‹ Derniers portraits littérairesChapitre 11 sur 60 · LB CHEVALIER DE MERE · texte numérisé non relu

LB CHEVALIER DE MERE

f( de replis daDS le cœnr n'ont jamais Tesprit juste : il y a toujours, quelque faux jour qui leur donne de fausses vues. »

« On ne saurait avoir le goût trop doJicat pour remarquer les vrais et les faux agréments, et pour ne s'y pas tromper. Ce que j'entends par là, ee n'est pas être dégoûté comme un malade, ^ais juger bien de tont ce qui se présente, par je ne sais quel sentiment qui va plus Tite et quelquefois plus droit que les réflexions. »

« Il faut, si l'on m'en croit , aller partout où mène le génie , sans antre division ni distinction que celle du bon sens. »

« Celui qui croit que le personnage qu'il joue lui sied mal ne le sanrait bien jouer, et qui se défie d'avoir de la grâce ne l'a jamais bonne. »

« Ponr bien faire une chose, il ne suffit pas de la savoir, il faut s'y plaire, et ne s'en pas ennuyer. »

« Ce qui langnit ne réjouit pas, et quand on n'est touché de rien, quoiqu'on ne soit pas mort , on fait toujours semblant de l'être. »

m La plupart des gens avancés en âge aiment bien à dire qu'ils ne sont pins bons à rien, pour insinuer que leur jeunesse étoit quelque chose de rare. » •

Cet honnête homme que le chevalier veut former, et qui est comme un idéal qui le fuit (car Tordre de société que ce soin suppose se dérobait dès lors à chaque instant), lui fournit pourtant une inépuisable matière à des observations nobles, déliées, neuves, parfois singulières et philosophiques aussi. Comme, selon lui, le propre de Vhonnéte homme est de n'avoir point de métier ni de profession, il pensait que la cour de France était surtout un théâtre favorable à le produire : «car elle est la plus grande et la plus belle qui nous soit connue, disait-il, et elle se montre souvent si tranquille que les meilleurs ouvriers n'ont rien à faire qu'à se reposer. » Ce parfait loisir constitue véritablement le climat propice : être capable de tout et n'avoir à s'appliquer à rien, c'est la plus belle condition pour le jeu complet des facultés aimables : <(I1 y a toujours eu de certains fainéants sans métier, mais qui n'étoient pas sans mérite, et qui ne songeoient qu'à bien vivre et qu'à

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ee produire de bon «ir. n Et ce mot de fainéants n*A rkade dé-, ilivorable dans Tacception, car « ce sont d'ordinaire, comnoe il les définit bien délicatement, des esprits doux et des cceurs tendresy des gens fiers et civils, hardis et modestes, qai ne sont ni avares ni ambitieux, qui ne s'empressent pas pour gouverner et pour tenir la première place auprès des rois : ifs n'ont guère pour but que d^pportcr la joie partout (1), et leur plus grand soin ne tend qu'à mériter de Testime et qu'à se faire aimer. » Voilà les fainéants du chevalier. Être ce qu*on appelle affairé^ c'est là proprement la mort de l'honnôle homme. M. Colbert, par exemple, était affairé, et de nos joui'S, hélas! chacun ne ressemble-t-il pas plus ou moins en cela à M. Colbert (2)?

Pour être honnête homme (selon le chevalier toujours}, il fout prendre part à tout ce qui peut rendre la vie heiureuse et agréable, agréable aux autres comme à soi. De même que le chrétien veut ûire du bien môme à ceux qui lui veulent du mal, le vrai honnête honme ne saurait nôgligar de plaire, même à ses ennemis, quand il les rencontre : ce car celui qui croit se venger en déplaisaat se fait plus de oml qu'il n'en fait aux autres, d — « Il y en a d'autres qui veulent bien plaire el se faire aimer; mais ni Iboaneur, ai la vérité, ni le

(1 ) Et non pM une Joie de plaisante et de dieeort de bons mots, eoa— les Boiarobert, les Marigny, les Sarasin ( M. de Méré les exdui nommément), mais une joie légère et insinuante.

(2) M. Colbert était tel, occupé et le paraissant ; mais le fils de CMRieri, raémabie M. de Seignelai, comme U savait tout oonettéor 1 Onie i eet vers de Cliaulieu parlant de son rêve d'Elysée :

Dans as bois d'orangera qu'arrose tm clair rai Je revois Seignelai, je retrouve Bétboiie, Esprits supérieurs en qui la volupté Ne déroba jamais rien à l'habileté, Dignes de plus de vie et de plus de fortune.

ïeignelai, Béthune, M. de Lionne, on les reconnaît honnêtes cent Itnqfn dans les lillRirei ; lli portent le poids légèrement, et, h les wit, lin m paraît,

LB chxvàlibb d£ visi. M

iien de ceux qui les écoutent, ne leur font jamais rien dire, s'ils D^y trouvent leur compte. » Ah I que cette vue sordide est hien Md un cœur du véritable honnête homme! Ne rien faire pe par intérêt, même en ces choses légères, ne pas savoir être ûmàUe, iHème gratuitement et en pure perte, M. de Méré vppBile cela les mauoaises mceurs, Qu^aurait-il pensé de N.,

" qui a tant d'esprit et qui se croit si moral , mais qui dès sa jeaneflse, et jusque dans ses frais d*esprit, n*a jamais rien fait (Tinatilet L'honnête homme est plus généreux; il cherche à a plaire partout et à tous, même aux moindres que lui, et sans | intérêt. Qui n'a rencontré dans le monde, depuis qu'on n'a plus le loisir d*y être parfaitement honnête homme, de ces gens qui sont charmants avise vous le soir, à condition d*être brusques s'ils vous rencontrent le matin, et de s'arranger, du plus loiD qu'ils vous avisent, pour ne vous point reconnaître? Ces procèdéB'là (qui sont déjà les procédés américains) n'entrent pas dans l'idée du chevalier : au fond d'un désert comme au mitteu de la cour, à l'écart, à l'improviste, à chaque heure, son honnête homme est le même, car il a son inspiration t dans le cœur. Aussi la vraie honnêteté est indépendante de la ' fortune; comme elle s'en passe au besoin, elle ne s'y arrête pas chez les autres; elle n'est dépaysée nulle part : « Un honnête homme de grande vue est si peu sujet aux préventions que , si un Indien d'un rare mérite venoit à la cour de France et qu'il se pût expliquer, il ne perdroit pas auprès de lui le m<^ndre de ses avantages ; car, sit6t que la vérité se montre, un esprit raisonnable se plaît à la reconnoltre, et sans balancer. » Mais ici il devient évident que la vue du chevalier s'agrandit, qu'il est sorti de l'empire de la mode ; son savoirvivre s'élève jusqu'à n'être qu'une forme du bene beateque pk)ere des sages ; son honnêteté n'est plus que la philosophie même, revêtue de tous ses charmes, et il a le droit de s'écrier :

. • Je ne comprends rien sous le ciel au-dessus de Thonnèteté : ,: c'est la quintessence de toutes les vertus. >» Vous êtes-vous jamais demandé quelle nuance précise il y

a entre Yhonnéte homme et le galant homme? Le chevalier va vous le dire. Un galant homme a de certains agréments qu*un honnête homme n'a pts toujours ; mais un honnête homme en a de hien profonds, quoiqu'il s'empresse moins dans le monde. On n'est jamais tout à fait hom[iête homme que les dames ne s'en soient mêlées; cela est encore plus vrai du galant homme. Cette dernière qualité plaît surtout dans la jeunesse; prenez garde qu'elle ne passe avec elle aussi, comme une fleur ou comme un songe. Le véritable galant homme ne devrait être qu'un honnête homme un peu plus brillant ou plus enjoué qu'à son ordinaire, un honnête homme dans sa fleur.

On confond quelquefois le bon air avec Vagrément; il y a pourtant beaucoup de diflérence. « Le bon air, dit le chevalier, se montre d'abord, il est plus régulier et plus dans l'ordre. L'agrément est plus flatteur et plus insinuant; il va plus droit au cœur, et par des voies plus secrètes. Le bon air donne plus d'admiration, et l'agrément plus d'amour. Les jeunes gens qui ne sont pas encore faits, pour l'ordinaire n'ont pas le bon air, ni même de certains agréments de msdtre. d Le chevalier revient plus d'une fois sur cette idée que « ce qu'on appelle le goût bon, il ne faut pas l'attendre des jeunes gens, à moins qu'ils n'y soient extrêmement nés ou que l'on n'ait eu grand soin de les y élever. » Les jeunes gens, par une impétuosité nalurelle, vont d'abord à ce qui leur paraît le plus nécessaire, et le reste les touche fort peu. Il est besoin, selon une expression heureuse, de faire V esprit, de faire le goût : l'étoflFe un peu roide a besoin d'un certain usé pour acquérir toute sa souplesse et son délicat. Au reste^ ceux et surtout celles qui sont dignes d'avoir du goût y arrivent assez tôt, et de bien des manières. On se rappelle cette charmante et toute jeune M"« de Saint-Germain chez Hamilton, qui avait tout bien dans sa personne, hormis les mains : « Et la belle se consoloit de ce que le temps de les avoir blanches n'étoit pas encore venu. »

A cet égard, tout épicurien qu'il se montre en bien des en-

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