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La princesse Josepha, fiancée au roi de Naples Ferdinand

2. Le comte Podstatsky. Il n'avait pas craint d*exposer sa vie en vt» cueillant chez lui le jeune malade, que personne ne voulait recevoir. Léopold Mozait n'écrivit pas la vie de Wolfgang comme il se le promettait, mais il laissa un grand nombre de notes qui furent mises à la disppsitioQ de M. de Nissan.

dissipées, le deuil impérial fini, les plaisirs reprirent leur cours. Wolfgang fut invité à jouer devant l'empereur : c'était Joseph II. Françofe I" était mort depuis cinq ans. Tout le monde jugea que le talent de Mozart comme exécutant, son génie comme improvisateur, s'étaient merveilleusement développés depuis son premier séjour à Vienne. Il entrait alors dans sa douzième année. L'empereur, qui l'avait entendu, lui dit : « Il faut faire un opéra. » Mozart croyait avoir mal compris, t Oui, répéta l'empereur, fais-moi un opérabuffa, je n'aime pas l'opéra-séria. » Cela était vrai : il n'y avait à Vienne qu'une troupe d'opéra-buffa. Et même VAlceste de Gluck avait été exécuté par cea artistes, qui, à ce qu'il paraît, excellaient dans les deux genres. Wolfgang était plein de joie. On lui donna un libretto intitulé la Finta semplice. Il se mit à Tœuvre, et en peu de semaines il en eut achevé la musique.

L'exploitation du Théâtre-Italien de Vienne a toujours été une entreprise particulière; nous le croyons du moinsj et cela était ainsi à cette époque. Le directeur-entrepreneur était un certain signer Affligio. Il ne voulut pas jouer Topera d'un enfant de douze ans, d'un Allemand! 11 chercha d'abord par toute sorte de délais et de subterfuges à éloigner l'époque de la représentation. Gluck, Basse, Métastase avaient entendu l'œuvre du jeune maître et se rendaient garants du succès : pour détruire l'effet d'atteslations si honorables, Affligio imagina de convoquer les chœurs, l'orchestre, les artistes chargés des rôles, et de faire ainsi, avant toute étude préalable, une répétition

générale à première vue^ dont le résultat fut déplorable. Léopold Mozart, exaspéré, alla trouyerVimpresario; lui reprocha sa mauvaise foi et menaça de se plaindre à l'empereur. « Eh bien, répondit Affligio, puisqu'il en est ainsi, puisque vous voulez absolument perdre votre" fils, je jouerai son opéra et je le ferai siffler. » Le père eut peur d'un pareil homme et se tint pour battu. Mais Wolfgang eut bientôt une éclatante consolation : il fut chargé de composer une messe solennelle pour l'inauguration d'une église. On dit que Joseph II, en demandant un opéra à Wolfgang, avait surtout voulu se donner le plaisir de voir un enfant conduire un grand orchestre*. L'empereur eut cette satisfaction : Mozart dirigea l'exécution de sa messe avec un aplomb qui charma l'empereur et toute Tassistance, et il reçut à cette occasion, avec les témoignages les plus honorables, un cadeau magnifique.

Mesmer, le fameux magnétiseur, était alors à Vienne. Il était fort riche, aimait le bruit et l'éclat, était grand ami des Mozart, et voulut venger aussi Wolfgang des dédains du signer Affligio. Il fit élever un théâtre dans son hôtel et donna une grande fête où Ton représenta un opéra-buffa, Bastian uni Bastianna *, dont Wolfgang avait composé la musique. Le jeune maître conduisit encore l'orchestre et obtint un nouveau triomphe. Après

1. Le compositeur devait diriger Torchestre pendant les trois premières représentations. Cet usage subsiste encore en Italie et en Allemagne.

2. Le libretto était imité d'une comédie à ariettes françaises, Bastien et Bastierme.

quoi, la famille alla faire une nouvelle station à Salzbourg et y passa toute l'année 1769. Wolfgang consacra ce temps à de nouveaux travaux et principalement à rétude de la langue italienne. Il commençait à sortir •de Tenfance; il désirait voir Tltalie, et demanda à son père de l'y conduire. Cette fois, la mère et la sœur restèrent à Salzbourg; le père et Wolfgairg partirent seuls et se dirigèrent vers Vérone, où ils arrivèrent dans les premiers jours de 1770,

C'est de Vérone que sont datées les premières lettres de Wolfgang, recueillies dans la correspondance publiée par M. de Nissen. Elles sont pour la plupart adressées à sa sœur, sont gaies, très-courtes et accuse;it bien l'âge de Tauleur, Elles respirent la plus aimable tendresse pour les chères personnes laissées au logis; elles ne consistent quelquefois qu'en un po$tscriptum de quelques lignes,*La première de ces lettres, du 7 janvier, est un mélange d'allemand, de patois de Salzbourg, d'italien et de français, que nous retrouvons plus d'une fois (Jans sa correspondance, elle commence ainsi : t Sœur bieri-aimée, après une longue attente, je reçois enfin de toi une lettre d'une aune de long!... Maintenant que le paillasse allemand a terminé son rôle, écoute le buffo italien. » Il lui raconte alors, en italien cérémonieux, entrecoupé de patois allemand, le sujet d'un opéra qu'il vient d'entendre. Chaque chanteur a son coup de patte, de griffe quelquefois. Il est ravi du carnaval, chacun va par la ville in maschera^ lui comme les autres. On le salue, on lui dit : Servitor umilissimo^ signora mas-

MOZÀftt. • Î1

cheta; il rêpoiid invariablement : Cospetto diBacco. Il termine sa lettre en allemand, signe Wolfgang-Arna' deus, puis il ajoute en français : « Portez-vous bien et aimez-moi toujours. » Cet enfant, qui, depuis Tâge de six ans, avait presque toujours voyagé, qui semblait livré entièrement au génie de la musique, avait trouvé le temps d'étudier sa langue maternelle, le latin, le français, Titalien, et savait très-bien Tarithméliqué, science pour laquelle il avait une aptitude qu'il n'eut jamais l'occasion de mettre en pratique.

Dans une seconde lettre datée? de Milan le 26 janvier, il fait le portrait des chanteurs du théâtre de Mantoue, où il s'est arrêté, parce que l'académie philharmonique de cette ville lui a demandé un concert. Ces pauvres artistes le mettent en bonne humeur et excitent sa verve satirique. « La prima donna chante bien; mais à quoi bon? on ne l'entend pas. La seconda donna a l'air d'un grenadier, et elle en a la voix. » A Crémone, la première chanteuse « est vieille ôommé le diable.» Quelques expressions sont à remarquer, parce qu'elles sembleraient indiquer qu'il' a déjà acquis ou qu'il désire acquérir une certaine expérience. On songe un peu au Chérubin du Mariage de Figaro^ que Mozart devait faire si admirablement chanter : « Prirna ballerina^ bonne, et oii dit qu'elle n'est pas sauvage du tout; quant à.moi, je ne l'ai pas encore vue de près. Une autre danseuse ne gambade pas mal, bonne diablesse sur le théâtre et hors du Ihéâlre, ce qui n'est pas rare,. dit-on. » L'ouvrage dans lequel It a entendu les chanteurs de Crémone, c'est la Ctemenza di Tito^ le môme poëme de

Métastase qa'il mettra en musique vingt ans plus tard, trois mois avant sa mort! Il ne dit pas le nom du com* positeur. Il joint à cette lettre le programme du c concert public de l'académie philharmonique de Mantoue, donné à Toccasion du passage du très-expert jeune homme le signor Amadeo Mozart. » On y lit les an* nonces suivantes ; t Concerto sur le clavecin, exécuté à première vue par le signor Amadeo Mozart. — Sonate pour le clavecin, exécutée à première vue par le jeune homme avec des variations de sa composition, et répétée ensuite dans un ton différent de celui dans lequel elle est écrite. — Air improvisé et immédiatement chanté parle signor Amadeo, avec accompagnement de clavecifl, siir des paroles faites exprès et non vues d'avance par le compositeur. — Autre sonate sur un thème proposé à Timproviste par le premier violon. — Fugue sur un thème donné, entièrement conduite d'après les lois du contre-point. — Trio dans lequel le signor Amadeo jouera sur le violon une partie improvisée. » Il est triste de voir le nom de Mozart mêlé à une semblable exhibition.

En assistant à Milan à la répétition générale d'un nouvel opéra de Piccini, César e in Egitto^ les deux voyageurs trouvent le maestro sur le théâtre t et causent avec lui. » Comme partout, Wolfgang fait fanatismo dans' le monde et dans les concerts publics; mais ce succès ne contente le père qu'à demi. Il écrit à sa femme : t Ma seule satisfaction, c'est qu'il y a ici, plus qu'ailleurs, passion et intelligence pour la musique, et que les Italiens reconnaissent et apprécient

tout ce que sait Wolfgang. Mais il faut presque toujours se contenter d'être payé en admiration et en bravos, je dois ajouter en courtoisie, car tu n'as pas d'idée de la manière dont on nous accueille, dont on nous attire, chez la plus haute noblesse; pour le resle, il ne résultera pas grand^chose de ce voyage en Italie. I

Quant à Wolfgang, il est enchanté ; il est allé sept fois aux feste di ballo de TOpéra; il a vu les plus belles mascarades du monde, il les décrit k sa sœur. D'ailleurs, un événement important vient de se passer : ses succès à Alilan ont été tels, qu'il a dû signer un engagement, una scrittura, pour un opéra qui sera représenté à la fin de l'année. La joie de Wolfgang éclate dans ses lettres où plutôt dans les quelques lignes qu'il ajoute aux lettres sérieuses du père : « Je suis accablé d'affaires à en être fou; impossible d'écrire davantage. AddiOy enfant I je baise mille fois les mains de la'maman, je t'envoie cent bonnes caresses sur ton drôle de .petit visage; et, per fare il fine, je me dis toujours le même. Lequel même? Le même arlequin. Wolfgang en Allemagne, Amadeo en Italie. > Et il signe: de Morzantini. Toutes ces petites épîtres nous paraissent empreintes d'une charmante fantaisie. Il nous semble voir Wolfgang au piano ; le père l'appelle, il faut écrire à la mère, à la sœur; il quitte le clavier, prend la plume, jette quelques mots au hasard et retourne achever sa joyeuse improvisation.

Après la signature de l'engagement, ils partent. de Milan le 15 mars pour faire une tournée en Italie. En

n^ ^ tiX

passant à Parme, ils vont rendre visite à une chanteuse extraordinaire : c'est la signora LucreziU Agujari, surnommée la Bastardina^ et que, par abréviation, où appelait aussi ta Guari. t Elle a, dit Wolfgang : 1° lîne belle voix; 2*» un gosier ravissant; 3° une étendue incroyable. » Et il envoie à sa sœur un fragment d'un air qu'elle lui a chanté; il a noté ce fragment, tant cela lui a paru prodigieux *. En effet, le passage qui a frappé Mozart excède tellement par son étendue les facultés vocales les plus rares, qu'on peut en conclure que la Guari était douée de la voix la plus extraordinaire qu*on ait jamais entendue.

A cette époque, les études de composition scolastique étaient en grand honneur en Italie, et Bologne, la ville savante par excellence, dépôt des saines doctrines, possédait une école et une acadéinie qui formaient une sorte d'université musicale. Les maîtres les plus doctes y faisaient leur résidence, et, entre ces maîtres, le P. Martini, maître de chapelle du couvent et de l'église des Franciscains, brillait par sa science pro-^ fonde. C'est dans le couvent qu'il avait sa demeure, c'est là qu'il avait installé sa magnifique bibliothèque, riche, dit Burney 2, qui l'avait vue, de plus de dix-

1. Ce fragment se compose de yingt-deux mesures à quatre temps ; il se termine par un trait qui arrive à Vut suraigu placé à Toctave éupérieure de I'm^, qui est déjà une limite extrême pour la voix de soprano. Il contient des trilles, dont chacun est soutenu pendant une mesure entière, sur ut^ ré^ mi^ fa^ au-dessus de la portée. Et la Guari , descendait aussi, dit-on, aux notes les plus graves du contralto. Plusieuiis des biographes de Mozart ont reproduit ce fragment, qu*on trouve aussi dans l'ouvrage de M. Goschler, p. 78.

|. TAc présent state ofmusic in France and Italy^ etc., 1771.

seot mille Yolumes, imprimôs, manuscrits, pièces rares et curieuses, et dans laquelle on respirait comme uti pârftim d6 fugue et de contre-point. Le P. Martini exerça ses fonctions pendant plus de soixante ans, de 1?23 à 1784, et c'est sous l'influence de son long enseignetnent et de ses travaux que l'école et Tacadémie philhatooniques de Bologne acquirent leur plus grand éclat. Il n'y avait pas de compositeur soucieux de sa réputation qui, voyageant en Italie, n'allât à Bologne potir subir l'épreuve nécessaire à son admission à l'académiie. Celte épreuve consistait dans la composition d'un morçeaa vocal dans le style religieux alla Palestrina^ sur un thème donné par le princeps et par les deux censeurs. On renfermait à clef le récipiendaire, et on lui donnait quatre heures pour faire son travail, soumis immédiatement à l'assemblée générale des professeur^ et des académiciens. Mozart fit deux voyages à Bologne dans le courant de l'été de 1770, et, pendant son second séjour dans cette ville, après son voyage à Rome, dont il sera question tout à l'heure, il se présenta Comme candidat. On lui donna pour sujet de son épreuve une composition à quatre voix sur le plainchant de l'antienne Quœrite primum regnum DeL Les bonnes études qu'il avait faites et sa facilité naturelle le servirent si bien, qu'il accomplit sa tâche en une de-' mi-heure, à la grande surprise de ses juges. On examina avec quelque défiance ce travail d'un enfant, cette composition si" rapidement terminée : elle était excellente. On vota; toutes les boules étaient blanches : Mozart était élu académicien à l'unanimité. Ce travail,

qui a été publié par plusieurs des biographes de Mozart, et qui était, dit avec raison M. Fétis, c digne des beaux jours de Palestrina,» montre la connaissance parfaite qu^avait Mozart de ce style difficile, et fait voir quelle était la souplesse de ce jeune génie à qui tous les genres de composition étaient familiers et qui réussissait dans tous. Burney, que nous venons de citer, rencontra Mozart à Bologne, à la grande fête musicale donnée le jour de saint Pétrone, patron de la ville, a J'ai rencontré, dit:il, Léopold Mozart et son fils, le petit Allemand dont les talents prématurés et presque surnaturels nous élonnaient à Londres il y a déjà quelques années, lorsqu'il était à peine sorti de Tenfance. Depuis qu'il est en Italie, il a été trés-admiré à Rome et à Naples. Il a été décoré de l'ordre de l'Éperon d'or par Sa Sainteté et engagé à composer un opéra à Milan pour le carnaval prochain, i

Avant de quitter Bologne, Wolfgang écrit à sa sœur : f Nous avons l'honneur d'être en relations avec un certain moine dominicain en odeur de sainteté. J'ai eu l'avantage de dîner avec ce saint personnage. Il a bu bravement d'un vieux vin d'Espagne tout le long du repas; puis, après dîner, il a pris un grand verre de vin très-fort, deux bonnes tranches de melon, des pêches, des poires, cinq tasses de café, une assiettée de gâteaux et deux plats tout pleins de crème à l'orange. Peut-être qu'il fait tout cela par mortification. » C'est à Bologne que le père s'aperçut du changement qui commençait à s'opérer chez Wolfgang. Sa voix est dans la mue. c II n'a plus ni haut ni bas, et pas cinq notes pures.

Ça le chagrine fort; car il ne peut plus chanter ses propres compositions, ce qu'il aimait beaucoup. x>

Entre les deux séjours à Bologne se place le voyage de Mozart et de son père à Rome et à Naples. Ils arrivèrent à Rome au mois d'avril 1770, pendant la semaine sainte. Le jour même de leur arrivée, ils se rendirent à la chapelle Sixtine, où on exécutait le fameux Miserere d'Allegri . On sait qu'il était défendu aux musiciens de la chapelle, sous peine d'excommunication, d'en laisser prendre une copie. Ce Miserere n'existait donc pour ainsi dire que pendant les deux jours de la semaine sainte où il était exécuté; puis il rentrait dans la bibliothèque du Vatican, où il reposait jusqu'à l'année suivante. Tout le inonde sait aussi qu'il suffit à Mozart de l'entendre pour se le rappeler et le noter. Pour bien se rendre compte de la difficulté surmontée sans effort par cet enfant de quatorze ans, il faut savoir, ou se souvenir, que le Miserere d'AUegri est écrit à deux chœurs,, l'un à quatre, l'autre à cinq voix. Ce n'est donc pas une simple mélodie que Mozart avait à saisir au passage et à imprimer dans sa mémoire, mais le travail de quatre et de cinq parties distinctes, dont l'entrelacement très-habile et très-compliqué formait l'ensemble et la beauté de l'œuvre. Il est vrai que, chacune des strophes se répétant plusieurs fois, l'entreprise devenait un peu moins ardue; mais la faculté de reconnaître et de suivre la marche de chacune des voix, de mettre chaque chose à sa place, de recomposer par le seul secours d'an travail mental l'harmonie dont chaque voix n'était qu'un élément, en un mot, décrire une partition dans sa tète,

34 DERNIERS SOUVENIIlS ET PORTRAITS.

celte faculté n*en est pas moins véritablement admirable. On raconte que Mozart, rentré chez lui après la première audition, qui avait eu lieu le mercredi, écrivit sur-le-champ la partition d'après ses souvenirs, et que, le vendredi suivant, Payant cachée dans son chapeau, il la confronta avec ce qu'il entendait, rectifiant les erreurs qu'il avait pu commettre. On dit aussi que, plusieurs années après, on eut l'occasion de comparer la partition écrite par Mozart, pour ainsi dire sous la dictée d'Allegri lui-même, avec une copie exacte du iftserere que Burney avait obtenue on ne sait par quels moyens d'un des chapelains-chantres, don (îiuseppe Santarelli, et que les deux partitions furent trouvées parfaitement conformes. Le père apprend à sa femme le tour de force accompli par Wolfgang : « Nous avons déjà le fameux Miserere. Wolfgang l'a écrit de mémoire, et nous l'aurions envoyé à Salzbourg dans cette lettre, si notre présence n'était nécessaire pour Texécution...* En attendant, nous garderons le secret, et nous ne confierons pas ce papier à d'autre mains, vt non incurramus médiate vel immédiate in censuram Ecctesiœ. »

Ils partirent pour Naples au mois de mai. Il n'y a rien à signaler dans le séjour de Naples. Ce fut comme partout des concerts, des étonnements, des admirations, des fôles, des bals, et, de plus, des excursions à Baïa, à Cumes, à Pompéi, des promenades en

1. Cette obsenratioh de Mozart père est très-juste. Certaines déUcàtesses d'exécution, certaines nuances traditionnelles sont nécessaires pour que ce morceau soit bien compris et produise son effet.

mer, dont le" jeune voyageur est charmé et dont il se montre fier : t J*ai navigué sur la Méditerranée I y> écrit-il à sa sœur. Une petite anecdote cependant mérite d'être racontée. Wolfgang avait été invité à visiter le Conservatoire délia Pietà, où on lui avait préparé une réception. Tous les élèves l'entourent; il se met au clavecin; le hasard de l'improvisation amène à la main gauche une succession de passages brillants et rapides. Tout à coup une rumeur dont il jie peut se rendre

compte circule dans l'auditoire. Mozart, surpris, s'arrête et en demande la cause. Un professeur s'approche alors et lui avoue que quelques élèves disent tout bas que la bague qu'il porte à la main gauche est certainement un anneau constellé, un talisman; autrement, comment expliquer cette agilité surprenante? Mozart ôte en riant la baguQ miraculeuse (c'était un cadeau qu'il avait reçu, peu de jours auparavant, de Tambassa* deur de France^ dans une fête donnée à Toccasion du mariage du Dauphin) *, et la main gauche continue de plus belle ses gammes et ses arpèges. Alors les jeunes gens, saisis d'un véritable délire, couvrent de baisers cette main merveilleuse.

Au mois de juillet, nous retrouvons à Rome le père et Wolfgang, qui, cette fois, eut l'honneur d'être présenté au pape Clément XIV; c'est alors que le jeune indiscret qui avait osé ravir à la chapelle Sixtine le secret du Miserere^ reçut du saint-père la croix de l'Éperon d'or. « C'est la même qu'a reçue Gluck,

i. Depui» hoMia XVI.

écrit Lèopold Mozart à sa femme ; il est dit dans ce di plôme : Te creamus auratœ militiœ equitem. II faut que Wolfgang porte une belle croix en or, et tu peux t'imaginer combien je ris quand je l'entends nonuner signor cavalière. » Wolfgang ajoute à cette lettre quelques lignes pour sa sœur et termine par ces mots en français : t Mademoiselle, j*ai Thonneur d'être votre tèrs-humble serviteur et frère, chevalier de Mozart. Addio. » Puis il se dirige vers Milan; car le moment approchait où il allait se consacrer exclusivement au travail qui devait faire juger de l'aptitude d'un enfant à la composition' théâtrale. Il venait de recevoir son libretto^ intitulé Mitridqte^ re di Ponte. Arrivé à Milan à la fin d'octobre 1770, il connut les chanteurs qu'il devait employer. Plusieurs étaient célèbres. Le premier ténor était Guglielmo Ettori; la prima donna, Antonia Bernasconi^ pour qui Gluck avait écrit à Vienne, en 1764, le rôle d'Alcesle. Voici quelle était à cette époque la composition de l'orchestre de Milan : quatorze premiers violons, quatorze seconds, six altos, deux clavecins, deux violoncelles, six contre-basses, deux bassons, quatre cors, deux clairons, deux hautbois, deux flûtes, à l'unisson desquelles jouaient souvent quatre autres hautbois. Les musiciens remarqueront sans doute le défaut d'équilibre qui existe entre les violons et les autres instruments à cordes, et Tassociation singulière des flûtes et des hautbois; mair. comme ces indications sont fournies par Lèopold Mozart, il faut les prendre pour exactes. Wolfgang travaille avec une grande ardeur, c Chère maman, je ne

puis l'écrire longuement aujourd'hui, j'ai mal aux doigts d'avoir écrit tant de récitatifs. » Et il y a, en effet, de très-nombreux et très-longs récitatifs dans cet ouvrage,

Mitridate fut représenté le 26 décembre ; plusieurs morceaux furent redemandés; l'ouvrage fut porté aile stelle, et la salle retentit des cris de Evviva il maestrinot evviva il cavalière filarmonicot On faisait ainsi allusion aux deux dignités qui venaient de lui être conférées. Mitridate eut vingt-deux représentations consécutives, et Mozart signa rengagement d'écrire un autre opéra pour le carnaval de 1772.

Avant de quitter Milan, Wolfgang reçut le diplôme de maitre de chapelle de la magnifique académie phil^ harmonique de Vérone. Il passe par Venise, où on lui demande un opéra pour 1773. Il est en veine de succès. L'engagement pour cet opéra fut signé par Vimpresario Michèle daW Agata; mais il paraît que Wolfgang ne le ratifia pas. Il se hâta de partir pour Salzbourg; il vou* lait embrasser sa mère et sa sœur, il voulait aussi prendre quelques mois de repos, car il devra retourner à Milan. L'impératrice Marie-Thérèse lui a demandé une grande sérénade dramatique à l'occasion du mariage de Parchiduc Ferdinand. Cette sérénade, dont le titre était Ascanio in Alha^ avait presque l'importance d'un opéra. Wolfgang, à quinze ans, partageait avec le vieux maître. Basse, un des vétérans de l'art, l'honneur de coopérer aux grandes fêtes musicales qu'on préparait pour cette solennité. Basse était chargé de composer un opéra. Wolfgang revint en effet à Milan en août 1771.

c En ce moment) j'étouffe, écrit^il k sa sœur; j'ouvre ma veste. Addio. J'ai sur ma tête un violoniste, un autre au-dessous de moi, à côté un maitre de chant qui donne des leçons, en face un professeur de hautbois ^ C'est amusant pour composer, ça donne des idées. » Tout ce bruit ne l'empêcha pas d'écrire en douze jours sa sérénade, qui fit un grand effet. C'est après l'avoir entendue que Hasse prononça les ][)aroles prophétiques que nous avons rapportées.

Mozart composa l'année suivante un ouvrage du même genre, une autre sérénade dramatique, il Sogno di Scipione{h poésie était de Métastase), pour rinstallation à Salzbourg d'un nouvel archevêque, le prince Jérôme Colloredo; revint une iieconde fois à Milan, pour y donner son second opéra, Ludo Silta; passa une partie de l'année 1773 à Vienne, où Timpératrice l'accueillit avec bienveillance; alla en pèlerinage h Marienzell et au tombeau de saint Wolfgang, son patron; écrivit à Mu«^ nich, en 1774, un opéra-buffa, la Finta Giardiniera^ deux messes solennelles, plusieurs morceaux d'église; et s'arrêta enfin en 1775 à Salzbourg. Il a terminé ses voyages h l'étranger; il veut se fixer dans sa ville natale, ou à Munich, ou à Vienne; il espère vivre heu'^ reux, c'est-à-dire être maître de chapelle de quelque souverain (cela était nécessaire à cette époque pour la réputation d*un compositeur), travailler, jouir de sa rinommée. A peine arrivé à Salzbourg, il écrite pour de

1. Il y a dans le texte allemand, publié par M. de Nissen, etn in colonel; il est yraisemblable que c'est une erreur, et qu'il f

nouvelles fêtes données par rarchevôque, une pastorale en deux parties, il Re pastore. Nous avons mentionné ses principaux ouvrages, ils sont déjà nombreux ; nous n'avons pas parlé d'autres travaux considérables, ni des nombreuses pièces fugitives qu^il avait composées entre^temps. M. Fétis énumère ainsi ses productions : c Un Stabat, des offertoires, hymnes et motets, une Passion^ treize symphonies, vingt-quatre sonates de clavecin ', gravées, ainsi que plusieurs autres morceaux pour le même instrument, des trios de violon, des divertissements en quatuor pour toute sorte d'ins* truments, des pièces d'harmonie militaire, des marches> des fugueS) des solos de violon, de violoncelle et de flûte, des concertos pour divers instruments t L'é*» tonnement s'accroît encore, ajoute M. Fétis, lorsqu'on se rappelle que l'auteur de tout cela avait employé la moitié de sa vie à voyager et à donner des concerts, i Les ouvrages dramatiques de Mozart que nous venons de citer n'ont pas été gravés. Il n'y avait alors, ni en Italie ni en Allemagne, d'éditeurs pour les partitions. Le compositeur n'avait aucun droit sur son opéra, il appartenait au directeur qui Tavait fait représenter, et qui en faisait délivrer des copies dont le prix variait selon le succès et les demandes ^. De ces corn* positions de Mozart, l'auteur de cette notice ne con*

1. On commençait vers cette époque à nommer le clavecin ptan(>fotie. Il avait été perfectionné par un facteur d'Augsbourg nommé Stein^ dont Mozart estimait beaucoup les instruments; il parle longuement de ce facteur dans plusieurs lettres.

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