Ce trayail occupa Simart dç i846 à iS
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à discussion dans l'ajustement de la déesse, dans la disposition des attribute ? Quels ornements couvriront le casque? Où placer le bouclier, la lance, le serpent Erichtonius? Quelle main portera la Victoire? Et la guerre des géants el des dieux, la défaite des AmazOnes, sculptées sur le bouclier, la naissance de Pandore sculptée sur le piédestal, et les bas-reliefs qui ornaient jusqu'aux sandales de la déesse, que de travail dans ces travaux accessoires I Et comment aussi le public aC" cueillerait-il ce mélange d'ivoire et de métaux précieux, si nouveau pour lui, si éloigné de ses habitudes?
C'est au milieu de ces incertitudes, de ces entraves, de ces anxiétés* que M. de Luynes et Simart poursuisvirent leur entreprise savante et hardie. On a vu à Texposition universelle de 1855 la statue de Simart ; critiquée avec violence, louée avec chaleur, elle a eu le sort des beaux ouvrages conçus en dehors des pratiques ordinaires. M. de Luynes a donné un noble asile à la vierge dji Parthénon, et la reconnaissance d^ hommes éclairés doit se partager enlre le promoteur généreux d'une tentative nouvelle dans l'histoire de Tart, et le sculpteur dévoué qui n'a pas craint d'en chaîner sa liberté dans ce travail d'artiste et d'érudit.
Simart, au reste, ne courait pas après la popularité ; il l'attendait, non comme l'homme de la Fable attendait la Fortune, mais debout et laborieux. On raconte qu'un noble Génois, visitant Florence, disait à un artiste célèbre de cette ville qui lui servait de guide : « Nous sommes fils de deux belles cités, et, si je n'étais Génois, je voudrais être Florentin.— Et moij répondit l'artiste, si.
je n'étais pas Florentin... —Vous voudriez éire Génois? — Non, je voudrais être Florentin. » Simart aimait la sculpture comme ce Florentin aimait sa patrie.
Le temps nous presse; et nous ne pouvons que mentionner d'autres travaux importants de Simart^ exécutés dans ses dernières années. Nous citerons d'abord son beau fronton du pavillon Denon, au Louvre, le Réveil des Arls et de V Industrie à r avènement de Napoléon III . La noble ordonnance, l'aspect imposant, l'exécution magistrale de ce fronton frappent tout d'abord le spectateur. Citons encore ses remarquables et nombreuses sculptures du plafond carré au Louvre, et les deux groupes de cariatides qui décorent une des faces du même palais ' ; c'est le dernier travail qu'il lui fut donné de terminer, c'est là que son labeur s'arrête avec sa vie.
Des amitiés fidèles, les liens de la famille, l'amour d'une épouse dévouée *, la culture des arts, des distinctions justement acquises, faisaient à Simart une existence charmante et honorée. Des projets succédaient aux travaux accomplis. Plein de reconnaissance
1. Les sculptures du salon du Louvre, de 1849 à 1851 ; le fronton de Napoléon lll, 1855; les cariatides (au pavillon de l'Horloge, au nouveau Louvre, en face des Tuileries), 1856. Nous aurions dû citer encore : le berceau du prince impérial, un groupe de la Vierge et de Jésus enfant, à la cathédrale de Troyes; ses compositions tirées de la fable d'Orphée pour le salon de musique de M. de Vandeuvre; d'autres travaux au château de Dampierre, des portraits, etc.
2. Mademoiselle Amélie Baltard, qu'il avait épousée en secondes noces. Simart avait perdu, en 1849, sa première femme, mademoiselle Laure Jay, fille de Farchitecte distingué, professeur à TÉcole des beaux-arts, qu'il avait épousée en 1841. Il reste un jtune fils de ce premier mariage.
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pour sa ville natale, il voulait la doter d'un grand monument qu'il aurait élevé à la mémoire du pape Urbain lY, comme lui né à Troyes, comme lui fils d'un artisan ^ Les dessins. en étaient commencés. Il remplissait avec un zèle sincère des devoirs qu'il aimait. Il avait succédé à son maîlre Pradier * dans notre Académie, qu'il n'a fait que traverser d'un pas rapide, et où il a laissé des souvenirs profonds. Un jour fatal vint tout détruire et briser cette carrière déjà si féconde, et qui semblait avoir tant de promesses. C'est dans l'accomplissement d'un devoir que la mort vint le surprendre. Le 18 mai 1857, il se rendait à une réunion du jury de l'exposition des beaux-arts. Un accident déplorable, une chute de voilure retendit tout sanglant. Le mal fit des progrès rapides, et l'emporta en peu de jours.
C'est ainsi que périt Simart. Son nom restera. Le juste orgueil de ses concitoyens^ déjà fiers de Mignard et de Girardon, lui a consacré un musée tout rempli de ses ouvrages. Ils seront bientôt publiés, sa renommée grandira chaque jour, et il prendra, pour l'honneur de tous, la place qui lui appartient dans la liste illustre des hommes qui font la gloire de nos arts nationaux.
1 . Voyez dans Touvrage de M. Eyriès une lettre de Simart relative à ce projet de monument et à un autre travail pour la yille de Troyes (p. 378).
2. En 1852. En 1855, Simart fut nommé officier de la Légion d'honneur.
L — OCCASION DE CE TRAVAIL. — LETTRES IMÉDITÏS D*AJ>OLPUE NOURRIT. CARACTÈRE DE CES LETTRES. — DANS QUELLES CIRCONSTANCES ELLES ONT ÉTÉ ÉCRITES.
Des lettres d'Adolphe Nourrit ont été mises entre nos mains. Il a semblé auK amis de ce grand artiste que ces lettres, dignes d'être connues, occuperaient une place intéressante dans une esquisse de sa vie. Elles contiennent les secrets d'un noble cœur. Adressées à un ami intime, à un de ces amis précieux devant lesquels on ouvre sa pensée tout entière, sans fausse honte, sans crainte, sans réticence, elles renferment l'expression sincère de sentiments divers et quelquefois opposés. Écrites sous l'impression du moment, elles trahissent les douleurs d*une situation difficile. On y lit l'inquiétude qui a marqué la journée, et le chagrin prévu pour le lendemain. Ce qui frappe sur-
tout dans ces lettres et leur donne un caractère tout particulier, c'est l'expression profonde, quoique contenue, d'un découragement sans remède. Si Tespérance vient briller un moment dans l'âme du malheureux artiste, elle ne jette qu'une lueur triste et froide, et ce pâle éclat est bientôt effacé. Il semble que la certitude d'une déception prochaine, inévitable, comprime les battements de ce cœur attristé et en repousse toute joie. Deux grandes douleurs viennent sans cesse combatre les efforts persévéranis que tente Nourrit pour affermir son âme et se donner le courage dont il aura besoin : la douleur de l'artiste incertain, mesurant avec anxiété les dangers qui l'attendent dans une route inconnue, et la douleur de l'exil. Et cependant cet exil était volontaire, lui seul se l'était imposé. Lorsqu'il résiste à ces impressions pleines de tristesse, on dirait qu'il s'acquitte d'un devoir envers lui-môme, car sa conviction est formée : il sait que la lutte est impossible, qu'il sera vaincu, qu'il marche à la mort.
Ces lettres se rattachent toutes à la crise qui enleva Adolphe Nourrit à l'Opéra français et le conduisit à Naples, où il devait mourir. Les premières, écrites de Paris, font connaître les raisons ou plutôt les impressions qui le déterminèrent à se séparer du théâtre qui avait vu ses débuts, ses succès, où sa renommée s'était faite, et à demander à l'Italie la consécration de cette renommée. Les dernières lettres, datées de Naples, le montrent d'abord dans son isolement, dans ses travaux, dans ses études, pour se faire, comme il le dit, chanteur italien^ en conservant cependant les qualités qui
lui sont propres; puis, alors que sa femme est accourue près de lui, on y lit une inquiétude qu'il cache à son amour et qui le poursuit jusque dans la joie du succès qu'il vient d'obtenir; joie douteuse, toujours obscurcie; car ce succès, il n'y croit pas. Des témoignages éclatants devraient le rassurer, il ne les accepte pas : il croit qu'on le trompe, qu'on est plein de bonté pour lui, qu'on a pitié de sa faiblesse. Cette bonté le révolte, et cette pitié l'outrage. On devine ces divers sentiments : ils se font jour plutôt qu'ils ne sont exprimés ; caches au fond de son cœur^ ils s'en échappent malgré lui. Toutefois, hâtons-nous de le dire, rien dans ces lettres ne fait prévoir la catastrophe qui fut l'œuvre d'une inspiration fatale. Ce serait faire injure à la mémoire d'Adolphe Nourrit que de penser un seul instant qu'il a accompli dans le plein exercice de sa liberté l'acte désespéré qui termina ses jours. Sa volonté, sa raison avaient succombé dans une lutte qui durait depuis trois ans et avait épuisé ses forces. Sa piété sincère et profonde, sa vive tendresse pour sa famille, tout disparut dans une nuit de délire.
Le public, réuni dans une salle de spectacle, applaudit l'acteur qu'il aime et qui l'a rempli d'émotion et de plaisir. Puis les feux s'éteignent, la salle se vide, le public se disperse, la vie factice du théâtre s'efface, s'oublie et fait face pour le lendemain à la vie réelle des affaires ou à d'autres plaisirs. Mais Tacteur rentré dans ses foyers est resté artiste. La vie du théâtre, factice pour les autres, entre tout entière dans sa vie réelle, dans sa vie d'affaires; elle n'a pour lui ni en-
It6 DERNIERS SOUVENIRS ET PORTRAITS.
tr'actes ni lendemain; il vit toujours de cette vie» et il ne s'en sépare pas^ comme on pourrait le croira, en quittant le costume du rôle qu'il vient de jouer. Ce qui pour le public n'est qu'une distraction passagère, un jeu, un délassement, est pour lui une occupation sé^ rieuse, ou plutôt c'est sa seule occupation. Mille petits incidents, échappés à l'attentjoA dçs spectateurs, le préoccupent et troublent son repos. Il n'a pas, dans tel passage, produit TelTet qu'il voulait produire. Sa voix Ta trahi à tel endroit. L'orchestre a joué trop fort ou ne l'a pas soutenu dans une ascension périlleuse. L'applaudissement désiré a fait défaut. Dans un duo célèbre et attendu, son partenaire a chanté faux, et l'a entraîné sur la pente fatale. 11 est vrai que le partenaire en dit autant de son côté. Le public ne sait pas ce qui se passe dans l'âme de l'acteur, ne connaît pas les coutrariétés, les chagrins qui parfois font saigner le cceur de celui qui vient de le toucher par des chants mélodieux, de l'entraîner par des accents énergiques^ et à qui il vient de jeter une couronne. Il faut avoir vécu avec les artistes, au milieu d'eux, être artiste soi-même peut-être, pour apprécier les grandes douleurs de ces petites blessures qu'une imagination ardente surexcite, que des rapports imprudents enveniment, que l'inimilié se hâte d'exploiter, et que ne suffisent pas toujours à apaiser les applaudissements les plus sonores. Dans l'esquisse que nous allons tracer^ nous fâcherons de montrer l'homme et l'artiste. Nourrit, en dehors du théâtre, était un homme d'une haute valeur, un esprit d'une rare intelligence.
ADOLPHE NOURan. 127