LE PRINCE HENRI D'ORLEANS. -— J.-J. WEISS
Kader, malgré dix chances conlre une de n*en pas revenir!
Tout cela est conté sans ombre de jactance; un chasseur marseillais, qui aurait tué deux tourdres et affronté un coup de soleil, sçrait moins modeste en rentrant au logis. Quand il y a eu péril évident, quand on Va échappé bellcy ce n'est pas de lui qu'il s'agit, mais de son cousin le duc d'Orléans ou d'un de ses compagnons de chasse. Parmi ceux-là, il en est un dont le nom me rappelle un souvenir.
Je passai l'hiver de 1872 à Cannes, qui possédait alors, si j'ai bonne mémoire, une succursale du collège Stanislas. Un jour, à la suite d'une de mes mélancoliques promenades, j'assistai à la sortie des externes. Cet âge est sans pitié. Ces écoliers adolescents de douze à quinze ans avaient pris pour souffre-douleur un de leurs camarades, disgracié de la nature, chétiF, maladif, presque contrefait, et dont l'inlelligence ne rachetait pas les disgrâces physiques. Le pauvre enfant n'essayait pas de se défendre. Il pleurait, il disait entre deux sanglots : < Maman ! » tandis que ses bourreaux lui tiraient les oreilles, lui arrachaient sa casquette, déchiraient sa tunique et le criblaient de coups de pied. Soudain, la scène changea : un des élèves, resté un peu en arrière, se précipita sur les assaillants, et, à l'aide d'une grêle tle coups de poing, dégagea leur victime. S'ils avaient su leur Virgile, ils auraient salué le si forte virum quem. Je regardai ce généreux défenseur de la faiblesse. Il était admirablement beau. Sa taille élégante et forte