‹ Derniers souvenirs et portraitsChapitre 21 sur 48 · III. ~ PRKVIÈRBS ÉTUDES d'aDOLPHE NOURRIT · texte numérisé non relu

III. ~ PRKVIÈRBS ÉTUDES d'aDOLPHE NOURRIT

Âpres Tesquisse que nous venons de faire du caractère de Louis Nourrit, on ne sera pas surpris d'apprendre qu'il n^entendait pas destiner son fils à la carrière du théâtre; il Taimait tendrement, et, voulant lui préparer un avenir conforme à ses propres goûts, il chercha à lui assurer Texistence qu'il aurait désirée pour lui-même : une vie facile et des travaux paisibles. Dans sa prévoyance inquiète, il Téloigna de la demeure paternelle, où aurait pu naître et grandir l'instinct qu'il redoutait, et le plaça à Sainte-Barbe. Adolphe y fit d'excellentes humanités, en même temps qu'il y forinait les premiers liens d'amitiés qui furent durables. Il ne sortit du collège que pour entrer dans une maison de commerce * et y apprendre la tenue des livres. On voit que le père était fidèle à son système de calme et d'apaisement. Le fils n'avait que seize ans, il était docile et se laissait faire.

Après un an d'exercice, le jeune teneur de livres était devenu très- habile. Un autre genre d'études lui fut alors proposé, ou plutôt imposé. Il s'y soumit encore de bonne grâce.

On venait d'établir dans la Compagnie générale d'assurances un bureau d'assurances sur la vie. Adolphe Nourrit entra dans ce bureau et fut employé à dresser ou à vérifier des tables de mortalité.

1. Chez M. Mathias, père de M. Georges Mathiaa, un de nos jeunes pianisles les plus brillanls, et compositeur ^rès-distingué.

Certes, ces travaux étaient une étrange préparation à la vie d'artiste qui l'attendait malgré les précautions paternelles, à son insu, et pour ainsi dire malgré luimême; mais ce qui est plus étrange encore, c'est que le futur ténor, dont la voix et les véritables inclinations étaient sur le point d'éclore et de se manifester, montra pour ses nouvelles occupations une aptitude remarquable et s'y livra avec une ardeur toute juvénile. Ce travail l'intéressait et excitait sa curiosité. Il trouvait bizarre, à dix-sept ans, de supputer les chances probables de chacun dans la grande loterie de la vie humaine, de promener la faux de la mort sur tous les âges; il lui semblait que ses calculs avaient quelque chose de fatidique, et qu'il remplissait le rôle d'une parque. Mais ce qui le charmait surtout, c'est que ses calculs ne tuaient personne, et que la parque n'avait pas de ciseaux. Ses chefs, ravis de son intelligence, de son activité, de la netteté de son écriture, de l'élégance de ses chiffres, de la sûreté de son arithmétique, lui promettaient un bel avenir; M. Nourrit père était plein de joie.

Ce fut à ce moment même que ses prévisions furent trompées.

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