‹ Derniers souvenirs et portraitsChapitre 36 sur 48 · DEUXIEME LETTRE DE GERYASIUS · texte numérisé non relu

DEUXIEME LETTRE DE GERYASIUS

Comment espérer, mon ami, que vous ayez conservé quelque souvenir du pauvre Gervasius au milieu des fêtes de votre capitale? Votre industrie étale ses merveilles, et le bruit en arrive jusqu'au bord de mon lac; tandis quie, comme les Hébreux captifs, j'ai suspendu ma harpe aux saules du rivage, vous, dans cet immense atelier qu'on nomme Paris, vous venez, dit-on, de créer des milliers de pianos et d'instruments de musique de toute sorte. Je n'entends parler que d'inventions nouvelles, de pianos de toute forme, de petits pianos faisant plus de bruit que les grands, de claviers sonnant l'octave, de sorte qu'avec deux doigts on frappera quatre notes, qu'avec deux mains on jouera nécessairement à quatre mains, et que les touches bientôt vont manquer aux pianistes, lesquels en vérité ne sauront plus que faire de leurs dix doigts sur des claviers si prévenants. Heureux pays que le vôtre î où cinq ans suffisent pour recommencer toute chose! Depuis que les chemins de fer et la vapeur ont rapproché les distances, on dirait que le temps reprend d'un côté ce qu'il donne de l'autre. Tout arrive plus tôt, mais aussi tout s'en va plus vite.

Combien de sonores instruments vont s'élancer de votre riche et féconde Exposition pour se répandre dans

le monde entier, et propager encore le goût de la musique! Le piano est Tavanl-garde , Téclaireur de la musique; partout où il pénètre, solfèges, partitions, violons et violoncelles se précipitent sur ses traces et s'installent après lui. Saluons donc cet utile précurseur, ce commode instrument sur lequel les sons tout formés s*offrent d'eux-mêmes à la plus timide inexpérience, sur lequel toute musique est écrite, comme toutes les heures d'un siècle sont tracées sur un cadran.

Que je voudrais voir la France donner au monde le signal d'une forte organisation musicale! Supposez, mon ami, qu'à une certaine heure de la journée, travaux, intrigues^ passions, tout s'arrête à la fois; c'est l'heure de la musique ; déjà, et par avance, le grand maître a classé toutes les voix : plus de rang, plus de distinction, plus de partis, plus de haines politiques ! L'artisan quitte le marteau, le législateur descend de la tribune, l'écrivain dépose sa plume, et le soldat son épée; il n'y a plus que deux espèces d'hommes : on est ténor ou basse- taille ; à chacun la nature a marqué sa place. Le signal est donné, toutes ces voix réunies dans un chœur immense s'élèvent vers le ciel. Les hymnes mélodieux franchissent les routes et se répondent d'un clocher à l'autre. Quel spectacle î quelle heure sublime! quelle puissante leçon de concorde et d'union! Qui songerait à retrouver un ennemi dans l'homme avec lequel on aurait chanté pendant une heure à la tierce ou à la sixte? Tout cœur de glace se fondrait, toute haine s'évanouirait au bout de huit jours de ce régime salutaire.

Ea attendant que mon rêve se réalise sar une aussi grande échelle, j'en ai commencé ici Texécution en miniature. Tous les jours, je réunis les fidèles (et ils sont déjà nombreux) dans une vaste salle bâtie sur mes dessins. C'est le temple ou plutôt la demeure de la musique. Je TOUS en enverrai un jour le pian. De chaque côté de la porte principale s'élève un monument, emblème de la destination de Fédifice. A gauche, on voit une pyramide, non orgueilleuse comme celtes des pharaons, mais modeste et plus utile; c'est un immense métronome qui va bientôt régler nos mouvements et diviser le temps de tous en parties égales; c'est la loi du temps. De l'autre côté, une belle et noble figure tient d'une main un faisceau d'accords et de l'autre un diapason : c'est l'image de Tharmonie, la loi du son; un tuyau d'orgue renfermé dans l'intérieur de la statue donne le la^ qui va tout à l'heure, et à ma volonté, régulariser toutes les intonaticms. C'est la statue de Memnon de mon Egypte.

Tous les croyants sont rassemblés, le métronome marque la mesure, la statue fait entendre son harmonieux salut; un pur unisson lui répond et une prière à l'auteur de toute chose inaugure la séance. Puis commence la leçon, qui n'est pas uniquenaient consacrée à la pratique. Chaque jour explique un des mystères de l'art. La mélodie, l'harmonie, le rhythme, ces trois éléments qui successivement sont venus s'ajouter l'un à l'autre pour constituer l'art de la musique, font le texte de ces leçons ou plutôt de ces causeries.

Je voudrais vous indiquer rapidement la marche que

j'ai suivie; je tâcherai d'être aussi concis que possible. J'espère que vous aurez complètement oublié ma première lettre, car je serai obligé dans celle-ci d'effleurer encore en passant quelques points que j'ai déjà touchés dans l'autre; pardonnez-moi si, contre mon attente, vous TOUS en souvenez. Voici à peu près quelle a été ma première leçon :

La musique, 6 mes amis, est toute dans Thomme; c'est donc là, et non ailleurs, que nous la chercherons.

Chaque individu est un appareil complet de musique, pourvu de tous les organes nécessaires à la production et à l'appréciation du son.

Ce qui distingue surtout l'homme des instruments de musique qu'il a lui-même construits à son image, c'est (outre l'appareil auditif par lequel il a la conscience du son, et dans lequel peut-être on trouvera un jour la cause de bien des rapports encore ignorés, lorsque de délicates et ingénieuses recherches seront habilement dirigées dans ce but), c'est dis-je, l'appareil rhythmique, c'est tout le système admirable dans lequel le sang roule en mesure et semble obéir à un habile chef d'orchestre, qui, à chaque instant et à intervalles égaux, frappe un temps dans nos artères.

Cet inviiible chef d'orchestre, dont les fonctions commencent à notre naissance pour ne cesser qu'à la mort, nous dirige sans relâche et sait à merveille modifier sa mesure. Il nous fait passer, dans le cours de notre vie, par trois mouvements différents : dans l'enfance, dans la première jeunesse, il donne au fleuve vivifiant qui nous anime une entraînante impulsion ;

les battements précipités du pouls marquent une mesure rapide; nous vivons allegro ,BieniùU et peu à peu, ce mouvement accéléré se calme, cette grande vitesse s'apaise, nous arrivons par une transition insensible au moderato de Tâge mur; bientôt, trop tôt, hélas I il change encore de mouvement, et, toujours rallentando Qimorzando, nous conduit jusqu'à ce que les chants aient cessé.

Chaque individu a donc son importance musicale, suivant le degré d'excellence de son appareil auditif, suivant la dose de son intelligence artistique, suivant le degré de sensibilité du terrible chef d'orchestre dont je viens de vous parler.

Mais chacun de nous a surtout une valeur vocale et compte pour une unité dans le grand chœur des créatures intelligentes.

Examinons donc avec soin les différentes natures de yoix ; étudions leur caractère, voyons si nous pouvons en tirer quelque utile enseignement.

La nature, de sa main forte et nette^ a d'abord séparé les voix en deux grandes divisions, lesquelles se subdivisent à leur tour. Pour être mieux compris, je commencerai par vous faire connaître une des plus simples lois de la résonnance.

Voici une corde sonore, convenablement fixée et tendue. Je vais la mettre en vibration à l'aide d'un archet, ou simplement en la pinçant; elle rend un son que nous nommerons la.

Voici une autre corde dans lesr mêmes conditions de grosseur et de tension ; mais elle diffère essentiellement

de la première par sa longueur, qui est moindre de moitié.

Mise en vibration, elle forme aussi le la^ et pourtant ce n'est pas le même son. Écoutez! Celui-ci est plus doux, plus fin, plus tendre et plus incisif à la fois. Frappons les deux cordes simultanément, nous comprendrons mieux Teffet de cette double résonnance; ce n'est pas le même son; Tunisson, c'est la sonorité nommée octave par les musiciens. La petite corde, pour . produire son la aigu, exécute le double des vibrations que donne la grande, et dans le même espace de temps.

Cette première loi du rapport des sons entre eux, cette invariable obéissance du corps sonore, la nature

Ta mise en pratique en nous-mêmes, et nous la subissons à notre insu.

Le son plein et majestueux produit par le plus grand appareil, c'esl la voix de Thomme ; le son plus doux du second appareil, c'est la voix de la femme.

Je fis aloi^ monter sur Testrade qui sert aux démonstrations un groupe de jeunes gens, et je leur fis chan* ter le début du duo de Don Giovanni : La ci darem la mano. Je fis ensuite approcher un groupe de jeunes filles. Je leur dis de répéter la mélodie qu'elles venaient d*entendre ; il ne me fut pas difiicile de le%kr démontrer qu'en chantant cette suave inélodie^ en croyant la répéter à Tunisson des voix d'hommes, elles la traduisaient une octave plus haut.

Votre oreille l'a reçue, leur dis^je, votre intelligence l'a comprise, et cependant, lorsque vous avez voulu ia

reproduire vous-mêmes, vous l'avez, à votre insu, sans que votre volonté y fût pour rien, élevée d'une octave. Vous avez obéi à la loi de votre sonorité.

C'est que la femme est, par rapport à l'iiomme, dans les conditions du second appareil. Elle est plus faible; sa voix est plus douce et plus tendre, ses vibrations sont plus rapides ; son intonation propre est plus aiguë. La femme est Toctave de Thomme, elle en est la moitié.

Les honnêtes gens qui donnent à leur compagne le nom peu poétique de Içur moitié, sont donc, sonométriquement parlant, dans Texpression de la plus rigoureuse vérité.

Ainsi, Toctave existe de droit divin. Le jour où IMeu dit : c II n'est pas bon que l'homme soit seul, » le jour où il donna à Thomme une compagne tirée de ses flancs, ce jour Dieu créa l'octave, hymen de deux sons, dont l'un naît de l'autre, et qui se reflètent et se confondent eu nu chaste embrassement.

Il ne faut pas nous éloigner de notre sujet, et parler ici des sons produits par les autres divisions naturelles du corps sonore. Nous y reviendrons plus lard. Nous ne devons aujourd'hui nous occuper que des voix.

11 y a deux subdivisions dans la voix de l'homme. L'une descend vers le grave, c'est la basse-taille; l'autre s'étend vers l'aigu, c'est le ténor.

Nous trouvons le même ordre dans les voix de femme. La voix plus grave, c'est le contralto; la voix plus aiguë, c'est le soprano, et, conforméittent au principe de sonorité humaine que nous venons d'énoncer,

ces deux espèces de voix sont la répélilion à l'octave aiguë de la basse- laille et du ténor.

Chacune de ces voix a un caractère qui lui est propre; elles ne diffèrent pas seulement par retendue, qui est le champ, l'espace où elles se meuvent, ou par le volume, c'est-à-dire la faculté d'affecter plus ou moins énergiquement l'appareil auditif; elles diffèrent encore essentiellement par le timbre, par le métal, comme disent les musiciens italiens, c'est-à-dire par la qualité du son considéré d'une manière absolue. Une oreille exercée reconnaît sur-lç-champ les différentes natures de voix, et les distingue aussi facilement qu'on distingue le son d'un cor du son d'une clarinette.

Dans l'application de tout principe général, les esprits sages réservent toujours une place pour les exceptions. Les exceptions ne nous manqueront pas; le nombre des voix bien conformées est petit, beaucoup pèchent par défaut. Il est rare de trouver réunies toutes les bonnes conditions de timbre, d'étendue et de volume. Il est, d'ailleurs, d'autres qualités désirables et nécessaires à la voix qui aspire à de hautes destinées musicales. D'abord la faculté d'exprimer, d'intéresser; celle-ci doit s'allier à une sensibilité communicative et sympathique, et prend sa source dans le cœur. Puis aussi la souplesse, la faculté de parcourir rapidement et sûrement le domaine dévolu à chaque genre de voix. Cette dernière qualité, quelquefois naturelle, est plus souvent acquise et due au travail.

Il y a aussi, mais plus rarement, d'heureuses et riches exceptions. Ce sont les voix privilégiées qui

s'emparent par droit de conquête du territoire du voisin, et s'étendent audacieusement de Tune à l'autre limite, réunissant ainsi sous une même domination l'étendue que se partagent les larynx vulgaires.

Il y a, enfin, les voix que l'on peut nommer éclectiques; celles-ci se font un royaume à leur convenance, elles choisissent le territoire qui leur agrée; un secret instinct les guide et leur dicte d'heureuses combinaisons; elles réunissent souvent la force à la souplesse, qualités qui s'excluent d'ordinaire ; elles brillent par une sage alliance d'agréables choses. Ces voix sont classées et se nomment baryton pour les hommes et mezzo-soprano pour les femmes. Placées entre le ténor et la basse-taille, entre le soprano et le contralto, elles occupent une place honorable et recherchée. Ce sont de jolies propriétés, closes par des murs mitoyens.

Nous allons, maintenant que nous cro} ons avoir exposé et défini les différents genres de voix, nous occuper du timbre ou métal, c'est-à-dire des qualités expressives du son spécial de chaque voix. Pour traiter ce sujet avec toute liberté, nous l'agrandirons, en franchissant, pour un moment, les bornes où nous renferment nos études. Examinons les propriétés de la voix, non pas seulement comme organe du chant, mais aussi comme organe de la parole.

Selon nous, la véritable destination de la voix, c'est le chant. La parole, dernier vestige des accents désormais ineffables par lesquels, aux premiers temps du monde, avant la chute de l'homme, le Créateur daignait converser avec la créature, la parole n'est que le

ik

i\% DERNIERS SOUVENIRS ET PORTRAITS.

dernier relentissemeTit des chants oubliés. Exilés sur la terre, nous avons perdu le secret de la langue des anges. La parole, brève et saccadée, qui vient expirer aux lèvres des hommes, a remplacé les chants soutenus et prolongés qui remplissaient les voûtes des cieux, comme le temps a remplacé l'éternité. — Mais retournons sur la terre.

La voix parlée esta la voix chantée ce que l'esquisse est au tableau. L'organe de la parole conserve donc, à un degré affaibli^ le timbre de la voix musicale. Je dois avertir que je prends ici le mot timbre dans le sens le plus restreint et uniquement comme l'affiche de la voix, comme l'étiquette du sac, si l'on peut s'exprimer ainsi, et abstraction faite du plus ou moins de charme que la voix peut avoir; car, de pième que certaines coyleurs, certaines nuances affectcïit agréablement l'œil, de même certaines voix ont une grâce qui leur est propre et séduisent par Ja seule émission du son.

La voix marquée au timbre de la basse-taille est so* nore. Elle se meut majestueusement; mais, par cela môme, elle a quelque lourdeur : rarliculationest nelte mais lente. C'est une machine puissante dont remploi exige de constants efforts. Comme, en général, chez les hommes bien organisés les facultés sont faites les unes pour les autres, la basse-taille est ordinairement l'apanage du savant, de celui que des éludes sérieuses, faites en silence, ont retenu longtemps loin du com^ merce des hommes; c'est l'organe du juge, du médecin d'autrefois, de tous C3ux dont la mission est

d'instruire; la basse-iaille parle peu, peu de mots ]ui suffisent, car on Técoute avec attenlion et déférence; on la respecte comme on respecte tout ce qui est grave : c'e.4 un costume imposant devant lequel on s'incline.

Le ténor est plus sociable. Comme il faut nécessairement moins de souffle pour mettre en jeu le larynx léger du ténor ou du baryton que le large larynx de la basse-taille aux vastes parois, la voix du ténor est facile, l'articulation est légère. Si cette voix est tombée en partage à un homme d'imagination, si tes idées naissent vives et claires dans son cerveau, cet homme trouvera dans cet organe un docile instrument; les paroles obéiront instantanément à la pression de Tidée et viendront nettes et lucides se placer dans sa bouche, comme un bon clavier obéit à la légère pression d'une main exercée, et fait éclore à volonté et sans efforts des gammes rapides, de brillants arpèges. F-es chaînes d'or qui, dans les figures antiques, sortent de la bouche de Mercure, sont l'emblème de la voix de ténor. Tous les grands orateurs de l'antiquité ont dû être ténors ou barytons. On dit qu'un de vos hommes d'État, célèbre par sa merveilleuse facilité d'improvisation, qu'un des plus grands orateurs de votre pays, qui compte de si grands orateurs, a un ténor très-élevé. N'est-ce pas une preuve à l'appui démon assertion?

Ainsi, la basse-taille est grave, puissante, réservée et docte. Jupiter a une basse-taille; Minos, Hippocrate, Agamcmnon, ont des basses-tailles.

Le ténor est ardent, pénétrant, tendre, impétueux.

su DERNIERS SOUVENIRS ET PORTRAITS.

AppUon a un ténor ; Achille, Hector, Endymion ont des ténors.

L'éclectique baryton participe des deux voix : Mars^ Romulus, Numa Pompilius sont des barytons.

Si nous voulions aussi assigner aux voix de femmes des places dans TOlympe ou parmi les célébrités de Tantiquité, nous dirions que Vénus, Hélène, Hébé étaient de brillants sopranos. Junon, Clytemnestre, Cléopâtre étaient probablement de magnifiques contraltos; Diane devait avoir un mezzo-soprano.

Puisqde je me trouve engagé dans les voix de femmes, je me permettrai à ce propos une observation toute vocale : on a de tout temps reproché aux femmes d'abuser un peu de la parole. Il faut qu'il y ait quelque chose de vrai dans ce reproche, aussi ancien que le monde, et peut-être contemporain de l'octave. Cette douce facilité de langage, faussement ou justement attribuée aux femmes, est le résultat naturel et nécessaire de leur appareil vocal. C'est tout simplement un fait de sonorité. Ce larynx mobile et élastique obéit avec plus de promptitude et de souplesse encore que celui du ténor; la parole jaillit plus pressée et plus abondante. Les femmes parlent parce qu'elles sont soprano, ou contralto, ou mezzo-soprano, c'est-à-dire parce qu'elles sont femmes. D'ailleurs, qui songe à s'en plaindre? Leur langage n'est-il pas la plus suave harmonie de la terre? Dieu leur a accordé une douce voix, Dieu leur a ordonné de parler pour nous consoler dans nos afflictions, nous soutenir dans nos travaux, nous charmer dans nos loisirs. Dans la grande partition du

monde comme dans celle d'un opéra, la femme chante toujours la première partie.

Encore une observation, mais celle-ci relative aux basses-tailles et purement musicale. Les Italiens, qui ont le goût fin et un admirable instinct pour toutes les choses d'art, ont toujours donné dans leurs opéras bouffes le rôle le plus bouffe à la basse-taille. D'après ce que nous avons dit de la noblesse et de la majesté de cette voix, cela paraît faux et absurde au premier coup d'œil. Eh bien, c'est précisément de ce contraste que naît tout l'effet comique. Faites chanter le rôle bouffe à un ténor, le but sera manqué. Mais quand la basse-taille, qui parle ordinairement au nom des rois ou des pères, quitte son allure grave pour se lancer dans la rapide gymnastique de l'opéra bouffe, il y a dans Topposition de Torgane et de l'emploi une irrésistible force comique. Certes, ce choix dénote un sentiment exquis, une ingénieuse appréciation. Dans un autre ordre d'idées, et à toute la distance qui sépare les nobles exercices de l'esprit des plaisirs matériels du cirque, les Romains étaient guidés par un instinct de ce genre lorsqu'ils faisaient, dans leurs fêtes publiques, exécuter des pas de deux ou de quatre, ou danser la polka du temps à de graves éléphants, jadis peut-être dressés pour les combats! Mais les temps ont changé et les chants de don Geronimo, de Leporello, de Figaro, nous procurent de vives jouissances dont les Romains n'avaient certainement pas l'idée.

Voici, mon ami, une lettre bien longue! Ordinairement, après nos causeries, je fais exécuter à mes audi-

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leurs quelque beau chœur de Patéslrina ou de Haendel. Je voudrais avoir pan i lie consolation à vous offrir! Adieu Klagenfurlli

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