MARSEILLE
Lorsque Nourrit eut pris ce parti, il se trouva plus tranquille; le calme et la sérénité rentrèrent dans son esprit; il donna tous ses soins aux répétitions de^Sfradella^ et, après l'apparition de cet opéra, joué le 3 mars 4837, il s'occupa activement des préparatifs de sa représentation de retraite. Elle eut lieu le 1" avril suivant, excita le plus vif intérêt, et attira une foule immense. Cette représentation était composée, comme il est d'usage en pareil cas, de fragments de divers opéras. Le second acte A'Armide en faisait partie, et c'est dans cet acte que Nourrit parut d'abord.
On ne joue plus Armide aujourd'hui. On ne connaît plus les chants de Gluck, encore moins les vers de Quinault. Il est opportun de rapporter ici, pour les jeunes générations, quelques vers de la première scène de cet acte. Ils offraient des allusions que Quinault n'avait pas prévues et que le public saisit avec empressement. Il n'est pas question dans cette scène
Des lieux communs de morale lubrique
Que Lulii réchauffa des sons de sa musique.
Renaud apprend au chevalier Artémidore qu'il quitte le camp des croisés. II récite des vers simples el harmonieux dont Gluck a noblement exprimé le caractère et le mouvement. Gluck appréciait le mérite du poète favori de Lulli, de Quinault, déjà vieux d'un siècle, et aujourd'hui, après un autre siècle, il ne semble pas qu'il ait rien perdu de ses qualités ^ On sait que Nourrit remplissait le rôle de Renaud.
RENAUD^ à Artémidore.
KWtz, allez remplir ma place Aux lieux d*oii mon malhettr me chasse.
f Le fierGemaud m'a cootraint à punir Sa téméraire audace, une indigne prison Godefroy me menace, Et de son camp m'oblige à me bannir.
Je m'en éloigne avec contrainte; Heureux si j'avais pu consacrer mes exploits A délivrer la cité sainte Qui gémit sous de dures lois!
Suivez l6B guerriers qu'un beau zèle Presse de signaler leur valeur et leur foi.
Cherchez une gloire immortelle, Je veux dans mon exil n'envelopper que moi.