Ce portrait est une eau-forte
Plasieurs de ces estampes rappelèrent à M. Desnoyers des souvenirs qui y étaient attachés. Lorsque la Belle Jardinière fut exposée, le pape Pie VU se trouvait à Paris pour le sacre de Tempereur. Dans une visite qu'il ût au Salon^ il fut vivement frappé de la beauté de cette estampe. L'empereur en fut informé à l'instant même, et, lorsque le pontife rentra dans ses appartements, il trouva dans son cabinet, magnifiquement encadrée à ses armes, une des meilleures épreuves de la gravure qui avait mérité son attention.
Une scène assez singulière se passa au Salon de 1809. M; Desnoyers avait été chargé de graver le portrait de l'empereur d'après Gérard ; ce portrait devait figurer à l'Exposition, mais une maladie avait empêché M. Desnoyers de ie terminer à temps.
f L'empereur s'approcha de moi, nous dit M. Desnoyers, et me demanda à voir ce portrait, qu'il croyait, à ce qu'il semble, trouver à l'Exposition. Je dus avouer que ma gravure n'était pas achevée.
» — Je le regrette, me dit l'empereur, cette croix vous était destinée.
» Il remit dans l'écrin une décoration de la Légion d'honneur que je voyais briller entre ses mains, et s'éloigna. J'aurais dû me souvenir que des hommes tels que Napoléon et Louis XIY n'aiment pas à attendre. Je restai consterné, et fus longtemps attristé; je n'avais pas la philosophie du grand graveur Gérard Ëdelinck. »
Et, conmie nous lui demandions quelle avait été cette philosophie :
t Gérard Ëdelinck, nous dit M. Desnoyers, n'avait
qu'une ambition, et elle vous semblera bien modeste. Tenez pour vraie la petite anecdote que je vais vous conter, quelque bizarre qu'elle puisse vous paraître.
» Au temps où vivait Gérard Edelinck, il était trèsdifficile d'être marguillier de sa paroisse. Les artistes ne pouvaient prétendre à cette dignité, mais seulement les marchands et les procureurs. Edelinck, après de vains efforts pour y parvenir, y avait renoncé; résigné, il vivait heureux, et c'est là que je place sa philosophie.
» Un jour vint où Louis XIV voulut honorer les travaux d'Edelinck; il le fit venir, et lui demanda ce qu'il désirait. Acette parole royale, l'ambition éteinte d'Edelinck se ralluma et lui monta au cerveau.
» —Sire, répondit-il fièrement, je voudrais être marguillier de ma paroisse.
» Le roi sourit, le nomma graveur de son cabinet, lui donna une pension, un logement à l'hôtel des Gobelins et le. cordon de son ordre de 'Saint- Michel. Cela n'empêcha pas Edelinck d'être nommé peu de jours après marguillier de sa paroisse.
» Quant à moi, je ne retrouvai pas de sitôt l'occasion perdue. Je ne reçus la croix que onze ans après, en 1820, des mains de M. le comte Siméon, ministre de l'intérieur: j'en appris la nouvelle à Londres, où je m'étais rendu pour copier la Vierge de la maison d'Albe et la Sainte Catherine^ que j'ai gravées depuis, i
Avant de passer en Angleterre, M. Desnoyers avait employé deux ans à visiter l'Italie. Il avait quitté Paris vers la fin de 1818, après avoir terminé une de ses
meilleures estampes, VEliézer et Rebecca du Poussin, et s'était rendu tout d'abord à Rome, but principal de sou voyage. Ce n'est pas seulement en voyageur, enadr mirateur, qu'il visita les églises, les galeries et les ruines. Rome, pour l'artiste, est un immense musée qu'entourent des murs antiques et que traverse le Tibre. M. Desnoyers parcourut ce musée le crayon à la main, et tout ce qui lui parut ignoré, ou du n^oins oublié' au milieu de tant de richesses et de magnificences, il le. dessina. Des marbres, des bronzes, deâ bas-reliefs antiques, quelques beaux tableaux moins connus que les chefs-d'œuvre consacrés, furent le sujet de ses études; il trouva dans un petit palais, élevé sur le mont Janicule, d'après les dessins de Jules Romain, sur les ruines de l'habitation du poëte Martial S huit portraits de femmes, dus aussi au pinceau de Jules Romain. C'étaient, dit-on, les portraits des modèles qui inspiraient Raphaël ; ils avaient été recueillis par les soins de Baldassar Turini, l'ami de Raphaël, celulqui présida à ses funérailles. M. Desnoyers les dessina. Puis il vif sita Naples pour copier des peintures antiques de Pompéi et d'Herculanum, puis Bologne, Florence, Venise, Mil2iï*9 Turin. De retour à Paris, il fit un choix parmi tant de souvenirs, grava quelques-uns de ces dessins, fit exécuter les autres sous sa direction, et publia, sous le titre de Recueil d'estampes gravées d* après des peintures antiques, italiennes^ etc, ^, un volume composé de trente -quatre planches, avec un texte