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LE BARON

BOUGHER-DESNOYERS'

Plusieurs personnes sq trouvaient réunies chez M. Desnoyers, dans le jardin de sa maison de Saint- Germain. C'était par une douce journée de l'automne de 1856. La vieillesse de M. Desnoyers était belle et sereine, et nul de nous ne pensait que cette année, qui s'avançait vers son déclin, dût marquer le terme de son existence. On l'interrogeait sur ses études, sur ses travaux. Ordinairement calme et réservé, il fut soudainement touché de la mémoire du passé, et, de même qu'un peintre, de retour d'un pays lointain, dessinerait des esquisses rapides des lieux qu'il a visités, M. Desnoyers retraça l'histoire de sa vie. C'était celle de ses travaux ; les événements y tenaient peu de place.

Lorsqu'un homme dont les jours ont été noblement

1. Cette notice a été lue dansi la séance publique annuelle de rAcadémie des beattx-arts le 6 octobre 1860.

remplis et les travaux justement récompensés raconte les espérances, les craintes, les joies qui tour à tour ont agité son âme, on partage les émotions qu'il a éprouvées, on croit avoir vécu de cette vie qui s'achève, et respiré l'air de cq temps qui n'est plus. Nous avons gardé la mémoire du récit de M. Desnoyers; nous essayerons de le reproduire, heureux si nous pouvons lui conserver quelque chose de l'intérêt qui s'attache à des souvenirs exhalés librement du cœur qui les recèle, s'épanchant comme une source limpide et féconde, et tout empreints de l'autorité et de la persuasion que porte avec elle la parole d'un homme illustre que le temps a couronné et que l'âge n'a pas affaibli.

« Ce séjour modeste, nous dit M. Desnoyers, celte maison que m'a laissée mon père, ce jardin, ces ombrages, ces arbres toujours jeunes qui ont vieilli avec moi, plus je les vois, plus je les aime. Tout est changé autour de nous, l'aspect de ces lieux s'est transformé, mais les souvenirs sont restés fidèles; quand mon esprit s'attache au spectre du passé, le passé tout entier se réveille et reprend sa place dans mon âme rafraîchie ; et dans ces rêves pleins de charme où le cœur s'ouvre à de chères images, les premières tristesses ont autant de grâce que les premières joies.

» Des artistes célèbres ont vu leurs jeunes "années assombries par la pauvreté, et leur penchant combattu, au nom de cette pauvreté même, par des parents inquiets de l'avenir. D'autres, plus heureux, sont nés de familles où l'art élait déjà entré. Ceux-là trouvaient la route ouverte, le chemin facile, Tart semblait les ap-

peler à lui. Qaelques-uns ont reçu les enseignements d'un père, artiste dévoué mais obscur, dont le nom est devenu illustre à jamais. Aucune de ces destinées n'a été la mienne. Je suis né riche^ d'une famille que je pourrais appeler patricienne. Si ma vocation native ne fut pas contrariée, rien autour de moi, personne parmi les miens, ne m'invitait au culte de Tart^ ne m'initiait à ses beautés. Mais j'étais né avec une passion véritable, à laquelle je me livrai sans contrainte et qui sut me diriger. J'aimais les tableaux^ les statues, les estampes, et j'admirai avant de comprendre. Dès mes premières années, je copiais d^un crayon téméraire les estampes qui me semblaient les plus belles. Bientôt j'allai plus loin : obéissant à l'instinct qui me dominait, je voulus graver aussi ; je cherchai alors à me rendre compte des différents travaux du graveur. À l'aide d'un clou, d'une pointe quelconque, j'essayais sur de petites plaques de métal, que je me procurais à grand'peine, d'imiter le pointillé, les tailles, les hachures, tous les procédés du burin, restant attaché pendant des heures entières à l'œuvre que je m'imposais. On était loin de penser alors que l'unique héritier d'une fortune importante serait un jour obligé, pour vivre, de tirer parti de ces dispositions naturelles, de ce penchant singulier, qu'on ne tolérait dans la maison paternelle que pour l'agrément futur des loisirs qu'on me croyait promis.

» Un jour, en 1789, j'avais dix ans, je fus conduit à l'exposition qui avait lieu dans le salon du Louvre. C'était la première fois que j'étais admis à ce spectacle. J'en fus vivement frappé. Mes jeunes regards furent

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éblouis de tant de splendeur. L'exposition était à la fois riche et nombreuse. Je royais des œuvres dues à des bommes illustres, dont le nom retentissait à mes oreilles depuis que j'étais au monde, que je respectais sans les connaître, et qu'on respecte encore aujourd'hui. Vien,Vinoent, Joseph Yernet, Robert,yan Spaendonck, David, Regnault, brillaient parmi les peintres. Pajou, Caffieri, Houdon, Roland, Ghaudet, avaient exposé des groupes, des bustes, des marbres, des terres cuites; Morean, Saint^Aubin» Massard, des dessins et des gravures. Plusieurs de ces hommes étaient les chefs de Técole française et les dignitaires de TAcadémie. Car cette Académie, messieurs, n'était pas vouée à la douce égalité qui nous unit aujourd'hui d'un lien si précieux et si ober. Elle avait une hiérarchie, et conférait des grades. Le directeur, les recteurs, professeurs et adjoints avaient le titre d'officiers; puis venaient lei conseillers, les académiciens, et enfin les agréés. Les artistes appartenant à l'Académie avaient seuls le droit d'exposer, et les ouvrages, au salon du Louvre, étaient placés dans l'ordre que leur attribuait le grade des auteurs. Vien, chevalier de Saint-Michel, premier peintre du roi, et qui avait été directeur de l'École de Rome, était alors recteur de l'Académie avec M. de Lagrenée, et il en était de plus, à la fois, le directeur et le chancelier.

X Cette Académie différait encore de la nôtre par un point capital. Elle conférait un titre institué par la ga* lanterie de nos pères, par leur justice peut-être. La loi salique n'avait pas pénétré dans ce royaume de l'art,

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et j'ai VU) messieurs, des académiciennes. C'étaient mesdames Le Brun, Goster et Guyard^ la première encore célèbre, les deux autres oubliées. Toutes trois avaient pris part à l'exposition, et y avaient envoyé un grand nombre d'ouvrages. C'était en jgénéral des portraits. Madame Le Brun en comptait neuf pour sa part. Ces dames ne s'endormaient pas, vous le voyez, dans le fauteuil académique. Hélas t que ne sait-on que ce fauteuil est une fiction t Vous le savez comme moi, mes chers confrères, nos sièges assez vulgaires, trop souvent exempts de douceur, repousseraient le sommeil s'il tentait de s'introduire parmi nous.

» Quelque temps après cette exposition, mon père M décida à me donner un maitre, et son choix tomba sur M. Darcis, graveur au pointillé dont le nom n'a pat mérité de venir jusqu'à vous. Il grava plus tard lé Marius à Minturnsê^ peint à Rome par Drouais peu d# temps avant sa mort« Les dispositions de l'élève pouvaient être étouffées sous la médiocrité du professeuç i il n'en fut rien. Ma vocation sortit saine et sauve de cette épreuve, qui n'était pas sans danger.

» Ce fut vers cette époque qu'un grave événement vint troubler la demeure paternelle et tout changer autour de moi.

» J'étais dans la pension célèbre de M. de Wailly ; mon père me rappela près de lui et se chargea seul du soin de mon éducation. Je me rappelle l'étonnemenl douloureux dont je fus saisi, quoique bien jeune encore^ lorsque je vis qu'un régime austère avait succédé aut habitudes assez larges de la famille. Un yoîié sottiM

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s'était étendu sur la maison. Les chevaux et les voitures avaient disparu, les serviteurs étaient moins nombreux, les visites devenaient plus rares, la solitude se faisait autour de nous ; alors la tristesse entra dans mon cœur, et j'eus peur de la pauvreté.

> Je ne sus que plus tard la cause de ce changement.

» Quand vous passez sur ces boulevards si brillants où se réunissent les élégances diverses de la vie parisienne, vous foulez le sol où commença la ruine de mon père. De vastes terrains étaient encore vacants sur cette promenade, déjà très-recherchée à celte époque. Mon père les acheta ; ils étaient voisins de T hôtel de Choiseul, qui n'existe plus aujourd'hui, et sur l'emplacement duquel s'est élevé l'Opéra, qui, déjà entraîné dans le courant de rapides et merveilleuses transformations, va, dit-on, recevoir bientôt une demeure plus splendide. Les terrains, bien choisis, convenaient à de riches habitations, dont les plans étaient déjà dressés ; l'entreprise offrait toutes les chances probables d'un grand succès, et, suivant les calculs les plus prudents, la fortune de mon père devait en sortir à peu près doublée. Elle y fut engloutie en grande partie. Un homme trompa la confiance de mon père et celle de beaucoup d'honnêtes gens.Trois cent mille francs, c'était beaucoup alors, disent les riches d'aujourd'hui, disparurent entre les mains de cet homme. Les malheurs des temps vinrent compliquer cette situation, enlever à mon père une position honorable, et forcer mes parents à s^expatrier.

» Mon père était commissaire de la maison militaire de Monsieur, frère du roi, qui devint depuis le roi Louis XYIIL Ma mère était d'une ancienne maison de Picardie. Elle se nommait Marie-Sophie de la Tour, et était fille d'un capitaine aux gardes françaises, chevalier de Saint-Louis. Dénoncés comme suspects, ils durent quitter la France.

1 Une nuit, on vint m'éveiller, et je vis mon père debout près de mon lit. Il m'apprit son départ et celui de ma mère, en m'en cachant la cause.

1 — J'ai pourvu à tout, me dit-il; dès demain, M. Le Thière, le peintre habile que vous connaissez, viendra vous chercher, et vous serez à même de cultiver chez lui votre goût pour l'étude du dessin ; à Dieu ne plaise que je veuille contrarier votre penchant t mais on va former une École dans laquelle je serais heureux de vous voir entrer ; préparez-vous en même temps par d'autres études à vous rendre digne d'y être admis. C'est mon vœu le plus cher ! Adieu, mon fils, venez embrasser votre mère qui vous attend I Dans peu, nous serons de retour.

> Je fus bientôt dans les bras de ma mère, qui versait d'abondanies larmes. Ils partirent. Je les suivis jusqu'à la porte de la maison, où je restai, muet, immobile, frappé de surprise et de douleur, jusqu'à ce qu'ils eussent disparu dans l'ombre de la rue déserte et silencieuse, et tant que le bruit de leurs pas parvint à mon oreille.

» Plusieurs d'entre vous, messieurs, ont connu M. Le Thière, qui fut depuis directeur de l'Académie de France à Rome, et plus tard membre de l'Institut. Il

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arait déjà à cette époque remporté le grand prix, et avait exposé» en ITQS^ iln tableau iVrphée et Euridice. Vous connaissez ses autres tableaux, son Junius Bruîfis^ son Philoctète, Il s'intéressa à moi^ et je fis^ sous Sa direction^ des études variées qui me furent profitables. L'anatomie^ le dessin, la peinture à Thuile, Taquarelle^ la minialure, occupaient tous mes instants. J'étais jeune, tout animé de Fardeur que donnent Tamour du travail et la passion de l'art*

» Mais j'eus encore un autre mattre, messieurs, et celui-là fut, je crois, le meilleur de tous. C'est un de ces maîtres qui dorment dans la tombe, mais dont l'œuvre est vivante et suffit à nous instruire. C'était le graveur aimé de Raphaël, Marc-Antoine Raimondi : j'étudiai ces belles estampes^ faites sous les yeux du peintre. Je lus dans ces traductions fidèles, et c'est là que j'appris d'abord à chérir^ et peut-être à comprendre Raphaël.

» L'École où désirait me voir entrer mon père, continua M. Desnoyers, se nommait alors VÉc^U ventrale. Elle prit bientôt un autre nom, et devint cette célèbre École polytechnique d'où sont sortis tant d'hommes illûstress honneur du temps et du pays. Mais je n'essayai pas d'en franchir les portes; Je n'en eus ni le courage .ni l'orgueiU et^ lorsque plus tard^ après la tempête apaisée^ mon père revint à Paris^ il me trouva entièrement voué à l'art de la gravure. Il me laissa désormais libre de poursuivre ma carrière.

» Je me tournai alors avec confiance vers l'art qui avait éciuin^ mes premières années^ Je pris d'une main

ferme le crayon qui ayait réjoui mon enfance, j'en fis l'instrument de ma destinée nouvelle. Je demandai à l'art de me rendre plus que je n'avais perdu datiA les désastres de ma famille et dans les orages des révolu-" tiens, une fortune fondée sur le travail et quelque renommée due un jour au talent que je voulais acquérirc

» Je ne me livrais encore qu'au genre du pointillé;, et je respectais trop les maîtres anciens pour oser m'at-^ taquer à eux. Cependant je voulais me faire connaître. Les ressources que mon père avait pu sauver du naufrage ne m'inspiraient qu'une médiocre sécurité^ et tout m'imposait le devoir de chercher à sortir d'une position difficile. Je résolus de poser la première pierre de l'édifice que je -voulais élever, et de commencer à fonder ma réputation. Pour cela, il fallait faire parler de moi*

> On était sous le Directoire. Chacun sait avec quelle ardeur Paris se précipitait vers le plaisir. Le temps n'était pas favorable aux productions sérieuses de l'art. Je composai, dessinai et gravai une petite estampe qui me parut conforme au goût du jour, et je la publiai.

» Une jeune fille, éveillée au milieu de la nuit, s'est levée à la hâle^ dané le plus simple appareil. Elle a allumé une bougie, et, dans sbn trouble, elle protège là , flamme vacillante d'un pli du seul vêtement qui la couvre. Cette composition, d'un goût détestable, eut un immense succès. Si j'en parle aujourd'hui, c'est que je suis véridique, et que je ne veux pas me faîpe à vos 3^ut bieilleur que je ne suis.

» Je m'étais lié, dans mes études d'Académie, avtra

quelques jeunes peinlres. Nous étions jeunes il y a soixante ans. Je m'associai à leurs travaux. Je gravai un Délire d'amour^ d'après Grévedon; Hélo'ise et Abeilard, d'après Robert Lefèvre; et Vénus désarmant l'Amour, d'après le môme, peintre.

» Ce dernier ouvrage marque un progrès dans mes études et une époque dans ma carrière. Mon maître, M. Le Thière, voulut qu'il fût exposé, et je fus pour la première fois, en 1798, admis aux honneurs du Salon. J'avais dix-neuf ans. J'obtins un prix^, et fus chargé de graver une planche *. J'entrai alors dans l'atelier de M. Alexandre Tardieu pour apprendre à graver en taille-douce, sentant bien que c'était le côté sérieux de mon art.

» M. Tardieu a été depuis membre de l'Institut, où il fut appelé dans sa vieillesse. Il appartenait à une de ces rares familles où le talent, qui a parfois des caprices aristocratiques, s'établit pour plusieurs générations, se transmet de père en fils, ou s'étend vers des collatéraux. Carrache, Scarlatti, Bach, Edelinck, Audran, Drevet, Coustou, Vernet, noms illustres, races fécondes, vous avez chanté, taillé le marbre, animé la toile, dessiné sur l'airain, et parcouru ainsi tout le domaine de l'art. Plus d'une fois aussi une alliance a uni le génie de deux familles. C'est ainsi que Gérard Edelinck donna sa fille à Robert Nanteuil.

1. M. Desnoyers grava en taille-douce^ pour le prix qu*il avait obtenu^ une compogition allégorique : VEspérance soutient l'homme jusqu'au tombeau, d'après Caraffe; ^uis il grava au pointiUé Dédale et Icare, d'après Landon, et les Pénibles Adieux, d'après Hilaire Ledru.

» J'étudiai avec ardeur le burin et Teau-forte, et, quand je me sentis le courage et la force de traduire Raphaël, j'entrepris la planche de la Belle Jardinière, que m'avait demandée pour le Musée Lucien Bonaparte, ministre de l'intérieur; cette gravure fut exposée au Salon de 1803, et obtint la grande médaille d'or.

» Maintenant, continua M. Desnoyers, je n'ai plus rien à raconter, je n'ai que des estampes à montrer. A dater de ce jour, ma vie n'a été qu'un long et persévérant labeur. Elle est là, tout entière, et je vais la mettre sous vos yeux. »

On avait, d'après.les ordres de M. Desnoyers, apporté les portefeuilles qui, comme il le disait, renfermaient l'œuvre de sa vie. Nous parcourûmes avec lui ces belles estampes que nous connaissions tous, mais qui, rapprochées ainsi l'une de l'autre, se prêtaient le mutuel reflet de leurs beautés, et commandaient une plus haute es-* time pour les travaux du grand artiste. Au milieu de cette riche galerie : la Belle Jardinière^ le Bélisaire^ la Vierge de Foligno^ la Vierge aux rochers, la Transfiguration, resplendissaient d'un plus vif éclat, comme on voit des chefs, des généraux, des rois, briller dans un cortège au milieu des soldats.

Pour être maître dans l'art de la gravure, si sobre dans ses moyens, si varié dans ses effets, il ne suffit pas de savoir, par des pratiques ingénieuses appuyées d'une connaissance profonde du dessin, représenter aux yeux les chairs, les draperies, les dentelles, les marbres, les bois ; il ne suffit pas de savoir, sur le dur métal, assouplir les contours, répandre la lumière, traduire la cou-

leur: ces pratiques si laborieuses ne sont que les moyens de l'art; il faut aussi, il faut surtout, reproduire re£fet général du tableau, en faire comprendra la pensée, exprimer la beauté, la force, Tintelligence, pénétrer dans l'âme du peintre, associer ainsi son âme à la sienne^ et, par le sentiment soutenu d'une admiration qui ne se fatigue pas, élever son esprit et son cœur au niveau du génie du maître.

Oui, le graveur en taille-douce doit, peut-être plus que tout autre artiste, être animé d'une foi courageuse. Impatient de produire et patient au travail, il avance pas à pas dans la longue carrière qu'il a depuis longtemps dévorée du regard ; à moins qu'il n'ait recours au procédé rapide de l'eau-forle, qu'au reste beaucoup de graveurs célèbres ont employé, et qui, entre les mains de Callot, est devenu l'instrument d'un génie fécond et vrai, le bénéfice de l'inspiration soudaine lui est interdit^ et c'est suitout dans la pratique de cet art qu'on doit dire que le génie est l'aptitude à la patience.

M. Desnoyers était doué à un haut degré de cette aptitude. Il était, de plus, animé d'un sentiment élevé du beau. C'est bien un artiste de la grande école française. Sa manière est simple et hardie \ il se montre toujours beaucoup plus préoccupé de saisir le caractère, du maitre auquel il s'attache qu'à fairo étalage d'une grande richesse d'exécution. L'ensemble de ses gravures est toujours d'un effet simple et large, et, s'il a parfois plutôt interprété noblement ses auteurs qu'il ne les a traduits exactement, il est toujours resté fidèle au génie du mattre dont il s'inspirait.

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ii. Desnoyers a beaucoup gravé d'après Raphaël; c'était son maître de prédileotion, celui qu41 comprenait et qu'il interprétait le mieux. Il a produit, d'apréa ûe mattre, outre la Beth Jardtnfér^, la Vierge de FoHgm et la Tran&^rati(m, que nous avons déjà citées^ {'£«pérance^ la Fd et la Chantéy \a Vierge à ta chaise, la Yiergei au linge, la Vierge au fi>is$qn^ la VisitaUm, Sainte Catheriney la Vierge de la maison d'^l^e^ h Vierge au bereeau^ Skiinte iiwrguetnte^ la Belle Jarëinière de Florence^ et enfin la Madeue da SainttSi^tûy à Dresde. Il a gravé, d'après le Poussin, iMse sauvé des eauûo^ Ëliézer et Bebeçct^; ki ifuses et les Piérides^ diaprés un tableau longtemps atkrlb\ië à PcDino dâl Yaga, attribué aujourd'hui au Rosso ; d'.apnèa Gépard, et sur sa demande, BéUsqire, les portraits de VEn^reur^ du Boi de Bame^ de M. àe ^umhoidiSy de Jlf. de TaUeyrand^ la Bkidxe defiuérin; deux statuos antiques, PsffcM et fAmeur^ d'après de beaux destina de M. Ingres; le Camée antique d'Arsinoé, dessiné auasi par M. Ingres pour l'Iconographie de Visoonti. Il a su exprimer avec une haute intelligence, avec un excellent goât de dessin, les génies si divers de Raphaël, de Léonard, du Poussin et des maîtres modernes. Le Bélisaire^ comme vérité d^effet, comme harmonie, atteint à la perfection. Le portrait du Boi de Hume est d'une délicatesse et d'une finesse exquises. La tète du portrait de M. de Talleyrand est d'une admirable exécution.

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