‹ Derniers samedisChapitre 10 sur 56 · Mémoires et correspondance · texte numérisé non relu

Mémoires et correspondance

génie nous éblouit au point de nous aveugler sur la différence qui pouvait exister entre un oncle et un neveu; enfin, au penchant de notre ruine, à mi-chemin .de Tiibime, lorsque le plus hâbleur des tribuns, s'improvisant ministre de la guerre, tacticien, slralégiste et général d*armée, nous lançait, chaque matin, un bulletin de victoire, démenti, le soir, par un aveu de défaite. Cherchez le secret de l'absurde popularité de M. Gambetla, vous n'en trouverez pas d'autre que celui ci : pendant cinq mois, nous lui avons dû d'être vainqueurs en imagination, tandis que les Prussiens étaient vainqueurs en réalité.

M. de Villèle a personnifié la raison dans le gouvernement, et c*est pour cela qu'il fut impopulaire; la raison supérieure, toucliant de près au génie; car, si Ton dit couramment le génie des affaires, le génie des finances, jamais ce mot sonore ne reçut d'application plus exacte; raison imperturbable, ne se payant pas de mots, rebelle aux chimères, refusant de compromettre ou d'appauvrir la France sous prétexte que Millhiade avait jadis gagné la bataille de Marathon, et que Sophocle avait composée de belles tragédies. Je viens d'écrire le mot finances, ce cauchemar de nos ministres d'aujourd'hui. Comment échapper à la comparaison? Comment se défendie d'un serrement de cœur et d*un aplatissement de porte-monnaie, quand oti songe à ce que furent nos finances sous l'admirable direction de M. de Villèle, et à ce qu'elles sont sous les ministères républicains; bien habiles, eux aussi, puisqu'ils ont trouvé moyen

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de nous mettre plus près de la banqueroute et plus avant dans le déficit que les prodigalités de TËmpire, la guerre de 1870, les horreurs de Tinvasion, la rançon de la France, les crimes de la Commune et le traité de Francfort?

Ici, je ne puis résister à Tenvie de citer, en guise de preuves, quelques lignes des Mémoires, Nous sommes en 1807. M. de Villèle, jeune encore, sans le moindre antécédent politique, accompagne son père chez M. Pons do Yier, homme de loi et ami de la famille. Il s'agit d'éclairer des affaires fort embrouillées. Après une longue séance : c Au moment où nous nous disposions à sortir, M. Pons de Vier tira mon père à l'écart et lui dit : — Monsieur de Villèle, vous n'aurez plus besoin de moi pour vos affaires; vous avez là un fils pour qui il est inutile de les étudier ; il les devine. »

Et M. de Villèle ajoule avec une simplicité charmante : c On m'a tenu souvent des propos semblables pendant ma carrière ministérielle, et je les aurais volontiers pris pour des flatteries à l'adresse de mon habit, si je ne m'étais rappelé le mot de M. Pons de Vier. >

Ainsi, à propos de détails d'intérêt privé, quinze ans avant l'entrée de M. de Villèle au ministère, se révélaient déjà cette lucidité merveilleuse, cette sagacité incosiparable, cette espèce de divination, toujours prête à mettre du jour là où il est si facile de mettre de la nuit. On parle souvent de l'éloquence des chiffres, — hélas ! aujourd'hui même, cette éloquence n'est pas de nature à nous rasséréner. M. der Villèle savait élever les chiffres

jusqu'à la véritable éloquence. Un député de sa majorité me contait, il y a cinquante ans : — « Après une heure de bavardages, la discussion semblait inextri* cable, surtout quand les avocats y avaient passé. M. de Villèle montait à la tribune; aussitôt, on eût dit que le brouillard se dissipait, que la lumière pénétrait à flots dans ce dédale, et tel était ce prodige de clarté, qu'il donnait du charme à des questions peu susceptibles (f ornements égayés, comme dit Boileau en un vers médiocre. »

Mais nous allons trop vite. Les premiers chapitres offrent d'autant plus d'intérêt, que la nouvelle génération et même Tancienne connaissaient assez mal les. débuts du comte de Villèle. Nous savions qu'il avait été, à la Chambre des députés, le chef de la droite; que, après l'assassinat du duc de Berry, la naissance du duc de Bordeaux et un ministère de transition entre le centre gauche et la droite, le mouvement de Topinion et le vote de la majorité avaient amené Louis XYIII, sincèrement constitutionnel, à modifier sa politique et à nommer — je ne dis pas à subir — ce ministère, personnifié dans le trio Villèle, Peyronnet et Corbière, qui devait exciter tant de colères, essuyer tant de calomnies, inspirer tant d'épigrammes, défrayer tant de satires, donner tout son essor à ce perfide esprit d'opposition qui s'accoutumait, en attendant 1830, à viser la couronne par- dessus la tête des ministres. Nous savions que M. de Villèle avait eu Thonneur d'être impopulaire et le malheur d'être l'antagoniste de

M. de Chateaubriand. Nous ne savions pas qu*il avait commencé par être marin et préludé aux bourrasques du Parlement par les orages de TOcéan. L'aimable modestie dont il a fait preuve dans ce premier volume, et qui fut un de ses traits caractéristiques, ne lui a pas permis de se faire le héros de sa propre histoire; mais ceux qui glorifient sans cesse les bienfaits de la Révolution, mis en regard des maléfices de Tancien régime, feront bien de lire les pages où le jeune élève de Técole de marine, sans aucun luxe de palette (ce n*est pas dans ses cordes), décrit les richesses de Saint-Domingue et les inépuisables ressources qu*y trouvait la métropole :

« Rien au monde n'était comparable au spectacle qu'offrait alors, à Saint-Domingue , le développement de la culture et du commerce, fruit d*une bonne administration. La fécondité du sol était inépuisable, son étendue était immense, comparée à la consommation possible des précieux produits de son exploitation. Moins de la moitié de la colonie était cultivée, et non seulement elle suffisait à l'approvisionnement de la France en sucre, café, colon, indigo, et au débouché des vins, farines et objets manufacturés de la métropole; mais encore elle fournissait à celle-ci des moyens d'échanges avec les populations du centre de l'Europe... »

La politique coloniale de M. Jules Ferry a coûté beaucoup plus cher et rapporte beaucoup moins. Mais glissons sur ces souvenirs, qui nous forceraient de voir

les choses en noir. L'intérêt redouble, quand nous nous trouvons en présence des deux années terribles, 1814 et 1815. Ici, nos amis seront peut-être étonnés de quelques jugements de cet homme si sage, de cet esprit si admirablement équilibré : jugements de la première heure, qu'il avait probablement adoucis, huit ans plus tard, quand il entra au ministère. A cette aurore de la Restauration, si vite assombrie par le fatal épisode des Cent-Jours, M. de Villèle penche-t-il du côté de Louis XYIII ou du comte d*Ârtois? Le doute est permis. Il exprime le regret que Louis XVUI ait, pour ainsi dire, usurpé le pouvoir constituant, qu*il ait octroyé la charte, qu'il ne soit pas revenu à la division de la France par provinces, avec des Étals au lieu de préfets et de sous préfets. Il écrit à propos du roi, qu'il prend à ce premier moment de confusion et de trouble où il était si facile de se tromper :

c II me reste à expliquer comment un roi aussi éclairé que Louis XVIH, aussi ferme dans la défense des droits de sa couronne et aussi plein de dignité dans sa personne et dans ses actes, peut être entraîné dans une voie que ses éminentes qualités semblaient devoir lui faire éviter. Je vais remplir cette tâche, quelque pénible qu'elle soit pour les sentiments de reconnaissance, d'affection et de respect que j'ai cx)nservés pour la mémoire de ce monarque., i

Il dit du comte d'Artois : c Toutes les mesures qui accompagnèrent le retour du comte d'Artois révèlent une faiblesse et un aveuglement déplorables d'un côté,

et une active et sotanique prévoyance de l'autre... J'ignore si la déplorable condescendance que montra le comte d*Artois, en acceptant la lieutenance générale des mains du Sénat, lui fut imposée par Louis XVIII... >

Et, dans un autre cadre, sur un autre ton : «Le rang élevé de Louis XVI et les avantages du comte d'Artois avaient rendu ces deux princes, auxquels il se sentait supérieur à tant d'égards, Tobjet de sa constante émulation, joeuf-e^re même (oh! que c'est beau, l'esprit de respect!) d'un sentiment de jalousie. Comment voulez-vous que le roi pardonne à son frère de marcher? disait un jour, avec autant d'esprit que de malice, M. de Sémonville en voyant Louis XVIII roulé dans un fauteuil par un valet de pied, tandis que le comte d'Artois marchait auprès de lui, leste, dispos et plein de grâce, comme un jeune homme de vingt-cinq ans... »

Et beaucoup d'et caetera.

S'il n'y avait pas quelque chose de puéril et d'illusoire dans les distinctions de ce genre, nous dirions que, dans ces jugements approximatifs sur le%. deux frères que l'on put parfois, avec beaucoup d'exagération, signaler comme les deux frères ennemis, l'esprit de M. de Villèle était pour Louis XVIII et son cœur pour le comte d'Artois. Ministre sous les deux rois, il ne pouvait oublier qu'il n'avait dû, en 1822, son portefeuille et la confiance du roi constitutionnel qu'au jeu de nos institutions parlementaires et à Ténergique vœu de la majorité des Chambres, tandis que, six ans

après, Charles X ne s'était séparé qu'à contre-cœur de ses collègues et de lui, pour les remplacer par un minis* tère centre droit, avec une arrière-pensée, toute personnelle, toute de sentiment, qui s'appela le prince de Polignac.

Ces questions sont bien vieilles, ces souvenirs s'effacent de plus en plus dans le lointain, à l'instar de palimpsestes dont les caractères primitifs disparaîtraient sous cinq ou six couches d'écritures. Pour jeter un peu de variété sur les récits de Tillustre homme d'État, je veux citer une jolie page sur le favoritisme, à propos de M. Decazes, la béte noire de tous les blancs de 1818 :

« Par une fatalité qu'on ne saurait assez déplorer, la faiblesse inexplicable de quelques princes, connue sous le nom de favoritisme, était poussée chez Louis XVIII au point le plus extrême dont probablement on ait jamais vu d'exemple, et, ce qui paraît le plus étonnanf, elle se conciliait dans sa personne avec un esprit éclairé, un sens droit, un tact exquis et un caractère plein de dignité...

» J'ai beaucoup réfléchi sur le favoritisme afin de chercher à m'expliquer cette inconcevable aberration de l'esprit humain. Précisément, les situations diverses où je me suis trouvé dans le cours de ma vie m'ont fourni quelques données sur ce singulier phénomène... Cette faiblesse des princes est certainement de la môme nature que celle qui, chez les particuliers, a reçu le nom d'engouement. Elles affectent l'une et l'autre des

personnes saturées de bien-êlre et placées, en réalité ou à leurs propres yeux, dans une condition supérieure à ceux qui les entourent. Quand on est sûr d'obtenir tout ce que Ton désire, on en arrive bientôt à la satiété; quand on peut tout ce que Ton veut, on n'a plus envie de rien. Quand on n'éprouve aucun obstacle, on cesse de jouir. Le dégoût de tout est donc le fléau des hommes qui ont le sentiment de leur toute-puissance; une seule chose peut ramener chez eux le désir et la jouissance, c'est la contrariété : c*est d'elle qu'est né le favoritisme. Remarquez que c'est par l'exigence poussée jusqu'à l'asservissement que le favori fonde et consolide son pouvoir. C'est une sensation nouvelle, qu'il fait éprouver à l'heureux qui se dessèche faute de rien sentir; c'est une occupation qu'il procure au désœuvré mourant d'ennui; c'est la faim retrouvée par un eslomac rassasié, la vie rendue à un corps sans âme. L'homme blasé sur tout ne peut jouir que de ce qui lui résiste. L'obstacle, la contrariété, lassujetlissement sont choses nouvelles pour lui. Elles lui plaisent et le séduisent par leur étrangeté. Voyez aussi jusqu'à quel point les favoris abusent de leur empire, et n'allez pas croire que ce soit l'excès de leurs exigences qui mette un terme à leur domination. Ce n'est que lorsque les stimulants qu'ils emploient sont émoussés par l'habitude, qu'ils sont supplantés par des rivaux dont les caprices offrent l'attrait de la nouveauté. »

J'avoue que, avant d'avoir lu cette page ingénieuse, j'expliquais autrement, du moins chez Louis XVIII, la

lâO DERNIERS SAMEDIS.

manie du favoritisme. Les hommes blasés sur l'exercice de la toute-puissance (et peul-on reconnaître à ce trait le roi qui en avait été si longtemps privé, et qui ne Teierçait qu'avec les restrictions constitutionnelles?) préfèrent au plaisir d*ôlre contrariés le bonheur d'être aimés. Or, reportez-vous en idée à la première jeunesse de Louis XYIII, et même à la seconde, puisqu'il avait trente-quatre ans, lors de la prise de la Bastille. 11 voyait son frère aine, heureux époux d'une adorable reine, qui, pour rappeler une de ses expressions pittoresques dans sa correspondance avec sa jnère, n'y mettait pas de nonchalance; il assistait aux conquêtes mondaines et galantes du sémillant comte d'Artois, qui se préparait brillamment à être, dans sa vieillesse, un pécheur repentant. Marié à une princesse de Savoie, laide, massive, maladive, maussade et lunati(iue, il n'avait pas même eu la ressource, comme son frère, de prendre Duthé (la danseuse), pour se guérir d'une indigestion de gâteau de Savoie. En d'autres termes, lui, le plus spirituel des trois petits-fils de Louis XV, il n'avait pas été aimé. Son obésité précoce, d'autres infirmités peut-être, avaient mis en fuite les amours, et son aimable quatraio, qui finit par le vers :

Les amours y viendront d'eux-mêmes,

devait lui faire l'effet d'une cruelle ironie. Dès lors, à une époque où tout le monde se piquait d'être sensible^ même ceux qui s'apprêtaient à dresser les échafauds, Louis XVIU devait accueillir avec une sensibilité par-

ticulière tout ce qui lui offrait Tillusion d*un sentimeot intermédiaire entre Tamour et Famitié, tout ce qui lui permettait d'aspirer la fumée d'un feu qui n'avait jamais flambé pour lui. Pour un homme d'une haute et vive intelligence, physiquement disgracié, c'est un supplice d*avoir à se dire que le plus insignifiant des jolis gar* çons, le plus nul des frivoles héros de salon, a plus de chances que lui auprès des femmes. D'autre part, si Thomme supérieur dont je parle est prince de sang royal ou roi de France, il éprouve une sensation analogue à celle qu'éprouverait une riche héritière, médiocrement jolie, qui aurait toujours à se demander si les plus empressés prétendants à sa main l'aiment pour elle-même ou pour les beaux yeux de sa cassette. Remarquez que la faveur de MM. d'Âvaray et de Blacas coïncida avec la phase la plus douloureuse de la vie de Louis XVni, alors que, traqué d*exil en exil, sans asile, sans argent, sans armée, il était bronzé par l'adversité plutôt que blasé sur la toute-puissance, et que les témoignages d'affection et de dévouement de ses deux nobles amis lui rappelaient, quoi qu'il ne fût pas Richard, la célèbre romance de Blondel. A qui lui aurait reproché ce favoritisme, — cette goutte d'eau dans le désert, — il aurait pu répondre, comme ce pauvre homme à qui son curé reprochait d'avoir un chien : c Monsieur le curé, si je n'en ai plus, qui m'aimera? » — Avec M. Decazes, l'explication est plus facile encore. Louis XVIII ne pouvait pas trouver chez les grands seigneurs de la vieille roche, — les Monlmo-

rency, les Rohan, les La Rochefoucauld, — la souplesse, la déférence, la nuance exquise enlre Tobséquiosité sans bassesse et la familiarité sans impertinence, qu'il rencontrait chez M. Decazes, homme nouveau, issu de la bourgeoisiç, et d'autant plus caressant que son maître Télevait plus haut. En pareil cas, le maître regarde le favori comme son ouvrage, et quel est l'auteur qui n'aime pas à se mirer dans son œuvre?

En outre, Louis XYIII ne détestait pas les anecdotes salées, — et même poivrées, — et même pimentées. Or, M. Decazes était en fonds dans ce genre-là, si j'en juge d'après mes souvenirs de Vichy, en 1853. M. Decazes avait alors soixante-treize ans. Chaque matin, de concert avec son digne compère, M. d'Argout, il rassemblait, autour de la Grande Grille ou de la Source de l'Hôpital, un auditoire trié sur le voiet. Là, ces deux invalides de la gaudriole, qui avaient, à eux deux, cent quarante-cinq ans, racontaient des histoires tellement drolatiques, que, pour les digérer, les gens vertueux étaient forcés d'avaler deux verres de plus.

Je terminerai par deux citations cette notice, écrite d'après les bonnes feuilles du premier volume, et où mes réserves, si je m'en permettais quelques-unes, devraient être surtout attribuées au contraste de la situation actuelle des royalistes avec celle dont s'inspirait le futur ministre de la Restauration.

Le prince Napoléon, vous le savez, décidé à tout célébrer dans la vie et les œuvres de son oncle, a eu le

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triste courage d'écrire : « Tomber d un trône comme le sien à la principauté de l'île d'Ëlbe , quelle chute pour Napoléon I Pourtant il eût accepté le sacrifice, il aurait vécu là, si on l'y eût laissé vivre et si le cri de la France n'élait pas venu relenlir sur ce rocher. A cçt appel passionné, il répond avec sa décision ordinaire. >

Voilà le mensonge. Voici la vérité sous la plume de M. de Villèle :

< Je ne puis me résoudre à metlre sous les yeux de mes lecteurs les tristes détails de celte catastrophe, Tattentat le plus coupable et le plus insensé dont un peuple ait jamais été victime. Les conséquences en furent aussi honteuses que funestes pour tous. Bonaparte, qui en était le principal auteur, y perdit, comme homme de guerre, le prestige dont ses prodigieux succès l'avaient entouré jusque-là. Il reprenait les armes au moment où toutes les forces militaires de TEurope, auxquelles il n'aurait pu résister dans sa plus grande puissance, étaient encore rassemblées. Il arrivait avec une poignée d'hommes, pour chercher les débris dispersés et démoralisés de sa vieille armée à laquelle il était redevable de tout ce qu'il avait été, et qu'il allait conduire à une entière destruction, après en avoir inutilement compromis l'honneur, la loyauté et la gloire. Il plaçait ses maréchaux et ses généraux, en récompense de tant de fidèles services, dans la dure alternative de trahir le roi ou de Tahandonncr lui-même. Il avait protesté, en abdiquant, de son dévouement au

peuple français, et, au bout de quelques mois, il venait montrer, par Facte le plus égoïste, combien le touchaient peu les intérêts les plus précieux de ce peuple. »

Maintenant, voici la touchante conclusion de la courte préfaoe, écrite sans doute à la fin du règne de Louis- Philippe ou sous la République de février :

< J'adresserai la seconde partie de ces Mémoires à rhéritier légitime des deux rois que j'ai servis. Si, pour le bonheur de la France, qui ne saurait trouver sécurité, prospérité, liberté ni honneur, en dehors des voies qui Font placée à la tête des nations, la Providence et le retour de mes concitoyens à une juste appréciation de leurs intérêts, appellent ce jeune prince à remonter sur le trône de ses ancêtres, je désire qu'il puisse trouver, dans ce qu'il m'a été donné de connaître, quelque lumière sur les exemples à suivre, les erreurs et les fautes à éviter dans la direction des affaires de l'État. 1

Rien de moins, rien de plus. M. Gondinet n'y trouverait pas l'équivalent du Panache. C'est bien là le même homme qui disait à laine des Berlin : < Peu m'importerait de loger dans une cave, pourvu qu'il me fût donné d'y travailler au bien de la France. »

Peut-être les éditeurs auraient-ils dû mettre une note en marge ou au bas de ces lignes si simples, que nous ne saurions lire sans une profonde tristesse. Si le vœu de l'illustre homme d'État s'était réalisé^ la France aurait échappé à des malheurs et à des hontes que je n'ai plus besoin d'énumérer. Mais enfin, puisque

la Providence en a décidé autrement, puisque notre prince a rendu à Dieu sa belle âme, si peu comprise, si méconnue, trop noble et trop pure pour les complications de la politique, il convient d'accepter quelques changements ou plutôt quelques déplacements d*idées, de sentiments et de souvenirs, que M. de Yillèle serait, dans sa sagesse, le premier à nous conseiller. Nous serions infidèles au principe qu'il invoque et qui seul peut nous restituer ce que la Révolution nous a pris, si nous n'acceptions pas avec empressement, avec persévérance, la solution qui, au milieu de notre deuil, a eu du moins l'avantage d'unir dans une même pensée, dans une môme espérance, toutes les nuances du parti royaliste. Sur le cercueil de notre roi sont nés pour nous de nouveaux devoirs, mais non pas des convictions nouvelles. Nous pouvons nous dire, pour nous consoler, que le royal héritage ne pouvait échoir à un plus digne, à un prétendant plus irréprochable et plus légitime.

7 octobre 1887.

Je dirai volontiers des ouvrages du comte Hector de> La Ferriôre, notamment d'Amour mondain et Amour mystique, ce que Ton dit des ménages bien assortis : « Ils semblent faits Tun pour l'autre. » — Il m*arrive souvent, en lisant les livres qui servent de textes à ces Causeries, de me dire tout bas : « C'est très bien ; mais on ne sent pas, entre l'auteur et le sujet, ces affinités électives qui passionnent l'écrivain avant d'intéresser le lecteur, et que possédait à un si haut degré notre ami regretté, Régis Ghantelauze. » A chaque page de cet élégant volume, je devinais que l'érudition et le talent d'Hector de La Perrière auraient pu s'essayer sur un autre terrain, mais que le charme et le succès auraient été moindres. Il est si siduisant, ce xvi® siècle, paré de toutes les fleurs de la Renaissance! Et quel curieux objet d'étude, la cour des Valois! L'astuce ita-

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