‹ Derniers souvenirs et portraitsChapitre 14 sur 48 · Paris, FirmiQ Didot · texte numérisé non relu

Paris, FirmiQ Didot

LB BARON BOUCHBR-DESNOVERS. M

explicatif où l'on trouvô des remarquai curieuses et ^t$ rensoiguerneBis qui ont de Tintérèt.

Il dj^iste à yAGadémie de Francp à Roiue un U3age tûuchaut, qqi, nous le croyons du moins, date de sa fondation, et s'est coasôrvë jusqu'à nos jours. Lors? qu'un lauréat quitte la villa lî^dieis, noble séjpur de cette École, ou lorsqu'un artiste célèbre, français ou étranger, quitte Rome» l'Ecole entière lui faites adieux. Les lauréats, réunis le soir dans une des galeries 0u palais, reçoivent l'hAte qui va s'éloigner. Gomme dans une fête romaine, on l-âccueille la coupe h la piain ; les vins du Latium, du Vésuve, de Syracuse, ae choquent aux vins de France. On apporte un trépied plein de charbons ardents, e( çi|r ce meuble antiqqe, on allume^... j'allais nommer le symbole envahisseur de l'hospitalité moderne. Puis on se met à l'œuvre : peintre, scqlpjeuri architecte, graveur ou musicien, chacun a pris le pinceau, le crayon ou la plume, et offre au voyageur son .tribut pour l'album improvisé qui contient les regrets de tous. On se retrouvera plus tard, dans }a patrie oq sur la terre é Iran gère. M. Desnoyers reçut ce Juste hommage^ et recueillit dans sa soirée 4'44ipox des sou* venirs qu'il conserva avec soin. Plusieurs do ceux qui prenaient part à cet(e fête, et qui venaient de recevoir le prix, ont maintenant l'honneur de le décerner, et ils ont couronné aujourd'hui avec joie ces jeunes lauréats qui vont remplir à la villa Médicis la place qu'ils y ont occupée il y a quarante ans.

M. Desnoyers avait pour le ^énie et les œuvres de Raphaël un culte véritable, une admiration sincère.

Dans son zèle infatigable, il s'occupa pendant de longues années de rectifier quelques erreurs échappées à M. Quatremère de Quincy, concernant diverses circonstances de la vie du peintre d'Urbin et quelques-uns de ses ouvrages. Il mit à contribution ses études, ses voyages, ses souvenirs, divers documents recueillis par des écrivains étrangers, et fit paraître son travail en 1852, cinq ans seulement avant sa mort, sous ce titre: Appendice à t ouvrage intitulé : Histoire de la vie et des ouvrages de Rapha'éU par M* Quatremère de Quincy ^ . Dans quelques pages qui servent d'introduction à ce travail, M. Desnoyers fait voir quelle immense influence

1. Nous croyons devoir rapporter Tayant-propos de cette publication :

« Les savants, les littérateurs et les artistes les plus distingués de tous les pays^ se sont occupés depuis près de trois siècles et s*occupent encore d'une manière active et même passionnée de Raphaël.

» M. Quatremère de Quincy, qui m'honorait de son amitié, voulant écrire l'histoire de la vie et des ouvrages de ce grand peintre, me demanda en J833 des renseignements à ce sujet. Je venais de parcourir toute ritalie; j'y avais fait un long séjour, ainsi qu'en Angleterre. Je fus assez heureux pour lui donner des notes; il s'en servit. Cela me fait présumer que si M. Quatremère avait publié cet ouvrage en 1852 au lieu de 1824, il aurait de même accepté tous les documents que j'ai recueillis depuis dans les voyages que jVi faits en Angleterre (1830), en Italie (1833) et dans toute l'Allemagne (1841). Son livre a eu un très-grand succès en France et à l'étranger. Il m*a fait naître le désir de compléter autant que je le puis le monument que M. Quatremère a élevé en Thonneur de Raphaël, et de m'y attacher comme un homme qui, désirant voir passer son nom à la postérité, va le graver sur la statue de Memnon ou sur le Parthénon. Le plus léger document sur un si grand génie est toujours précieux à conserver; je crois, sur ce point, remplir le vœu de cet honorable et savant ami, et accomplir un acte de reconnaissance que je dois à la mémoire de Raphaël, qui m'a sarvi de guide depuis ma première gravure jusqu'à ma dernière. Ces différents motifs m'ont décidé à mettre en ordre et à faire imprimer ces notes. »

a exercée Raphaël, el nous dit quelle a été son œuvre. Il le montre inspiré, chargé d'une haute mission, pressé de Taccomplir. De sa main mortelle sort l'image de Dieu. Il descend sur la terre, où tout ce qu'il y a de grand et d'auguste appartient à son pinceau. Il féconde tous les arts, puis il meurt, léguant son œuvre au monde.

Il semble que Dieu ait voulu, à cette époque où (ant de découvertes allaient enrichir l'humanité, où tant de génies divers devaient se rencontrer, créer quelques nobles modèles de l'intelligence qui préside aux beauxarts. Pour que ces modèles fussent accomplis. Dieu leur livra le génie de l'art tout entier, ne leur cachant aucun de ses secrets, et douant chacun de ces hommes d'une lumière si vive et si puissante, qu'elle suffisait à tout animer autour d'eux. C'est alors que brillèrent Raphaël, Michel-Ange, Léonard de Vinci, à la fois peintres, sculpteurs, architectes, poètes, musiciens. Dieu les avait créés pour éclairer le monde. Ceux qui vinrent ensuite se partagèrent les domaines de ces maîtres puissants, comme les successeurs d'Alexandre s'étaient partagé son empire. Le goût de l'art se répandit alors, mais perdant quelque chose de sa grandeur, de sa force et de son unité.

C'est vers ce temps aussi que furent inventés l'imprimerie et l'art de la gravure, afin que les lumières de la science, l'amour des lettres et la culture de l'art pussent se répandre sur le vieux monde, et rayonner ensuitesur le monde nouveau ouvert au génie de l'homme ; et le premier graveur célèbre qui parut alqrs était,

comme les autres maîtres que nous avons noppi^ës, peintre, sculpteur, architecte : c'était Albert Durer.

Ce grand artiste, un des pères de h gravurfi, ^ offert, un des premiers, l'exemple illustre d*upe de ces li^ttes dont nous avons parlé, lutte d'une voc^t|Qp sinc^re contre la misère de la maison paternelle : « Mon pèra^ dit Albert Durer *, pauvre ouvrier orfèvre, n'avait poiir lui, pour sa femme, ppur ses enfants, que le stfict nécessaire, un pain dur et noir, gagné péniblement Ajoutez à cela toute sorte de tribulations ^t des ad^ versités de tout genre. Mais il était paisible et doux, bon et modeste, et soumis à la ProvideQGe. Il oiourfit, regardant le ciel, où il est maintenant. Pourn^pi, je ^le sentais, plutôt artiste qu'orfèvre, et je priai mon père ^e me permellre de peindre et de graver. Mécontent de pia demande, il me refusa pendant longtemps. \[ céd^ à la fin, et, le jour de §aint-Andrè, ep 1486, il xae plaça chez le maître grayeur Michel Wohlgeemutji. * On voit avec quel soin religieux Albert Purer menr lionne le jour qui fut celui de sa délivrance.

Il est iputile de rappeler ici les différences qui séparent le style d'Albert Durer de celui de Raphaël. Elles paraissent parfois tellement profondes, qu'on peut trouver étrange que des œuvres si dissemblables soient le produit d'un art contemporain. Ces différences, aureste, s'expliquent naturellement. Le peintre italien était nourri de Tantiquité, que le graveur allemand ne connaissait pas. Cependant l'élégance italienne, qui avait

1. Lettres de Durer à son ami V^illibad Pirkheimer. (Voyez le Journal zur Kunstgçschichhj, etc, de la Murr, t. X.)

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hérité de l'art charmant des Grecs, fut séduite par la nsiïvej^ geriufmique, expression d'uTi art un peu rujle qui n'avait pas d'ancêtres et ne devait rien qu'à luiinônie. Raphaël aima cette vérité grave et sérieuse, qui n'exclut ni la grâce ni la finesse, et il adpaira le merveilleux travail 4p graveur. Mariette *, afnnotateur instruit, collecteur Yéridique de ces détails qui font vivre, l'histoire, et qu'on pourrait nommer, en to^t bien toqt liqnneur, le Tallemant des Idéaux des historiettes de l'art, nous dit que « Raphaël, tout partisan qu'il était de l'antique, ne put s'empêcher d'adnaircr )es ouvrages de cet excellent homme ;.et, afin que les lousfnges qu'il leur donnait parussent plus sincères, il exposa dans son propre cabinet les estampes gravées par Albert, i Cette circonstance, si simple en apparence, nous paraît avoir une haute portée, qui conserve aujourd'hui toute sa valeur. Elle fait naître d'ail!eur§ d'jritéressants souvenirs. On ose soulever le voile qui défend l'entrée de cette retraite interdite au vulgaire, on ont été conçus tant de chefs-d'œuvre; on entre dans le cabinet de Rapliaël. Çà et là, de§ naarbres antiques, des fraginents précien^ ; sur les murs, sur les tables, des crequis, des ébauches, des études, d'où sortiront des fresqnes immenses, et, au milieu de ces Tichesses, les estampes du modeste artiste de Nuremberg. Raphaël est là. Des modèles exquis, la Belle Jardinière^ la Fornarina^ encore rayonnants aujourd'hui d'une jeunesse éternelle, apportentà son divin pinceau les trésors de leur beauté.

1. Abecedario, t. Il, p. 148. Édition publiée par MM. de Chenevières et de MoDtaiglon.

Puis Tiennent des amis, d^illnstres yisileurs, chefs de l'Église, poètes, artistes, Bembo, l'Arioste, Bramante, Michel-Ange peut-être, puis, à leur côté, l'élève chéri, Jules Romain. On est alors touché du sentiment loyal qui animait Raphaël lorsqu'il attestait ainsi son admiration pour le graveur étranger. A Rome, séjour d'un art jaloux^ il prend sous sa sauvegarde le bon et simple Albert. Il le montre aux plus grands, il le proclame leur égal, il le déclare son hôte, bien plus, son ami. Admettre l'œuvre dans ce sanctuaire auguste, c'était donner à l'auteur une place dans son amitié. Il le défend ainsi, il l'élève, il Thonore. Et il nous semble, en réveillant ces souvenirs lointains, qu'on rend un égal hommage à la mémoire de ces deux grands artistes.

Marc-Antoine, le graveur de Raphaël, eut aussi une grande admiration pour Albert; mais.il la témoigna d'une manière toute différente.

Des biographes racontent que Marc-Antoine, dans sa jeunesse, ayant vu à Venise des estampes d'Albert Durer, se prit d'une grande passion pour ces beaux ouvrages. Il s'enferma dans son atelier, se cachant même à ses amis, copia les plus belles de ces estampes, et il réussit si bien, il imita d'un burin si habile les différents travaux du graveur allemand, que les yeux les plus exercés y furent trompés. Mais il faut reconnaître que ce n'était pas un pur amour de l'art qui le guidait dans cette entreprise difBcile. Une mauvaise pensée lui était venue. Les gravures d'Albert étaient très-recherchées dans toute l'Italie; Marc- Antoine, à ce qu'il semble, n'était pas doué de lumières très^précises au

sujet de la contrefaçon, art tout jeune, qui venait de naître avec la gravure et rimprimerie, mais qui comptait déjà des maîtres. Il trouva naturel de signer ses copies du nom du véritable auteur, et de les céder, en secret, aux marchands et aux amateurs qui se les disputaient. C'était une fausse monnaie qu'il émettait sans scrupule, et qui circulait sans difficulté et à son grand avantage.

Un étranger arriva sur ces entrefaites à Venise, et fut surpris de trouver dans les palais des nobles, dans les boutiques des marchands, des estampes illégitimes, qui portaient son nom et ses armes, mais qu'il ne pouvait reconnaître. L'œil d'un père ne pouvait s'y méprendre, et Albert découvrit sur-le-champ, à des signes certains, à des imperfections adroitement dissimulées, la fraude dont il était victime, le tort grave porté à sa renommée et à ses intérêts.

On dit qu'Apelles, étant venu à Rhodes, courut d'abord chez Protogéne, qu'il ne trouva pas au logis. Introduit par une servante dans l'atelier, il traça sur une tablette toute préparée pour la peinture, une ligne, un trait d'une précision et d'une finesse remarquables, et se retira sans se faire connaître. Protogène, de retour, s'écria : c Apelles lui seul a pu tracer cette ligne ! » Cette petite histoire est un peu obscure pour nous, mais elle est admise. M. Quatremère do Quincy l'a expliquée en disant qu'il s'agissait sans doute d'un dessin, d'une exquisse au trait. Cela est vraisemblable, mais nous la racontons avec simplicité, comme Pline nous l'a transmise. Quoi qu'il en soit, il est reconnu

que Protogène connut ainsi, par cette ligne ou par ce trait, qu^Apelles était venu dans son atelier. Cét^iit comme une carte de visite qu'il lui avait laissée.

Il ne fut pas plus ditScile à Albert de deviner^ à Tt^sibileté de Timitaleur, que Marc-Àntoine, qu'il connaissait de réputation, devait 6tre l'auteur de la fr^vide. Albert était un cœur modeste et droit '^ il s^ plaignit doucement, comme il convient à un galant homme. S? plainte fut mal acoueillie ; de magistrat à magistrat, elle arriva jusqu'au Sénats qui ne prit p^s gr^i^d intérêt à cette affaire ; il ordonna seulement qu'à Tav^ir le graveur italien ne devrait plu$ marquer ^es imitations du chiffre de l'artigte allen^ai^d, "^m \l liii laissa le droit de vendre librement se§ çontrel^çon^ ainsi afl^epdées. Tel est le premier jugemeiît, m mati^r-e de contrefaçon, dont nous ayons conns^is^ancfi dan? l'histoire de l'art. Albert cependant avait d'illustre? s^n^i^j l'eippereur Maximilien {*"' l'aimait et rhûnor.ait^ Albert avait gravé avec un art admirable un pe^it crqpifix sur le pommeau de l'épée de MaxiBjiiUen ; wai^ la République était alprs en guerre avec l'emperevr, et l'épée ciselée paf Albert fut impuissante t^ le proçég^r.

Nous sommes entré d^ins de trop lopg^ détails sijr cette aventure» que noijs n'avons pontée qvie parce que M. Oesnoyers, dans un second voyage qu'il fit à Ron[ie en 1833, fut victime d'une fraude plus coupable encore. Il vit à ftqme plusieurs de ses estampes, très-halûlement Imitées, et signées (^'un autre nom que le sipn. Il

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