me retournai, c'était le grand maréchal placé derrière nous, tout auprès de la cheminée. Napoléon m'adressa quelques questions sur les objets dont nous nous étions entretenus quelques iuBtans plus tôt: puis il se mit à parler d'anatomie, de physiologie, des phénomènes de la génération. 8à discussion était savante, juste, précise, elle étincelait d'aperçus nouveaux. Il me fit subit* pai* forme de conversation un examen rigoureux qu'il prolongea plus d'une heure. J*eus

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le bonheur de lui répondre d'une manière qui le satisfit. Il me congédia en me disant les choses les plus flatteuses et les plus aimables. Le Comte Bertrand assista à cette longue conférence^ mais ne proféra pas un mot.

23 Septembre.

Je me suis rendu auprès de l'Empereur. Il reposait sur un lit de campagne, la pièce était éclairée, j ai pu observer les progrès du mal. L'oreille était dure, la face terreuse, les yeux livides, la conjonctive d'un rouge mêlé de jaune, le corps entier d'un excessif embonpoint, et la peau très-pâle. J'examinai la langue, elle était couverte d'un léger enduit blanchâtre; les éternumens étaient violens; prolongés, entrecoupés par une toux sèche, suivie d'une expectoration visqueuse qui variait d'un instant à lau tre. Les narines étaient cernées^ engorgées ; la sécrétion de la salive devenait par fois abondante, et le bas-ventre était un peu dur au toucher. Le pouls petit, mais régulier, donnait environ soixante pulsations par minute. Ces symptômes me parurent inquiétans. J'examinai mieux et m'aperçus que la partie du lobe gauche du foie

qui correspond à la région épigastrique, était comme endurcie, extrêmement douloureuse à la pression. La vésicule du fiel était pleine^ résistante, faisait saillie au dehors de Phypocondre droit, près du cartilage de la troisième fausse côte. Des souffrances vagues se faisaient sentir dans les régions costales et lombaires du côté droit; une douleur plus ou moins vive s'était fixée autour de la mamelle, et Napoléon éprouvait un sentiment de ma^ laise extrême à Tépaule droite. Sa respiration devenait plus difficile lorsqu'on exerçait une pression perpendiculaire au scrobicule du cœur. Il se plaignait aussi d'une douleur d'intensité variable qui affectait depuis longtemps Thypocondre droit. Elle était interne ; il cherchait à en préciser le lieu, il disait qu'elle était à deux pouces de profondeur. Il était depuis quelques jours sans appétit. Il avait des nausées, des vomissemens. Il rendait des amas de matières tantôt acres, tantôt bilieuses. Les urines, quoique fréquentes, étaient naturelles. D'abondantes 3ueurs avaient lieu chaque jour.

Fendant que j'analysais ces symptômes, l'Empereur ne discontinuait pas ses questions. Elks étaient tantôt sombres, tantôt plaisan-

tes. La bonté^ Tindignation^ Tenjouement se peignaient tour à tour dans ses paroles et dans ses traits. *' Eh bienj Docteur, que vous en semble ? doîs-je troubler encore longtemps la digestion des rois ?-— Vous leur survivrez, Sire.*— Je le crois; ils ne mettront pas au ban de l'Europe le bruit de nos vie*toirès ; il traversera les siècles, il proclamera les vainqueurs et les vaincus, ceux qui furent généreux, ceux qui ne le furent pas : la pos* térité jugera, je ne crains pas seg décisions. — Cette vie vous est acquise. Votre nom n'éveillera jamais Tadmiration sans rappeler ces guerriers sans gloire si lâchement ameutés sur un seul homme. Mais vous ne touchez pa6 au terme, il vous reste un long espace à parcourir. — Non, Docteur, l'œuvre Anglaise se consomme; je ne puis aller loin sous cet affreux climat.-— Votre excellente constitution est à répreuve de ses pernicieux effets. — Elle 7- ^ ne le cédait pas à la force d'âme dont la nature m'a doué ; mais le passage d'une vie si active à une réclusion complète a tout détruit. J*ai pris de l'embonpoint, j'ai perdïi mon énergie, le ressort est détendu." Je Ressayai pas de combattre une opinion malheu^ reusement trop fondée. Je détournai la con-

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versalion^ j*eus recours à une de ces transi-i ttoQs dont je connaissais déjà tout Tefiet. Je me mis à discourir sur les vœux, l'attente oh était l'Europe, et demandai à Napdiéon s'il voulait être infidèle à sa gloire, devenir complice de Tattentat que les Anglais exécutaient sur lui. ^^ Eh bien soit, dit-il, votre indépendance, votre abandon me plaisent. Vous^ avez tout quitté pour m'apporter les secours de Tart. Il est juste que je fasse aussi quel* que chose, je me résigne. Que la médecitie ordonne, je me soumets à ses décisions. Je vous confie ma santé. Je vous dois le détail des habitudes que j'ai prises, dés affections dont je suis atteint.

*^La constipation m*est habituelle. Cest une incommodité de Tenfance, elle ne m'a jamais quitté ; mais e}le devient chaque jour plus forte^ plus pénible. Sans les bains, les lavemens, je ne pourrais la supporter ; je suis parfois obligé d'y joindre les boissons douces, le bouillon aux herbes, la diète. Souvent même tout ce régime ne suffit pas ; je suis forcé de recourir à mon remède héroique, à la soupe à la reine : cette composition de lait, de jaune d'œuf et de sucre, produit sur moi l'effet d'un purgatif doux, et me soulage con-

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stamment. C'est jusqu'ici la seule médecine dpDt j*aie fait usage. En revanche, lès fonctions des voies urinaires ne se sont jamais bien faites. J'ai toujours éprouvé de la diffi^ culte à uriner, et d'autant plus que le besoin se faisait sentir plus fréquemment; mais i'çnvie sommeillait par intervalles^ elle me lais9ait chaque nuit quelques heures de repos, la nature était satisfaite ; je gagnais le temps que la, nonchalance m'eût enlevé ; je ne con^^ sultais jamais de médecin. Aujourd'hui je suis moins avare de mes heures, et les souf* frances deviennent insupportables.

** L'heure où j'obéis au besoin est, en général, fort irrégulière. Je dors, je mange suivant le temps, les circonstances, la situation où je me trouve* Mon sommeil est commu* nément doux et tranquille, si la douleur, quelque accident l'interrompt, je saute à terre, je demande de la lumière, je marche, je travaille, je fixe mon esprit sur un objet; quelquefois je reste au milieu des ténèbres, je change de chambre, je passe dans un autre lit ou m'étends sur un sofa. Je suis sur pied à deux, trois, quatre heures du matin ; j'appelle quelqu'un pour me tenir compagnie, s'entretenir de souvenirs, d'affaires, attendre

le joar. Je sors dès qu'il paraît, je fak un tour, et quand le soleil se montre, je rentre^ je me remets au lit où je reste plus ou moins suivant la manière dont s'annonce la journée. iSK elle est mauvaise, que j'^rouve de Tirrita* tion, de Til^uiétiidé j'ai recours à la mé* thode dont je vous ai parlé; je varie, je change, je passe du lit au sofa, du sofa au lit: je cherche, je trouve de la fraîcheur et j'en suis mieux* Je ne vous décris pas mon cos* tume du matin, O n'est pour rien dans les souffrances que j'endure, et puis je ne veux pas vous 6ter le plaisir de l'admirer. Ces belles manœuvres me conduisent à neuf, dix heures, quelquefois plus tard. Je fais alors servir le d^uner, que je prends de temps à

jardin. Bertrand ou Montholon me fcHit compagnie, souvent tous les deux. Les médecins ont la p(dice de la tàble^ il est juste que je vous rende compte de la mienne; voici comment elle est servie: Un potage, deux plats de viande, un de légumes, une salade quand je peux en avoir, composent tout le service; une demi-bouteille de vin claret que j'étends de beaucoup d'eau me sert de boisson ; j'en bois un peu de pur à la fin du

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repas. Quelquefois, lorsque je suis fatigué^ je substitue le Champagne au claret: c'est un moyen sûr d'exciter Testomac/' Je lui demandai quelle était l'espèce de léguHies dont il faisait plus fréquemment usage. *^ Des pommes-de-terre, des lentilles, des pois, des haricots blancs, des choux-fleurs. Mais savœvous que nous avons mis Ttle en rumeur avec nos lentilles ? On ne voulait pas nous croire» nous les demandions par dérision, nous ne nous proposions pas d'en faire usage. Des lentilles ! ce n'était pas un mets d'hommes.

Le maître d'hôtel insista, fut moqué, refusé, et n'obtint qu'avec peine qu'on en tirât du Gap." J'étais curieux de voir si les viandes étaient recherchées, fortes, épicées. ** Ce sont des côtelettes, du gigot de mouton. Je recherche la partie la plus rôtie, la plus brune; mais, du reste, je veux que la cuisine soit simple. Je n'aime pas les cuisiniers qui ne font que de l'esprit Un bon étouffé à la Génoise, un pilau à la Milanaise, et des taille^ rains à la Corse, valent mieux pour moi que toutes les merveilles de Tart de BauviUiers."

Comme je lui témoignais l'admiration que me causait une frugalité si rare, il reprit:

" Dans nos marches de l'armée d'Italie, je ne

manquais jamais de faire mettre à Tarçon de ma selle du vin, du pain et un poulet rôti.

Cette provision suffisait à l'appétit de la journée, je puis même dire que je la partag^is souvent avec ma suite. Je gagnais ainsi du temps ; j'économisais sur la table au profit du champ de bataille. Du reste je mange vite, je mâche peu, mes repas ne consument pas mes heures. Ce n'est pas ce que vous approuvez le plus ; mais dans la situation où je me trouve, qu'ai-je à faire de soiniï, de masr tication ? je suis attaqué d'une hépatite çhrxh nique; cette maladie est endémique dans cet af&eux climat. Je dois succomber, je dois expigr sur cet écueil la gloire dont j'ai couvert la France, les coups que j'ai portés à l'Angle* terre. Aussi voyez comme ils en usent.

Depuis plus d'un an ils m'ont interdit les secours de la médecine ; je suis privé de médecins qui aient ma confiance^ deshérité du droit d'invoquer les ressources de l'art. Le bourreau trouve mon agonie trop lente. Il la bâte, il la presse, il appelle ma mort de tous ses vœux. Il n'y a pas jusqu'à Pair que je respire qui ne blesse cette âme de boue.

Croyéz^vous que ses tentatives ont été pro- Icmgéès, ouvertes, que j'ai failli tomber sous le

86 D£RylËRS MOMBNS

poignard' Anglais? Le Général Mcmtbolon était maladei il refusait de communiquer avec Bertrand, il voulait ouvrir une correspondance directe avec moi* H me détachait ses satellites deux fois le jour ; Read, Wynyard» ses officiers de conikince, assiégeaient ces misérables cabanes^ voulaient pénétrer jusqu^à mon appartement. Je fis barricader mes portes ; je chargeai mes pistolets, mes fusils qui le sont encore, et menaçai de brûler la cervelle au premier qui aurait Timprudence de violer mon asile. Ils se retirèrent en criant à tue-tête qu'ils voulaient voir Napoléon Bo^ naparte, que Napoléon Bonaparte eût à sortir, qu'ils sauraient bien contraindre Bonaparte à paraître. Je croyais ces scènes outrageantes terminées, mais elles se reproduisaient chaque jour avec plus de violence. C'étaient des surprises^ des menaces, des vociférations, des lettres remplies d'injures. Mes valets de chsunbre jetaient ces placards au feu, mais Texaspé* ration était au comtble, une catastrophe pouvait avoir lieu d'un instant à l'autre. Jamais je n'avais été si exposé. Nous étions au 16 Août : ces saturnales duraient depuis le 11, je fis prévenir le gouverneur que mon parti était pris, ma patience à bout, que le premier de

ses sicaires qui franchirait le seuil de fiia porte serait abattu d'un coup de pistolet. Il se le tint pour dit et cessa ses outragea* CTest un dernier trait de barbarie au gouvernement Anglais d'avoir choisi un tel homme ; mais Finiquité se devine et se cherche. Le ministère ne médite pas un attentat qu'il ne trouve un forban pour lui prêter main forte et l'appuyer. J*ai abdiqué librement et volontairement en faveur de mon fils et de la constitution* Je me suis plus librement encore achemitié sur FAugleterre. Je voulais y vivre dans la rétraite et sous la protection de ses lois< Ses Ims ! L'aristocratie en ar-t*elle ? y a-t'il un attentat qui l'arrête? Un droit qu'elle ne foule aux pieds? Tous ses chefs ont été prosternés devant mes aigles* D'une part de mes conquêtes j'ai fait des couronnes mix uns, j'ai replacé les autres sur des trônes que la victoire avait brisés s j'ai été clément, magna* nime envers tous. Tous m'ont abandonné, trahiy se sont lâchement empressés de rhrer mes d^iaSnes, je suis à la merci d^un âibustier/ Je cherchai à csdmer l'Empereur. Il n'étaât pas sorti depuis dix-huit mois ; je lui représentai les dangers de cette longue inaction.

je rengageai à ne plus étouffer dans son appartement, à venir respirer à Tajr libre. ** Non, me dit-il, Tinsulte m'a long-temps confiné dans ces cabanes ; aujourd'hui le manque de forces m'y retient. Voyez si vous trouvez qudque chose dans cette jambe, je sens qu'elle plie sous moi." J'examinai, j^observai toute la.

partie droite. Le résultat de mes recherches fut pénible, je m'assurai qu'elle était plus faible que la gauche. '^ Vous me palpez avec mollesse, allez, pressez ; dites, la nature estelle d'intelligence avec ce Calabrois ! Le climat va-t-il rendre au ministère le cadavre qu'il attend ? — L'œil ni le tact ne discernent rien, ce n'est qu une faiblesse passagère qui se dissipera."

L'Empereur m'avait parlé d'une protestation. Je fus curieux de la connaître* On me la communiqua*".

2é Septembre.

10 heures a. m. — L'Empereur reste au lit.

Il est faible, abattu : il a passé une mauvaise nuit. Des soufirances vagues le déchirent.

* Cette protestation se trouvant dans l'ouvrage de M. 0*Meara, nous l'avons siqppriniée ici.

Il en éprouve, à la partie interne de la mamelle droite^ une qui ne se déplace pas. Je lui conseille le bain, une potion calmante et des frictions avec un Uniment composé d'ammoniaque et d*opium.

2 heures p. m. — L'Empereur se trouve, mieux, quoique toujoiurs alité. Il se met à discourir de l'Italie, des {frojets, des vues quHl avait sur cette contrée fameuse et des hommes distingués qu'elle a produits. H discute, il apprécie les titres de Voita, de Spallànzani, d'Aldini, et m'adressant tout à coup la parole : " Vous ne me parlez pas de Mascagni ; vous avez publié les œuvres posthumes de Mascagrii ; je veux les voir. Je suis curieux d*admirer les planches dont les journaux Anglais ont fait tant d'éloges.** Je les lui présente ; il les reçoit, les étale devant lui, parcourt, discute, interroge et prend un intérêt si , vif à ce tableau de la structure humaine, que cinq heures sonnent avant qu'il se doute que le temps a coulé. ^' Deux heures d'anatomie pour un homme qui n'a jamais pu supporter la vue d'un cadavre! Ah!

Docteur, y songez-vous ? Allez, on ne fait pas mieux, on ne dit pas mieux. Vous êtes un séducteur^ Vous me persuaderiez que des pilules sont bonnes à prendre.''

90 D£RMI£RS MOMSNS

25 Septembre.

10 heures a. m. — L^Emperenr continue à aller mieux. La nuit n'a pas été mauvaise ; je fais répéter Tusage du bain.

3 heures p. M.*-->NapoIéon était bien. Je me présentai^ je fus introduit. '^Ëh bien, Docteur, quelle opinion avez-vous de moi?

Dois-je mourir ; dois-je vivre ? Franchement que pensez-vous?— ^Que votre Majesté n'est pas aa terme de sa carrière ; d'autres destinées Pattendent-— Ah ! Ah ! Docteur, aussi vrai qu'un médecin. Mais je saurai vous forcer à l'être. Vous avez l'habileté de Corvisart, je veux que vous en preniez la rudesse. Vous tenez journal de ma maladie? — Oui, Sire.-^Eb bien, je récrirai sous votre dictée, ou vous le rédigerez sous la mienne*^ Vous ne me présenterez plus alors un avenir de roses i je saurai où j'en suis ; je pourrai comparer chaque jour ce que je s^s, ce que j'éprouve avec ce que j'ai senti, enduré } votis ne me donnerez plus le change. Vous êtes pris. Docteur. — Sire ; mais . . . . — Mais ! c'est une afiaire entendue ; j'écrirai ou je dicterai mon bnlletin. Ne m'avez-votis pas apporté

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des livres? — Nous en avons quelques-uns.^* Lesquels ? — ^Je IHgnore, ce n*est pas moi qui en ai fait l'achat. — Je vous en préviens, je veux tout voir. — Mais, Sire, les libelles ! s*il s'en était glissé ? — Bah ! Le soleil n*â plus de taches. La tourbe des foUiculairés a épuisé sa pâture; donnez tout." Un transport s'avançait sur Longwood; je le suivais à travers les carreaux j'examinais s'il renfermait les caisses. C'étaient elles; j'en prévins l'Empereur. "Elles sont les bienvenues^ me repondit-il, je vais être déchargé du poids de quelques heures. Faites-les de* scendre dans mon salon, je veux les voir ouvrir.*' Elles furent aussitôt apportées, défoncées; on en tira quelques livres qu'Aly se disposait à présenter à Napoléon. " Ce n'est pas cela, lui dît ce prince, cherchez, fouillez, hâteZ'Vous. Un ballot expédié d'Europe doit contenir autre chose. Ce n'est pas par des ouvrages qu'on débute avec un père." Effectivement, on trouva bientôt un portrait que hri envoyait le Prince Eugène. D le reçut avec transport, l'embrassa, le contempla longtemps avec des yeux pleins de larmes. "Cher enfant, s'il n'est pas victime de quelque infamie pdUitiqiie, il ne sera pas indigne de celui dont il tient le jour. Mais qu'est-ce? Qu'avez

VOUS? VOUS ne déballez pas.** Nous étions tous en effet dans une attitude religieuse, nous éprouvions son émotion, nous partagions ses alarmes, nous ne respirions plus. L*opé* ration recommença. Les valets de chambre tiraient les livres, ils les reconnaissait, les passait en revue. H se flattait de rencontrer enfin De t Allemagne^ et Polyhe. Malheureusement ni l'un ni Fautre ne s*y trouvaient. Nos caisses avaient été remplies au hasard ; elles ne contenaient, pour ainsi dire, que des ouvrages qui existaient déjà à Sainte-Hélène. Napoléon en fut vivement affecté. "Que n*avez-vous, me dit-il à diverses reprises, consacré à cet objet quelques vingtaines de mille francs, ma mère les eût payés ? Vous m'auriez apporté des livres, vous auriez fait ma consolation. Si du moins j'avais Polybef!

Mais peut-être m*arrivera-t-il par quelque autre vole.*' Il lui arriva en effet par les soins de Lady HoUand, quelques mois avant sa mort. Il n*en fut pas ainsi" de ^ouvrage de Madame Staël, il rendit le dernier soupir sans l'avoir lu. On tira des paquets de journaux. '^ Voilà de quoi me mettre au courant dçs affaires ; il est plaisant de voir les sages mesures qui devaient faire oublier ma tyran-

nie. Pauvre Europe ! Quelles convulsions on lui prépare ! — Sire, votre correspondance ! — ^^ inédite, celle-là du moins n'est pas une conception de libellistQ. On ne Ta pas falsifiée, dénaturée, portée à Vienne. Egypte.

Nous étions tous jeunes alors, nous jouions avec la mort, nous ne songions qu'à vaincre, le temps des défections n'était pas venu."

<< Alexandrie, le 5 Fructidor an VI.

'f Au Général Bonaparte.

" Vous seriez injuste, citoyen général, si vous preniez pour une marque de faiblesse ou de découragement la véhémence avec laquelle je vous aï exposé nos besoins. Je vous l'ai déjà mandé, l'événement du 14 * n'a produit chez les soldats qu'indignation et désir de vengeance. Quant à moi, il m'importe peu où je dois vivre, où je dois mourir, pourvu que je vive pour la gloire de nos armes, et que je meure ainsi que j'aurai vécu. Comptez donc sur moi dans tout ce concours de circonstances, ainsi que sur ceux à qui vous ordonnerez de m'obéir." ;

* La première bataille d' Aboukir. '

'9^ DERNIflftS MOMENS

^^ Voilà comme pensait le brave Kléber ; il se laissa plus tard égarer par l'intrigue, mais il avait le cœur Français; il n'eût j'amais pactisé avec Témigration, ni répudié nos aigles. Je suis aise d'avoir cette collection, elle rafraîchira mes souvenirs; je retendrai, j'y mettrai des notes. Quelles caisses avezvous là ? De Peau de Cologne ! Renvoyée à Madame Bertrand : je vous en charge, Docteur; passez-la à son adresse. Une seconde ! elle est pour vous. Voilà beaucoup de doubles (il montrait les livres); je les abandonne aux prêtres." On avait défoncé la dernière caisse, elle renfermait les vases^ les prnemens d'église. ^^ Laissez, dit Napo* léon, c'est la fortune de Saint Pierre, gare à qui la touche. Faites venir les abbés. Mais, à propos des abbés, savez-vous que c'est un étroit cerveau que le cardinal ! Il m'envoie des missionnaires, des propagandistes, comme si j'étais un pénitent ! comme si les éminences n'avaient pas toujours fait queue devant ma chapelle! Je ferai ce qu'il aurait dû faire:

j'ai droit d'institution ; j'en userai. Abbé (Buonavita entrait), je vous donne la mitre, — Sire .... — Je vous la rends. Vous la porterez en dépit des hérétiques; ils ne vous

Tôteroot plus. — Mais, &re .... — Je ne puis y joindre un canonicat aussi riche que celui de Valence que vçus avait donné Suchet ; en revanche, votre siège est à Tabri des batailles. Je vous fais évêque de . . < voyons, ... de la Jumna. Les vastes contrées qu'elle arrose ont failli s'allier à moi. Tout s'agitait, tout marchait ; nous allions donnef le coup de grâce à l'Angleterre. Un homme« je n'ose dire un Français, fit avorter l'entreprise.

Abbé, c'est une chose entendue; je veux»

j'exige que vous portiez les insignes de l'épîs» copat : ils commandent le respect, la vénéra-^ tion ; vous in^poserez aux hérétiques qui vous entourent. Général Montholon, voyez à avoir, soit à James-Town, soit au Cap, de quoi costumer monsieur.*' Le général ne put malheureusement y parvenir : l'un de ces endroits n'est pas plus catholique que l'autre. On n'y consomme ni rouge ni violet ; le bon abbé resta confondu sous la bure du missionnaire, en dépit de sa double promotion.

Il fut question de disposer la chapelle. Où la placer ? comment construire, appuyer l'autel ? L'aumônier ne le concevait pas. " Je vais vous Findiquer, lui dit l'Empereur; je ne veux de cérémonies que les dimanches et

les fêtes reconnues par le concordat. Ces Jours-là^ je vous abandonne la salle à manger; voùB^'^ direz la messe sur un autel mobile qu'on retirera immédiatement apïès. Vous êtes êgé, soufïrant ; je choisis Theure qui vous sera la plus commode: vous célébrerez de neuf à dix heures. Quant aux étais, aux planches dorît vous avez besoin, nous avons le chef'd^csuvre pour y pourvoir. Vous prendrez les poutrelles, les traverses, tout ce que vous croirez utile, et vous jetterez le reste de cette charpente informe dans quelque coin du jardin. Avez- vous jamais vu une façon de lit plus plaisante ? ♦ Tout obéit, totit se meut, dans cette masse ridicule. Cest un château branlant où Ton n'atteint qu'avec uiie échelle, un piège à rats dont le goût Anglais pouvait seul accoucher."

y^ 26 S^temhre.

11 heures a. m. — L'Empereur se trouve à peu près dans le même état. Il a passé la nuit à lire, à parcourir les journaux ; il est extrêmement fatigué. Je l'engage à se

*. Celui que le gouvernement avait envoyé.

reposer^ à prendre un peu de nourriture^ à se mettre au bain dans le courant de la journée. ^* J'y consens. Docteur, me dit-il, en fixant le portrait du Roi de Rome qu'il tenait toujours dans ses mains; mais placez-moi cet admirable enfant à côté de sa mère, là à droite, plus près de ma cheminée. Vous la reconnaissez à sa fraîcheur : c'est Marie-Louise ; elle tient son fils dans ses bras. Et cet autre,' vous le reconnaissez aussi? c'est le prince impérial. Vous ne devinez pas quelle belle main Ta dessiné ? c'est sa mère, dont Taiguille gracieuse a reproduit ses traits. Celui qui est devant vous représente encore Marie- Louise ; les deux autres sont ceux de Joséphine : je l'ai tendrement aimée. Vous examinez cette grande horloge; elle servait de réveil-matin au grand Frédéric. Je l'ai prise à Postdam : c'est tout ce que valait la Prusse. Appuyez à gauche le buste du prince impérial, il est trop à droite. Ma cheminée n'est pas bien somptueuse, comme vous voyez. Le buste de mon fils, deux chandeliers, deux tasses de vermeil, deux flacons d'eau de Cologne, des ciseaux à faire les ongles, une petite glace. Ce n'est plus la splendeur des Tuileries; mais n'importe, si je suis déchu

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