‹ Derniers souvenirs et portraitsChapitre 15 sur 48 · Mi^ximiliea Vslhs^W a^o))li · texte numérisé non relu

Mi^ximiliea Vslhs^W a^o))li

LE PAROH BOUCHER-DESNQYSaS. dl

^e plaignit et ne fut pas plus écouté à {lome qiifi p^ rayait été Albiert à Veqise, trois siècles auparavar^t^ Il voulut protester par la voie des journaux : ses lettres ne furent pas insérées. Il revint en France sans avoir obtenu satisf^ictioU;, mais consolé par cette pensée et par cette justice qu'il se rendait à lui-même, que Ip tort dont i) souffrait étaU un bom^piage rendu à spç talent.

Ce second voyage en Italie fut encore p\us fructueux que le premier. M. Uesnpyers allait à Rorne pour fs^ire une copie k rbufle de Iq Trqtii&fyuratioin., Il ^vait 4e^ puis longtemps le désir de graver cette œuvre m^g^i" tique ; mais, par respect pour Morgben, qui eu savait donné une gravure, il résistait à ce désir. La mort de Morghen vint le dégager de tout scrupule, pt il comluçuça alors cettft gran^p eutreprUp, qui né (ut achevée que sii^ ans après» en 1S38, Ge t?it|)e?^Ui le plus beau du moude, a noblement inspiré Desuoyer^, Seul, après plusieurs graveurs célèbres, il est parvenu à en rendre le graud caractère, l'admirable beauté de dessip, et il a fait son chef-d'œuvre du chef-t^'œuvre de Raphaël. Le nom du graveur français se trouve £\insi assQpië à jamais à celui du peintre d'Urbin.

D'autres travaux remplirent le voyage de Desnoyers en Italie. Il exécuta, avec la facilité qui lui était naturelle, des copies ^ l'huile, en miniature, à i'^quarelle, et fit des dessins de beaux tableau^ disséminés dans les musées et les églises de Rome, de Naples, de Flqrenpe et de Pérouse, et dans 4es galeries particulière^. En 1835, M. Thiers,'ministre de l'iutëneur, étant yenu

visiter l'atelier de M. Desnoyers, de retour à Paris, dota de cette belle collection l'École des beaûx-arts, qui ne la reçut cependant que l'année suivante, des mains de M. de Gasparin. M. Desnoyers profita plus tard du voyage qu'il fit en Allemagne pour augmenter le nombre de ces copies, et fit don à l'École de ces travaux nouveaux. Enfin il laissa encore à l'École, par son testament, d'autres copies, toujours d'après les maîtres, et un buste en marbre où il est représenté, bel ouvrage de notre confrère M. Nanteuil. On peut voir à l'École impériale des beaux-arts cette collection d'un haut intérêt, due tout entière au talent de M. Desnoyers, et en grande partie à sa libéralité.

Le voyage en Allemagne dont nous venons de parler, et que M. Desnoyers entreprit en 1841, avait encore pour but un grand travail, la copie et la gravure de la Madone de Saint-Sixte^ qui est à Dresde. Ce fut son dernier voyage et sa dernière production. M. Desnoyers parcourut la Belgique, visita les musées de Bruxelles, d'Anvers, de Cologne, de Francfort, et s'arrêta à Berlin, où l'attendait l'accueil le plus honorable. Invité à dîner à Sans-Souci, chez le roi, il fut placé entre deux célèbres artistes, Cornélius et Thorwaldsen. D'un vote unanime, il fut élu membre de l'Académie de Berlin. A Dresde, à Vienne, à Munich, à Stuttgart, l'accueil fut aussi flatteur et aussi empressé. Au milieu de ces fêtes et de ces distinctions, il poui'suivait cependant son œuvre constante, l'exécution des copies qu'il voulait léguer à notre École comme dernier témoignage d'une affection qui ne s'est jamais démentie.

Pais il revint à Paris exécuter la gravure de la Madone de Saint-Sixte^ et jouir paisiblement de sa belle position, de sa haute renommée. Il avait été appelé à Tlnstitut dés 1816; il avait été nommé plus tard officier de la Légion d'honneur, chevalier de Saint-Michel, baron, premier graveur du roi, conseiller des musées royaux. Assidu à nos séances, il nous apportait le concours de son expérience, de son goût élevé, de sa connaissance de la meilleure direction de l'art. Les jeunes artistes le trouvaient toujours prêt à les assister de ses conseils, de son influence, de sa bourse au besoin.

La gravui'e, pendant la longue carrière de M. Desnoyers, a été deux fois menacée, par la lithographie d'abord, puis par la photographie. Les graveurs peuvent souffrir de cette concurrence, mais non l'art de la gravure. Dés le commencement de ce siècle *, lorsque Senefelder, qui avait inventé la lithographie en copiant de la musique, arriva à Paris, ilalla trouver M. Desnoyers, qui, un des premiers chez nous, eut connaissance de cette transcription du dessin. Peu satisfait de ses résultats, M. Desnoyers y renonça bientôt; faute de pratique probablement, il n'obtint que des contours mous et une reproduclion lourde. La lithographie a fait son chemin depuis, et nous sommes heureux de proclamer les services qu'elle a rendus et les succès légitimes qu'elle a mérités à des mains habiles; mais l'art de la gravure n'a rien perdu dans la lutte, il a gardé sa place.

U En 1804.

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\A photographie eàt une rivale plus redoutable.

Si quelque peintre de l'antiquité, rappelé sur la terre, était témoin des merveilles de la photographie î € ApoUoii, s'écrierAit-il, oUl, tu es bien le difeu du sdleîl et des arts; eh promenant ton cliàr dans le cieh d'Un rayon de ta lumière féconde, tu traces des imagés plus parfaites iet plus vraies que les peintures d*A-» pelles! •

On répondrait à ce peintre païen qu'Apollon â tal-dé bieti longtemps à manifester aux mortels cette science qui lui coûte si peu, et que la lumière, qui dessine si biett, peut effacer les charmantes .ilnages qu'feUe produit. Nous avons encore d'autres met'veilles à vous motltrér, ô peintre! l'homme dompte aujourd'hui et l'espace et le tetnps, et ce dessih rapide est bien l'art qui tonvient à ce siècle pressé. Mais voyez ces planches d'airaih gravées pat* un art patient et ingénieux ! elles recèlent dans Ifeur sein d'innombrables empreintes qui traverseht les siècles. La main d'un artiste habile^ gilidée par Une âme InteUigente^ a creusé ces sillons; de mèmb qu'on taille des statue^ dans le marbre, dans lé granit, dans le pOrphyiie^ on confie au cuiviie^ à racler Aei images qui ne vieillisâeut pas; et;, si votre Apollon eût enàeigné aux Athéniens cet art durable et magistral qui conserve et multiplie, il eût sauvé peut-être des œuvres perdues pour jatnais, et nbUs aurions M peintures d'Apelles à côté des poëmes d'Homère.

Oui, voilà ce qui fait la puissance de la gravure. Elle procède de Pintelligence, et sa solidité sait résister au

LE BàROI^ BÔUCHEA-DESNOÏBRS. 95

teinpB. La photogt'âphie a grandi, de nouveaux progrès l'attendent, elle appartient à la science comme aux arts; auxiliaire utile et charmant^ reflet soudain de la mérité, le monde lui est ouvert : mais Tart de la gravure ne périra pas, il saura conserver son mérite et sa fùtce. Des défenseurs illustres lui restent, qui le soutiennent par le talent et par la foi. Il serait désirable qu'une école pratique de gravure, ouverte à Paris, vînt rassurer quelques courages ébranlés. Napoléon avait voulu créer celte école; déjà M. Regriault de Sainl- Jeàft d'Angély était chargé de l'établir; Desnoyers, Bervic et Morghen étaient désignés pour y professer : mais on était en 18i3 \ les temps malheureux empêchèrent la pensée généreuse de s'accomplir.

Lorsque nous eûmes achevé de parcourir l'œuvre de Desnoyers :

< Pardonnez-moi, nous dit-il, le temps que je vous ai ravi; pardonnez -moi surtout de vous avoir si longuement raconté les récits de ma jeunesse. Les souvenirs du matin de la vie ne s'effacent jamais. Il me semble parfois qu'un génie, un ange peut-être, semblable à ceux qu'a devinés Raphaël, a tracé dans ma mémoire des traits dont le contour s'est affermi sous la main du temps. Supposez, messieurs, une peinture due à un pinceau habile, un tableau de Claude Lorrain. L'ombre couvre les premiers plans; mais le soleil se couche au fond du tableau, et dore de ses feux le temple, les bois, la ville antique qui se perd dans le lointain. C'est ainsi qu'apparaissent les souvenirs du passé : ils brillent tout au fond de la vie, et, à mesure

que grandit Tombre des derniers jours, ils se colorent d'un reflet plus chaud et plus harmonieux. •

Pendant que M. Desnoyers pariait ainsi, le soleil éclairait de ses derniers rayons le paysage qui s'étendait au loin. Il disparut bientôt; la nuit se fit obscure et silencieuse, et tout s'éteignit dans l'ombre. Puis quelques étoiles brillèrent au ciel, et la lune vint éclairer de sa pâle lumière la vallée tranquille et profonde.

M. Desnoyers est mort à Paris, le 16 février 1857. Il y était né le 20 décembre 1779. Son nom restera attahé aux grands souvenirs de notre École; il lui a conservé la supériorité que lui ont léguée sans interruption, depuis Louis XIV, les maîtres ses prédécesseurs, et que maintiendront ceux qui restent après lui.

SIMART*

Charles Simart naquit à Troyes, le 27 juin 1806. Un récit fidèle de ses premières années nous ferait assister à ce spectacle si fréquent dans l'histoire des artistes, à ce drame qui s'agite dans Tenceinte d'une pauvre demeure, qui n'a de témoins que les personnages qui y prennent part, où Ton voit la lutte d'un enfant, fort de sa seule conviction, contre la volonté paternelle; ce serait montrer une fois de plus les épreuves douloureuses qui ont souvent inauguré la vie d'un artiste célèbre, de même que des accords pleins de tristesse servent souvent de prélude à une brillante symphonie.

Puisque nous avons parlé de drame, esquissons quelques scènes de celui qui se passait dans la famille Simart, et montrons-en les personnages : le père, Antoine Simart, menuisier, honnête homme, habile et estimé dans sa profession; la mère, Catherine Loiseau, vaillante

1. Celte notice a été lue dans la séance publique annuelle de l'Académie des beauf-arts, le i% octobre 1861.

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et forte femme; et deux fils,. dont Tatné, Charles Simart, a environ douze ans au moment où commence ce récit.

Cet enfant, en suivant les cours de Técole communale, s'était pris d'un goût très-vif pour le dessin, bientôt suivi de quelque éloignement pour la profession de son père. Il travaillait avec courage dans l'atelier, et remplissait de toutes ses forces ses devoirs d'apprenti; mais d'autres idées le préoccupaient sans cesse ; les murs étaient couverts de ses compositions, les planches n'étaient livrées à la scie ou au rabot que décorées d'arabesques et de croquis; quand sa journée était finie, il s'enfermait dans une sorte de réduit qu'il s'était ménagé, et copiait quelque gravure ou quelque débris de statue.

Cependant le labeur du père suffisait à peine aux besoins de la famille; la mère devint inquiète, et se mil à combattre^ avec une sorte d'énergie sauvage, la vocation de Charles, le gourmandant sans cesse, effaçant les esquisses charbonnées sur les murs^ l'accusant de paresse, alors qu'il se cachait pour dessiner.

Antoine Simart eût volontiers transigé avec les goûts de son fils aîné, et lui aurait permis de devenir grand peintre ou grand sculpteur, mais il était bon homme, et ce n'est pas lui qui gouvernait la maison. La mère aimait ses enfants d'une tendresse jalouse. Elle était de vieille race^ et professait au sujet du- droit d'aînesse, sur les prérogatives qu'il donne et les devoirs qu'il impose, les idées les plus arrêtées; elle n'entendait pas que l'atelier passât à d'autres mains que celles -du premier-né : à lui de le relever^ de le diriger d'une

simaht: . M

main vigoureuse et intelligente, de le mettre en état de recevoir des commandes importantes. C'était sa plus haute ambition.

Bile voulut alors frapper un grand coup, et^ pour que la leçon qu'elle allait donner à son fils Charles produisit sur son esprit une plus vive impression, elle attendit un jour de fête solennelle.

Le jour de l-Ascension de Tannée 1819 (Charles ve* nait d'avoir treize ans), Catherine Loiseau réunit quelques matrones du voisinage; elle mit sous leurs yeux de nombreux dessins que Charles avait soustraits à sa vigilance, et dont la vue la remplissait de colère; car plus Charles s'éprenait de passion profonde pour le dessin, plus la mère se sentait animée d^une haine vi* goureuse pour cet art rival, qui lui disputait le cœur de son fils, c Voyez, dit-elle i^ ses amies, mon fils Charles a perdu la raison; cet enfant^ qui m'est si cher, pour qui je donnerais ma vie, il veut devenir artiste, le malheureux; mais l'art, c'est la misère 1 Ah 1 je ferai mon devoir! je le sauverai malgré lui. » Et, s'élançant dans la retraite favorite de Charles, dans ce réduit où il cachait quelques plâtres, quelques estampes, des livras, d'informes outils de sculpture, elle s'empara de ces pauvres reliques qui faisaient la joie et la richesse de son fils, en fit un bûcher et y mit le feu. Pendant ce temps, le chœur des matrones, comme dans la tragédie antique, encourageait et soutenait la mère dans son impitoyable exécution.

Cette scène eut un résultat tout contraire à celui que la mère se promettait. Cet enfant, à qui on ravissait ses

plus chères distractions, avait la conscience de n'avoir jamais manqué à la besogne de Tatelier. Sa jeune tète s'enflamma, et, le sentiment de son innocence lui donnant un grand courage, il écrivit à sa mère, aussi bien que cela lui fut possible, pour lui déclarer sa résolution de se faire artiste quand le temps serait venu ; et, voulant que cette lettre, qu'il avait faite respectueuse et tendre, mais ferme, eût un caractère aussi solennel que Tacte qui l'avait inspirée, il crut devoir l'écrire de son sang.

Celte lettre émut profondément les entrailles maternelles, et une entrevue, pleine de tendresse et de larmes, ramena le calme dans la maison. La mère fut rassurée, car dans sa résistance entrait aussi pour quelque chose cette crainte que Charles, devenu artiste, ne rougît de son humble origine et ne méprisât le toit paternel. Toute la vie de Charles fut employée à détruire cette crainte; nul ne poussa plus loin que lui l'amour et le respect de la famille.

Charles jouit alors dune plus grande liberté; plus assidu à l'École de dessin, il remporta le premier prix l'année suivante. Peu de temps après, trouvant par hasard un plâtre de la tête de Niobé, il en comprit toute la beauté, et, à l'aide de ses seuls outils de menuisier, il en fit en pierre une copie si bien réussie, qu'elle attira l'attention de quelques amateurs éclairés. M. Paillot de Montabert, auteur d'un ouvrage estimé sur la peinture *, se trouvait alors à Troyes; il fut

1. Traité complet de peinture, etc. Paris, Bossaage,1829. M. Paillot de Montabert était compatriote de Simart.

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frappé da sentiment de l'antique exprimé dans cette copie, de cet instinct da beau si singulièrement développé, de cette intelligence si fine et si délicate dans un jeune esprit presque ignorant de toutes choses, d'un amour si puissant du travail dans un corps frêle et débile. La. renommée du statuaire novice se répandit peu à peu ; on en parla à Thôtel de ville, et les magistrats de la cité, comme premier encouragement, lui votèrent une petite pension de trois cents francs.

Charles eut bientôt pris son parti : il voulait étudier; mais où trouver Tétude, si ce n'est à Paris? 11 n'hésita pas^ et, malgré les larmes de ses parents inquiets de son avenir, malgré sa propre douleur, il partit, muni de quelques hardes et de sa tète de Niobé, qu'il emportait comme son drapeau, et pour montrer aux maîtres qu'il allait chercher que le pauvre voyageur n'était peut-être pas indigne de leurs conseils. Il arriva à Paris vers la fin de 1823, âgé d'un peu plus de dixsept ans. Tel fut le dénoûment du drame de l'enfance de Simart, prologue d'un drame brillanl, qu'une mort cruelle devait fatalement terminer t

C'est donc protégé par une des plus belles inspirations de l'art grec que Simart venait demander l'entrée de l'école où l'on en conserve les traditions, et qui est pour l'artiste ce* qu'est l'Université pour le» jeune honmie qui cultive les lettres; la sculpture, dans sa plus haute acception, est la langue savante de l'art; ces marbres que nous admirons pour leur éternelle beauté, nous apprennent aussi l'histoire, les dieux^ les fêtes des temps antiques ; Phidias parle la même langue

qu'Homère. C'est celle science du passé, qui est en même temps la science du beau, que Simart voulait acquérir. Les jeunes esprits qu'un rayon de Fart éclaire, aspirent ainsi à des beautés qu'ils ne connaissent pas, et dont ils ont le pressentiment.

Par quels artifices, pai^quels ingénieux raffinements de dures privations ce jeune homme pouvait-il entreprendre de vivre à Paris pendant un an avec trois cents francs, c'est ce qu'il est difficile d'imaginer; mais ce que nous savons de Simart nous montre assez que la vie matérielle ne devait pas le préoccuper beaucoup. Il lui fallait un abri (je n'ose pas dire un logement), du pain et un atelier; la pension devait suffire au logement et au pain quotidien; l'alelier, il le trouverait chez le maître; quant aux vêtements, à la chaussure, au luxe. Dieu y pourvoirait I Dieu y pourvut en effet.

M. Desbœufs lui ouvrit d'abord généreusement son atelier, et ^introduisit plus tard chez son maître Charles Dupaty, d'une famille où le cœur et l'esprit étaient héréditaires.

Sous la direction de ce maître, qui s'attacha à son élève et lui procura quelques travaux qui adoucirent sa situation, Simart commença des études régulières qui lui ouvrirent l'École des beaux-arts, où il fut reçu en. 1824; la ville de Troyes augmenta alors de cent francs la pension qu'elle lui servait, et lui demanda en même temps trois bas-reliefs pour une église, de sorte qu'avec ces ressources nouvelles, Simart, après avoir été misérable, ne fut plus que pauvre, et se trouva

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riche. Les souvenirs que le jeune artisan, devenu artiste, avait laissés dans sa ville natale, furent Forigine de relations nouvelles ; des hommes de lettres établis à Troyes lui écrivaient, le suivaient dans ses travaux. M. Marcotte, receveur général du département, frère de M. Marcotte d'Argenteuil, Tami de M. Ingres et dp Léopold Robert, lui voua une amitié qui ne se démentit plus. Il se fit son patron^ et obtint pour lui du minisire de l'intérieur une gratification que Simart se hâta d'envoyer à ses parents, et, plus tard, la com<mande d'un buste de Charles X.

Simart fit alors la connaissance de deux jeunes artistes, aujourd'hui en possession d'une haute et légitime renommée, MM. Hippolyteet Paul Flandrin, et il fat introduit par ces nouveaux amis prés de M. Ingres, leur maître; tous les bonheurs lui venaient à la fois. M. Ingres lut dans cette âme délicate et tendre; il vit que cet esprit, enclin à la pureté, pénétré de la dignité de l'art, cherchait encore sa voie au milieu d'aspirations diverses; il fit briller la lumière à ses yeux, et devint son guide suprême.

Pendant que l'élève studieux poursuivait ses travaux, complétait son éducation, fortifiait son esprit, bien des changements étaient survenus autoui; de lui ; il avait perdu en 1827 son premier maître Dupaty *; après avoir reçu quelques conseils de Gortot, il était entré dans l'atelier de Pradier, puis les événements avaient

1. M. Duseigneur fut alors pour Simart aussi obligeant que Payait été M. Desbœufs. II mit son atelier à sa disposition.

marché, 1830 était venu, et le buste de Charles X était à peine achevé, que le monarque tombait du trône.

IL semble qu'alors Simart, frappé de ces agitations et de cette chute, ait voulu se réfugier dans le sanctuaire toujours calme de Timpérissable antiquité. Une nymphe, victime de la jalousie d'Apollon, expirant, cherchant à arracher la flèche vengeresse qui lui donne la mort, lui parut un sujet digne de ses inspirations, et il fit une statue de Coronis, Cette figure *, exposée et remarquée au Salon de 1831, l'encouragea à se présenter au concours de l'Académie. II y fut admis, et, s'il n'obtint pas la récompense suprême, qui ne fut pas décernée, il reçut au moins la récompense la plus élevée, un premier second grand prix, mais qui ne lui donnait pas Je voyage à Rome. Ce succès, ou cet échec, l'affligea d'autant plus vivement que le sujet du concours, Caton se donnant la mort^ l'avait fortement passionné.

Il se disposait à tenter de nouveau l'épreuve Tannée suivante, lorsqu'il tomba malade. Le choléra venait d'envahir la France. Dire qu'un artiste dont l'imagination était aussi ardente que le corps était débile, fut frappé de terreur à l'apparition du fléau qui s'abattait pour la première fois dans nos contrées, ce n'est porter atteinte ni à la dignité, ni à la réputation de cet artiste, encore moins à la bonne renommée du corps des artistes. Avouons donc que Simart eut grand'peur du choléra. Heureusement pour lui, il trouva son maître Pradier dans les mêmes dispositions. Un soir,

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