‹ Des abcès chauds de la prostate et du phlegmon périprostatiqueChapitre 20 sur 74 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES

Lorsqu’on examine une prostate envahie par la suppuration, les lésions se présentent sous trois aspects principaux.

Dans une première série de cas, on constate les altérations d’une simple adénite, d’une prostatite catarrhale. Les glandes sont dilatées, et leurs orifices élargis laissent sourdre, à la pression, une quantité plus ou moins considérable de gouttelettes purulentes (1).

Ailleurs, le parenchyme est encore parsemé do petits

(1) Le liquide ainsi obtenu par l’expression d’une prostate supposée malade doit toujours être examiné avec le plus grand soin, si l’on veut éviter toute cause d’erreur dans son diagnostic anatomo-pathologique. La composition et surtout la coloration physiologique du liquide prostatique normal peuvent, en effet, donner le change et faire croire à l’existence de lésions suppuratives, alors que le tissu glandulaire est absolument sain. Ce fait a été rais en lumière par M. le professeur llobin : « Lorsqu’on vient, dit-il, à prendre sur le cadavre les vésicules séminales et la prostate et qu’on les comprime, de manière à faire sortir du sperme par les canaux déférents et du liquide prostatique par les canaux correspondants, on distingue de suite ces deux liquides-: le sperme se fait remarquer par sa coloration d'un gris brunâtre et le liquide prostatique par sa coloration et sa consistance crémeuse ou une teinte légèrement jaunâtre, analogue à celle du pus. Cette dernière particularité est assez importante; car j’ai vu des cas dans lesquels on a pris ce liquide sortant normalement de la prostate, après la compression pendant l’autopsie, pour du pus dû à une prostatite... Or cette coloration n’est produite que par des granulations principalement graisseuses et non par des leucocytes. » ( Leçons sur les humeurs, 2° édit. 1874, p. 446.)

ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUES

abcès isolés qui parfois se comptent par centaines (Velpeau). Mais ici la sécrétion purulente siège autour ou dans Finterstice des grains glanduleux, et ceux-ci, gorgés d'un liquide puriforme, ressemblent à « des canaux qu’on aurait injectés avec de la cire ».

Enfin, dans un troisième groupe de faits, on observe la destruction d’une partie ou de la totalité de la glande et la formation d’une sorte de caverne creusée en plein tissu prostatique.

Tels sont les différents caractères anatomo-palbologiques de la prostatite suppurée, tels que la simple observation nécropsique permet de les reconnaître et tels qu’ils ont été décrits par Lallemand et Velpeau.

Les premiers stades de la prostatite sont moins connus; les autopsies sont en effet exceptionnelles à cette période et les examens histologiques font défaut. Voillemier et M. Thompson sont les seuls chirurgiens qui aient décrit avec quelque précision les lésions initiales de la prostatite.

Dans le cas observé par M. Thompson, l’organe tuméfié et volumineux paraissait tendu et dur à la pression, les plexus veineux étaient gorgés de sang, la muqueuse uréthrale participait un peu à cette congestion généralo et le parenchyme présentait, à la coupe, une coloration rouge accentuée. La pression des doigts faisait sourdre un fluide rougeâtre assez trouble, « mélangé de lymphe épanchée et de sérum , de sang venant des capillaires engorgés, de liquide prostatique et d’une très petite quantité de pus » (1).

(1) Thompson, Traité pratique clés maladies des voies urinaires, traduct. franc. Paris, 1874, p. 336.

Page 1