‹ Des abcès chauds de la prostate et du phlegmon périprostatiqueChapitre 47 sur 74 · COMPLICATIONS · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS

101110111’ du processus réparateur peut exiger l’emploi d’injections irritantes, et la guérison survient encore rapidement.

En' cas d’ouverture exclusivement uréthrale, le pronostic est de même favorable. On s’est exagéré le danger de la pénétration de l’urine dans la cavité de l’abcès ; je pourrais le répéter avec M. Le Dentu, « chez tous les malades que nous avons observés, l’urine ne pénétrait pas dans la poehe, ou, du moins, rien n’indiquait qu’elle y pénétrât pendant les premiers jours. Le pus sortait librement par l’urèthre. Plus tard l’écoulement s’arrêtait par intervalles, sans doute quand l’ouverture de l’abcès se fermait; puis il reparaissait de moins en moins abondant pour cesser complètement de couler au bout d’un moins environ. » Il n’y a donc pas indication à détourner les urines par le cathétérisme.

En revanche, il peut se faire, surtout chez les sujets à grosse prostate, que la réapparition fréquente des phénomènes de rétention exige une intervention spéciale. Dans 'les cas de ce genre, il y a tout avantage à recourir à frisage de la sonde àdemeure. Cette pratique a toujours donné de bons résultats à M. Guyon. Si l’abcès communique avec la vessie, l’indication de la sonde à demeure se pose encore. Il faut en outre imiter la pratique de J.-L. Petit et procéder à des lavages quotidiens de la cavité vésicale.

Pour les cas simples, les différents moyens que nous venons de passer en revue suffisent à la guérison.

Lorsque la suppuration se prolonge, lorsque la fièvre persiste , on doit en chercher la raison dans la disproportion des dimensions comparatives de la cavité suppurante

TRAITEMENT

ot des orifices par lesquels s’écoulent les produits de la suppuration. Il faut alors, sans hésitation, élargir le trajet rectal ou périnéal, créer une voie suffisante pour le libre écoulement du pus, et l’on voit aussitôt la fièvre cesser et la guérison survenir. Dans un cas d’abcès prostatique volumineux ouvert spontanément dans l’urèthre, et compliqué de phénomènes de propagation vers le péritoine (voir obs. XVIII), Lallemand, pour vider à coup sûr le foyer prostatique, incisa par le périnée et fendit la glande comme dans la taille bilatérale. Dès le lendemain l’amélioration générale était considérable, et, deux mois après, la guérison était complète.

La conduite de Lallemand devra être imitée toutes les fois qu’il y aura lieu d’attribuer la continuation des accidents aux dimensions et à la configuration du clapier prostatique.

Jusqu’ici, nous avons trouvé des indications chirurgigicales nettes et des résultats presque certains; mais les choses ne suivent pas toujours une marche aussi simple. Sous l’influence de causes diverses (intervention chirurgicale tardive, incomplète ou absente, mauvais état général du sujet, multiplicité des trajets purulents, étendue des décollements, passage de l’urine dans le foyer, suppuration continue), les clapiers s’organisent et la période fistulaire vraie se constitue. Il me faut donc, pour terminer ce travail, rechercher les moyens susceptibles d’obtenir la cicatrisation et la guérison dans les cas de ce genre.

Par exception, on peut se trouver en présence d’une fistule prostatique, rectale ou périnéale, sans communication avec l’urèthre; ces fistules rentrent en définitive

FISTULES

dans la catégorie dos fistules ano-rec taies borgnes ou complètes. Ce qui les distingue seulement, c’est le siège prostatique de leur cause, de l’abcès « mal ouvert soit par la nature, soit par l’art (1) ». Et les indications thérapeutiques qu'elles comportent sont analogues à celles des fistules pelvirectales supérieures (2).

Mais, dans la très grande majorité des cas, la communication uréthrale existe; on est aux prises avec des fistules uréthro-périnéales ou des fistules uréthro-rectales. Dans les cas simples et récents, alors que le trajet n’a pas encore la signification anatomo-pathologique d’une fistule vraie, on peut observer l’oblitération spontanée après un temps plus ou moins long. L'observation XY montre une fistule uréthro-rectale cicatrisée en six semaines. Sur un autre malade de M. Guyon, dontM. Pauffard (3) a publié l’observation, la guérison survint au bout de deux mois et demi. Cette terminaison heureuse est exceptionnelle. 11 faut en oublier la possibilité et intervenir dans tous les cas.

Qu’il s’agisse d’une fistule uréthro-rectale ou d’une fistule uréthro-périnéale, les deux indications formelles sont les suivantes :

1° Empêcher l’urine d’arriver dans le foyer; 2° modifier les parois et les rendre propres à la cicatrisation. Il faut, en outre, songer à la lésion pathogénique, spéciale dans les faits que nous étudions, et s’attaquer à la cavité prostatique elle-même.

(1) Chassaignac, Fistules à l’anus. Dict. encycl. des sciences mèd. , lre série, t. V, p; 479. Paris, 1870.

(2) Pozzi, Th. de doct. Paris, 1873.

(3) Pauffard , Contribution à l’étude clu traitement des fistules uréihropértnéaleSi th. Paris* 1879;

TRAITEMENT

La première indication est remplie par le cathétérisme (sonde à demeure ou cathétérisme intermittent). La sonde ii demeure peut rendre de grands services ; les anciens chirurgiens, Ledran, Desault, Chopart, Boyer, Amussat, avaient peut-être exagéré la valeur de cette méthode en l’appliquant indistinctement à tous les cas; mais, en proscrivant systématiquement son emploi, les chirurgiens modernes, Mercier, Velpeau, Phillips, Reliquet, Thompson, sont tombés dans l’exagération inverse. Civiale, Yoillemier et Dolbeau ont à bon droit inauguré la réaction contre ces idées absolues. La pratique journalière de M. Guyon ne peut laisser aucun doute à cet égard. La sonde à demeure est souvent mieux supportée que le cathétérisme intermittent, et, lorsqu’on en précise les indications, elle « peut donner d’excellents résultats dans les cas de fistules plus ou moins invétérées. Il est utile de réagir contre les idées extrêmes, utile d’associer, quand il le faut, toutes les autres ressources thérapeutiques, le cathétérisme intermittent lui-même à l’emploi de la sonde à demeure; utile surtout d’agir prudemment toujours, différemment suivant les cas, en se préoccupant sans cesse des complications possibles, si on n’a pu les prévenir » (1). Ceci soit dit, sans toucher le moins du monde aux incontestables avantages du cathétérisme intermittent. L’une et l’autre méthode doivent être employées suivant les cas.

Lorsque les lésions ne sont pas de date trop ancienne et que les décollements ou les pertes de substance sont peu étendus, le simple détournement do l’urine peut permettre la guérison spontanée.

(1) Pauffaud, Th. ( loct .. Paris, 1879, p. 43.

FISTULES

M. Thompson relate, à ce propos, un fait intéressant dans lequel la position- a paru jouer un rôle important dans la guérison d’une fistule uréthro -rectale. Le malade était un jeune officier, « l’affection s’était déclarée à la suite de quelques abcès, dont M. Thompson n’avait pas été témoin, et, à chaque miction, trois ou quatre cuillerées d’urine passaient par l’intestin ». Après avoir essayé sans succès plusieurs méthodes de traitement, M. Thompson eut « l’idée de dire au malade de se coucher sur le ventre pour uriner et d’avoir bien soin de ne jamais émettre une goutte d’urine dans une autre position ». Au bout de six semaines, l’officier était parfaitement guéri. On pourrait essayer à l’occasion de ce procédé. Mais M. Thompson reconnaît lui-même qu’il aurait « aussi bien réussi en recommandant tout simplement au malade de n’uriner qu’au moyen de la sonde (1) ».

La compression proposée par certains chirurgiens, pour la cure des fistules uréthro-périnéalcs, agit dans le même sens. M. Diday (2) dit avoir guéri un malade en quinze jours en lui recommandant l’usage, pondant la miction, d’un ballon de caoutchouc gonflé d’eau et pressé sur le périnée. M. Paufîard a observé un malade qui obtint la cicatrisation de ses fistules en prenant « l’habitude de comprimer les trajets avec les doigts et d’obturer les orifices périnéaux au moment de la miction (3). » Ces différents procédés agissent comme le cathétérisme intermittent et lui sont certainement inférieurs.

(1) Thompson, Leçons cliniques sur les maladies des voies urinaires, p. xcvii, trad. française. Paris, 1874.

(2) Diday, Bull. Soc. de chirurgie, t. V, p. 45.

(3) Pauffard, loc. cit., p. 54.

TRAITEMENT

Les lavages de l’urèthre et les irrigations rectales préconisées par M. Reliquet pourront être employés avec avantage dans les cas de communication uréthro-rectale. On se trouvera bien aussi des injections phéniquées que ce même auteur conseille de pratiquer dans les trajets périnéaux. Ces injections doivent être faites « par les orifices extérieurs, une petite sonde en gomme y étant introduite ; elles ressortent par les autres orifices extérieurs et en même temps pénètrent dans l’ urèthre d’où elles sortent par le méat (1)». En tout cas, il est toujours indiqué d’entretenir la liberté du ventre et de faciliter les garde-robes à l’aide de lavements, afin de prévenir l’action mécanique ou irritante que des matières fécales accumulées peuvent avoir sur le trajet fistuleux (2).

Les terminaisons heureuses que l'on obtient par ces différents moyens, employés seuls, sont malheureusement rares. La plupart du temps les fistules se rétrécissent un peu, mais elles persistent. Souvent même l’échec est complet, comme sur le jeune homme de l’observation 23 ou sur le Brésilien de l’observation 16, et, pour provoquer la cicatrisation, il faut satisfaire en outre à la deuxième indication signalée, il faut modifier directement les trajets fistuleux.

Pour les fistules périnéales, M. Guyon se sert avec avantage des injections iodées. Quelques gouttes de teinture d’iode poussées dans les trajets accélèrent en géné-

(1) Reliquet, Traité pratique des opératio?is des voies urinaires. Paris, 1871, p. 339.

(2) Nélaton, ÊlémcJits de pathologie chirurgicale, lrc édition. Paris, 1839, t. V, p. 463.

FISTULES

ral le travail réparateur. On peut aussi lui substituer le nitrate d’argent en solution au S0°. Mais cette manière de faire reste bien souvent impuissante, et l’on est obligé de recourir à des moyens plus énergiques.

Les incisions et la cautérisation par le feu tiennent ici le premier rang. Le thermo-cautère simplifie beaucoup ces différentes opérations. Il faut élargir, débrider les trajets fistuleux, réunirpar le bistouri les orifices extérieurs, couper, exciser au besoin les brides, les ponts calleux et indurés qui cloisonnent les clapiers. Le nombre, la dimension, la profondeur des sections ne sont soumis à aucune règle précise ; elles varient suivant les cas particuliers. Il faut savoir seulement que les opérations de cette nature n'ont de valeur que lorsqu’elles sont très complètes. Le plus petit clapier oublié compromet toujours le résultat et nécessite, à échéance plus ou moins rapprochée. une intervention nouvelle. Les bains et les cataplasmes rendront ici de précieux services en atténuant les poussées inflammatoires.

Ces opérations associées au cathétérisme donnent en beaucoup de circonstances la guérison. Ailleurs, l’âge de la maladie, l'étendue des désordres locaux, l’état général du malade, résistent aux traitements les meilleurs, et les malades restent condamnés à une infirmité définitive.

Pour les fistules uréthro-rectales, les moyens d’action sont plus limités encore. Dans un cas relaté à la fin de ce travail (i voy . obs. 19.), M. Guyon a obtenu cependant la guérison d’une fistule uréthro-rectale dont le début remontait h plus d’un an, en pratiquant, à l’aide du thermocautère, trois cautérisations du trajet fistuleux à huit jours d’intervalle. Thompson se prononce nettement en fa-

TRAITEMENT

veur de la cautérisation ignée. « L’introduction d’un iil métallique porté au rouge, dit-il, m’a paru, dans le peu de cas que j’ai vus, le meilleur moyen d’en obtenir la cicatrisation (1). »

En associant le cathétérisme à la cautérisation par le thermo-cautère, on peut donc espérer de bons résultats. Par malheur, cette méthode n'a chance de réussite que pour les fistules de petites dimensions. Si la perte de substance est quelque peu étendue, la communication persiste, malgré des cautérisations réitérées, et les malades conservent pour toujours leur infirmité.

En présence de ces fistules rebelles, et lorsque, par les moyens d’usage, on est arrivé à reconnaître le siège exact de la fistule, on est autorisé à discuter les indications d’une intervention chirurgicale plus directe. Dans les cas où les cautérisations ont échoué, peut-être pourrait-on, suivant le conseil de M. Tillaux (2), « décoller l’une de l’autre les parois uréthrales et rectales et les faire ensuite glisser de façon à changer le rapport des deux orifices. » Ce procédé opératoire appartient à Astley Cooper. Il a permis à ce chirurgien d’obtenir la guérison complète d’une fistule uréthro - rectale consécutive à un abcès de la prostate sur un malade dont il nous a laissé l’observation : « Après avoir placé un cathéter dans la vessie, j’introduisis le doigt dans le rectum, et j’incisai, comme pour l’opération de la pierre, sur le côté gauche du raphé, jusqu’à ce que je sentisse la sonde à travers le bulbe. Je plongeai alors un couteau à

(1) Thompson, Traité des maladies des voies urinaires, trad. française. Paris, 1874, p. 280.

(2) Tillaux, Traité d’anatomie topographique, 2° édit. Paris, 1879, p. 759.

FISTULES

doux tranchants dans le périnée, entre la glande prostate et le rectum, ayant l’intention de diviser ainsi la communication fistuleuse établie entre F urèthre et l'intestin. Une mèche de charpie fut introduite dans la plaie, et un cataplasme fut appliqué par dessus. Lorsque la charpie fut retirée, on s’aperçut que l’urine coulait à travers l’ouverture pratiquée dans le périnée. L’ouverture fistuleuse du rectum se ferma graduellement, et celle du périnée se cicatrisa ensuite promptement. Dès lors, l’urine reprit entièrement son cours naturel... Jamais, depuis cette époque, l’urine ne s’est déviée de sa voie naturelle (1). » De son côté, M. Thompson pense que, « si l’ouverture était assez large pour légitimer une restauration autoplastique, il ne faudrait pas hésiter à pratiquer une opération semblable à celle qui est employée pour les fistules vésico-vaginales. J’aviverais, dit-il, les bords de la solution de continuité et les réunirais par une suture métallique. En faisant l’opération de la fistule, je n’ai point guéri, mais j’ai amélioré un malade par cette méthode. Il est très difficile d’opérer dans l’espace limité qu’offre le rectum. Cependant c’est possible. On a invcnLé, dans ce but, des instruments spéciaux. Quelquefois ils ont besoin d’une légère modification de volume ou de forme pour chaque cas particulier. »

On trouverait sans doute plus grand avantage, dans les cas de ce genre, à tenter la réunion immédiate secondaire telle que la préconise M. le professeur Verncuil pour les fistules vésico-vaginales (2). Cette méthode consiste à avi-

(1) Astley Cooper, Mémoire sur les fistules du canal de l’urèthre in Œuvres chirurgicales, trad. par Chassaignac et Richelot. Paris, 1837, p. 575. (2} Verneuil, Société de chirurgie, séance du 11 février 1880.

TRAITEMENT

ver, non plus avec l'instrument tranchant, mais avec des caustiques, et à réunir les surfaces bourgeonnantes par des points de suture au fil d’argent.

Ces ressources extrêmes ont été jusqu’ici d’une application rare. Leur efficacité est toujours douteuse, et trop souvent le rôle du chirurgien se réduit à prescrire des soins de propreté.

Le traitement des fistules uréthro-rectales et uréthropérinéalcs consécutives aux suppurations prostatiques est, on le voit, fort incertain dans ses résultats. Pour quelques succès il compte bien des revers, et, s’il était nécessaire, on trouverait là un argument de plus en faveur des règles formelles qui doivent dicter le traitement des abcès prostatiques et du phlegmon périprostatique : inciser à temps, assurer toujours le libre écoulement du pus.

OBSERVATIONS

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OBSERVATION I

Abcès de la prostate chez un malade atteint d’hypertrophie de la prostate. — Ouverture de l’abcès dans la vessie par pression volontaire avec le bec d'une sonde. — Guérison.

(J.-L. Petit, œuvres posthumes de chirurgie, mises au jour par M. Lesne, maître en chirurgie. (Paris, 1774, t. III, p. 33.)

M. S. D. M., se traitant lui-même d’une rétention d’urine, s’étoit procuré la faculté d’uriner par l’usage de ses remèdes auxquels il avoit grande foi, parce qu’ils avoient réussi à plus de trente attaques qu’il avoit eues de ce mal, pendant l’espace de trois années; mais il éprouva que, malgré leur efficacité, ils n’étoient pas infaillibles ; il avoit une si grande répugnance pour les opérations chirurgicales, que non-seulement il ne s’étoit pas fait sonder, mais, ce que l’on aura peine à croire, c’est que, malgré la fâcheuse situation dans laquelle il s’étoit trouvé dans plusieurs de ses accès de rétention, il ne s’étoit jamais déterminé à se faire saigner; cependant, comme il est des répugnances auxquelles on est forcé de céder, il m’envoya prier de passer chez lui; je le trouvai mourant de douleur, le ventre tendu, avec une soif ardente et les yeux égarés; à peine put-il me faire le récit, non pas de toute sa maladie, il eût été trop long, mais seulement du commencement de l’accès dans lequel il étoit ; ce qu’il me dit fut suffisant pour me faire juger que la prostate gonllée avoit été la cause de tous ces accès; que jusqu’à celui-ci, par l’usage de scs remèdes, il avoit obtenu une espèce de résolution qui, ayant dégonflé la prostate, lui avoit redonné chaque fois la facilité d’uriner ; que cette fois-ci la prostate n’ayant pu se terminer par résolution, s’étoit enflammée et terminée par suppuration. Comme il ne paroissoit rien au dehors, j’introduisis un doigt dans l’anus, et je touchai la prostate, ou, pour mieux dire, une tumeur plus grosse que le poing qui n’étoit pas dure, et dans laquelle je sentis une es-

OBSERVATIONS

pèce do fluctuation que j’aurois pu croire être la fluctuation de l’urine, si ce qui se trouvoit entre le fluide et mon doigt eût été plus épais. Il y avoit près de trois jours qu’il n’avoit rendu d’urine; je le sondai sans lui causer de douleur; je lui tirai beaucoup d’urine assez puante et boueuse, et, quand je crus avoir tout tiré, je tournai ma sonde à droite et ;'i gauche, comme on fait lorsqu’on cherche une pierre; en faisant ces mouvements je sentois quelque résistance que je crus être la tumeur que formoit la prostate ; et en effet, appuyant un peu, ce qui résistoit obéit, et dans l’instant la vessie, qui étoit vuide d’urine, me fournit par la sonde environ une chopine de pus très fluide et extrêmement fétide ; c’étoit l’abcès de la prostate qui s’étoit crevé. Je laissai la sonde malgré l’opposition du malade, et, l’ayant bien assujettie, je le quittai, lui promettant de le revoir bientôt. Étant revenu, il se trouvoit si bien, qu’il m’appela son sauveur. Il me pria de lui ôter la sonde, et je lui dis que je venais exprès pour lui ôter celle qu’il avoit et lui en remettre une autre; c’est ma sonde en S, que je lui ai mis à la place de la première. On sait que cette sonde n’a pas besoin d’être assujettie par des liens, et qu’au moyen d’une seringue dont le bout est courbé de bas en haut, on peut faire tant que l’on veut et avec facilité des injeclions dans la vessie; ce furent ces injections faites cinq ou six fois par jour qui le guérirent complètement : il y contribua beaucoup en se prescrivant lui-même un régime qu’il observa exactement; car, outre l’intérêt personnel, il étoit un des plus habiles que je connusse en son art. J’oubliois de dire que les injections furent variées selon les teins, on doit le présumer.

OBSERVATION 11

Abcès de lu prostate développé au cours d’une cliaudepisse et à la suite d’un excès de boisson chez un homme de trente-cinq à quarante ans ayant eu plusieurs chaudepisses antérieures. — Ouverture dans la vessie (?) pendant un effort de vomissement. — Guérison.

(J.-L. Petit, loc. cit., t. III, p. 36.)

Un homme de 33 à 40 ans, qui avoit déjà passé plus de vingt ans dans la débauche, étoit à sa cinquième cliaudepisse qui, selon lui,

OBSERVATIONS

étoit presque guérie; il fit un excès- de vin et se trouva la nuit ré* veillé par une pressante envie d’uriner qu’il ne put satisfaire. La douleur lui donnant quelques relâches, il se remit au lit, dormit quelques heures et fut réveillé par un semblable besoin ; les douleurs plus vives le déterminèrent d’envoyer chercher son chirurgien qui le saigna et voulut lui passer la sonde, ce qu’il refusa; le matin, ne se trouvant pas soulagé, il fut resaigné; on lui proposa de nouveau de passer la sonde, et il n’y voulut point consentir. Quatre pu cinq heures après, il fut i-esaigné et, après beaucoup d’instances qui lui furent faites par son chirurgien, il consentit d’étre sondé. Celui-ci, quoique sage, prudent et des plus habiles, ne put parvenir à introduire la sonde dans la vessie. Il introduisit son doigt dans l’anus et reconnut que la prostate étoit dure , douloureuse et formoit une tumeur si considérable qu’il n’hésita pas à croire qu’elle étoit la cause de la rétention d’urine; il le resaigna sur le soir, le fit mettre dans le bain et fit de nouvelles mais d’inutiles tentatives pour passer la sonde. Les boissons adoucissantes et huileuses n’opérèrent rien et ne pouvoient même faire beaucoup d’elfet dans un ventre farci de ragoûts épicés, de vins et autres liqueurs. La fièvre augmenta et fut très violente pendant la nuit. On lui donna des lavements, il fut resaigné, rien ne le soulagea. Une troisième tentative pour la sonde fut aussi infructueuse que les autres. Il eut une sueur urineuse, quelques frissons légers peu distants les uns des autres, mais accompagnés de grincements de dents. Un délire assez considérable détermina le chirurgien et un médecin qui y fut appelé à le saigner du pied : cette saignée diminua un peu le délire, mais les autres symptômes augmentèrent. Plusieurs chirurgiens furent mandés pour le sonder et ne réussirent pas mieux que le chirurgien ordinaire. Tous convinrent de rendre les lavements purgatifs, et de faire prendre en deux parties trois onces de manne et trois onces d’huile d’amande douce, ce qui ne produisit aucune évacuation. Enfin le malade tomba dans le sommeil léthargique; mais, lorsque le médecin et les chirurgiens étoient sans espérance, le malade eut quelques envies de vomir ; on lui donna quelques grains d’émétique qui étoient bien indiqués, et qui firent si bien leur effet, que le malade vomit abondamment et à plusieurs reprises. Il sortit de son assoupissement, eut envie d’uriner, et rendit deux pintes, soit d’urine, soit de pus; il dormit quatre ou cinq heures de suite, et, pendant ce sommeil, il sua considérablement. A son réveil, il rendit beaucoup

OBSERVATIONS

d’urine mêlée de pus sans douleur; il n’évacua pas moins par les selles; enfin il n’étoit plus question de rétention; mais, comme le malade rendoit beaucoup de pus avec les urines, il fallut injecter la vessie pour guérir l’ulcère de la prostate, car il n’y a pas lieu de douter qu’un abcès ne se fût formé dans cette partie, et que, s’étant crevé dans la vessie, il restoit un ulcère qu’il falloit consolider : on le fit; et, après la consolidation, on continua le traitement de la chaudepisse qui couloit encore abondamment.

OBSERVATION III

Abcès de la prostate développé ci la suite d’un excès de table chez un jeune homme de vingt-cinq ans, au cours d’une blennorrhagie. — Ouverture spontanée dans le rectum. — Écoulement du pus mal assuré. — Phlegmon pèriprostatique par diffusion. — Incision par le rectum. — Le soir même, ouverture spontanée dans l'urèthre. — Fièvre avec exacerbation accusée le soir pendant dix-huit jours, — Incontinence passagère. — Guérison.

(Observation personnelle.)

Le nommé Legouaille (Pierre), âgé de 2 ü ans, entre le 8 octobre 1 879 à l’hôpital Necker (salle Saint-Vincent, service de M. Guyon).

Ce malade, blond et lymphatique, s’est toujours bien porté. Ses antécédents héréditaires ne présentent rien de spécial à relever. Sa première chaudepisse date de trois ans. L’écoulement s’est compliqué d’orchite, puis, sous l’influence d’un traitement bien dirigé, il a complètement disparu au bout de deux mois. 11 y a deux mois environ, deuxième chaudepisse. Cette fois, le traitement a été très négligé et l’écoulement persiste encore. Il y a dix ou douze jours, à la suite d’un excès de boisson, le malade a éprouvé quelques frissons, un peu de pesanteur périnéale et quelques douleurs pendant la miction. Les frissons n’ont plus reparu, mais les phénomènes douloureux se sont accentués et, depuis cinq jours, la miction est impossible sans le secours de la sonde. Il y a deux jours enfin, une cuillerée

OBSERVATIONS

à café environ do pus a été rendue spontanément par l’anus. Depuis, les douleurs et les difficultés de la miction ont diminué.

Actuellement, l’écoulement du pus par le rectum est très peu abondant. Le malade arrive à pisser sans se sonder, mais la miction est toujours douloureuse. La défécation l’est beaucoup moins. La prostate est très grosse ; le lobe gauche est surtout volumineux ; vers sa partie centrale, on constate un point fluctuant, ou pour mieux dire un point dépressible. Il n’y a pas d’empâtement périprostatique; il s’agit d’un abcès prostatique proprement dit.

Le 19 et le 20 octobre, aucun incident nouveau n’est survenu; il n’y a pas de fièvre.

Le 21, les difficultés de la miction reparaissent, la température s’élève à 38° le matin et à 38° 5 le soir. Le toucher rectal fait toujours percevoir un point dépressible sur le lobe gauche de la prostate, mais les limites de la glande ne sont plus reconnaissables , toute la région est empâtée ; en un mot, il y a diffusion périprostatique. M. Guyon pratique aussitôt l’incision par le rectum et donne issue à une quantité notable de pus crémeux, inodore et bien lié. Tous les phénomènes douloureux disparaissent aussitôt pour ne plus revenir. Dans la soirée, en dépit de l’incision rectale, l’abcès s’ouvre dans l’urèthre pendant un effort de défécation.

L’écoulement de pus par le rectum cesse au bout de six jours.

L’écoulement de pus par l’urèthre se prolonge assez abondant jusque vers le 7 novembre. A cette époque, il cesse à peu près complètement; le malade conserve seulement, un écoulement léger, analogue à celui qui existait lors du début de la prostatite. Mais il se produit en même temps un nouveau symptôme : lorsque le malade marche et éprouve le besoin de pisser, il perd son urine goutte à goutte. Cette incontinence persiste, assez accusée d’abord, très atténuée ensuite, jusqu’au 21 novembre. Le malade quitte l’hôpital à cette époque.

J’ai pu le revoir quinze jours après : l’incontinence avait disparu, la blennorrhée persistait peu abondante, la région prostatique avait récupéré sa souplesse. La prostate était dure, petite, et présentait une petite dépression anfractueuse au niveau de son lobe gauche.

Je me suis réservé de signaler, en terminant, deux points importants dans cette observation :

A. La marche de la température ;

B. La modalité de l’écoulement du pus prostatique par l’urèthre.

OBSERVATIONS

A. La lièvre a persisté du 20 octobre au 7 novembre. Elle a été remarquable par les rémissions presque complètes du malin et les ascensions souvent très élevées du soir.

Matin.

Soir.

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octobre. Température

axillaire.

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novembre. —

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A partir du 7 novembre, le mouvement fébrile du soir ne s’est pas reproduit.

B. L'écoulement du pus prostatique par l’urèthre ne se faisait pas goutte à goutte. 11 était intermittent : tous les quarts d’heure, toutes les demi-heures, le malade éjaculait une demi-cuillerée environ de pus crémeux. Dans l’intervalle de ces sortes d’éjaculations, il ne sortait pas de pus par le méat; l’émission du pus ne s’accompagnait d'aucune sensation spéciale. Le malade sentait tout simplement son « pus couler».

Au moment des mictions , le jet de l’urine chassait devant lui une quantité variable de pus et devenait parfaitement limpide aussitôt après.

OBSERVATIONS

OBSERVATION IV

Prostatite phlegmoneuse diffuse chez un homme de vingt-huit ans, mal gucn d’une blennorrhagie antérieure. — Incision par le rectum. — Trois jours après, ouverture spontanée dans l’urèihre. — Guérison de l’abcès en un mois et demi. — A cette époque, persistance d’une incontinence légère survenue dans les derniers jours du traitement.

(Observation personnelle.)

Le nommé Heuckel (Léon), âgé de 28 ans, maréchal-ferrant, entré à l’hôpital Necker le 7 août 1879 (salle Saint-Vincent, service de M. Guyon).

Ce malade s’est toujours bien porté. Il y a quatre ans environ, il a contracté une chaudepisse qu’il a mal soignée et dont il s’est mal guéri. Il y a trois mois, et sans cause appréciable, il a éprouvé quelques pesanteurs périnéales; la miction est devenue fréquente, douloureuse, difficile, et les urines troubles contenaient, dit-il, des « petits fils blanchâtres » .

Il y a trois semaines, ces différents symptômes persistant toujours, on a fait une cautérisation de la région prostatique; mais , à partir de ce moment, les phénomènes douloureux se sont accentués davantage. La défécation est devenue douloureuse, et des phénomènes de rétention ont, à plusieurs reprises, nécessité le cathétérisme. (II n’y a pas eu de frisson.)

Actuellement, 7 août, les symptômes douloureux sont très intenses. La miction est impossible sans le secours de la sonde, les envies d’uriner sont très fréquentes et provoquent, toutes les heures environ, des crises douloureuses très pénibles, localisées à la région prostatique, sans irradiations. Le pouls bat 100 fois par minute et la température axillaire monte à 37°8. Localement, les symptômes sont caractéristiques : la région périnéale antérieure est tendue et douloureuse spontanément. A la palpation, on délimite un point douloureux maximum, nettement localisé sur la ligne médiane, entre le bulbe et l’anus; à ce niveau, le périnée bombe légèrement, mais il n’y a ni fluctuation ni œdème. Par le toucher rectal, on constate, au niveau de la région prostatique, une plaque phlegmoneuse effaçant les limites de la glande. Cette plaque plegmoneuse, nettement limitée à sa partie inférieure, au niveau du bec de la prostate,

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OBSERVATIONS

s’étend par le haut entre les vésicules séminales, et empiète sur la région latérale gauche du rectum, au niveau de la fosse ischio-rectale correspondante. Il n’y a pas de pouls rectal et, nulle part, on ne peut percevoir de point ramolli. Le 7 au soir, 38° dans l’aisselle.

Le 8 août, même état : 38° le matin, 38°4 le soir.

Le 9 août, 38° le matin. Le toucher rectal laisse percevoir un point ramolli vers la région gauche de la plaque phlegmoneuse. On a tout à fait la sensation que donnerait un petit cadre rigide dont la toile mal tendue se laisserait déprimer. Il n’existe pas de battements au voisinage de ce point ramolli. M. Guyon incise le foyer par le rectum; l’incision donne issue à une grande quantité de pus (100 grammes environ); soulagement immédiat très grand. La pression exercée sur la région périnéale n’éveille plus aucune douleur entre le bulhe et l’anus. * •

Le 9 au soir, le malade a pissé seul, la température axillaire est tombée à 37°3.

Le 10 et le 11, la défécation est toujours douloureuse, du pus sort en assez grande abondance par le rectum. Il n’y a pas de fièvre. Le matin et le soir, la température monte à 37°3 seulement.

Le 12, tout mouvement fébrile a disparu. Dans la journée, une quantité considérable de pus sort par l’urèthre.

Le 18 août, il y a toujours un peu de pus rendu avec le premier jet de l’urine à chaque miction; mais il n’y a plus d’écoulement purulent par le rectum. L’empâtement phlegmoneux de la région prostatique a presque complètement disparu, les tissus ont retrouvé leur souplesse, il reste seulement un point induré vers la partie latérale gauche de la prostate.

Le malade est resté à l’hôpital jusqu’au 22 septembre. L’écoulement de pus par l’urèthre n’a cessé définitivement que vers le 10 septembre (jamais l’urine ne s’est écoulée par le rectum); la guérison était complète dès cette époque. Je dois signaler cependant un léger degré d’incontinence survenu dans les premiers jours de septembre. L’issue involontaire de quelques gouttes d’urine se produisait toutes les fois que le malade commençait il marcher, pour cesser complètement dans la situation assise et couchée. L’électrisation de la partie membraneuse n’a pu triompher de ce symptôme, et l’incontinence, très atténuée, il est vrai, persistait encore lorsque le malade a quitté l’hôpital, le 22 septembre, un mois et demi après son entrée.

OBSERVATIONS

OBSERVATION Y

Blennorrhagie chez un jeune homme de vingt-deux ans. — A plusieurs reprises, phénomènes inflammatoires du côté de la prostate, sous l’influence de causes occasionnelles diverses (excès de table, marche forcée, contusion périnéale, etc.). — Abcès de la prostate. — Ouverture spontanée dans l’urèthre et le rectum. — Fusée purulente dans le triangle ischio-bidbaire, fistule périnéale.

(Observation inédite communiquée par M. Guyon.)

M. X..., âgé de 22 ans, réclame les soins de M. Guyon à la fin du mois de juillet 1879 pour se faire soigner d’une fistule périnéale dont le début remonte au mois de janvier dernier. Le malade s'est toujours bien porté et ses antécédents héréditaires ne présentent rien de spécial ; sa mère est morte d’une fièvre typhoïde et son père jouit d’une excellente santé. En octobre 1878, il a contracté une chaudepisse. On lui a ordonné des boissons émollientes et des bains. Le H octobre, le malade a dû quitter la ville de province où il avait passé ses vacances pour venir à Paris. La veille de son départ, il lui a fallu assister à un festin d’adieu, et, pour n’éveiller aucun soupçon, il a bu copieusement vin, champagne et café. Il ne s’en est suivi aucun accident, et, même, l’écoulement a paru cesser le 25 octobre. Vers cette époque, M. X... s’est beaucoup fatigué (courses nombreuses... etc.), et, dans les premiers jours de novembre, l’écoulement a reparu. Il y avait en outre une sensation de pesanteur douloureuse de la région périnéale que la station assise rendait encore plus pénible. La miction provoquait une douleur très vive dans la profondeur du canal. Il fallut prendre le lit et consulter un médecin. Le toucher rectal ne fut pas pratiqué. On dit au malade qu’il avait probablement une prostatite; des sangsues, des grands bains furent prescrits, et, huit ou dix jours après, tous les symptômes douloureux s’amendèrent. Vers la fin de novembre, et sans cause appréciable, une uréthrorrhagie légère s’est produite. M. X... allait toujours bien, lorsque, le 4 décembre, il reçut, en guise de plaisanterie, un coup de pied dans la région périnéale pendant qu’il avait la tête baissée vers une fontaine. Dès le lendemain, il fut obligé de prendre le lit. La miction était de nouveau pénible et la

OBSERVATIONS

défécation était, comme à la première poussée de prostatite, particulièrement douloureuse. Le périnée tendu, douloureux, présentait une petite « bosse » au-devant de l’anus; des cataplasmes ont été maintenus sur la région, et le 21 janvier le malade s’est levé. Douze jours après, un orifice fistuleux s’est établi il droite du rapbé périnéal, à égale distance do l’anus et des bourses. Ce trajet fistuleux donnait peu de pus; l’urine s’y engageait à chaque miction et produisait des cuissons assez vives; à partir de ce moment M. X... s’est senti mieux et il a pu reprendre ses occupations pendant le mois de février.

Pendant mars, avril et mai, on a eu recours au cathétérisme. Le n° 1 1 a été introduit d’abord et, progressivement, on est arrivé au n° 18. Pendant ces trois mois, aucun accident spécial n’est survenu. La fistule se fermait de temps à autre, mais aussitôt la tension périnéale reparaissait et la fistule ne tardait pas à se rouvrir. Au mois de juin, il y a eu un peu d’épididymite ; le lit a dû être gardé quelques jours. A la fin de juin, incontinence d’urine à deux ou trois reprises différentes. L’usage des sondes a été cessé quelques jours, puis repris de nouveau. On n’a pu dépasser le n° 10. Au commencement de juillet, on a essayé de laisser une sonde à demeure; mais elle a été supportée quarante-huit heures seulement.

Le 24 juillet, M. Guyon examine pour la première fois le malade.

Le 20 juillet, il incise le trajet fistuleux. L’orifice conduit dans une poche purulente située dans la loge inférieure du périnée, entre la face inférieure du ligament de Carcassonne et l’aponévrose superficielle en partie détruite ; cette poche occupe en définitive le triangle ischio-bulbaire droit dans presque toute son étendue. La racine droite des corps caverneux est disséquée par le pus. A la partie postérieure de cette cavité se voit un orifice qui conduit à la prostate. Celle-ci est englobée dans un empâtement phlegmoneux qui remonte vers le bas-fond vésical et déborde la région prostatique sur les côtés. Au niveau du lobe gauche de la prostate, il existe une dépression fluctuante qui est certainement le point de départ de la fistule périnéale. 11 est difficile de déterminer exactement s’il existe ou non un abcès in trapro statique. L’abcès périprostatlque est seul évident et c’est à lui qu’aboutit le trajet fistuleux. M. Guyon constate en outre la communication de l’abcès avec le rectum. On ne peut savoir exactement l’époque à laquelle remonte l’ouverture rectale de l’abcès. Le malade sait qu’il a rendu du pus par l’anus, il y a plusieurs semaines; mais il ne donne pas de date précise.

OBSERVATIONS

M. Guyon a bien voulu me permettre d’examiner ce malade le 2 août 1879. A cette date, j’ai trouvé les traces de la plaie opératoire. La cavité creusée dans la loge périnéale inférieure était presque comblée par des bourgeons charnus, roses, et de bel aspect. Il n’y avait pas de douleurs spontanées. Le canal était libre et la miction normale. Lorsqu’on pressait avec la pulpe de l’index sur la région prostatique, on éveillait des douleurs très vives. Cette pression faisait sourdre du pus par la plaie périnéale et par l’urèthre. L’abcès périprostatique communiquait donc avec la plaie périnéale, avec l’urèthre et avec le rectum.

Actuellement, huit mois se sont écoulés et les trajets fistuleux ne se sont point cicatrisés. Tout récemment encore, M. Guyon a été appelé en consultation. Des accès de fièvre s’étaient manifestés, disait-on. Avant d’aller voir le malade, et sachant qu’il se cathétérisait régulièrement, M. Guyon pensaqu’il s’agissait peut-être d’accès urineux provoqués par l’introduction des sondes, et fit transmettre Tordre de suspendre immédiatement tout cathétérisme. Ces prétendus accès de fièvre étaient dus à une grippe récente, et, lorsque M. Guyon a pu se rendre chez M. X..., la simple cessation du cathétérisme régulier avait permis à la fistule uréthro-rectale de reprendre tous ses droits. La presque -totalité des urines s’écoulait par l’anus.

Cette observation montre bien toute la gravité des suppurations périprostatiques alors même que la diffusion n’est pas excessive. Dans ce cas particulier, l’état fistuleux persiste depuis un an et la guérison est bien loin d’être obtenue.

OBSERVATION VI

Hypertrophie de la prostate chez un homme de soixante-huit ans. — Prostatite suppurêe avec fusée isclno-rectale, sans réaction générale accusée. — Incision dans la fosse isclno-rectale. — Cicatrisation au bout de deux mois.

(Observation personnelle.)

Le nommé Guillard (Alexandre), âgé de 68 ans, entré à l’hôpital Necker le 30 janvier 1879 (salle Saint-Vincent, lit n° 8, service de M. Guyon).

OBSERVATIONS

Depuis six mois, ce malade éprouve des besoins fréquents d’uriner et pisse difficilement. Il y a vingt jours que ces difficultés de la miction se sont brusquement accentuées. Depuis cette époque, les besoins d’uriner sont pour ainsi dire incessants et le malade ne pisse que goutte à goutte. L’urine s’écoule involontairement pendant la nuit et très souvent aussi pendant le jour. Toute occupation est devenue impossible. Actuellement il y a seulement de la pesanteur périnéale sans douleur véritable. La miction éveille quelques cuissons uréthrales. La vessie, très distendue, se vide fort mal et remonte jusqu’au niveau de l’ombilic. Les deux lobes de la prostate sont très hypertrophiés. Les urines, limpides, n’indiquent pas de lésions rénales avancées; elles sont simplement un peu troubles vers la fin du cathétérisme (densité : 1006). 11 n’y a pas d’albuminurie, et cependant il existe depuis quinze jours un œdème des membres inférieurs très marqué. Il y a même un peu de bouffissure de la face; le faciès est pâle et cireux. Il y a de l’anorexie, sans vomissements. La constipation est marquée. L’auscultation du cœur révèle un léger souffle à la hase et au premier temps. Le pouls est très bondissant. La matité aortique est très étendue dans le sens transversal et la pointe du cœur bat à 4 centimètres en dehors du mamelon. 11 y a tout lieu de supposer un léger degré d’insuffisance aortique.

Cathétérisme matin et soir, lavage de la vessie à l’acide borique, potion avec alcool et quinquina. A chaque cathétérisme, on a le soin de n’évacuer que le tiers environ du contenu vésical. La bouffissure de la 'face et l’œdème des membres inférieurs disparaissent rapidement. Le traitement est continué pendant trois jours. Le malade souffre beaucoup au moment du cathétérisme, ses urines sont légèrement teintées en rouge. Le sommeil est interrompu par des douleurs lancinantes le long de l’urèthre. Un peu de diarrhée survient.

Le 4 février, les urines contiennent une quantité de sang très notable. Il n’y a ni frisson, ni élévation de la température. Le cathétérisme est suspendu pendant vingt-quatre heures.

Le 6 février, les urines ne contiennent plus de sang, mais renferment une forte proportion d’albumine. Leur densité est toujours de 1006. On pratique de nouveau le cathétérisme le 7 février. Aussitôt après, des coliques très vives se manifestent, la vessie se contracte beaucoup mieux. On suspend le cathétérisme.

Le 1 3 février, la polyurie, qui avait disparu , reparaît (4 litres d’urine trouble).

OBSERVATIONS. 165

Du 13 février au 26 mars, les forces diminuent les fonctions digestives se font très mal.

Le 26 mars, des douleurs assez violentes apparaissent au niveau de la fosse ischio-rectale gauche.

Le 28 mars, cette région est rouge, tendue et très douloureuse. Il y a de la fièvre (38°). Le toucher rectal permet de l’cconnaître un empâtement phlegmoneux dans toute l’étendue de la fosse ischiorectale gauche. Au milieu de cet empâtement général, on obtient nettement la sensation de fluctuation. On peut aussi reconnaître, dans une certaine mesure, les limites de la prostate à droite. Elle paraît très volumineuse. A gauche et en haut ses contours sont effacés par une large plaque phlegmoneuse qui se continue vers la fosse ischio-rectale. Au niveau du lobe gauche il existe un point fluctuant. M. Guyon porte le diagnostic : prostatite suppurée avec fusée ischiorectale. Le loucher rectal ne laisse percevoir aucun battement. La miction n’est pas gênée. Une incision pratiquée au niveau de la fosse ischio-rectale donne issue à un flot de pus. En introduisant l’index de la main gauche dans le rectum et l’index de la main droite dans la plaie, jusqu’au niveau de la prostate, on arrive à vérifier complètement le diagnostic porté.

On peut voir que chez ce malade l’abcès prostatique a évolué sourdement sans réaction et sans cause déterminante bien appréciable. 11 n’a attiré l’attention qu’au moment où, soi’ti de la loge prostatique, il est venu envahir la région ischio-rectale. Après l’incision de l’abcès, l’état général est devenu meilleur. La plaie ischio-rectale a donné du pus sans urine pendant tout le mois d’avril et ne s’est fermée que dans les premiers jours de mai. Ce malade est resté dans le service jusqu’au 7 juin. A son départ, il était arrivé à uriner facilement et à vider sa vessie. La région prostatique, toujours empâtée, présentait une sorte de petite dépression au niveau du lobe gauche et la fosse ischio-rectale n’avait pas encore récupéré toute sa souplesse.

OBSERVATIONS

OBSERVATION VU

Rétrécissement de l'urèthre chez un homme de trente et un ans avec urèthrite chronique. — Abcès de la prostate. — Frissons répétés et fièvre intense { 40°). — Ouverture spontanée dans le rectum. — Phlébite probable des veines périprostatiques. — Guérison au bout d’un mois.

(Observation personnelle.)

Le nommé Périckon H..., cocher, âgé de 31 ans, entré à l’hôpital Necker le 13 mars 1879 (salle Saint- Vincent, lit n° 10, service de M. Guyon.)

Ce malade est déjà venu en 1877, dans le service de M. Guyon, pour se faire guérir d’un rétrécissement de l’urèthre, dont le début remontait à deux ans et dont la cause était facilement légitimée par l’existence de six chaudepisses antérieures. — La dilatation se fit très facilement, et le malade quitta l’bôpital au bout de quelques jours. — A sa sortie, il contracta une nouvelle chaudepisse et les difficultés de la miction apparurent de nouveau. Aux simples difficultés de la miction succédèrent bientôt des phénomènes de rétention complète, et, le IG janvier, il fallut revenir à Necker. La dilatation fut reprise. Le 1 1 février, le n° 4L passait facilement et, le 13 février, le malade put quitter l’hôpital.

Le 13 mars, il revient encore demander un lit à la salle Saint- Vincent. Il s’est reposé trois ou quatre jours api'ès sa dernière sortie de l’hôpital, puis il a dû reprendre son service à la Compagnie générale des omnibus. Huit ou dix jours après, il a été pris de frisson, de fièvre et de douleurs périnéales très vives. 11 a néanmoins continué son travail pendant cinq ou six jours ; mais, au bout de' ce temps, les frissons se répétant et les douleurs périnéales devenant de plus en plus vives, il a dû garder le lit. A ce moment, des phénomènes de rétention analogues à ceux qu’il avait eus autrefois se sont développés. Depuis quinze jours, aucune [amélioration n’est survenue.

Actuellement, le toucher rectal permet de reconnaître une tuméfaction générale et douloureuse de la prostate. Le lobe droit est net-

OBSERVATIONS

teraent fluctuant. Il n’y a pas de battements. L’interrogation la plus minutieuse ne révèle aucune cause déterminante à laquelle on puisse attribuer la production de cet abcès. L’uréthrite, située audessus du point rétréci, lui a servi tout à la fois de cause prédisposante et de cause déterminante. La température axillaire est très élevée et marque 4-0°.

Le 14 au matin, la température axillaire n’a pas baissé etM. Guyon se prépare à inciser l’abcès par le rectum; mais, au moment de pratiquer l’incision, il constate, par le toucher, que la poche fluctuante prostatique s’est vidée. Le malade n’a certainement pas pissé du pus (ses urines sont conservées), mais il y a eu plusieurs selles pendant la nuit, et il y a tout lieu d’admettre que l’abcès s’est ouvert pendant un elfort de défécation. La miction est d’ailleurs devenue très facile, et le malade, qui n’urinait ces jours derniers qu’à l’aide de la sonde, pisse tout seul ce matin. L’incision n’est donc pas jugée nécessaire.

Le 15 mars au soir, la température, axillaire est encore de 40°. Le malade pisse facilement et n’éprouve d’autre douleur qu’une cuisson assez vive au moment de la miction. Il n’a pas remarqué de pus dans les selles.

Le 17 mars, la température, qui s’est abaissée hier à 38°, remonte ce matin à 39°. La langue est blanche et un peu sèche. Pendant la visite, le malade a quelques frissons suivis de sueurs abondantes. Il n’a pas de complications pulmonaires. Il souffre en pissant, mais pisse très facilement. L’abcès de la prostate s’est manifestement vidé et cette exacerbation fébrile reste en somme sans explication. Le malade se plaint d’un peu de faiblesse du membre supérieur gauche; sa main gauche serre effectivement avec moins de force que la droite. La sensibilité est parfaitement normale.

Le 19 mars, la fièvre est tombée, la faiblesse du membre supérieur gauche s’est accentuée et le malade n’effectue avec ce membre qu’une sorte de reptation. Lorsqu’on imprime des mouvements au membre, on éveille une douleur localisée à la partie postérieure du deltoïde. Le grand pectoral est aussi un peu douloureux à la pression. Les articulations sont intactes. Peut-être faut-il voir là un simple accident rhumatismal, développé sous l’inlluence d’un courant d’air (la fenêtre de la salle s’ouvre à côté du lit du malade et justement à sa gauche). J’y avais pensé tout d’abord. M. Guyon m’a fait cependant remarquer qu’il y avait peut-être lieu d’incriminer quelque phénomène embolique, à la production duquel la

OBSERVATIONS

phlébite probable des veines prostatiques pouvait avoir pris part.

Le 20 mars, il n’y a plus trace d’élévation thermique. Il y a toujours des sueurs abondantes. L’impuissance du bras gauche et les douleurs pectoro-deltoïdiennes persistent. M. Guyon fait cesser le sulfate de quinine à l’influence duquel le malade est soumis depuis les frissons du 17 mars, et prescrit une potion avec 4 grammes de quinquina. Les différents symptômes persistent plusieurs jours, et même quelques phénomènes douloureux surviennent du côté du coude. A la fin du mois de mars, les douleurs de l’épaule disparaislsent, es sueurs cessent, et le malade retrouve en partie la liberté de ses mouvements.

Il quitte l’hôpital le 10 avril, complètement guéri. La prostate a presque retrouvé ses dimensions normales. La miction est normale, l’état général excellent. Seule, la faiblesse du membre supérieur persiste.

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