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I. Cê\ usage s'est consenré longtemps 60 Italie

naît que Mitridate et Lucio Silla, qu'il a vus à la bibliothèque du Conservatoire de Paris. Si rien dans ces productions ne peut faire présager l'auteur futur de Vldomeneo^ qui paraîtra dix ans plus tard, on y reconnaît des mélodies faciles^ de la grâce, Tart de faire applaudir le chanteur, des récitatifs déclamés avec un grand sentiment de vérité. Pendant que Mozart écrivait le Mitridate^ les envieux du jeune maître, et ils étaient nombreux, ne se faisaient pas faute de prédictions. Une chute inévitable attendait ce présomptueux, cet enfant, ce Tedesco^ qui ne pouvait avoir le sentiment du chiarO'Oscuro, c'est-à-dire comprendre les délicatesses du goût italien. Mozart trompa les envieux; il fut franchement italien, et il eut raison de Tôtre. Que ce goût ait alors été le sien, ou qu'il ait cédé au désir bien naturel de réussir, peut-être aux conseils prudents de son père, toujours est-il que. dans ces partitions, la coupe des morceaux, Tallure des phrases, le choix des mélodies et des ornements, la simplicité de l'harmonie et des accompagnements, tout est conforme au style et aux habitudes d'un pays et d^m temps où la mélodie régnait sans partage. L'art du chant était l'art par excellence. Des airs, parfois un duo^ suffisaient aux jouissances du public. La lutte qui s'établissait entre les chanteurs, les applaudissements que se disputaient le ténor et les sopranos des deux sexes, les ovations décernées au maître et à ses interprètes, lorsque arrivait un de ces airs favoris, attendus avec impatience, qui passionnaient l'auditoire, donnaient une vive animation aux soirées théâtrales. Un opéra n'était souvent,

pour ainsi dire, qu'une suite d'airs pour tous les personnages du drame*. Le Mitridate était fait ainsi; on y trouve un seul duo et un chœur final sans importance. Le Silla, écrit deux ans après, est conçu dans le môme système; mais on y sent une main plus ferme et un esprit plus indépendant. On y remarque un duo, un trio, des chœurs d'une certaine richesse d'harmonie, des dispositions vocales intéres.^antes. Les ouvertures de ces deux partitions, conformément à une coutume qui déjà commençait à vieillir, sont composées de trois petites parties, un allegro^ nn andante^ mi presto. Quelle distance entre ces timides essais et les œuvres magistrales qui viendront plus tard! Qu'il y a loin de ces petites symphonies à la magnifique ouverture de la Flûte enchantée t Quel travail s'est accompli dans cette intelligence! quelle force s'y est développée ! Les splendeurs du jour ont effacé les lueurs du matin. Le génie a ouvert ses ailes, et ce n'est qu'au moment où il va être ravi au monde qu'il aura pris son puissant essor ! A l'époque où nous nous sommes arrêté, après tant de travaux, en 1775, Mozart a dix-neuf ans. H a donc dépassé la moitié de la carrière qu'il lui sera donné de parcourir. Ce moment- même, qui sépare pour ainsi dire les deux moitiés de sa vie, marque aussi le terme

1. Logroscino, Piccini, Paisiello, avaient cependant déjà commencé à introduire dans les opéras des trios^ des quatuors^ des morceaux d'ensemble^ des finales^ toutes les belles conceptions qui depuis ont pris une place si considérable et si légitime dans le succès des œuvres théâtrales. Mais le public italien restait encore fidèle à son goût pour les airs^ surtout dans les opéra-seria. Les compositeurs plaçaient de préférence les morceaux d'ensemble dans les opéra-buffa.

des prospérités. Si nous embrassons d'an eoup d'œil son existence tout entière, nous verrons, d'une part, l'enfance heureuse, l'adolescence brillante, des succès facilement obtenus; de Tautre, les soucis^ les craintes, la lutte, des succès chèrement achetés. La fortune, prodigue de caresses pour l'enfant prédestiné^ se montrera sévère pour Thomme de génie. — Mozart espérait, après le succès du Re pastorCy composé à SalEbo'urg par ordre du prince-archevéque, qu'il serait nommé un de ses maîtres de chapelle. Mais Tarchevêque, peu bien* veillant de sa nature, fit entendre qu'il avait assez d'un Mozart à son service S dit c qu'iln'y avait pas de place vacante, » mais que cependant il accordait au jeune homme le titre de chef d'orchestre, et, par faveur spéciale, douze florins et demi de traitement (environ trente frarrcs). Mozart dut accepter, le père Jugeant qu'un refus irriterait l'archevêque sans retour. Deux années se passèrent ainsi; après quoi, la position de la famille devint des plus critiques. Les voyages avaient coûté presque autant d'argent qu'ils en avaient rapporté. Les opéras avaient été rétribués suivant les usages du temps, peu favorables aux compositeurs*; les séré-

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