L'ABBE EMERY
Le seul défaut de ce bel ouvrage, — non pas pour le lecteur, mais pour le critique, — c'est l'ampleur de ses dimensions ; c'est l'immensité des souvenirs qu'il évoque et des noms célèbres qu'il rappelle. Comment résumer ou analyser en quelques pages une biograpbie qui va de 1732 à 1811, parcourant les dernières phases de l'ancien régime, l'agonie de la royauté, la Révolution, la Terreur, le Directoire, le Consulat, la réouverture des églises, le Concordat, l'Empire, le mariage de Napoléon avec Marie-Louise et la naissance du roi de Rome; rencontrant sur son passage les victimes et les bourreaux, les martyrs et les apostats, les généraux et les tribuns, les politiques et les évêques, les diplomates et les courtisans, le pape et l'empereur, les misères et les gloires, les douleurs et les consolations de l'Église de France? Ce n'est pas seulement la transition d'un siècle à un
1. Histoire de M, Emery et de V église de France pendant la Révolution et VEmpire, par M. Elie Mèric.
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autre, c'est récroulemenl du vieux monde, ravènemenl d'une société nouvelle, Tépiscopat français en face de circonstances imprévues, d'une situation terrible, pleine de difficultés, de pièges, de périls, où les consciences droites et les esprits sages ont sans cesse à se demander, si les capitulations ne sont pas plus dangereuses que les résistances, ou si des concessions justifiées par la nécessité ne sont pas préférables à des révoltes inutiles.
L'abbé Emery, on le sait, personnifia excellemment cette sagesse, cette droiture, ce mélange de douceur et de fermeté, d'habileté et de franchise, qui l'aidèrent à rendre à la religion de si éminenis services, lui concilièrent presque constamment les bonnes grâces de l'Empereur, épargnèrent provisoirement à l'Église les angoisses et les déchirements d'un schisme, et furent cause que, à cette date décisive. Napoléon Bonaparte ne s'appela pas Henri YIII.
M. l'abbé Elle Méric a parfaitement réussi sa difficile et monumentale entreprise. Avec autant de clarté que d'éloquence, il a su grouper autour de son héros les événements auxquels il a pris part, les personnages qui intervinrent dans sa vie, les affligés qu'il consola, les condamnés auxquels il donna du courage, les coupables qu'il rendit à Dieu, et finalement le formidable despote à qui il n'était pas aisé de faire comprendre qu'il y avait quelqu'un et quelque chose au-dessus de sa volonté, de son omnipotence et de son génie. Encore une fois, le cadre est trop vaste, la moisson trop riche, les gerbes trop touffues. Pour aujourd'hui, nous nous arrêterons
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sur deux figures qui ont leur valeur historique, sur deux hommes dont Tun fut tour à tour servi, courtisé, conseillé, haï, délaissé, trompé et trahi par Tautre : Napoléon et Talleyrand!
Mais, auparavant, disons que, dans ces deux volumes^ formant un ensemble de près de mille pages, il n'y en a pas une où n'éclatent les vertus angéliques et évangéliques de Tabbé Emery. A plusieurs reprises, il se croit près de paraître devant Dieu. Entre la mort et lui, il n'y a que l'intervalle, alors bien court, entre le juge et le bourreau, enlre la sentence et l'exécution, entre le tribunal et l'échafaud. Mais ce n'est pas à ses dangers personnels qu'il songe en ces temps effroyables où l'on eût dit que l'Enfer, installé sur la terre, réclamait une double proie et s'arrangeait pour que les condamnés fussent aussi des damnés. L'abbé Emery se fait gardien et sauveur d'âmes, à une époque où Robespierre gouverne les persécuteurs et Voltaire les persécutés. Sa douce et balsamique influence s'étend et se fait sentir partout^ dans les prisons, dans le secret des refuges où se cachent les proscrits, dans le prétoire, au pied de la guillotine, jusque sous le regard de ceux qui ont mis la religion hors la loi. Il y a, dans ses prodiges de dévouement,^ d'activité, de charité, d'abnégation et de courage, quelque chose de la primitive Église, un souvenir des Catacombes, renouvelé par les dignes héritiers de Néron, de Galérius et de Domitien. A sa voix, les prêtres assermentés se rétractent, les insermentés se raffermissent, les désespérés renaissent à l'espoir, les pécheresses.
recommencent la touchante histoire de Marie-Madeleine» La foi, que les sophistes ont éteinte, se rallume au contact des calamités que les sophismes ont produites. Les approches de la mort révèlent les mystères d'une autre vie. En lisant le beau livre de M. Elie Méric, on est étonné d'apprendre que les plus grands criminels — Philippe-Egalité par exemple — ont eu leur heure de repentir et de retour à ce Dieu de miséricorde qui ne mesure la grandeur des fautes que pour agrandir le pardon. On apprend que des jureurs, des renégats, tels que Gobel et Fauchet, redevinrent chrétiens et catholiques avant de mourir. Fauchet abjura aux pieds de M. Emery ses erreurs et en déplora le scandale. Lamourette Tout aussi pour confesseur et consolateur, et, au moment où M. Emery lui présenta un crucifix caché sous ses vêtements, répara, en y appliquant ses lèvres, le baiser dont la légende doucereuse reste attachée à son nom. La mission de ce prêtre est plus qu'un sacerdoce : c'est un apostolat. C'est en apôtre qu'il se prodigue, qu'il se multiplie, qu'il se retrouve partout où il y a un remords à apaiser, une plaie à guérir, un mourant à préparer, un rayon à faire pénétrer dans les ténèbres des consciences et des cachots. Il est aussi ingénieux qu'intrépide. Il découvre un moyen de communiquer avec Marie-Antoinette; il restitue a la religion et aux bonnes œuvres madame de Yillette, la patronne, la> cliente, l'écoliére de Voltaire. La duchesse de Noailles dit de lui : < Nous avons ici un ange qui nous garde. > — Oui, M. l'abbé Méric a bien raison d'écrire : « On vit se
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renouveler, à cette époque, dans cette prison qui rappelait les Catacombes, des scènes magnifiques et les glorieux sacrifices des premiers chrétiens. Dans les rangs épais de ces prisonniers mêlés, qui sortaient de ce cachot après quelques jours, quelques heures d'attente et d'agonie, il y avait des prêtres de tout âge, des jeunes filles et des jeunes femmes dont l'âme était à la hauteur de leur race. Ces prêtres, ces femmes, ces jeunes filles, ces confesseurs de la foi, consolés par les espérances éternelles, relevés et fortifiés par un dernier pardon, montaient au martyre de Téchafaud, comme les premiers chrétiens allaient aux lions de Tamphithéâtre, d'un pas sûr et tranquille, en portant déjà sur leur front et dans leurs yeux le signe divin des prédestinés. »
Passer d'un ange à M. de Talleyrand, c'est faire beaucoup de chemin. Récemment encore, un journal nous contait un détail de ses funérailles. Toutes les cérémonies étaient terminées, à l'église et rue Saint-Florenlin. On venait de transporter le cercueil sur la voilure de poste qui allait se diriger vers le château de Yalençay. Le postillon demande par quelle barrière il doit sortir de Paris. « Parla barrière d'Enfer ! » répond le chœur des assistants.
Je trouve dans le livre de M. l'abbé Méric des renseignements tout nouveaux sur les débuts de M. de Talleyrand dans la carrière sacerdotale qu il devait se hâter de déserter et de déshonorer. Voici la version généralement accréditée, et que m'avait paru adopter Monseigneur l'évêque d'Orléans, confesseur du plus énigmalique des grands coupables, — au moment où sadiplomatie n'avait
plus à tromper que le bon Dieu : Un enfant de race illustre, naissant avec un pied-bot; cette infirmité, d'après la funeste habitude des familles de haute noblesse, le condamnant fatalement à la prêtrise et à Tépiscopat; tous les ravages, tous les corrosifs d'une vocation forcée, se combinant, dans une âme pervertie d'avance, avec les leçons de la philosophie, les raffinements de l'incrédulité, les tentations du libertinage et les approches de la Révolution ; cette Révolution laissant tout juste au jeune Talleyrand le temps d'être évêque d'Autun et de préludera l'apostasie par le sacrilège; le prêtre émancipé jetant sa mitre par-dessus les moulins, rompant avec TËglise, aspirant par tous les pores les impiétés révolutionnaires et les ignominies du Directoire, n'ayant plus d'autre bréviaire que ses vices, ne gardant de son caractère indélébile et sacré que ce qu'il fallait pour profaner ce qu'il reniait et joindre la parodie à la trahison. On sait le reste : la singulière indulgence du monde pour le célèbre apostat qui rachetait ses mauvaises actions par des bons mots ; les divers gouvernements réclamant le droit de l'employer en le mésestimant; lui^ toujours impassible, se vengeant de cette mésestime par un détachement absolu de ce qu'il avait l'air de servir et une incroyable aptitude à prévoir la chute de ce qui allait tomber; profitant de l'élasticité de sa conscience pour la mouler sur les événements et faire croire à autrui, peut-être à lui-même, que ceux qu'il abandonnait avaient pris les devants sur son abandon ; enfin, après avoir savouré tous les plaisirs de la vie, toutes les
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puissances du pouvoir, après avoir parcouru toute Téchelle des dignités et des vanités humaines, toute la gamme des honneurs qui rCont pas de singulier, se. décidant, in extremis, à abjurer ses erreurs, évitant d'ajouter aux scandales de sa vie le scandale de l'impénitence finale, et donnant à sa conversion, que nous voulons croire sincère, l'apparence, sinon d*un escamotage, au moins d'une formalité, plutôt que l'effusion d'un repentir immense, mesuré d'après l'immensité de ses fautes et de la miséricorde divine.
Voilà le Talleyrand légendaire ou, si vous Taimez mieux, le Talleyrand historique. A présent, si nous nous en rapportons au récit de M. ElieMéric, Talleyrand^ à ses déhuts, aurait été plus coupable encore. Ce n'est plus un gentilhomme, disciple de Voltaire et de Jean- Jacques, un bel esprit mondain, voluptueux et libertin, à qui l'on fait violence. C'est un hypocrite, qui se prépare par d'odieux mensonges à une longue série de ruses, de dissimulations, d'intrigues et de roueries. Personne ne le force d'entrer dans les ordres, au contraire. Ses précepteurs, ses camarades, ses maîtres, tous ceux qui le connaissent, savent que l'Église ferait en lui une dangereuse et détestable recrue. Mais ce mécréant, qui va profiler des bienfaits de la Révolution, exploite, en attendant, les abus de l'ancien régime. Ses vices ont de perpétuels besoins d'argent, et il veut émarger à la feuille des bénéfices. Ici je cède la parole à M. Elie Méric :
c Quel est donc cet homme néfaste qui accepte la mission sacrilège de se passer du chef suprême dé l'Église
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et de donner au troupeau des pasteurs intrus? C'est Talleyrand... M, de Sauzin, mort évêque de Blois à rage de quatre-vingt-huit ans, disait un jour à M. Langlais, laïque, excellent chrétien, et premier précepteur de Talleyrand : — Comment donc avez-vous pu faire un prêtre de cet homme?
» — Hélas! répondit M. Langlais, vous ne vous imaginez pas tout ce que j*ai fait pour Tempècher d'entrer dans Tétat ecclésiastique. »
Il y a loin de là à une vocation imposée de force par une famille ambitieuse.
€ ... Les directeurs du séminaire de Saint-Sulpice ne l'appelèrent pas au sous-diaconat; ils avaient deviné, sous ce masque sardonique, Tâme qui ne pouvait pas appartenir à Jésus-Christ. Ils avaient bien vu. M. Tévéque de Blois dit formellement ceci en parlant de Talleyrand : c Je certifie qu'il n'a pas été appelé. Mais, pendant les vacances, quand il n'était plus dans la maison, il obtint des dispenses et se fit ordonner le jour de la fête de saint Mathieu. Je peux attester qu'il était d'une humeur de chien au moment de son sous-diaconat. »
M. de La Roche-Aymon, moins accommodant que son prédécesseur à la feuille des bénéfices, M. de Jarente, avait déclaré qu'il exigerait le sous-diaconat de tout membre du clergé qui voudrait obtenir une abbaye, un prieuré ou même une pension du roi. — c Voulant satisfaire à cette condition rigoureuse, Talleyrand reçut le sous-diaconat, et fut pourvu de la riche abbaye de Saint-Denis de Reims, qui valait vingt-deux mille livres
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de revenu. A partir de ce moment, sachant bien qu'il ne pouvait pas renirer au séminaire, dont les directeurs lui auraient fermé rigoureusement raccès des ordres supérieurs, il prit un logement en Sorbonne, et arriva au sacerdoce par une voie détournée. Prêtre, il se livre à Tagiotage et ne recule devant aucun moyen pour satisfaire sa passion de Fargent... »
Voici qui est encore plus concluant : Talleyrand voulait être évêque : — < Son père, étant tombé dangereusement malade, abandonne et condamné par les médecins, vit un jour son fils fondre en larmes et se jeter aux pieds de son lit. Le fils ne pleurait pas le père qui allait mourir. L'ambitieux craignait de perdre sa dernière espérance. Il représenta à son père qu'il serait déshonoré si Tépiscopat lui était refusé. Il prit rengagement de renoncer à l'agiotage et de réparer par une conduite meilleure les déplorables scandales de sa vie passée. Le vieillard^ ému de ces larmes, faible et croyant à la sincérité de la douleur de son fils, écrivit à Louis XVI d'une main tremblante, et demanda pour lui un évêcbé. Le roi connaissait beaucoup M. de Talleyrand. Il Favait eu pour menin pendant son enfance. Il ouvre sa lettre, la lit avec attention, hésite un instant et répond :
» — M. de Talleyrand est un homme de bien; il est atteint d'une maladie mortelle; puisque, sur le point de paraître devant Dieu, il me fait ceite demande pour son fils, en m'assurant qu'il est converti, il faut que cette conversion soit, en effet, sincère, » — et il le fit nommer aussitôt à l'évêché d'Autun. >
De cet ensemble il résulte^ d'abord, qu'aucune pression ne fut exercée sur le jeune Talleyraud, qui eut toute l'initiative de son ordination sacrilège, et dont la résolution bien arrêtée était d'arriver, per fas et nefaSy à la richesse et aux dignités de l'Église ; secondement, que le trait caractéristique de celle première phase de sa carrière fut l'hypocrisie, une hypocrisie vulgaire et basse, ayant horreur de la ligne droite et ne procédant que par voies tortueuses. Ainsi serait justifiée la célèbre épigramme d'Ëcouchard Lebrun :
Roquette dans son temps, TaUeyrand dans le nôtre, Furent tous deux prélats d'Autun; Tartufe est l'image de l'un...
Ahl si Molière avait vu l'autre!...
Remarquez, en effet, que, si Ton adopte, au sujet du prince de TaUeyrand, l'opinion généralement répandue, l'hypocrisie proprement dite ne figurerait que d'une façon bien secondaire dans son énorme dossier. Il nous ferait penser au don Juan de Molière plutôt qu'à son Tartufe. La dissimulation, la duplicité, l'astuce, confinent l'hypocrisie, mais sans s'y confondre; dans ses désordres, dans ses vices, dans ses volte-face, dans ses sacrilèges, TaUeyrand garde je ne sais quel air de grand seigneur, je ne sais quelle nonchalance narquoise et hautaine, qui se conciUent mal avec le type habituel de l'hypocrite; c'est le front haut, le sourire aux lèvres, qu'il se fait le contempteur des lois divines et humaines et qu'il joue avec les vases de l'autel. Il y a, dans sa vie publique et privée, quelque chose de taciturne, de mys-
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térieux et de clandestin, qui le dispense de mentir. Il sous-entend ses mensonges plutôt qu'il ne les articule. Il rejette la responsabilité de ses trahisons sur les caprices de la fortune et les fautes de ceux qu'il trahit. Peu s'en faut que cet homme sans conscience, sans préjugés, sans principes, ne se déclare l'interprète et le mandataire de la conscience et de la morale universelles, quand il s'agit d'achever d'un coup de son pied-bot le gouvernement qui finit et de saluer d'un coup de son encensoir le gouvernement qui commence.
Je soumettrai une objection à M. Elie Méric : M. de Talleyrand, père de l'évèque d'Autun, a-t-il pu jouer le rôle que lui attribue le biographe de Tabbé Emery, s'appuyant sur des noies manuscrites conservées au séminaire de Saint-Sulpice? N'y a-l-il pas là quelque erreur de date ou de personne? De trente-cinq ans plus âgé que Louis XVI, M. de Talleyrand n'avait pu élre son menin, titre bizarre et assez mal choisi, qui signifiait, dans l'ancienne cour, une sorte de camaraderie entre l'héritier de la couronne et ses compagnons d'enfance, d'études et de jeux. Et puis, est-il bien vraisemblable que ce jeune homme, spirituel et sceptique, ayant le sentiment de sa supériorité d'esprit, libre de choisir sa carrière, flairant dans l'air des catastrophes prochaines qui devaient ouvrir à ses talents des horizons nouveaux, ait attaché tant de prix à un évêchéqui, de toutes façons, ne pouvait que l'embarrasser, soit que le vertueux Louis XYI restât sur le trône, soit qu'une révolution vint bouleverser toutes les conditions de la vie sociale? C'est un doute que j'exprime, rien de plus.
Que dire de Napoléon Bonaparte, qui occupe une large place dans le second volume de Touvrage de M. Elie Méric? On ne me croirait pas, si je me faisais son panégyriste ou môme son avocat ; mais, en vérité, je me demande ce que Thistoire, le patriotisme et la morale peuvent gagner à ces tardives flétrissures où s*entremêlent des commérages de femmes de chambre, des renseignements de libelles apocryphes et des odeurs de roman naturaliste. Que Ton juge Napoléon de haut, que Ion condamne en lui le meurtrier du duc d'Eughien, le revenant de Tile d'Elbe, le persécuteur de toute idée libérale, le consommateur insatiable de chair à canon, maudit des veuves, des orphelins et des mères ; que Ton rappelle qu'il nous a fait beaucoup de mal et nous en a légué encore plus; que Ton fasse ressortir le contraste de ces maux effroyables avec d*absurdes programmes où s'affirment des illusions insensées, soit ! Mais il faudrait que les arrêts lancés contre cette gigantesque mémoire eussent un caractère de grandeur et fussent formulés au nom des lois immortelles de la justice et de la pitié. Il faudrait jeter à ce Titan des quartiers de roc et non pas des poignées de boue; il faudrait extraire les projectiles des flancs épiques de Pélion ou d'Ossa, et non de la hotte du chiffonnier. Avec un homme de cette taille, j'accepte Tacite ; je récuse Suétone et Pétrone. J'écoute Chateaubriand, Bonald, Joseph de Maistre, Lamartine ; je ne veux ni de madame Pipelet, ni du Gazetier cuirassé. Notre siècle est-il donc si riche en grands hommes, les rayons de son soleil couchant sont-ils donc