OBSERVATION VIII
Rétrécissement de l’urèthre chez un homme de trente ans. — Urèthrotomie interne. — Suppuration périprostatique consécutive. — Incision de la collection purulente par le rectum. — Guérison quinze jours après l’incision.
(Observation personnelle.)
Le nommé Pomponneau (Alfred), âgé de 30 ans, entre à l’hôpital Necker le 17 mars 1879 (salle Saint-Vincent, lit n° 14, service de M. Guyon).
Ce malade a eu deux chaudepisses. La dernière, contractée en 1873, a duré cinq mois. Les premiers troubles de la miction datent actuellement de dix-liuit mois. A cette époque, le jet de l’urine était devenu plus fin et plus faible. Enfin, la miction ne pouvait s’effectuer sans quelques efforts. 11 y a un an, rétention complète d’urine et tentatives infructueuses de cathétérisme. A la suite d’un bain prolongé, le cours de l’urine s’est rétabli. Depuis cette époque, la miction est restée difficile, mais la rétention complète ne s’est plus reproduite. A plusieurs reprises, le malade s’est
OBSERVATIONS
sondé lui-même avec un n° 7 et s’est fait saigner souvent. Depuis deux mois, il a renoncé à se sonder lui-même. Actuellement, il retient très bien son urine et son état général est excellent. Le jet de l’urine est lin et tortillé. M. Guyon reconnaît l’existence de quatre rétrécissements dont le dernier siège au niveau du bulbe et laisse passer le n° G.
Le 26 mars, urélbrotomie interne. Les sensations fournies par l’instrument attestent nettement que le dernier rétrécissement n’a rien de spasmodique.
Le 27 mars , température normale.
Le 28 mars, 40°4 à la visite du matin et 41°4 à la visite du soir (on provoque une forte sudation et le sulfate de quinine est prescrit) ; en même temps que cette élévation brusque de température, le malade accuse des élancements très douloureuxle long du canal de l’urèthre.
Le 29 mars, chute de la température.
Le 30 mars, la température se maintient à 39°4 matin et soir. Les élancements de l’urèthre ont cessé, mais, en revanche, il existe une sensation de pesanteur anale très douloureuse.
Le 31 mars, la température du soir monte à 39°.
Le 1er avril, la température descend à 37°9 le soir.
Le 2 avril, depuis deux jours les douleurs anales ont été très violentes. Le malade éprouvait dans toute la région des battements très douloureux et ne trouvait de soulagement que dans la flexion exagérée des cuisses (couché sur le dos et accroupi en même temps, telle était son attitude de presque tous les instants). La défécation éveillait des douleurs excessives; la miction, pénible, était cependant moins douloureuse. Aujourd’hui les douleurs sont moins vives, l’empâtement périprostatique est nettement fluctuant.
Le 3 avril , le toucher rectal fournit les mêmes sensations; l’empâtement gagne les parties latérales, il n’y a pas de battements. M. Guyon incise l’abcès par le rectum et donne issue à une quantité notable de pus. Tous les symptômes douloureux ont immédiatement disparu.
Le 8 avril, la prostate est affaissée et la région a retrouvé sa souplesse. Les selles ne contiennent plus de pus.
Le 16 avril, guérison complète. Exeat.
OBSERVATIONS
OBSERVATION IX
Abcès de la prostate survenu après un cathétérisme maladroit chez un
homme de soixante-quatorze ans affecté d’hypertrophie prostatique. —
Ouverture spontanée dans l’urèthre. — Guérison de l’abcès en un mois.
(Observation personnelle.)
Le nommé Mal.... du B., âgé de 74 ans, architecte, entré à l’hôpital Necker le 23 mai 1879 (salle Saint-Vincent, lit n° 10, service de M. Guyon).
Ce malade nie l’existence de toute chaudepisse antérieure. Il a eu la vérole à 26 ans et s’est toujours d’ailleurs bien porté. Depuis trois ans, il a eu cpielques troubles du côté de la miction, dus à une hypertrophie de la prostate (miction fréquente, surtout pendant la nuit, etc.). Il y a quinze jours environ, à la suite de quelques fatigues, la miction est devenue plus difficile. Il urinait goutte par goutte et sentait qu’il vidait mal sa vessie. A cette époque, il a consulté un médecin. Le cathétérisme a été tenté avec une sonde métallique. Le bec de l’instrument est venu butter contre la prostate sans pouvoir franchir et le malade a pissé du sang pendant deux jours. Depuis cette tentative infructueuse, les difficultés de la miction se sont encore accentuées. Le malade éprouvait en outre des douleurs lancinantes du côté de la région prostatique et il s’est décidé à entrer à l’hôpital le 23 mai.
Le 24 au matin, M. Guyon l’examine. La vessie est distendue, le pouls bat 100 fois par minute et la température axillaire marque 38°2. La prostate est très volumineuse, tendue, et douloureuse à la pression. Le lobe droit est surtout volumineux. On ne sent pas de pouls rectal. Le tissu cellulaire périprostatique ne participe pas à la phlegmasie. Nulle part il n’y a trace de fluctuation. M. Guyon pratique, sans aucune difficulté, le cathétérisme à l’aide d’une sonde en gomme et vide la vessie. Le soir et le lendemain le cathétérisme est de nouveau pratiqué par mon collègue M. Monod, mais les difficultés de la miction persistent et la prostate reste très douloureuse à la pression et au cathétérisme.
Le 26 au matin, M. Guyon laisse une sonde à demeure. Dans la journée, une assez grande quantité de pus s’écoule par l’urèthre.
OBSERVATIONS
Cette évacuation est accompagnée d’un soulagement immédiat. Les douleurs disparaissent, et, dès le lendemain soir, la température descend à 37°. Depuis cette époque jusqu’au 8 juin la sonde est laissée à demeure, et l’amélioration de l’état général et local du malade s’accentue tous les jours. La prostate est devenue beaucoup plus souple , tout en restant très volumineuse; elle n’est plus douloureuse à la pression.
Le 9 juin, il s’écoule toujours du pus autour de la sonde. M. Guyon fait cesser l’usage de la sonde à demeure. A la visite du soir, le malade n’ayant pu uriner de la journée, M. Monod pratique le cathétérisme et retire un verre environ d’urine parfaitement claire.
Le 10 juin au matin, la sonde est remise en place ; aucun incident nouveau ne survient. L’écoulement de pus se tarit, et, le 2b juin, la sonde est enlevée malgré les récriminations du malade.
Le 26 juin, il se sonde lui-même, vide bien sa vessie, se console enfin de n'avoir plus de sonde à demeure et quitte l’hôpital le 27 juin en parfait état.
OBSERVATION X
Hypertrophie de la prostate. — Excès de coït. — Abcès de la prostate.
— Incision de la collection purulente par le rectum à l’akle de l’ongle
de l’index. — Guérison.
(Observation inédite, communiquée par M. le docteur A. Desprès et par mon excellent collègue M. Ovion.)
Sequier (Antoine), 62 ans, employé de la ville, entré à l’hôpital Cochin le 21 mai 1879 (salle Saint-Jacques, lit n° 2, service do M. Desprès).
Il y a quatre ans, ce malade a été soigné dans le service de M. Guyon, à l’hôpital Necker, pour un rétrécissement de l’urèthre. 11 se rappelle qu’à cette époque on avait trouvé, au toucher rectal, de l’hypertrophie prostatique.
Au mois de décembre 1878, quatre ou cinq jours après une chute, le testicule droit grossit sans devenir très douloureux. Le malade continua néanmoins son travail, mais douze jours plus tard, à la suite de fatigues de marche, il fut obligé de prendre le lit. Au bout d’un mois
OBSERVATIONS
et demi environ, le testicule restant toujours gros, il se décida à entrer à Cochin. Le diagnostic porté fut : orchite chronique avec hydrocèle vaginale. M. Desprès pratiqua une ponction suivie d'injection iodée. Quelque temps après, le malade quitta l’hôpital, n’ayant plus de liquide dans la tunique vaginale, mais ayant toujours le testicule droit gros comme un œuf de dinde.
Actuellement, il éprouve des douleurs sourdes vers le périnée. Les phénomènes douloureux ont débuté il y a cinq jours à la suite d’excès de coït. En même temps, les envies d’uriner ont pris une grande fréquence, la miction est devenue douloureuse et difficile. Des élancements sont ressentis dans le « fondement », la douleur irradie vers les reins et vers les membres inférieurs. A l’examen, on trouve sur le pénis une cicatrice blanche, à tache centrale pigmentaire, résultant d’un chancre que le malade a eu il y a vingt ans. Depuis le chancre, il n’y a eu aucune manifestation syphilitique. Le testicule droit présente le volume d’un œuf de dinde. On ne peut établir aucune délimitation entre le testicule et l’épididyme. Le cordon lui-même est très gros. L’ensemble forme une tumeur ferme très faiblement rénitente, absolument indolente, sans aucune bosselure, et pyriforme. 11 n’y a pas de ganglions appréciables dans l’aine. Par le toucher rectal, on constate, au niveau du lobe gauche de la prostate, un empâtement analogue à celui qu’on trouve dans les inflammations péri-utérines. La pression avec le doigt est ti'ès douloureuse en ce point.
Le surlendemain, 24 mai, le point douloureux de la prostate est devenu iluctuant. M. Desprès pratique le cathétérisme et explore le bas-fond delà vessie avec le bec d’une sonde métallique, pour chercher s’il n’y a pas communication de la collection prostatique avec la vessie. Le résultat de cette manœuvre étant négatif, il pratique séance tenante le toucher rectal, et, avec l’ongle de l’indicateur, il déchire la muqueuse rectale et arrive sur l’abcès qu’il ouvre de la même manière. Cette incision, faite avec l’ongle, donne issue à une petite quantité de pus. Le malade est immédiatement soulagé. On prescrit des lavements pour tout pansement. Les jours suivants, toute douleur a disparu, la miction est redevenue facile.
1 CT juin. Par le toucher rectal on sent très nettement, au point incisé, une dépression en cul de poule. La pression à ce niveau n’est plus douloureuse.
Le malade quitte l’hôpital.
OBSERVATIONS
OBSERVATION XI
Abcès de la prostate chez un étudiant en médecine qui, atteint de blennorrhagie, s’était livré à des excès. — Ouverture spontanée dans l’urèthre , fusée purulente dans la fosse ischio-rectale et fistule consécutive. — La guérison de la fistule n’a été obtenue que neuf mois après la première poussée de prostatite.
(Je résume ici l’observation que M. X., étudiant en médecine, a rédigée lui-même, et qu’il a bien voulu me remettre, sur la demande de mon ami, M. le docteur Pozzi.)
M. X..., âgé de 22 ans, brun et lymphatique, a contracté une chaude pisse en février 1878. Il s’est mal soigné et mal guéri. Dans les premiers jours de mars, il éprouve, sans cause appréciable, de la pesanteur périnéale, du ténesme vésical et quelques épreintes anales. M. X... a dû bientôt garder le lit et il a fait appeler un médecin. A ce moment, la prostate était grosse et douloureuse (douze sangsues au périnée, cataplasmes sur la région périnéale, lavements laudanisés, purgatifs légers chaque jour).
Dix jours après, le malade a pu se lever et reprendre ses occupations. L’écoulement, très abondant, a cessé sous l’inlluence du cubèbe et du copabu, et, le 13 avril, la guérison était, en apparence, complète.
Le 15 mai, à la suite de quelques écarts de régime (coït et bière), l'écoulement uréthral a reparu, et quelques douleurs se sont éveillées au niveau de la région prostatique.
Cet état a persisté pendant le mois de juin et n’a fait que s’aggraver. Au commencement de juillet, la marche est devenue impossible. M. X... ne pouvait s’asseoir sans éprouver des douleurs intolérables, et le 19 juillet il a dû prendre le lit.
M. Pozzi fut appelé et constata de la lluctuation au niveau du lobe droit de la prostate. En outre, la prostate était le point de départ d’un empâtement phlegmoneux qui s’étendait jusqu’à la région périnéale tendue et douloureuse (cataplasmes, bains de siège et lavements laudanisés).
Le 23 juillet, M. X... a pissé un peu de sang et l’abcès de la prostate
OBSERVATIONS
s’est ouvert spontanément dans l’urèthre. Depuis quelques jours, la miction éveillait des douleurs excessives dans le fond du canal. Malgré l’ouverture de l’abcès, aucune amélioration n’est survenue, et, le 25, M. Pozzi a dû pratiquer sur les côtés de l’anus uncincision de deux centimètres qui a donné issue à une petite quantité de pus. Cette fois, le soulagement a été immédiat.
Le 27 juillet, il est sorti un peu d’urine par la plaie périnéale, et M. Pozzi a conseillé au malade de se sonder toutes les trois heures avec une sonde molle. Un peu de cystite du col, survenue au bout de trois jours, a fait suspendre le cathétérisme. D’ailleurs, la fistule s’est fermée rapidement. L’écoulement uréthral a cédé en même temps sous l’influence du copahu , et, le 25 août, tout paraissait guéri.
Le 1er octobre , après de longues marches et des écarts de régime répétés, nouvel écoulement uréthral et réouverture de la fistule. M. Pozzi, consulté de nouveau, a dû agrandir la fistule à l’aide du bistouri. Des cautérisations au nitrate d’argent ont été faites dans le trajet. Le malade s’est fait des injections intra-uréthrales au sulfate de zinc, et, quinze jours après, la fistule et la chaudepisse étaient celte fois définitivement guéries. Le toucher rectal, pratiqué deux mois après, a permis de constater une atrophie complète du lobe droit de la prostate.
Actuellement, M. X. se porte admirablement bien, et ses fonctions génito-urinaires s’accomplissent très normalement.
OBSERVATION XII
Abcès de la prostate consécutif à des excès de boisson chez un homme de vingt-six ans atteint de blennorrhagie. — Incision par le rectum. — Guérison en vingt jours.
(Observation recueillie dans le service de M. le professeur Guyon.)
Le nommé Pons (Jean), âgé de 26 ans, garçon épicier, entré le 27 mars 1876 à l’hôpital Nccker (salle Saint-Vincent, lit n° 15).
Le malade a eu la chaudepisse pour la première fois en 1874. L’écoulement a duré un mois et s’est arrêté. Un mois après, l’é-
OBSERVATIONS
coulement a reparu pendant quinze jours. Aucune complication n’est survenue au cours ou à la suite de cette première cliaudepisse. Le malade a toujours pissé avec la plus grande facilité.
11 y a huit jours, à la suite d’un excès de boisson, le malade a ressenti un frisson assez violent et, presque aussitôt, la miction est devenue très difficile. Le repos, les diurétiques et les bains n’ayant amené aucune amélioration, il se décide à entrer à l’hôpital.
A son arrivée, on constate une tuinéfacLion assez considérable de la prostate. Le lobe droit est particulièrement douloureux. Les envies d’uriner sont très fréquentes. Le malade pisse 50 fois par jour et, chaque fois, l’urine s’écoule seulement goutte à goutte. Il n’y a pas de rétrécissement de l’urèthre. Un explorateur n° 15 pénètre facilement jusqu’à la prostate; mais, là, il butte contre la forte saillie que la glande fait du côté de l’urèthre. M. Guyon porte le diagnostic : rétention d'urine par prostatite aigüe. Après quelques tentatives infructueuses, mais dirigées avec la plus extrême douceur, M. Guyon arrive à pénétrer dans la vessie à l’aide d’une sonde bicoudée et prescrit le repos, des cataplasmes et trois prises de sulfate de quinine.
Le 29 mars, le cathétérisme est pratiqué à l’aide d’une sonde à grande courbure. La saillie uréthrale de la prostate est toujours très difficile à contourner.
Le 30 mars, le malade a pissé seul, il a rendu un peu de pus avec le premier jet d’urine.
Le 31 mars, les phénomènes de rétention réapparaissent et l’on est obligé de recourir de nouveau au cathétérisme.
Le o avril , le toucher rectal permet de reconnaître un point nettement fluctuant, au niveau du lobe gauche de la prostate. M. Guyon incise l’abcès par le rectum et donne issue à une quantité notable de pus.
Tous les symptômes s’amendent rapidement et le malade sort guéri le 17 avril.
OBSERVATIONS