OBSERVATION XIII
Abcès de la prostate provoqué chez un homme de vingt-six ans par une injection poussée avec violence dans le cours d’une blennorrhagie. — Ouverture spontanée dans l’urèthre. — Guérison en un mois.
(Observation recueillie dans le service de M. le professeur Guyon.)
Le nommé Ficheux, âgé de 20 ans, entré le 11 février 1874 à l’hôpital Necker (salle Saint-Vincent, lit n° 18).
Le début de la chaudepisse remonte au 15 janvier. Dans les premiers jours de février, le malade s’est poussé avec violence une injection uréthrale (solution concentrée au sulfate de zinc). Dès le lendemain, des phénomènes de rétention apparaissent et des douleurs assez vives se déclarent du côté de la prostate. Le malade entre à l’hôpital le 1 1 février.
La prostate est douloureuse au toucher et très volumineuse. On pénètre facilement dans la vessie avec une sonde molle; une douleur très vive se manifeste au moment où la sonde franchit le col de la vessie. M. Guyon recommande de sonder le malade trois fois par jour.
Le 13 février , on ne peut pénétrer dans la vessie qu’avec le secours d’une sonde à béquilles.
Dans la nuit du 14 au 15, efforts violents pour aller à la garderobe et production d’une hernie inguinale.
La hernie est réduite sous le chloroforme. Le malade no peut plus s’asseoir sans être pris aussitôt d’un besoin pressant de pisser.
Dans la nuit du 16 au 17, une certaine quantité de pus est rendue par l’urèthre. La miction devient aussitôt facile et développe tout au plus un peu de cuisson. La station assise ne provoque plus de symptômes douloureux, et, le 22 février, le malade quitte l’hôpital, complètement guéri.
OBSERVATIONS
OBSERVATION XIV
Abcès périprostatique chez un homme de quarante-cinq ans atteint de rétrécissement de l’urèthre. — Hémorrhagie très grave ci la suite de l’incision pratiquée par le rectum. — Guérison quinze jours après l’incision.
(Observation recueillie dans le service de M. le professeur Guyon.)
Le nommé Duvallet, âgé de 45 ans , entré à l’hôpital Necker le 2 mai 1873 (salle Saint-Vincent, lit n° 10).
Rétrécissement très dur. — Urétkrotomie le 19 mai. — Sort le 15 juin. — Revient à l’hôpital le 3 août 1873. Miction difficile, nécessite des efforts, mais non douloureuse. Toucher : induration douloureuse sans battements, allant du côté latéral droit de la prostate, jusqu’à la paroi du petit bassin. (Lavements émollients.)
Le 7 août, l’empâtement se ramollit. La miction est devenue douloureuse (fond du canal), l’empâtement s’étend et gagne le sacrum.
Le 1 1 août, l’induration gagne la fosse ischio-rectale.
Le 13, l’induration se ramollit nettement.
Le 14 août, incision du foyer phlegmoneux par le rectum. Quelques instants après, en allant à la selle, le malade rend beaucoup de sang (glace dans le rectum). L’hémorrhagie continue , devient très abondante; on finit par l’arrêter par le tamponnement ( potion : eau-de-vie et quinquina).
Le 15, l’hémorrhagie ne s’est pas reproduite ; le malade souffre peu
Le 18, le malade a rendu son tampon hier soir, en allant à la selle. Pas de fièvre, miction facile et non douloureuse, amélioration marquée.
Le 19, le malade a rendu beaucoup de pus hier, en allant à la garde-robe. Plus trace de sang. Urine bien, ne souffre plus du tout. Les garde-robes elles-mêmes sont indolentes.
Le 27. Toucher : l’empâtement périprostatique a disparu, on ne trouve plus qu’un peu d’induration sur le côté droit de la prostate.
Sort guéri, le Ier septembre 1873.
Depuis son uréthrotomie, le malade n’a pas été sondé. On lui passe le n° 18 avant son départ.
OBSERVATIONS
OBSERVATION XV
Abcès cle la prostate provoqué par une course de quinze lieues achevai. — Ouverture par le cathétérisme. — Guérison rapide. — Troubles consécutifs pendant l’émission du sperme.
(Dugas. — Thèse, Montpellier, 1832. — • Observation résumée.)
Pierre Portai, âgé de 26 ans, fait appeler le docteur Reimonencq le 25 juillet 1832.
Deux jours avant, et à la suite d’une course de 15 lieues à cheval, le malade a éprouvé de la douleur en urinant, des élancements dans le rectum, une envie presque continuelle d’aller à la selle, sans pouvoir la satisfaire. Un lavement fortement purgatif a été prescrit; mais, aussitôt après, il y a eu de la fièvre, du délire et des phénomènes de rétention. Bien que des bains de siège , des lavements émollients, etc., aient un peu amendé les symptômes, les difficultés de la miction ont persisté avec ténesme, fièvre et frissons irréguliers tous les soirs.
Lorsque M. Reimonencq examine le malade le 25 juillet, le ventre est ballonné et douloureux. La prostate est très volumineuse et très douloureuse. Une sonde d’argent est introduite dans le canal et s’arrête à 7 pouces, en donnant la sensation d’un obstacle « élastique ».
M. Reimonencq, soutenant la prostate à l’aide de l’index gauche introduit dans le rectum, appuie fortement, à l’aide de la main droite, sur le pavillon de la soude, pénètre dans l’abcès et donne issue à un demi-verre de pus blanc et sans odeur.
Guérison très rapide.
Le malade a été revu deux mois après par M. Reimonencq : « Il se plaignait d’une douleur aiguë pendant l’éjaculation; il avait remarqué que cette dernière était de moitié moins abondante qu’avant sa maladie. » M. Reimonencq a cru pouvoir attribuer ce phénomène à « l’oblitération de l’un des conduits éjaculateurs par l'inflammation et la fonte de la prostate réduite au tiers de son volume. »
OBSERVATIONS
OBSERVATION XVI
Suppuration prostatique provoquée par des excès de masturbation. — Rétention. — Ponction hypogastrique. - Ouverture spontanée dans le rectum et dans l’urèthre. — Fusée purulente dans la région périnéale. — Fistule persistante. — Guérison au bout de six mois.
(Verdier. Le Vigan, 1837. — Observ. résumée.)
Auvergnat de 24 ans, entré le 14 janvier 1832, dans le service de M. Lallemand, à l'hôpital Saint-Éloi.
Depuis dix ans, le malade s’adonne avec ardeur à la masturbation. A la suite d’un voyage qu’il fit à pied pendant l’hiver 1831 , il eut une première menace de rétention qui céda sous l’influence de quelques bains, du repos et des boissons émollientes.
Vers le milieu de septembre, après s’être violemment masturbé, il eut une rétention complète d’urine. Ce ne fut que le surlendemain qu’il fit appeler un chirurgien. Celui-ci pratiqua le cathétérisme avec une grosse sonde en gomme, fit une saignée, prescrivit un bain et constata, par le rectum, une augmentation de volume de la prostate.
Ces moyens n’empêchèrent pas la rétention d’urine de survenir encore la nuit suivante, et, cette fois, les tentatives de cathétérisme furent infructueuses. Un autre chirurgien ne fut pas plus heureux. 11 se servit d’une sonde fine, fit horriblement souffrir le malade, sans pouvoir pénétrer dans la vessie, prit le parti de faire une ponction sus-pubienne et laissa une sonde à demeure. Dix jours après cette opération, un abcès de la prostate s’ouvrait dans le canal et dans le rectum. Dès lors, les urines et le pus s’écoulèrent par ces. deux voies. Pendant trois mois et demi, on laissa une sonde à demeure dans le trajet de la ponction hypogastrique.
C’est le la janvier que M. Lallemand examina le malade. Le toucher rectal lui fit reconnaître, à la place de la prostate, deux mamelons inégaux, indurés, du volume de deux gros pois. (Dilatation progressive du canal. Cautérisation de la fistule hypogastrique.) Bientôt il fallut ouvrir un abcès périnéal. L’urine passait par la fistule du rectum et par la plaie du périnée. Il ne s’en écoulait presque pas par l’urèthre. Le malade quitta l’hôpital cinq mois après.
OBSERVATIONS
Arrivé chez lui, il retrouva bientôt son embonpoint. La fistule périnéale s’oblitéra complètement, les forces génitales se ranimèrent. Des excès de masturbation furent commis de nouveau, et, dès le 15 mai, il vint encore réclamer des soins à l’hôpital Saint-Éloi, pour sa fistule périnéale.
M. Lallemand mit à demeure une sonde n° 10.
Le 30, la fistule était fermée et, le 13 juin, le malade quittait l’hôpital complètement guéri.