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ARTICLE PREMIER

Sera envoyé au Corps législatif, par notre nninistre d'État, le projet de loi délibéré en conseil d*État, et tendant à accorder à madame Rodrigues-Henriquès, veuve de M. F. Halévy, une pension, de 5,000 francs, à titre de récompense nationale.

MM. le vicomte de Rougé, de Lavenay et Eug. Marchand, conseillers d'État, sont chargés de soutenir la discussion de ce projet de loi devant le Corps législatif et le Sénat.

Notre ministre d'État est chargé de l'exécution du présent décret.

Fait au palais de Fontainebleau^ ^e 14 juin 1S62.

Signé : NAPOLÉON.

Par l'empereur :

Le mimstre (VÈtat^ Signé : k, Walewski.

Pour amplîation :

Le conseiller d'État, secrétaire général.

Signé : Eue. Marchand.

Wun prqfet de loi tendant à accorder à madame Rodrigues^Henri" gués, veuve de M. F, Halévy, une pension de cinq mille francs, à titre de récompense nationale.

Messieurs,

Le gouvernement propose au Corps législatif d'accorder une pension de cinq mille francs à madame Lëonie Rodrigues-Henriquës, veuve de M. Fromental Halévy, à titre de récompense nationale. Il est de principe que ces témoignages exceptionnels de la reconnaissance du pays ne doivent être décernés qu'à des mérites exceptionnels; aussi la proposition que nous soumettons au Corps législatif s'appuie-t-elle tout d'abord sur l'éclat incontestable des œuvres musicales qui ont illustré F. Halévy. A ce litre fondamental, on peut ajouter plus de quarante années de services dans renseignement, et surtout le mérite des travaux littéraires qui vinrent

compléter sa réputation, en variant et multipliant ses couronnes. F. Halévy a présenté, en effet, la réunion peut-être unique de ces trois qualités, le génie du compositeur, Texcellencede renseignement et tous les dons du grand écrivain.

Personne ne peut méconnaître, au milieu du mouvement progressif des sociétés modernes, ce que Téclat des arts ajoute à la puissance et à la richesse d'une nation; en sorte que les grands succès obtenus dans leur domaine s'élèvent incontestablement jusqu'à la hauteur de services rendus au pays. Aussi l'opinion publique comprend-elle facilement ce que la France doit aux hommes qui l'ont placée au premier rang sous ce rapport et qui l'aident à marcher sons cesse en avant.

L'impression profonde produite par les grandes œuvres musicales d'Halévy est eï^core présente à toutes les mémoires; nous pouvons di<nc nous borner à mentionner ici ceux de ses opéras que la faveur publique a consacrés d'une manière plus éclatante et plus durable.

La Juive, Guido et Ginevra^ la Reine de ChyprCy Charles VI j VÊclair, les Mousquetaires de la Reine, le Val d'Andorre, telles sont les plus remarquables entre toutes les œuvres du maître : œuvres éminemment françaises, une des expressions les plus pures de cette grande école musicale, non moins savante que l'école allemande, aussi riche de mélodie que l'école italienne, et possédant au plus haut degré la variété des rhythmes et la puissance dramatique.

Halévy est incontestablement un des plus illustres i*epré8entaiits de l'école française ainsi définie, et c'est

surtout ce titre que le gouvernement de l'empereur prétend avant tout mettre en lumière, et qu'il propose au Corps législatif de récompenser d'une manière exceptionnelle.

Ce ne serait pas néanmoins rendre justice à F. Halévy que de passer sous silence la longue série de ses services administratifs. Né en 1799, il fut nommé professeur adjoint à l'âge de dix-sept ans; en 1827, il obtint la chaire d'harmonie et fut nommé, en 1833, professeur de composition. Nos premiers artistes réclament aujourd'hui l'honneur d'avoir été ses élèves, rendant ainsi un témoignage éclatant tout à la fois à son enseignement et à son caractère.

Un talent d'un aui- ; ordre valut bientôt à F. Halévy la plus insigne distji::tion. Il avait été admis à l'Académie des beaux-art'i «n 1836. La mission du secré-? taire perpétuel exige, flans cette Académie, une généralité de connaissances si difficiles à concilier avec les études spéciales de l'nrtiste, que ce corps illustre en avait toujours confié les fonctions à un littérateur choisi dans, une autre classe de l'Institut. C'est à la place qu'avaient occupée des hommes comme Quatremère de Quincy et Raoul-Rochetle, que fut appelé F. Halévy; et, comme l'a dit un critique excellent, c pour son premier choix, l'Académie eut la main heureuse. » Les éloges et les notices d'Halévy eurent bientôt conquis tous les suffrages : sentiment vif et profond de l'art, critique sûre et élevée, style brillant, animé, châtié cependant et portant l'empreinte de la recherche opiniâtre de l'expression juste et correcte : telles sont les qua-

lîtës qui, dans cette seconde face de son talent, Tavaien de nouveau placé au rang des maîtres.

L'Académie fut justement fière d'avoir rencontré, dans un de ses membres, la science de la critique elles grâce du style qui semblaient convenir plus particulièrement à celui qui portait la parole au nom des beaux-arts. Ce choix fut un honneur exceptionnel et qu'elle n*a pas renouvelé, malgré les talents littéraires qu'elle compte dans son sein.

Elle a voulu témoigner plus spécialement encore en quelle estime elle tenait la mémoire de F. Halëvy. Elle savait que, par suite des changements survenus à différentes époques dans les règlements du grand Opéra, les services que ses nombreux ouvrages avaient rendus à notre première scène lyrique n'jcvaient pas été rémunérés dans une juste proportion. Par une délibération prise à Tunanimité, TAcadémié^ a prié M. le ministre d'État d'être son interprète auprès de l'empereur : elle demandait qu'une proposition tendante à faire obtenir à la veuve de M. F. Halévy une pension exceptionnelle, fût soumise au Corps législatif.

Ce vœu, non moins honorable pour ceux qui l'ont formé que pour celui qui en est l'objet, le gouvernement de l'empereur l'a accueilli avec empressement, montrant ainsi avec quelle justice il apprécie toutes nos gloires.

Nous avons la confiance que vous reconnaîtrez avec lui que cette récompense nationale sera justement accordée à la mémoire d'un homme chez qui le génie du compositeur fut encore rehaussé par le talent de l'ëcri*

EXPOSÉ DES MOTIFS. m

vain, par rhonneur constant de la vie privée et par la dignité du caractère.

Signé à la minute :

Le conseiller d'État, rapporteur,

Vicomte de Rougé.

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